‹ Trait©♭ pratique et raisonn©♭ de l'emploi des plantes m©♭dicinales indig©·nes [electronic resource]Chapitre 95 sur 278 · GLOBULAIRE · texte numérisé non relu

GLOBULAIRE

Glohularia fiuiicosa (T.) - Glohuiaria ahjpim (L.)

Ce sous-abrisseau croît dans les départements méridionaux de la France, en Espagne, en Italie. Ses feuilles seulement sont employées.

Préparations et doseis.

A L'intérieur : Décoction des feidUes sèches, de \2 k 50 gram. pour 400 gramm. d'eau.

Exilait, de 2 grain. 50 cent à 5 grammes.

Proprîétéis.

La globulaire lurbith, d'une saveur très-amère, est un purgatif qui opèredoucement, sans produire ni irritation, ni nausée, ni malaise. Il peut avantageusement remplacer le séné à dosedoublede ce dernier. En comparant les effets deces deux plantes, Loiseleur - Deslonchamps {Biblioth. méd., t. 48), observateur judicieux auquel on doit de précieuses recherches sur la thérapeutique végétale indigène, a constaté que tous les avantages étaient en faveur de la globulaire ; que la décoction de cette dernière était exempte de la saveur désagréable du sené, et que les évacuations qu'elle produisait étaient plus égales. Elle est en même temps tonique.

D'après le docteur Ramel, qui a puissamment contribué, après Clusius et Garidel, à dissiper les préventions que l'on avait contre cette plante (1), la globulaire serait en outre

(1) Les propriétés de la globulaire turbilh étaient inconnues aux anciens. Le nom d'Herbe lerrible, Herba terribilis, Frulcx ierribilis, que lui donne J. liauhin, et qu'elle porta long-temps aux environs de Montpellier, atteste qu'on la regardait comme un purgatif violent. Cette erreur vient, ainsi que l'a démontré M. Mérat (Dict. des Sciences màd., t. xvni et siàv. — Journal de Mcd,, t. 62, p. 374), à ce qu'on a confondu cette globulaire avec Valypum de Dioscoride, qui est, en effets un drastique dangereux

hydragogue el fébrifuge. On ne peut altribiier son action contre les fièvres intcrmiilenles qu'à son principe amer, et son utilité dans les hydropisies qn'h ses effets purgatifs.

Quand on administre la globulaire en décoction, qui est la forme la plus usuelle, il faui que l'ébullition soit continuée environ dix minutes, afin que l'eau puisse s'emparer de toutes les parties actives de la plante.

Globulaire vulgaire , Marguerite bleue, {Globularia vulgaris). Les feuilles de cette espèce, qui croît dans les pâturages secs des départemenis du centre et môme du nord de la France, peut très-bien remplacer la globulaire turbiih, en augmentant la dose d'un tiers. Elle m'a constamment réussi.

GRATIOLE,

herbe a pauvre homme, GRACE DE DIEU.

Digilalis mvùma, graiiola dicta (T.) GraiioJa officinalis (L.)

La gratiole se trouve partout dans les lieux humides, aux bords'des ruisseaux, sur les chaussées des étangs et des moulins. L'herbe et la racine soni usitées.

Prcpnrafîons et dose»*

A l'iatéiueur : Décoction ou infusion^ de 4 à 12 gram. pour \20

grammes cVeaa ou' de vin.

Poudré', de 50 cent. à 2 ^i-am. en pilules, potion, etc. Extrait (I fraiclie sur \ d'eau par déroclion), de 10 cent. à 1 gram. Vin II sur 50 de vin), de 50 à 100 gram.) Teinture ( I sèche sur 8 d'eau-de-vie) , de 50 cent, à 2 gram.,

seule en potion.

Propriclés.

A trop grande dose , la gratiole , d'une saveur amère et nauséabonde, esi un irritant qui produit l'empoisonnement à la manière des drastiques. A dose modérée, c'est un éméiocathartique énergique trop négligé de nos jours. Il a été utile contre certaines hydropisies non accompagnées de phlegmasie, dans l'hypocondrie, la manie, le rhumatisme chronique, la goutte, quelques affections vermineuses, contre le ténia, etc. A faible dose et fractionnée , la gratiole peut élve employée comme altérante dans plusieurs maladies chroniques de la peau.

[ « Sept fois, disent Costc el Wilmet {Essais de mat. méd. indig., tom. ii,p. 101), nous nous en sommes servi pour

nuro-er des œdémaiiques, et l'effet hydragogiie s'en est suivi sans irritation et sans fatigue. Nous avons administré cette infusion aqueuse à 12 personnes (4 à 12 gram. de feuilles pour un verre d'eau) , de différents âges, sexes, constitutions, attaquées de saburre pituiteuse, de fièvre erratique, d'hydropisie et devers. Nous nous sommes bien trouvés de l'addition d'un gramme jusqu'à quatre de racine de la même plante, dans cette infusion, pour les hydropiques. Mais nous nous sommes abstenus de prescrire cette racine en poudre, à raison de letat d'anxiété et de malaise qu'elle communique aux malades, par de fausses envies de vomir, »

J'ai administré plusieurs fois la poudre de graliole comme vomitive, à la même dose que celle d'ipécacuanha : ses effets ne sont pas constants ; car elle purge quelquefois énergiquement sans faire vomir. Wauters a fait la même remarque et en parle ainsi : Pessimum sane, si remedium aliquod adhibentes, ignoramus an emeticam an draslicam, an nimiam an nullam vim sit exerturum. [Beperlor. remedior. indigen., p. 56). Comme émélique, l'asaret est bien préférable à la gratiole , dont l'administration , d'ailleurs, n'est pas sans danger dans le cas d'irritation gastro-intestinale, de diarrhée ou de dyssenterie, malgré l'opinion de Boulduc {Mém. de l'Acad. des Sciences, 1707, p. 188), qui considère la graliole comme aussi efficace que l'ipécacuanha au commencement de cette dernière maladie. Il n'y a aucune parité entre l'ipécacuanha, qui agit principalement sur l'estomac comme vomitif, et la graliole dont l'effet, comme purgatif violent, se produit sur tout le tube digestif.

Comme purgatif, la graliole est le meilleur succédané du jalap et du séné. J'ai souvent remplacé ce dernier par les feuilles de gratiole à la dose de 8 grammes infusées dans 120 grammes d'eau , avec addition de 30 grammes de sirop de nerprun. J'ai employé aussi , d'après Bergius , dans les fièvres inlermillentes automnales avec cachexie, le mélange de SO centigrammes de gratiole en poudre avec 25 centigrammes de gentiane. Après quelques jours de l'usage de se mélange, je faisais prendre l'écorce de saule unie à l'absynthe ei à la racine d'angélique dans le vin blanc ou dans la bière. J'ai pesque toujours réussi à me rendre maître de la fièvre parées moyens simples, et à obtenir ainsi, par nos végétaux indigènes, des résultats aussi satisfaisants qu'avec les substances exotiques d'un prix élevé.

J'ai donné avec succès, dans quelques hydropisies exemptes de flegmasie et accompagnées de flaccidité, d'atonie générale,soit l'infusion aqueuse, soit l'infusion vineuse de feuilles

et de racine de gratiole, à la dose de SO à 100 grammes, selon l'âge, le tempérament et les forces. Elle m'a paru agir avec certitude et sans inconvénient quand la prudence a présidé à son usage. Il faut toujours commencer par une dose modérée, afin de juger du degré de susceptibilité des organes digestifs. A la campagne, où l'on fait un fréquent usage de celte plante pour se purger, elle agit doucement chez les uns, et cause chez les autres des superpugairons, à cause du défaut de prudence et de discernement dans son administration. J'ai vu, dans deux cas d'hydrothorax avec tuberculisation, la gratiole produire une diarrhée opiniâtre et hâter la mort. On doit toujours, quand cette complication existe, s'abstenir de l'usage des purgatifs.

Peyrilhe, qui donne à la gratiole la qualification d'héroïgue, conseille de l'employer avec du petit lait, afin d'empêcher les nausées et les vomissements. Boulduc prescrit l'infusion des feuilles dans du lait, dont on donne un verre par jour dans l'ascite, ou contre les vers. Je l'ai administrée aussi dans du lait, comme purgative et vermifuge, avec succès.

C'est, comme tous les purgatifs, à titre de dérivatif et non en raison de propriétés spéciales, que la gratiole a été utile dans les affections cérébrales non fébriles, telles que l'apoplexie, la manie, et contre la goutte, le rhumatisme chronique, les écoulements blennorrhagiques et leucorrhéïques, l'orchile, etc. On l'a vantée dans le Dehrium iremens (journ. d'I-Iefeland— 1830).

A petite dose et comme altérante, la gratiole a été utile dans les engorgements froids des viscères, la cachexie, les maladies chroniques de la peau, la syphilis, etc. Dans ces cas, c'est surtout son extraitqu'on emploie : on le fait prendreà la dose de 10 centigrammes, matin et soir d'abord, en augmentant ensuite peu à peu la quantité, jusqu'à ce qu'il survienne des évacuations. Cet extrait, associé à une poudre aromatique et mis en pilules, est, de tous les modes d'administration delà gratiole, celui qui mérite la préférence. Administré ainsi cm avec des feuilles de rhue ou de la semence de lanaisie, il m'a complètement réussi comme anthelmintique.

[La gratiole, donnée en lavement, a une action spéciale sur les organes de la génération. Employée de cette manière chez les femmes, elle a quelquefois donné lieu à une sorte de nymphomanie. M. Bouvier a rapporté dans le journal général de médecine {vol. 54) quatre observations qui constatent celte action singulière. Le praticien devra donc en tenir noie pour les cas où il jugerait nécessaire l'injection de gratiole dans le rectum.

SioU el après lui Swediaur, employaient la formule suivie contre les dartres et la syphilis invétérée : Rob de sureau So grammes; extrait de graliole, 12 grammes; sublimé cônosif, 13 centigrammes, pour un éleclua.redoni ladose «^îii de 4 Grammes tous les malins. , ,. '

il est impossible d'admettre, en présence du subi— rosif nue la graiiole puisse avoir une part active a la guei ilon Orpcut^n dire aulant de la guérison de la g^l;^.. pblenue slnvant le docteur Delavigne [dmertauoj^^^^^^ ficinali cjusQue usu m morbis cuUine%s ; m^.,Eilangœ 1799) par l'usage inierne de la décoction de gratiole, joint a des onctions d'onguent ciirin dans le premier cas , et, dans le second, à des lotions de sublimé dissous dans 1 eau.

On a vanté les applications extérieures de la gratiole contre la goutte et le rhumatisme chronique. On conçoit facilement que Matthiole et Césalpin aient pu croire que les feuil les de cette plante guérissaient promptement les plaies sur lesquelles on les applique ; mais n'est-on pas surpris de voir Murray adopter , avec les progrès de la chirurgie , une semblable opinion? , , , ,

La graiiole , moins amère quand elle est desséchée, ne perd cependant que peu ou point de ses vertus.]

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