‹ Trait©♭ pratique et raisonn©♭ de l'emploi des plantes m©♭dicinales indig©·nes [electronic resource]Chapitre 243 sur 278 · VESSE-LOUP GÉANTE · texte numérisé non relu

VESSE-LOUP GÉANTE

LICOPERDON VESSE-DE-LOUP, LYCOPERDON GIGANTESQUE, YESSE-LOUP DES BOUVIERS, BOVISTA.

Lycoperdon vulgare (T.) Lycoperdon bovista (L).

Ce champignon globuleux , blanchâtre, jaune quand il est sec, de volume varié, mais souvent de la grosseur de la tête d'un homme, quelquefois ayant, au rapport de Bulliard, dix-huit, vingt et même vingt-lrois pouces de diamètre, croît aux lieux sablonneux et humides, sur la lisière des bois, principalement après les pluies j il est rare dans nos déparlements du Nord, mais on y rencontre plus fréquemment la vesse-loup verruqueuse ou commune, qui a les mêmes propriétés [lycoperdon verrucosum).

La vesse-de-loup était très employée autrefois contre les hémorrhagies externes. Félix Plater arrêtait le flux hémorrhoidal excessif en introduisant la poudre de vesse-de-loup ^dans le reetum. Dans quelques contrées de l'Allemagne

les chirurgiens-barbiers s'en servaient pour arrêter les hemorrhaoies traumaliqucs les plus graves. On la préparait en l'arrosant en été pendant quinze jours avec de 1 eau dans lanuelle on avait fait dissoudre du sulfate de zmc, et, chaque fois, on la faisait sécher au soleil ; on la mettait ensuite en TDOudre et on la conservait dans un lieu sec.

Boerhaave regardait ce champignon comme un excellent hémostatique. Tulpius dit qu'une dame qui perdait beaucoup de sang par une dent molaire fut guérie au moyen de 1 ap- Dlicatimi d'un morceau de vesse-de-Ioup. lielyetius , dans une lettre adressée à Régis, assure que cette espèce de champignon « arrêle le sang d'une manière surprenante et ne fait » nulle douleur ni escarre comme les vitriols.» (Portai, IhsL de l'anatomie, arL Helvélius.) . , - t

Lecal employait le lycoperdon pour arrêter les hemorrhaffies dans les opérations chirurgicales. Ravius , au rapport de Haller, faisait usage de ce remède contre les hemorrhagies traumaliques ; il recommandait de le laisser sur la plaie jusqu'à sa chute spontanée, parce qu'il nuisait quand

on l'arrachait. .

PaulHermann [Cynosura mater, imd., Strasbourg, 1710) dit que la poudre de vesse-de-loup épaissit, absorbe l'humidité Il vante, contre les hémorrhagies , les excoriations, les pustules , etc. , un mélange de parties égales de terre douce de vitriol (colcothar lavé, péroxide de fer rouge produitpar la décomposition du proto-sulfaie de fer par le feuj, de flec^me de vitriol (acide sulfurique extrait par la distillation du sulfate de fer), et de bovista, dont on fait une masse. Ce mélange, appliqué sur les veines ouvertes , arrête immédiatement l'hémorrhagie.

Frappé de l'accord d'un grand nombre d auteurs sur la vertu hémostatique du lycoperdon, je l'ai mis depuis longtemps en usage. J'ai plusieurs fois arrêté l'hémorrhagie produite par les piqûres de sangsues au moyen d'une couche épaisse de vesse-de-loup commune ou véruqueuse, comprimée pendant quelques minutes par une petite pelote de lin^^e. Introduite dans les narines, cette poudre m'a réussi dans deux cas d'hémorrhagie nasale abondante après avoir inutilement employé l'eau de rabel, l'eau alumineuse, les applications réfrigérantes, etc.

Le fait suivant atteste la propriété du lycoperdon contre l'hémorrhagie traumatique: M. Duhauton, de St.-Pierre-lès- Calais, ancien militaire, âgé de quatre-vingts ans, d'une bonne constitution , avait depuis plusieurs années une tumeur spongieuse, hématode, à la région temporale gauche. Celte tumeur, du volume d'un œuf de poule, moll», iado-

Jente, roiige-bleiialre , moins éleiidue à sa base, avait été piquée à diverses reprises avec une épingle, et comprimée chaque jour pour eu faire sortir te sang. Ces piqûres deviji^ rent des plaies qui se convertirent , dans l'espace de deux à trois mois, en un ulcère fongueux, grisâtre, iciioreux, à bords renversés, rouges, ayair» la forme d'un chou-lleur, et donnant issue à chaque pansement à trois ou quatre onces de sang. Les hémorrhagies affaiblissaient chaqMC jour le malade, et l'ulcère faisait de rapides progrès, lorsque je proposai l'ablation comme le seul moyen à employer. Cette opération fut pratiquée le 28 juillet 1813. La tumeur, mobile à sa base , où un tissu cellulaire lâche semblait la séparer des parties sous-jacentes , fut facilement enlevée par deux incisions semi-elleptiques faites dans la partie saine, et une dissection de haut en bas , qui acheva de l'isoler. La plaie, d'une assez grande étendue , laissait échapper de tous ses points, et surtout de ses bords, une grande quantité de sang coulant en nappe sans présenter aucun vaisseau dont on put faire la ligature. J'appliquai de l'agaric de chêne, une compresse un peu épaisse et'un bandage serré, espérant que la compression suffirait pour arrêter l'hémorrhagie. Il n'en fut pas ainsi ; un moment après l'appareil était entièrement imbibé. J'attendis près d'une demi-heure , comptant sur la formation d'un caillot plastique. Mon espoir fut trompé. J'eus recours alors à la vesse-de-loup commune, que j'avais ' placée depuis peu dans ma collection d'objets d'histoire naturelle médicale. J'appliquai sur la plaie, préalablement abstergée, une couche épaisse de poudre de ce lycoperdon , maintenue par une compresse et un bandage médiocrement serré. L'hémorrhagie, à mon grand étonnement, s'arrêta à l'instant môme. Elle reparut encore , quoique moins abondante , à chaque pansement, pendant trois ou quatre jours ; mais elle fut toujours combattue efficacement par le même moyen. Le travail de la suppuration s'établit, quelques légères cautérisations avec le nitrate d'argent fondu réprimèrent les chairs fongueuses et favorisèrent la cicatrisation, qui fut parfaite un mois après l'opération. M. Duhauton reprit sa santé habituelle, et ne mourut qu'à l'âge de 94 ans.

Jusqu'au moment où j'essayai l'application du lycopei'don, j'avoue que le discrédit dans lequel il étaitJombé, comme hémostatique, m'inspirait peu de confiance. L'opinion erronée, que la poussière de vesse-de-loup est acre, irritante et même toxique, a été probablement la cause de ce discrédit.

Linné dit que les Finlandais font prendre la poudre de vesse-de-loup, mêlée avecdulait,aux veaux qui ontla diarrhée. .Ne pourrait-on pas en essayer l'emploi chez l'homme dans

la môme aiïeciioii. et surtout dans les liémorrhagics gasiriques et intestinales passives, 1 hcnmtemese, le melcna, etc.'? Duraude (Flore de Bourgogne, t. 2) et d autres auteurs, disent (lue la poussière de vesse-de-loup dessèche les ulcères, et en favorise ainsi la cicatrisation.

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