HERBE AUX CUILLERS
Coclilearia folio subrotundo (T.) Cochleana officinalis (L.)
Celte plante , croissant spontanément sur les Pyrénées , dans les contrées maritimes du nord de l'Europe , est cultivée dans les jardins. On emploie l'herbe et la graine.
Prépnratiouis et doses*
A L'iNTÉRiEcn : lufusion , de 20 à 50 gram. par kilog. d'eau , de lait , de petit lait, de bouillon , de bière ou de vin. Suc exprimé , de 30 à 200 ^rain. , en potion , dans la journée. Teii.ture ( i de suc sur 1 d'alcool à 36° ) , de 2 à 15 gram. , en potion.
Sirop {i de suc sur 2 de sucre), de 20 à 60 gram., en potion.
Extrait^ 2 à 5 gram. , en potion.
Conserve ( \ sur 1 de sucre) , de 2 à 5 gram. , en potion.
Eau distillée ,
A l'extériecr: Infusion , q. s. , en lotions , fomentations , injections, etc. ' Teinture , 2 à 15 gram., en gargarisme, étendu dans le vin blan3 ou dans Teau .
Eau distillée , en gargarisme pour guérir les ulcères scorbutiques des gencives.
Propriétés.
Le cochlearia , d'une saveur chaude, irritante et désagréable, est excitant, antiscorbulique , diurétique. On le donne contre le scorbut, l'œdème du poumon, la toux avec expectoration, l'asthme, le catharre chronique, la cachexie, la leucorrhée , la paralysie, l'hydropisie, les scrofules, les engorgements atoniques des viscères et certaines maladies cutanées chroniques.
[Cette plante a été recommandée dans les maladies calculeuses par Desbois de Rochefort , dans les fièvres quartes par Stalh, dans le rhumatisme chronique vague par Sydenham. Mais il faut se garder de l'employer, quand il y a irritation inflammatoire , dans les affections hémorrhoïdales , l'hémopiysie , les toux sèches et spasmodiquos, les palpitations, les congestions sanguines au cerveau, la céphalalgie. Lorsqu'on est forcé d'en faire usage dans ces circonstances, il faut préparer le malade par l'usage des antiphlogistiques et mitiger l'action delà plante par l'addition des mucilagineux. Dans ces cas j'administre le mélange de suc de co-
cl)lcaria cl de lail ou de bouillon de veau ; souvent aussi il est utile de lui associer des acides végétaux, comme le suc d'oseille, ù' alléluia , d'épine-vinelle, le cidre, etc.
Je considère les feuilles et les semences de cochlcaria comme anliscorbuliques par excellence. Le mélange i\ parlies égales de suc de cochlcaria, de trèfle d'eau et de cresson, est précieux dans les affections scorbutiques arrivées même au plus haut degré, et caractérisées par l'altération du sang, des hémorragies, des ecchymoses, un état d'infiliralion cachectique , etc.
Je citerai le fait suivant comme assez remarquable: Un garçon boucher en service chez le sieur Lafranchise , de Calais, se fractura la jambe droiie en tombant de cheval. La fracture fut réduite et maintenue par les moyens ordinaires. Ce blessé était âgé de 25 ans, d'un tempérament lymphatique, et se nourrissait principalement de viandes. Au boul de quarante jours je voulus m'assurcr de la consolidation du cal ; mais, à mon grand éionnement, les deux fragments du tibia étaient tout aussi mobiles que le jour même de la chiite. Dès lors je soupçonnai l'exlslence d'une diàthèse scorbutique. J'examinai les gencives, que je trouvai enc^orgées et saignantes. Cependant aucun autre symplôme n'existait, excepté une sorte de bouffissure de la face difficile à désigner, et qui s'observe souvent dans les affections de ce genre.
Je mis de suite le malade à l'usage du mélange dont je viens de parler. Le suc exprimé des trois plantes fut pris chaque jour à la dose de 90 grammes d'abord , et ensuite de i 20 , 150 et 200 grammes. J'interdis l'usage de la viande et je donnai pour toute nourriture les pommes de terre , les légumes, et pour boisson la décoction de houblon coupée avec 'le vin de Bordeaux.
Après quarante jours de ce traitement , la consolidation, résultat de la guérison de l'affection scorbutique générale, était parfaite et la santé toul-à-fait en bon éiat.
On doit faire remarquer que la dessiccation et l'ébullition enlèvent les propriétés du cochlcaria comme de la plupart des vé'crélaux antiscorbutiques. Celle plante forme la base du sirop antiscorbulique, fréquemment employé dans les maladies du système lymphatique chez les enfants. ^
Le cochlcaria, par son action diurétique, m'a r?"^si dans quelques anasarques causées par la durée des fievi es
'"ATexlérieur, le cochlcaria est légèrement rubéfiant, dé-
lersif. J'ai appliqué avec succès le suc de celte plan le sur les ulcères scorbiiliques et aïoiiiqucs. Etendu dans l'eau , il convient en gargarisme pour délerger et raffermir les gencives scorbutiques. L'hiver je lui substitue la teinture alcoolique de la même plante, étendue dans suffisante quantité d'eau. On fait mâcher les feuilles de cochlearia connue celles de cresson, pour raffermir les gencives molles, livides, boursouflées ou scorbutiques.
On compose un esprit ardent , dit do cochlearia, qui est le produit de la distillation des feuilles de cette plante avec la racine de raifort sauvage sur l'alcool, et que l'on donne à la dose de dix à douze goudes dans des tisanes, en potions antiscorbuiiques ou pour gargarisme.
COGNASSIER ou COIGNASSIER.
Cydonia vulgaris (T.) Pyrus cydonia (L.).
Cet arbre est cultivé dans toute la France. Ses fruits et ses graines sont estimés.
Préparations et doses.
A l'intérieur : Coings, suc élendii dans s.q. d'eau pour boisson. Sirop^ de 30 à 100 gram., en potion ou pur. J\ob et gelée (6 sur iO d'eau et 4 de sucre), de 100 à 200 gram. Sirop composé, aromaiisé, de 50 à tOO gram. Scmeuces^ en décoction^ de 10 à 50 gram. par kilog. d'eau. Mucilage, éleudu dans s. q. d'eau.
A l'extérieur : Pulpe décodée, q. s pour cataplasme. Semence décoctée, q. s. pour lotions, fomentations, injections, etc.
Propriétés.
Les coings sont astringents el conviennent dans les diarrhées et les dysenteries chroniques, l'hémoptysie, la métrorrhagie, les flux hémorrhoïdaux, la leucorrhée atonique la faiblesse des organes digestifs, etc. '
Les semences sont émollientesel adoucissantes; elles sont prescrites dans les gerçures du sein et des lèvres, la brûlure les ophtalmies aiguës, etc. Elles conviennent en décoction dans les irritations des voies digeslives el urinaires dans li bronchite, la diarrhée, etc.
Le mucilage.de semences de coings peut très-bien remplacer la gomme arabique; il possède toutes les qualités de cette substance. On s'en sert en pharmacie pour favoriser
lasoliilion ei l'incorporation des substances résineuses et gommo-résineuses avec difl'éreiils médicaments.
Dans le irailemeni des liémoptysies sans molimen vers l'organe malade, ainsi que dans celui des diarrhées clironiques et aloniques, j'ai souvent prescrit la décoction de coings coupés par morceaux , et mêlée à égale quantité de décoction de semences de la même plante. Ce mélange , à la fois mucilagineux et astringent, produit un très-bon effet.
[Chez les enfants atteints de diarrhées abondantes et qui lesjellenlprompiemenl dans une extrême débilité, j'emploie avec succès, par petites cuillerées fréquemment répétées, une mixture composée de sirop de coing 30 grammes , d'infusion concentrée de sauge 60 grammes. Je fais quelquefois appliquer en même temps sur le bas-ventre des fomentalions tièdes de décoction vineuse de coings préalablement coupés par tranches. Cesmoyenssonl d'autant plus efficaces, qu'il existe moins d'irritation intestinale , ainsi que je l'ai observé dans une diarrhée qui a régné épidémiquement chez les enfants au-dessous de l'âge de deux ans pendant l'ete de 1846, et qui, pai le prompt épuisement qu'elle cansait, semblait présenter quelque analogie avec le choléra.]
Le vin de coing obtenu par la macération dans le vin de ce fruit divisé par tranches, convient dans la faiblesse générale dans les convalescences et chez les vieillards ; mais il a l'inconvénient de produire la constipation. Ce vin est emplové à l'extérieur dans le relâchement du vagin , les chûtes de la matrice, le boursouflement des gencives, etc.
[J'ai vu employer avec succès, contre la chûte du rectum, un cataplasme de pulpe de coing.]