‹ Trait©♭ pratique et raisonn©♭ de l'emploi des plantes m©♭dicinales indig©·nes [electronic resource]Chapitre 244 sur 278 · VIGNE · texte numérisé non relu

VIGNE

VUls vinifera (T), Vitis vinifera (L).

La vio-ne cultivée, originaire de l'Asie et acclimatée depuis plus de'v'ingt siècles dans nos contrées, est connue de tout le monde. Ôn emploie les feuilles, le bois ( sarments) , les fruits ou raisins. Ces derniers produisent le vorjus, le mou, le vin, l'alcool, le vinaigre, etc.

Les feuilles de vigne sont astringentes. On les a employées dans la dyssenterie^, la diarrhée chronique, les hémorrhagies passives. Ilam^nl {le véritable Médecin, Pam 1649, p. 245), médecin peu connu , recommande contre les pertes utérines la feuille de vigne blanche séchée à l'ombre, pulvérisée et administrée à la dose de 2 à 4 grammes dans un demi-verre de vin rouge. Le docteur G. C. Fenuglio, deTurin (Journ. univers, des Se. méd., t. 28 , octobre 1822) rapporte trois cas de ménorrhagie dans lesquels l'usage des feuilles de vigne de raisin muscat noir, séchées à l'ombre et pulvérisées, à la dose de 4 grammes, a été couronné de succès : V° observation. Une blanchisseuse, d'un tempérament peu robuste .affectée depuis prèsde neuf mois d'une ménorrhagie qui revenait fréquemment j abattement complet, grande débilité. Après avoir inutilement employé divers moyens, la malade prend 4 gram. de poudre de feuilles de vigne de raisin muscat; Thémorrhagie s'arrête dans l'espace de dix heures et ne reparaît plus ; les forces se réparent et le rétablissement est complet. — 2« Observatio7i. Jeune femme de chambre atteinte depuis deux mois d'une très-forte hémorrhagie utérine pour laquelle un médecin lui avait administré inuSlement divers astringents. Pouls fébrile, dur, plein,deux saignées apportent un prompt, mais trop court soulagement: l'hémorrliagie reparaît au bout de quelques jours comme auparavant. La poudre de feuilles de vigne est prise à la dose de 4 gram, chaque fois ; au bout de quelques jours, l'hémorrhagie cesse et ne reparaît plus ; la malade reprend ses forces e\ ses occupations, devient enceinte et jouit d'une santé parfaite. — 3° Observation. Tcmme d'une très-forte complexion, d'un tempérament bilieux , prise , après une

clnite, d'une niénoniiagie qui dure depuis un an, cUfiii , après avoir paru céder aux remèdes accouiumés, devint plus que jamais inquiétante. Toux, oppression qui nécessite une forte saignée qui amène du soulagement, n)ais qui ne diminue ni lu toux, ni l'hémorrhagic. On dorme la poudre de feuilles de vigne à la dose de 8 gram , et en moins de deux heures l'hémorrhagie cesse et la malade ne tarde pas k recouvrer la santé.

Le même médecin cite aussi un cas d'hémorrliagie nasale chez un jeune homme d'une constitution très-robuste, dont la vie était en danger après avoir perdu une grande quantité de sang, et qui fut instantanément débarrassé de cet écoulement au moyen de la poudre de feuilles de vigne prise en guise de tabac.

Le docteur Fenuglio dit qu'il a vu réussir ce remède dans les cas d'excitation comme dans ceux d'atonie ; il doit en être ainsi, dit-il, puisque le tannin exerce son action sur les tissus surexcités, comme sur ceux qui sont atteints de faiblesse. Il ne laisse, suivant lui, aucun trouble dans les parties sur lesquelles il agit; il les plonge, au contraire, dans un calme que les malades n'eussent jamais espéré. On l'administre dans du bouillon, dans du vin ou dans de l'eau.

J'ai employé deux fois la poudre de feuilles de vigne contre l'hémorrhagie utérine, avec débilité et anémie ; elle m'a complètement réussi , bien qu'elle n'eut point agi avec la promptitude signalée par le docteur feniglio, qui l'a employée dans un climat où toutes les plantes sont beaucoup plus énergiques que dans le nord. Disons, toutefois, qu'il en est de ce moyen comme de tous les astringents , qu'on ne doitemployer que lorsqu'il n'existe ni pléthore ni état inflammatoire. Tous les praticiens savent qu'il est des hémorrhagies nécessaires, et que l'on se garde bien d'arrêter avant qu'elles aient amené le soulagement et l'atonie des organes.

On doit récolter les feuilles de vigne dans le courant du mois d'août, les faire sécher à l'ombre, et se servir de celles qui ont le mieux conservé la couleur verte.

M. Bredel, médecin à Bléré, départ' d'Indre-et-Loire, {Joîirn. de méd. et de chirur. prat., t. 7, p. 353), indique les feuilles de vigne comme pouvant servir à faire des moxas tout aussi efficaces que ceux que l'on obtient avec le duvet préparé de fartemisia chinensis. On les prépare de celte manière: « A la fin de l'automne, lorsque déjà les gelées ont provoqué la chute des feuilles des tiges sarmenteuses, et qu'elles sont passablement dépouillées de l'humidité qu'elles pouvaient encore contenir, on les prend et on les jette à plusieurs reprises dans un four modérément chauffé. Lors-

qu'elles sont bien desséchées , on les pile dans un ino Ue» en fonte, jusqu'à ce qu'elles forment une masse mollelle e b en cotonneuse. Poui conserver le duvet qu. ''esune de celle simple opération, on les renferme dans c es boiies de ca ton ou de bois, exposées dans un lieu sec et chaud 0" « ^ ce duvet pour faire le moxa , comme du ^"vel de 1 a mo,^ et les effets que l'on obtient avec ce ^^^y'9^]\lZl^^r~n lumenl les mômes que ceux procures par les ^^"^l'^s J^o^^^- * Les vrilles de la vigne sont acidulés et un peu astrm-

La sève limpide qui découle au printemps des incisions faites aux rameaux de la vigne, quoique vantée par les commères comme propre à guérir les ophtalmies, les dartres, en l'employant en lotion , et comme diurétique administrée à l'intérieur, paraît lout-à-fait inerte.

La cendre de sarments est diurétique, et peut être employée comme celles de genêt, d'écorce de fèves, etc. A l'extérieur elle est utile, en lessive, dans tous les cas ou les bains alcalins sont indiqués. .

Les raisins frais et mûrs ont une saveur délicieuse et sont nourrissants, rafraîchissants, légèrement laxatifs; ils conviennent aux personnes d'une constitution sèche et irritable, aux tempéraments sanguins ou bilieux, dans les maladies inflammatoires, les fièvres bilieuses, les exanthèmes, les phlegmasies chroniques des viscères, la phihisie , etc. Mangés abondamment, les raisins ont guéri des engorgements des viscères abdominaux, des hydropisies, des maladies cutanées chroniques, le scorbut. On en a vu d'heureux effets dans l'hypochondrie, l'hystérie, les affections des voies urinaires avec irritation, la diarrhée, la dyssenierie, le^ hémorrhagies, etc. Pris avec excès ils peuvent produire des coliques, la diarrhée, la dyssenterie, etc.

Le suc de raisin encore vert (verjus) est fortement acide et astringent. On en prépare une boisson tempérante { 100 à 200 gram. par kil. d'eau) qui convient dans les maladies inflammatoires, les fièvres bilieuses , les irritations gaslrointestinalP.s, les diarrhées légères, etc. On l'emploie aussi dans les gargarismes contre le ramollissement des gencives, le relâchement de la luette , et au début ou à la fin des angines.

Dans les cantons où croît la vigne sauvage , les pauvresfont avec ses raisins fermeniés dans l'eau , une boisson acidulé agréable. « C'est, dit le docteur Thore [Flore des Landes ) , notre tisane populaire dans les fièvres ardentes et autres qui exige l'emploi des acides. »

Le suc exprimé des raisins mûr» ou moût •onlieiit beau-

coup de sHcre ; il est noun iskiaiit. CVsi un laxatif agrdafjlc , niais il dérange souvent les f'onoiiuns digcslives , ci ne convient pas aux pei'sonnes snj(!tles aux ilàtiiosilés. Soumis à l'ébulliiion , ce vin doux prend la dénomination générique de vin cuit , el présenle des diiïérences suivant le degré de coclion qu'il a subi. Il est nutritif, pectoral, adoucissant, mais peu facile à digérer. Réduit à la consistance de sirop , de rob, de gelée, le moût peui, dans beaucoup de cas, l'emplaccr le sucre , et servir à cdulcorer les préparations pharmaceutiques. Proust a exirait de la cassonade du moût de raisin, mais ce sucre est peu cristallisable et peu soliible.

Le marc (ou râpe passée) qui reste après l'expression des raisins, el qui acquiert souvent une température de 30" ou plus, est stimulant, aromatique. On 1 emploie en bains, en y plongeant la partie malade pendant une heure ou deux, conire les douleurs rhumatismales, les engorgemenis arthritiques, l'ankylose, les rétractions musculaires, la scialique, Ja paralysie, la faiblesse des membres. Ces bains agissent non-seulement par l'humidité et la chaleur, mais aussi par les vapeurs alcooliques et carboniques qui s'en dégagent, et produisent une excitation à laquelle on peut principalement attribuer les avantages obtenus par ce moyen.

Les raisins secs, plus sucrés que les raisins frais, sont béchiques, émollients, relâchants. On les prescrit en décoction dans les affections caiarrhales et les phlegmasies des organes de la respiration ; ils entrent, ainsi que les figues, dans la plupart des tisanes et des boissons que l'on emploie flans ces cas ( 30 à 60 gram. par kil. d'eau ) . Par leur fermentation dans l'eau on obtient un vin léger et agréable.

Page 1