‹ Trait©♭ pratique et raisonn©♭ de l'emploi des plantes m©♭dicinales indig©·nes [electronic resource]Chapitre 68 sur 278 · LOQUE · texte numérisé non relu

LOQUE

Solaniim scandens (T.) Solarium dulcamara (L.)

Celte plante se trouve dans toute la France , dans les fossés liiimldes , dans les haies, sur le bord des ruisseaux. Les sommités et les jeunes rameaux sont usités. Les feuilles sont employées à l'extérieur.

Préparations et doses.

A l'intérieur : Décoction et iafusion des rameaux., 8 à 30 gram. par kilog. d'eau.

Suc exprimé des feuilles, 20 à 60 gram. (presque abandonné),'

Poudre , 2 à 8 gram. (assez rarement employée).

Sirop ( 2 sur W d'eau et 8 de sirop de sucre), 30 à 400 gram . et plus , en potion.

Extrait par infusion ^^^0 cent, à \0 gram. et plus, progressivement.

Propriétés*

La douce amère est stimulante, sudorifique, dépurative , légèrement narcotique. On la conseille dans les affections rhumatismales et vénériennes , les dartres , la gale , les ulcères de mauvais caractère, les engorgements des viscères abdominaux, les scrofules, les inflammations latentes du poumon, la phthisie , la goulle, les affections calarrhales chroniques, l'ictère , l'asthme , les convulsions , la coqueluche, etc.

[Les effets primitifs de la douce-ainère se font remarquer sur le tube digestif; mais cette plante a une action secondaire sur divers systèmes et notamment sur le cerveau et le système nerveux. Cette action varie beaucoup selon les dispositions individuelles et l'état des organes ; elle se porte plus ou moins sur la peau, les reins, l'encéphale, etc. Mais l'irritation révulsive qu'elle détermine sur le tube digestifest la chose, la plus importante à observer par rapport aux effets secondaires qui en résultent, et qui lui sont en grande partie subordonnée.

Donnée à grande dose, cette plante produit des nausées,

(4) Cet article, peu étendu dans le mémoire couronné, a été considérablement augmenté.

des voniisscmcrits , de l'anxiélé, des picotements dans diverses parties du coi-ps , quelquefois un prurit des orp^anes génitaux , des évacuations alvines, une abondante sécrétion d'urine, des sueurs, des crampes, de légers mouvements convulsifs dans les paupières , les lèvres et les mains , de l'agitation, de la pesanteur de tête, de l'insomnie, des verliges, des étourdissements , en un mot, la série des symptômes qui annoncent évidemment un principe vénéneux tel que celui qu'on rencontre dans d'autres plantes du même genre , mais moins actif que dans la belladone et autres solanées. Chez certains individus ce principe ne produit même aucun effet. Guersent rapporte avoir pris jusqu'à 15 grammes d'extrait de douce-amère sans en avoir éprouvé la moindre influence.

Floyer {pharmacol, page 86), dit que trente des fruits de douce-amère ont fait périr un chien dans l'espace de trois heures; mais M. Dunal [histoire médicale des solanées) , a fait avaler à des cabiais et à des chiens de moyenne taille , de trente à cent cinquante de ces fruits sans qu'il soit arrivé le moindre accident à ces animaux. D'après ces dernières expériences , il est reconnu aujourd'hui que les baies de douce-amère n'ont aucune action vénéneuse sur les animaux , et que la mort du chien dont parle Floyer doit être attribuée à une cause accidentelle n'ayant eu d'autre relation, avec l'ingestion de ces baies , que la coïncidence de deux faits distincts.

Les feuilles de douce-amère n'ont pas plus d'action que les fruits ; les tiges sèches de cette plante sont les seules parties qui jouissent d'une énergie généralement reconnue.

Il n'est rien de plus vague , de plus contradictoire que tout ce que les auteurs rapportent sur les propriétés médicinales de la douce-amère. On a fait un grand usage ou plutôt un grand abus de cette plante , et cependant rien de positif, dans la plupart des faits recueillis, n'est venu éclairer le praticien. Boerhaave et Haller en ont conseillé l'emploi dans les pleurésies et les pneumonies; WerlhoCfet Sa^^aronl vanté son efficacité contre la phthisie pulmonaire; Linné assure l'avoir donnée avec avantage à l'hôpital de Stockolm contre le scorbut. Tragus (Lebouc) l'a administrée dans les engorgements glanduleux et viscéraux, et surtout dans l'ictère. Dehaen l'a mise en usage contre les convulsions et diverses aO'ections spasmodiques. Sauvages lui attribue la guérison d'une syphilis constitutionnelle. Razoux a préconisé ses vertus contre l'hydropisie, la cacochymie, les scrofules. Guersent l'a trouvé utile dans cer-

tains catarrhes avec atonie et sans fièvre , et dans plusieurs cas de blennorrhagie et de leucorrhée. Quelques auteurs l'ont regardée comme anthelmintique. Carrère a observé des rhumatismes aigus guéris par la douce -amère , ou plutôt par les saignées, les bains, les délayants, qu'il employait en même temps comme auxiliaires , en ne voyant jamais que les vertus de la plante en faveur de laquelle il était prévenu. On peut croire néanmoins que celte plante, en augmentant l'action de la peau , a pu contribuer à la guérison , bien que Cullen , qui en a fait usage dans ces maladies, avoue que si elle a paru quelquefois y être avantageuse , le plus souvent elle n'y a prodoU aucun effet.

Il en a été de la douce-amère comroe de beaucoup d'autres médicaments. On a trop vanté ses vertus ; les plus belles espérances ayant été déçues , on lui a refusé trop légèrement la place qu'elle doit occuper dans la matière médicale. Les observations de Razoux , de Bertrand de la Grésie et de plusieurs autres médecins , ne laissent aucun doute sur l'etlflcaci lé de cette plants contre les dartres ; et si Desbois de Rocheforl et Alibert n'en ont obtenu que des succès médiocres, il faut, suivant îa remarque de Guersenl, en attribuer la cause à ce qu'ils ne Font pas employée à dose assez forte. L'usage que j'en ai fait dans les affections cutanées chroniques vient à l'appui de celte dernière opinion. J'ai vu chez un marin de Calais , âgé de quarante-un ans, d'un tempérament lymphatique , une dartre eczémateuse occupant les deux tiers de ia jambe droite , avec exsudation séro-purulente , et qui avait résisté pendant un an à divers traitements , guérir dans l'espace de deux mois par l'usage interne d'une forte décoction de rameaux de douce-amère. Les premières doses ( 12 grammes, en augmanlant tous les jours d'un gramme jusqu'à 60 grammes par jour ) , ont produit des maux de tête, des vertiges et des étourdissements. J'ai persisté; et ces symptômes ont disparu pour faire place à une excitation de la peau , à des sueurs pendant la nuit et quelquefois à des évacuations alvines. Le succès obtenu dans ce cas m'a paru d'autant plus remarquable , que l'on n'a pu l'attribuer à aucun autre médicament ; car le plus souvent la douce-amère étant administrée en môme temps que d'autres substances , on ne peut en distinguer les effets.

Je dois dire, cependant, que Wauters {reperfor. remed. indigen. ) cite plusieurs observations rapportées par Althof €t qui prouvent aussi incontestablement que cette plante , donnée à grande dose et sans autre médicament, a guéri

des affections herpétiques graves, des leucorrhées âcres des ulcères invétérés, etc. Wauters l'a vanté contre l'hy-

dropisie. , 'j / r. •

M. Fagcs ( Recueil pénodiq. de la Soc. de med. de rans , tom. VI, pag. 162 ) , a employé avec succès la douce-amère associée à une certaine quantité de tartre slibié dans le traitement des dartres. Ce médecin faisait prendre , dès le principe 50 centigrammes d'extrait de douce-amère avec 2 centigrammes et demi de lartre stibié , et il augmentait nroo-ressivement la dose de l'une et de l'autre substance, de manière que, dans un cas, il a ordonné l'extrait jusqu a la dose de 32 gros ( 120 grammes ) , et le tartre stibie a celle de 32 grains ( 1 gram. 60 cent.) par jour , en divisant cette nuanliié en deux prises , l'une pour le matin , et l'autre îîour le soir. D'un côté le lartre slibié avait perdu une orande partie de son action émétique par son union avec îa douce-amère , de l'autre il était toléré par la graduation des doses, et le médicament opérait le plus souvenlpar une auo-meniation des sécrétions, et surtout par des sueurs qui laissaient quelquefois le malade dans une sorte d'abattement.

Les observations rapportées par l'auteur semblent ne devoir laisser aucun doute sur l'efficacité de ce mélange, au'on pourrait, je crois , administrer aussi avec avan âge dans le rhumatisme articulaire chronique et même dans l'arthrite aiguë, après l'emploi, dans ce dernier cas, des émissions sangiîines dont l'effet antiphlogistique place 1 organisme dans les conditions favorables à la révulsion.

On trouve dans le journal d'Hufeland quatre observations recueillies à l'Institut polyclynique de Berlin, sur 1 emploi de l'extrait de douce-amère contre la coqueluche ; mais . comme dans le traitement mis en usage cet extrait est joint rdTpréparalions antimoniales , il est difficile cl'apprec.er Vaction de chaque substance. Ces observations n en sont nis moins intéressantes sous le rapport pratique. ^ Swedhiur recommande l'usage de la douce-amere dans les afïections syphilitiques de la peau Muija,^ et Carr^^ e disent l'avoir emplovée avec succès dans les douieu s ostéocopes et dans là leucorrhée regardée comme suite ou coSe cause de dartre à la vulve. Cependant, on ne doit corp^sur ses bons effets que dans les affections syph hîk ues qui ont résisté au traitement mercuriel Je 1 ai administrée avec succès , jointe à la racine de bardane et a Sle de mezereum , dans un cas de syphilide squammei^e «urvenue trois mois après un traitement mercuriel incomp t et mal dirigé. Le malade, âgé de vingt-quatre ans . et

tjlii n'avail eu, pour affection primitive, qu'un chancre resté un peu induré après la cicatrisation , avait aux bras, au front et au cuir chevelu des plaques rouges, pustuleuses et squauimeuses. Dans les premiers jours du traitement l'érupiion augmenta ; mais , au bout de trois semaines environ , les squammes se détachèrent , la rougeur disparut peu 5 peu, les pustules se cicatrisèrent et|la guérison fut complète au cinquantième jour. Quoique l'on ne puisse faire ici la part de la douce-amère dans le résultat obtenu , je n'ai pas cru devoir passer sous silence un fait qui m'a paru'présenter quelque intérêt sous le rapport de la possibilité de trouver dans nos plantes indigènes les ^moyens de remplacer la salsepareille.

J'ai employé pendant près de troisfmois lafdécoclion et l'extrait de douce-amère à doses progressivement augmentées jusqu'à celle de 45 grammes par jour , chez trois scrofuleux ayant des engorgements glanduleux ulcérés au cou, et je n'en ai observé aucun avantage. Il me paraît démontré que les effets qu'on attribue à celte plante , dans le traitement des scrofules , sont dus aux substances énergiques auxquelles on l'associe presque toujours. ]

Donnée en décoction dans le lait contre les bronchites chroniques, la douce-amère m'a réussi dans certains cas, et a été sans effet appréciable dans d'autres^cas ide même espèce. J'ai remarqué qu'en général elle réussissait mieux dans les toux sèches et nerveuses que dans celles qui étaient accompagnées d'expectoration .

On a recommandé les bains de décoction de tiges ^de douce-amère dans les affections herpétiques et dans les dermatoses syphilitiques. On employait autrefois les feuilles de cette plante en topique sur les engorgements des mamelles, sur les hémorroïdes douloureuses, les squirres etles cancers ulcérés, sur les contusions, les entorses, les échymoses, etc. La confiance qu'on leur accordait venait sans doute de l'analogie de la douce-amère avec les autres solanées. Aujourd'hui on regarde les feuilles de cette plante comme simplement émollientes. Cependant je les ai quelquefois appliquées , avec celles de morelle , en cataplasme sur les engorgements du tissus cellulaire ou glanduleux des seins chez les nourrices.

[ Les médecins ont beaucoup varié sur le mode d'administration de la douce-amère. Tragus Aiisait bouillir une livre (SOO gram.) de tiges de cette plante dans deux livres ( 1 kilog. ) de vin blanc , et prescrivait deux verres par jour de celte décoction au malade. Razoux , craignant l'action

vénéneuse de celle plante , ne dépassait pas lu dose de 4 grammes dans une pinte d'eau réduite à moitié. Carrère en donnait 8 grammes en décoction , en augmentant cette dose d'aulanl tous les six jours. Quarin la porta à 60 gram. Crichlon en conseillait 30 grammes par jour en trois fois, dans 45 grammes d'eau réduits à 30 grammes, et Gardner [London, Médical Repertonj , 1830) , en prescrit jusqu'à 90 grammes qu'il fail prendre aussi en trois fois chaque jour. Quoique la douce-amère ne puisse occasionner aucun accident dangereux , il est bon cependant d'en commencer l'usage par la dose de 4 à 8 grammes , et d'aiigmenterpro gressivemeni jusqu'à 60 grammes et plus , s'il ne survient aucun symptôme qui oblige d'agir avec plus de ménagement. On prépare la décoction de celte plante en faisant d'abord infuser les tiges coupées par morceaux pendant plusieurs heures dans de l'eau bouillante. On fait ensuite réduire le liquide par l'ébullilion , d'un tiers environ. Le malade doit prendre au moins un demi-kilogramme de cette décoction par jour, seule ou mêlée avec du lait L'infusion aqueuse est rarement empîoyée-

Les tiges de douce-amère doivent être mises en usage dans l'année, êlre remplies de moelle et recueillies au printemps ou vers la fin de l'automne. On les coupe par morceaux longs de deux à cinq centimètres , que l'on fend suivant leur longueur pour les faire sécher ensuite avec soin. On doit préférer la douce-amère récollée dans le midi , ou dans les endroits secs et élevés , à celle que l'on cultive dans les jardins comme objet d'agrément, ou qui vient dans les lieux bas et humides. ]

[ L^ SoLANiNE , découverte par Desfosses , est le principe immédiat alcaloïde de la douce-amère , de la morelle et des baies de pommes de terre. Elle se présente sous forme de poudre blanche ou de cristaux réunis en étoiles, dune saveur légèrement amère et nauséeuse. De tous les sels de solanine , l'acétate est le seul dont on ait essaye 1 action sur l'homme. Comme l'opium , îa solanine peut produire le vomissement et le sommeil ; mais ses propriétés vomitives paraissent plus développées que celles de 1 opium , tandis que ses propriétés narcotiques le sont beaucoup moins (Manendie , Desfosses). Ce principe actif diffère des autres alkalisdes solanées, puisqu'il ne dilate pas la pupille , et qu'à dose toxique il paralyse les extrémités inférieures, bes propriétés thérapeutiques sonl encore peu connues ; on

devrait e/uHudier raclion dans le cas où l<;s extraits do douctî-amère et de rnorelle sont indiqués, mais h doses irèsluininieS; comme de fi à 12 milligrammes, en j)ilules.

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