‹ Trait©♭ pratique et raisonn©♭ de l'emploi des plantes m©♭dicinales indig©·nes [electronic resource]Chapitre 69 sur 278 · ÉCLAIRE · texte numérisé non relu

ÉCLAIRE

GIUNDE ÉCLAIRE , Cn/iLinOIMi , FELOUOUE.

Chelidonium majus viilfjare (ï.) Clielidoiiium majus (L.)

Cette plante eroît dans toute la France et se trouve dans les masures, dans les lieux frais et ombragés, le long des haies, etc. La racine, l'herbe et les fleurs sont usités.

PréparadonM et Aomen,

A l'intérieur: Uacine en décoctim, de 10 à <o gram. par kilog. d'eau, à prendre par lasses dans les vingt-quatre licfires. Suc exprimé^ de 1 à 4 gram. dans de l'eau sucrée, en érnulsion, potion, etc.

Extrait (l sur 40 d eau), de 2u cent, à 10 gram. progressivement

ou suivant l'effet que l'on veut produire. Vin {iîi à/JO gram. de racine pour \ kilog. de vin), 50 à 90 gram.

rhafjue matin.

A l'extérihijr: Suc de la plante f raidie, quantité suffisante, seul ou étendu dans l'eau , pour topique rubéfiant ou stimulant de la peau , pommade avee l'axonge et le suc ou l'extrait ; décoction pour lotions , injections , etc.

FTojorlétéK.

Toute la plante contient un principe acre, volatil. Des incisions faites à la tige découle un suc jaune, amer, caustique, d'une odeur forte et nauséabonde, d'une saveur âcre, tenace, Irès-amère. Purgative, excitante et diurétique, la chélidoine peut être utile dans les engorgements abdominaux, l'hydropisie , l'ictère, les affections scrofuleuscs, syphilitique» et dartreuses, la goutte, le calcul, etc. Les feuilles fraîches de cette plante sont rubéfiantes et véslcantes ; son suc âcre et caustique a été utile en lotions sur les ulcères atoniques, scrofuieux, les dartres, les excroissances, les verrues, les cors, etc.

La chélidoine, qui croît partout et que les anciens avaient parfaitement appréciée, ne mérite pas l'oubli auquel elle a été condamn'3e par les médecins modernes. Son énergie est

irès-grande et ses effets plus ou moins prononcés suivant la dose à laquelle on l'administre et ses divers modes de préparation. Une cuillerée de suc de chélidoine, dilBodard, purge et fait vomir. Il m'a suffi de cette dose mêlée avec autant d'eau sucrée pour obtenir un effet éméto-cathartiqiie violent chez une jeune fille atteinte d'une fièvre quarte, avec gonflement de la rate et éiat cachectique très-prononcé. La perlubalion causée par l'action de ce médicament amena une grande amélioration dans l'état de cette jeune fille. Elle n'éprouva plus que de faibles accès qui, plus tard, cédèrent lout-à-fait à l'usage d'une forte décoctio-n de trèfle d'eau et d'écorce de saule blanc.

Je crois, avec les anciens, que les propriétés de la grandeéclaire sont plus énergiques dans la racine. Galien et Dioscoride administraient cette racine en infusion dans du vin blanc, pour la guérison de l'ictère. Forestus la faisait bouillir dans la bière. Je l'ai employée de l'une et de l'autre manière, selon les circonstances et la position de fortune des niiilades, dans l'hydropisie et dans les embarras atoniques des viscères, qu'il est plus facile d'apprécier chez le malade que d'expliquer, et que l'on rencontre fréquemment chez les pauvres exposés à l'action du froid humide et soumis à toutes les autres causes de destruction qui les entourent.

Lange (médecine domestique de Brunswick) emploie de préférence l'extrait de chélidoine préparé avec du vin à un feu doux, et l'ordonne à la dose de 1 gram. 20 centig. a 1 gram. 50 centig. dissous dans de l'eau distillée, que l'on faU prendre au malade chaque jour pendant plusieurs semaines , pour combattre l'ictère , les fièvres intermittentes et les obstructions lentes des viscères abdominaux. J'ai vu employer avec succès contre la gravelle et l'hydropisie, par le conseil d'un guérisseur de campagne , la racine de chélidoine infusée dans le vin blanc (30 à 60 gram. de racine pour 1 kilog. de vin) ; ce vin était pris à la dose de 30 a 90 gram. chaque matin, et agissait à-la-fois comme diurétique

et comme laxatif. .

[Gilibert assure avoir guéri des ictères chroniques et des empâtements de la rate par l'usage de la décoction de chélidoine. Wagner et Linnée l'ont employée avec succès danslesfièvres'intermittentes.,M. Récamier regarde aussi cette plante comme ayant sur les engorgements indolents de la rate une action particulière.] ,

J'ai adopté dans l'administration de la chélidoine la méthode indiquée par le professeur Wendt : j'exprime, en eie, le suc de toute la plante, et le mêle à une égale quantité de

miel. La dose de ce mélange, qui d'abord esl de 8 gram., est graduellemenl portée ii 16 gram. délayés dans une à deux cuillerées d'eau. Au printemps et en automne, je n'emploie que le suc de la racine, et, en hiver, je donne l'extrait de la plante tout entière, dont je forme des pilules de 10 centigrammes ; je commence par en donner deux ; puis j'arrive progressivement à dix, et je continue cette dose jusqu'à la guérison. Administrée de cette manière, la cliélidoine est un médicament d'autant plus utile qu'on le trouve toujours sous la main. Je l'ai employée avec succès chez un garçon de ferme, enfant de l'hospice, âgé de dix-sept ans, d'un lempéramment éminemment lymphatique, et atteint d'une dartre squammeuse-humide occupant les aines et la partie interne et supérieure des cuisses. Cette aff3Ction datait d'un an environ. Je commençai le traitement au mois de juin 1833, en donnant d'abord 6 gram. de suc d'éclairé mêlé avec autant de miel, et j'augmentai graduellement et de manière qu'au quinzième jour de traitement le malade en prenait 12 grammes : à cette époque l'amélioration était sensible. Je fis alors pratiquer des onctions avec une pommade composée de suc de la même plante bouillie dans du saindoux jusqu'à consomption de ce suc, d'après le conseil d'un curé qui avait employé celle pommade dans des cas semblables. Au bout d'un mois de ce traitement, aussi simple que peu coûteux, la dartre était entièrement guérie. Ce jeune homme, que j'ai revu depuis, jouit d'une très-bonne santé.

[La chélidoine est un purgatif prompt et certain que le médecin de campagne peut employer dans presque tous les cas où ce genre de médication est indiqué, et surtout dans les maladies chroniques. Celte propriété est due à la présence de la gomme-guite. Moins active que cette dernière, la chélidoine en a tous les avantages sans en avoir les inconvé- ■ nienls. Ce purgatif indigène est le plus efficace] de tous ceux que l'on a proposés comme succédanés des évacuants exotiques. S'il nous venait de l'Amérique ou des Indes, on le trouverait dans toutes les pharmacies, et tous les médecins le prescriraient. Quand donc finira celle exoticommiie qui rend la médecine inaccessible au pauvre, et la France tributaire de l'étranger pour des ressources qu'elle possède et dont elle pourrait user à si bon marché?

J^e suc ou l'extrait de grande-éclaire, mêlé avec le jaune d'œuf, le mucilage de semence de coing, de racine de guimauve ou de graine de lin, dans suffisante quantité d'eau sucrée, forme la base d'une potion purgative, légèrement

laxaiivc ou alléraiile, suivant la dose à laquelle on Tadministre. J'ai quelquefois employé avec succès comme vermifuge l'exlrail de chélidoine en pilules avec le calomel. L'usage de ces pilules, continué longtemps, m'a réussi dans quelques affections scrofuleuses et dartreuses présumées d'origine syphilitique par hérédité, dans les engorgements chroniques du foie et de la rate, et dans les constipations opiniûtres dues à l'inertie desinstestins.L'effctlaxatif produit par la chélidoine permet d'administrer le prolochlorure de mercure h petites doses, sans craindre son action sur la bouche. On sait qu'une petite quantité de calomel répétée et qui séjourne dans les premières voies, où elle est absorbée, cause plus facilement la salivation qu'une dose plus forte de cette substance déterminant des contractions intestinales et la purgation.

La chélidoine doit être maniée avec prudence. Comme toutes les plantes énergiques, elle peut, à trop forte dose, occasionner des accidents et même la mort, en déterminant une vive inflammation des organes digestifs, et secondairement une irritation du système nerveux. M. Orfila pense que cette plante agit spécialement sur les poumons.]

Les anciens préparaient dans un vase de cuivre un collyre composé de suc de chélidoine et de miel. Je ne dirai pas, avec certains enthousiastes, que l'on a prévenu la cataracte et guéri des amauroses par l'usage interne et externe de cette plante; mais je puis affirmer que nos paysans ont souvent guéri des ophtalmies chroniques qui avaient résisté à toutes les ressources de l'oculistique, par la décoction de ses feuilles employée comme collyre. Ce moyen est lout-à-fait populaire et a "dû être connu de temps immémorial, ainsi que l'annonce le nom de grande- éclaire, fondé sans doute sur une propriété constatée par l'expérience. J'ai moi-même employé avec succès le suc des feuilles de chélidoine, étendu dans plus ou moins d'eau fraîche, en collyre pour les ulcères des paupières, les palpébrites muqueuses ou glanduleuses, les ophtalmies chroniques, les taies de la cornée et les restes du ptérigion. L'emploi de ce collyre réclame de la circonspection : le suc pur de cette plante, en contact avec la conjonctive, peut déterminer une vive irritation et même une inflammation grave de l'organe de la vue. Je pense néanmoins que le suc des feuilles de chélidoine, plus ou moins étendu dans l'eau et même pur, conviendrait, instillé entre les paupières, dans l'ophtalmie purulente des nouveauxnés ; c'est un moyen à essayer.

J'ai employé la racine fraîche de grande-éclaire sur les

lumeurs scrofuleiises ulcérées; elles ont eu un effet marqué et ù-peu-près semblable à celui que produit la racine d'arum employée de la même manière. Le suc des feuilles et des racines de cette plante, pur ou mêlé avec plus ou moins d'eau, selon qu'on veut lui donner plus ou moins d'activité, appliqué avec de la charpie sur les ulcères sordides, scorbutiques, aloniques, les modifie avantageusement, les déterge et les met dans des conditions qui en favorisent la cicatrisation. J'ai eu plusieurs fois l'occasion de constater les bons effets de ces applications. Les injections de ce suc dans les ulcères sinueux pourraient, en déterminant une irritation piilegmasique de leurs parois, en produire l'adhérence, si j'en juge par Fessai que j'en ai fait dans un cas de décollement survenu à la suite d'un abcès ouvert spontanément à l'aisselle.entreienant une suppuration assez abondante depuis trois mois, et que j'ai guéri par ce moyen. Je laissais séjourner le suc injecté jusqu'à production delà chaleur et de la douleur, ce qui avait lieu au bout de deux à trois minutes. J'exerçais ensuite une compression graduée.

[J'ai vu mettre en usage avec succès, pour provoquer l'écoulement des règles, un pédiluve préparé avec une grande quantité de chélidoine fraîche en décoction dans une suffisante quantité d'eau. Ce pédiluve gonfle promptement les veines des extrémités inférieures et leur donne l'apparence d'une dilatation variqueuse. On pourrait l'employer dans tous les cas où les bains de pieds irritants sont indiqués.

On applique le suc de grande-éclaire pour détruire les verrues et les cors ; mais son action, trop faible pour cela, est assez forte pour enflammer les parties voisines et augmenter le mal au lieu de le détruire.

La chélidoine qui a été récollée dans un terrain sec ou sur de vieux murs est beaucoup plus active que celle qui a criî dans des lieux humides et ombragés. La dessiccation lui fait perdre une partie de son âcretéjandis qu'elle augmente au contraire son amertume. Sa racine, blanche intérieurement et d'un brun rougeâtre à l'extérieur, devient presque noire quand elle est sèche.]

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