‹ Trait©♭ pratique et raisonn©♭ de l'emploi des plantes m©♭dicinales indig©·nes [electronic resource]Chapitre 236 sur 278 · TALÉRIANE SAUVAGE, HERBE AU CHAT · texte numérisé non relu

TALÉRIANE SAUVAGE, HERBE AU CHAT

VaUrianasyUestns mapr (T.) Valeriana officinalis (L.)

Cette plante se trouve sur le bord des rivières , aux geux 3in peu humides , dans les bois. La racine est usitée.

Préparallons et dose», A L'iNTÉniEUii : Bècociion ou infusion à vase clos, de iS à GO gram.

par kil. d'eau. . , , ., , i i •

Poudre de 2 à 50 gram. et pliis,|en bols, pilules ou dans du vin. Teinture {1 sur 4 d'alcool à 24° ou d'éther) , de 2 a 50 gram. en

Extraït^àlcoolique {2 sur 7 d'alcool à 24) de 4 à 40 gram. en bols,

pilules, etc. .

Extrait aqueux (par décoct. i sur 8 d eau ) idem. Sirop (\ sur 8 de sirop) , de 50 à 60 gram. en potion. Huile esseiiiielle, de 20 à 30 centigram. en potion. Eau distillée ( rarement employée), de 60 à 100 gram. en potion.

A l'extérieur : Décoction de 30 à 400 gram. par kil. d'eau, pour bains, lavements, fomentations.

Huils et teinture, en frictions.

Poudre, en introduction dans le nez, comme errhm.

Propriétés»

La racine de valériane sauvage est d'une odeur forte , nauséeuse , désagréable , et d'une saveur acre et amère. A haute dose , cette racine est un excitant énergique dont l'action se porte sur le système nerveux et plus particulièrement sur le cerveau: elle accélèrele pouls, cause de l'agitation, des éblouissements , des congestions vers la téte , des mouvements convulsifs, des douleurs vagues , un seïilimcnt de constriction vers la poitrine ; elle provoque la sueur, les

urines, les règles ; mais clic ne pretluii presque jamais ni vomissement n, purgaiion , quoique son ameriume et son odeur désagréable lui aient fait attribuer ce» effets

A petite dose, la valériane augmente l'action des organes digestifs , sans en troubler les fonctions , même à dose assez élevée, ainsi que l'ont conslalé Tissot , Bergius , Vaidv et récemment MM. Trousseau et Pidoux (owv. cit., t. \) qui en ont pris eux-mêmes de hautes doses , tant en inful sion qu'en substance , sans éprouver le moindre déran'^ement dans les fonctions de la vie organique. Elle leur a cause seulement un peu de céphalalgie, de l'incertitude et de la susceptibilité dans l'ouïe, la vue ei la myoïiliié. C'est donc uniquement, disent-ils, sur le système cérébro-spinal qu'agit celte substance , qu'ils rangent parmi les anti-spasmodiquespurs. M. Giacomini {Trad. de la pharmacol. p. 579) prelend que la valériane produit un état d'hyposihénie et non d'excitation. Tissot avait déjà fait remarquer, en effet, qu'à haute dose elle produisait un malaise général , de la faiblesse dans les membres, phénomènes qu'on pouvait prévenir en y associant du macis,qui est une substance hyperslhéniqttej'/*-»c?fe:

La valériane est antispasmodique , vermifuge , fébrifuge. On l'administre avec avantage dans les névroses en général dans l'hystérie , la chorée , l'hypocondrie, l'hémicranie, la catalepsie, l'asthme convulsif, le tremblement des membres, le hoquet opiniâtre, le vomissement nerveux, la gastralgie, l'hémiplégie et les paralysies circonscrites liées à des névroses , les palpitations nerveuses , les flatuosités, l'aphonie nerveuse, les convulsions des enfants et surtout l'épilepsie, contre laquelle elle a été regardée comme spécifique. On Ta aussi préconisée contre les fièvres ataxiques et adynamiques, le typhus.

L'action de la valériane sur le cerveau et le système nerveux est constatée par l'observation ; aussi a-t-elle été de tous temps administrée dans les maladies nerveuses. Depuis l'heureux emploi que Fabius Columna en a fait sur lui-même contre l'épilepsie, un grand nombre d'observateurs , parmi lesquels je citerai Scopoli, Rivière, Tissot, Haller, Gilibert, Sauvages, Macartan, Marchant, Bouteille, etc., ont constaté son efficacité dans cette fâcheuse névrose, soit chez les enfants, soit chez les adultes, surtout quand l'affection élait purement nerveuse et produite par la peur, la colère, l'ona- .nisme, etc. Citons les fails :

Scopoli (F/or. CarnioL, 1760) a guéri un individu affecté d'épilepsie depuis trois années , par l'usage de la valériane. Tissot [Traité de l'épilepsie, 1770) donne à la valériane la

premîère place dans le catalogue des anti-epilepiiques ; ïï rapporte douze cas de guérison obtenus par ce medicainenl, et assure qu'il a soulagé tous les malades qui en ont lait usage. Chomel [plant, usuel.) atteste avoir gueri par le même moyen plusieurs épileptiques , el notamment un garçon de douze ans , qui était atteint depuis trois ans. Gilibcrt a guéri trois sujets atteints de la même maladie , en donnant cette racine en poudre a haute dose et en infusion vineuse. Marchant ( ffw^. de lÂcad. des Se., 1/66] soulagea presque tous les épileptiques auxquels il ht prendre la valériane , et en guérit parAiiiemeni quelques-un^. Sauvages (nosoL) cite le fait d'un individu qui depuis douze ans éprouvait un accès d epiiepsie toutes les fois qu il remplissait les devoirs conjugaux , et qui fut guéri pari usage de la valériane en poudre et en infusion commue pendant trois mois. Bouteille (anc. Journ. de Méd., ^.48) a rapporte cinq observations en faveur de cette plante contre l'epilepsie. Macarlan [Journ. génér. de méd., t. 25, p. 26) a gueri, par ce remède , une demoiselle âgée de dix-neuf ans qui était épileptique depuis dix ans. Le docteur Chauffard [même Journ., juin 1823) a rapporté trois observations de guérison de celte maladie au moyen de la valériane administrée a grandes doses. Il n'y avait point eu de récidive dix ans après [même Journ., mars 1828, p. 299). M. Gibert [Revue med., 1835 ) a employé avec succès, dans les mêmes cas , 1 extrait de celte racine à haute dose. Gairdner [the Edinb. med. and sur q. Journ., 182S) a aussi préconisé cette plante comme anti-épileplique. J. Franck dit qu'elle occupe comme telle la première place. M. ûhuc a présenté en 1838, à l'Académie de médecine de Paris , un mémoire où sont consignées sept observations d'épilepsie, dont six militent en faveur de la valériane.

Ainsi que nous l'avons dit plus haut, on a souvent vuréussir la valériane dans l'épilepsie essentiellement nerveuse Je l'ai employée avec succès dans deux cas où la maladie pouvait être attribuée à une cause efficiente de cette nature ; ces deux observations méritent d'être connues.

Première observation. Le sieur Boucher, voiturier h Saint-Pierre-lès-Calais, âgé de vingt ans, d'un tempérament sanguin, d'une forte constitution, fut pris, pour la première fois^ et sans cause connue, d'un accès d'épilepsie dans le^ courant du mois de juin 1829. Vingt-cinq jours après un second accès eut lieu. Un troisième survint , et ils se succédèrent à des intervalles plus ou moins rapprochées, et avec tous les caractères de cette névrose portée à un haut degré d'intensité. La mdladie existait depuis six mois lorsque je

Ais appelé. Je praiiquai une ample saignée du bras (800 ffr ) ri jo mis iG malade au régime végéial. Les accès se ralenlirein et devinrent moins violems. Des sangsues, appliquées u 1 anus , saignèrent abondamment.

^ Malgré ce irailcmeni et le régime continué pendant deux a trois mois, les accès d'éj)ilepsie persistaient d'une manière variable , soii sous le rapport de l'intervalle qu'ils laissaient entre eux , soit sous celui de leur durée et de leur violence. Je me décidai à administrer la valériane en poudre, d'abord à la dose de 2 grammes, en augmentant tous les trois jours de 1 gramme. J'arrivai ainsi à la dose de 12 grammes, que je faisais prendre en trois fois dans la journée. Après quinze jours de ce irailcmeni, un accès eut lieu ; mais il fut moins violent et était revenu après un intervalle plus grand. Huit jours après , le malade ne fut que légèrement atteint et ne perdit pas connaissance. La dose de la valériane était alors portée à 25 grammes chaque jour, administrés en cinq fois. Depuis ce dernier et léger accès, aucun symptôme deJ'affection ne reparut. J'ai revu Boucher dix ans après sa guérison, il n'avait éprouvé aucune récidive ; mais couime il était très-sanguin , il se faisait fréquemment saigner. J'ai appris qu'il était mort en 1846 d'une apoplexie foudroyante.

Deuxième observation. Le nommé Fourrier, menuisier à Hubersenl, âge de trente ans, d'un tempérament lymphatique (cheveux blonds , teint pâle, taille moyenne, constitution grêle), célibataire, adonné à la mastupraiîon depuis l'âge de puberté , fut pris , pour la première fois , d'un accès d'épilepsie dans le courant du mois d'août 1836, sans cause déterminante. Cet accès , dans lequel le malade perdit complèîemeiit connaissance, fut suivi d'un autre plus violent huit jours après. Ils se rapprochèrent ensuite au point qu'il n'y avait plus entre eux qu'un intervalle d'un , de deux ou trois jours. Quand je fus consulté, la maladie datait de huit mois. Je prescrivis une application de sangsues à l'anus comme dérivative, despédiluves sinapisés, de légers laxatifs , l'abstinence de la mastupralion , et une alimentation ordinaire. Après huit jours de l'emploi de ces moyens préparatoires , j'administrai la racine de valériane en poudre à la dose de quatre grammes chaque matin. Cette dose fut prise pendant dix jours, sans changement appréciable dans l'état du malade. Je portai de suite la dose à 8 gram. Après dix jours, il y eut diminution dans la violence des accès. Ou donna 10 grammes de la même poudre et l'on augmenta d'un gramme tous les cinq jours. J'arrivai ainsi à 20 grammes, que le malade avalait en quatre prises dans les vingt-quatre heures. Dès-lors, non-seulcmenl les accèsf u-

.1 mnk il V cul aussi entre eux de plus renimoins violents , y.^, ' u.^ilplusd'aliaque que

grands inlcrvalles. Le " " ' Sn? l'usage du nièdi-

lous les quinze à vingl jours. J^^^^^" ""^î^ mois, camentà ladosede20granW^^ l^,,

Au pnnleuips de 1837, les . , , iniensité ne

des intervalles d'un a deux n^^^^^' " f 'n''" .danl, le madiminuait pas dans la "?ôme p.jort.on^^^^^^^^^^^ lade, vivement impressionne pa Afin de

de son mal , ne se livrait P!".^J/.%!^^,'l",?^'r soustraire l'action de la flenane a | empue

je crus devoir en suspendre 1 f . ^^J^^^^^^^^^^ admi-

Uissans <-^^;^^ :;'^:^:^:^i provoqua

:;;^^'Ll^unZiSenret^ix à hSit évacuations al-

suite à la dose de 10 gram en ^.f^^l"";'^^^^^^ et augmentant de 1 gram de huit J^" 3^i"^Vam eli^ la fin de l'année, le malade en prenait ^^ f^f' !^' our. Les accès étaient devenus beaucoup plus raies et

- duraient ^^J^^::^^^^!^

2t d'ibloul^^set Jt eVetsiien'connus de la valériane admi-

""'^S^^^ de ce traitement , le malade étjdt con. plètement guéri. Il a toujours joui depuis de la meilleure

^'ïrois choses sont à remarquer ^^l^^jf^^^^ 10 la cause'de la maladie, que l'on peut attribuei a la fu^^^^^^^^^ imhiiude de l'onanisme; 2° les doses élevées auxquelles "L'e a été administrée et qui ont produit des et^^ dissemenis et une pesanteur de lete, ^orit^ effet a^p^^^^^ contribué révulsivement, ou comme '^^«^ificatei i de la se^ sibilité cérébrale, à amener la guerison . 3; a lo^^^ du traitement et la persévérance dans 1 emploi vaiie au

"^rdol^CiTeltl; , dans d'autres cas d'épilepsie , et ils som au nomb e de liuil, je n'ai obtenu , dans les uns aucun S Tns le auliTS seilement une amélioration plus ou moi^s prononcée, malgré Tusage continue pendant longipmns de la racine de valériane.

Tni souvent employé la valériane dans la choree ; elle en a liesc uè ton om-s calmé les symptômes après 1 usage des moyens généraux anliphlogistiques , les bains, etc. Mais

dans des essais conipaialKs que j'ai fuiis, j'ai été cenvaineir que, quelque so.t le Iraliemcni, sins iraii^mciU mtC ôéTic lieti-osc a ioujo„rs à peu „rès la môme dnrée^^^i s" dissi e souvem d'elle-môme, surtout lorsqu'elle a lieu ain i m « cela arnve ordinairement, à l'âge dc^^uberié jëii'a pâ ^e, souvent l'occasion d'employer la valériane com»" i'S' ret névroses dans ma pratique rurale : grAce à une civilisairnn arriérée , ces affections iont rares à la campagn^lS^e lai mise en nsagc avec succès dans ma praifque urbaine contre une foule d'affections nerveuses indkrminées e nii se rapportent plus ou moins à l'hystérie ou à l'hypocondrie.

[ La vertu vormifuge de celle plante ne fait plus de doute. Marchant [loc. a/.) l'a surtout employée avec succès. Je 1 administre de préférence dans les cas d'affections nerveuses sympathiques produites par la présence des vers inlesimaux. Elle satisfait ainsi à deux indications à la fois Jl m est souvent arrivé de l'administrer dans la seule inir-nlion de traiter une névrose que je crovars idiopathique, et^de découvrir, par l'expulsion de plusieurs vers lombricoïcies qui mettaient un terme à la maladie, la vériiable cause de cette dernière. Ces résuliats inattendus m'ont engagé dans des circonstances embarrassantes , et après avoir inutilement employé une médication rationnellement indiquée à avoir recours aux anlhelmintiques pour m'assurer, au point de vue de l'étiologie , de l'existence ou de la non -existence de vers intestinaux. C'est une pierre de touche qui m^a révèle . comme cause unique , l'irritation sympathique provoquée par ces derniers dans trois cas de' choréc et dansdeux cas d'épilepsie : Ajumniibus et lœdentibus indicatio. L'mceriitude de nos connaissancees et la faiblesse de mes lumières m'ont plus d'une fois obligé, dans le cours d'une longue pratique, d'appliquer avec prudence ce principe regardé comme une source d'indications, et dont les anciens^ faisaient grand usage.]

J'emploie fréquemme^nt la valériane dans les fièvres adynamiques ou putrides, dans les fièvres aiaxiques etvermineuses i c'est ma serpentaire de Virginie.

On doit à Vaidy {Jmirn. de méd. de Corvisari, t. 18, p. 385), médecin militaire dont j'ai été h même d'apprécier le mérite , seize observations sur l'emploi de la valériane à forle dose contre les fièvres intermittentes de tous les types. Il résulte de ces observations que des sujets affaiblis", cachectiques et même infiltrés, ont été guéris à la fois delà lièvre et de ces complications. Ces faits et beaucoup d'autres ne laissent aucun doute sur la possibilité, dans cer(ain« ^ças,, de substituer la valériane au quinquina.

On peut l'associer avec avantage , comme fébrifuge, a la eeniiane ou ù l écorce de saule.

On a préconisé la poudre de valériane , pnsc comme dit tabac, contre l'affaiblissement amaurotique de la vue. Je l'ai employée avec avantage dans ce cas : elle agit comme siernutatoire. Les feuilles de valériane sont delersives. Dodoens (Stirp. hist., p. 350) en employait la décoction en gargarisme dans les ulcérations enflammées de la bouche.

La valériane qui croît sur les montagnes est plus énergique que celle qu'on récolte dans les lieux bas et humides. L'infusion ne suffit pas pour dépouiller les racines de cette plante de tous ses principes. On doit la faire bouillir dansr un vase bien clos, afin d'empêcher l'évaporation de ces mêmes principes.

VAREC VÉSICULEUX, *

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