GRENADIER
BALAUSTIER.
Vunica sylvestris^ saiiva (T.) Punica (jranulum (L )
Le grenadier , originaire des contrées de l'Afrique que baigne la Méditerranée, croîi en Espagne, en Italie, etdans le midi de la France. On emploie les fleurs (balaustes), les fruits (grenades), la racine et l'écorce (malicorium).
Prèparalions et doscis.
A L'iiNTÉRiEUR : Iiifiisioii OU (IccocHon des [leurs, de \S à 30 gram. par kilog d'eau.
Décociion de l'écorce du fruit, de 30 à CO pram. par kilos (I eau.
DécorUon de Vècorcede la racine fraîche, 60 gram, pour 700 gram. d'eau que l'on fait réduire à 500 gram. et que l'on donne en trois fois contre le ténia.
Extrait atcoolique de la racine, de 13 à 20 gram. comme astringent, vermifuge.
Poudre de la racine, de S à 15 gram. en pilules, bols, ou dans du vin, comme astringent.
Poudre de malicorium, de 5 à 12 gram. en substance ou en bol, etc.
Sirop de grenade, (8 tle siic sur i5 de sucre), de 50 à CO gram en boisson. °
Suc de fjreuade, étendu dans l'eau et édulcoré.
Sirop de malicorium, de 30 à GO gram. en potion.
Semence en poudre, de 4 à 8 gram. dans du vin, comme astringent.
A L'EXTÉRiEun : DécocHon des écorces ou des peurs (30 à 90 gram. par kilog. d'eau), pour fomentations, lotions, lavements astringents, etc.
Propriétés.
Les fleurs ou balaustes et l'écorce du fruit du grenadier ou malicorium (cuir de pomme), sont ioniques et astringentes. On les emploie, à l'intérieur, dans la diarrhée et la dyssenterie quand la période d'irritation est dissipée , dans les hémorrhagies passives, les écoulements muqueux avec atonie, et, à l'extérieur, en gargarisme dans le gonflement atonique des amygdales, le relâchement de la luette et des gencives, en lotion et en injection contre le relâchement de la muqueuse du vagin, la chûte du rectum, l'œdème des extrémités , les engorgements articulaires suite d'entorse ou deliixation, etc. On fait ordinairement usage des fleurs à l'intérieur, et de l'écorce des fruits à l'extérieur. Les graines renfermées dans les grenades, d'une saveur aigrelette, sont aussi astringentes, mais à un degré beaucoup plus faible; elles ont été néanmoins prescrites en poudre dans les fleurs blanches, et, à l'extérieur, contre les ulcères aïoniques. Le suc de grenade est raffraîchissant et diurétique. Étendu dans l'eau, il fournil, comme nos fruits rouges, une boisson acidulé d'un goût agréable , et qui convient dans les maladies inflammatoires, bilieuses et putrides, les afi'ections des voies urinaires, etc.
Pline l'Ancien dit qu'une grenade, pilée et bouillie dans trois lîémines de vin réduites à une, expulse le ténia, {Hist. mundi, lib. xviii, c. 6). La grenade entière, enfermée dans un pot de terre neuf bien couvert et lutté d'argile, mise au four et desséchée au point de pouvoir facilement la réduire en poudre, et administrée à la dose de 2 à 4 grammes avec du vin rouge , était un remède populaire vanté contre la dyssenterie chronique, les perles utérines, les fleurs blanches et les fièvres intermittentes. L'écorce du fruit du grenadier esl regardée par les médecins persans et thibétains, comme succédané du quinquina et employée contre les fjèvresi ntermittenles. [Bibliot. britan.. Sept. 1811.)
La propriété vermifuge de l'écorce de racine de grenadier, que l'on n'a mise à profil que depuis une trentaine d'années,
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ire les veis , «.l^^/^^^^.*?'';*; Vpeiivaûe pour luer les verslar- 'rcïl J ~ S:^^ Dansl'I^de , ce ténifuge était ges et les cliasse^^ Laissant de côté, comme
fZ ITc^^^n iS e^S^insivement consacré à la thérainuules m iji^ioriques concernant ce pre-
„„i,e d. doceur Gomès publ,.> o„ 1822 e l ad Méral [Journ.compl., t. xvi,p. 2ij,a le piu^
"Cmd n^:^ ^ iSîS dans remploi de l'écorce de racine de réndier comme lénifuge, c'est le défaut de propoi- [i^ em.^ son action immédiate sur le tube d.gest.f et e re- ^nIi\rnù'on en obtient. Introduite à dose légère dans eslonnc el ne produit aucun effet sensible; en quantue plus ?oîto^ e le occasionne un peu de chaleur et raremerU de la dou ^ur dans la région épigastrique ; <^^'^^^1^;^^^:; L des nausées et même le vomissement ont lieu. Comme pui S e 1 écorce de grenadier a une vertu peu active : elle ne
SovoV^e^"^-'"^^'^^^^ 1^^"^^ ^''''T.t. bre de se !es. On sait d'ailleurs que les purgatifs, même les
p us énergiques, n'ont pas, par cette seule propriété. 1 effet îermifu-e. L'amertume de cette racine n'est pas assez pro- To cée pourque I on puisse lui attribuer sa vertu anthelm.nlique ^out-à-fait dépourvue d arôme , sa décoction a seulement ciuelque chose de nauséabond. . . ,
On a quelquefois observé, après l'administration de ce ine-
dicamen , des vertiges, des étonrdissemenls, une sorte d ivresse, parfois des syncopes, de légers mouvements convulsifsTmais ces accidents sont fugaces et ne laissent aucune trace après leur manifestation.
Il paraît donc certain, en raisonnant par voie d exclusion, nue l'écorce de racine de grenadier agit d'une manière spéciale et par intoxication sur le ver, que Ton trouve toujours mort, pelotonné sur lui-même, et noué fortement a plusieurs endroits de sa longueur. Les remarques faites par la plupart des auteurs qui ontétudié les effets de celte substance viennent à l'appui de celle opinion. Breton [London medicosun/icaUransact.,t.xx,p.^Oi), ayant jeté des ténias vivants dans une décoction d'écorce de racine de grenadier, les a vus se contracter aussitôt avec vivacité et mourir au bout de quelques minutes, tandis que ceux qui ont été plongés dans l'eau simple ont vécu plusieurs heures api^ès leur expulsion. Le docteur Goniès s'est aussi assuré que des por-
lions de lenia vivant, jetées dans la décoction d ecorce de racine de grenadier, deviennent raides, contractées, et v périssent presque aussitôt, tandis que dans les autres anthelminliques , même dans l'essence de térébentine , elles se meuvent avec plus ou ijioins de vivacité.
Le mode d'administration de lecorce fraîche de racine de grenadier est très-simple. On fait bouillir45 à 60 grammes de celte ecorce dans 1 kilogramme d'eau, et réduire à trois verres que l'on fait prendre en trois fois le malin à jeun Le ver est ordinairement rendu peu de temps après le second ou le troisième verre.
3 » Une pratique de vingt-quatre ans a prouvé à M. Mérat que lecorce de racine de grenadier ne manque jamais son effet dans le cas de ténia; du moins, il déclare n'avoir jamais observé d'exemple contraire. Mais le succès est lié à 1 observation indispensable de certaines conditions , et ces conditions sont les suivantes :
1° N'administrer lemédicament que le jour même ou le lendemain du jour où des anneaux de ténia auront été rendus.
2° Faire prendre en trois fois, à une demi-heure de distance les unes des autres , le produit de la décoction de 60 grammes d'écorce de racine fraîche de grenadier cultivé,, dans 750 grammes d'eau réduite à 500 grammes par l'ébullilion.
Pour assurer la bonne réussfle de la médication, M. Mérat est dans l'habitude de faire acheter un grenadier vivant, de huit à dix ans au moins (plus jeune il "ne pourrait fournir la quantité d'écorce de racine suffisante), et d'en faireséparer lecorce chez le malade même, le jour, ou, au plus tard, le lendemain du jour où des anneaux de ténia ont été expulsés; il le fait ensuite employer comme il a été dit plus haut.
» Suivant M. Mérat, les insuccès que l'on a reprochés à ce mode de traitement sont dus uniquement à ce qu'il n'a pas été fcit convenablement, et ils doivent toujours être considérés comme résultant soit de la faute du médecin , soit de celle du malade. Ainsi, tantôt on a employé l'écorce sèche (qui pourtant réussit encore dans le plus grand nombi'e des cas), souvent allérée et mêlée à d'autres écorces ; tantôt on a fractionné la dose du médicament, et on lui a associé des purgatifs, ou on en a administré auparavant; tantôt, enfin, les malades n'ont rendu des portions de ver que depuis un certain temps, elc.n {Aheille méd., t. u, p. 275, année 1845.)
M. Bourgeoise fBibliot. méd., p. 307; fait prendre la veille du jour où il doit administrer l'écorce de racine de
grenadier, le malin ou le soir, 45 à 60 grammes d'huile d© ricin, dans la vue de nettoyer le tube digestif, de débarrasser le ténia des matières fécales qui l'entourent, et de le mettre à nu le plus possible. Il ne croit pas ce purgatif indispensable, mais il lui paraît augmenter les chances de succès. Le docteur Gomès donne le conseil, lorsqu'après l'administration du lénifugeune portion du ver reste pendant à l'anus, de faire prendre le jalap, l'huile de ricin, etc., pour en faciliter la sortie.
Chez les sujets faibles,, nerveux et surtout chez les enfants, on ne doit administrer l'écorce de racine de grenadier qu'à doses fractionnées. On peut dans ces cas, faire prendre pendant huit à quinze jours, tantôt par l'estomac, et tantôt en lavements, une décoction de 4 grammes de cette écorce. Cependant ces demi-moyens sont loin d'amener un résultat aussi satisfaisant que le mode ordinaire d'administration, et qui consiste dans une dose assez forte du médicament pour tuer le ver.
L'administration de l'écorce de la racine de grenadier sous forme de poudre, conseillée par Breton , qui la faisait prendre à la dose de 60 centigrammes toutes les demi-heures pendant trois heures de suite, est moins certaine dans ses effets que la décoction. L'extrait alcoolique proposé par le docteur Deslandes [archiv. gén. de méd., 2"'' série, 1. 1, p. 120), comme possédant une efficacité lénifugeplus prononcée que celle de l'écorce elle-même , est plus facile à administrer, répugne moins aux malades, et mérite d'être adopté, non-seulement comme propre à agir spécialement contre le ténia, mais aussi contre les autres espèces de vers intestinaux.
Je n'eus qu'une seule fois occasion d'employer l'écorce de racine de grenadier contre le ténia. Ce fut en 1828, chez M. Sealon, officier anglais en résidence à Calais. Ce malade, âgé de quarante-six ans, d'un tempéramment lyniphatico-nerveux, d'une taille élevée , d'une constitution grêle, avait été atteint, à l'âge de vingt-neuf ans, d'une fièvre typhoïde. La production de son ténia datait, disait-il, de la convalescence longue et pénible de cette dernière maladie. Un sentiment d'engourdissement ou de fourmillement presque continuel au-dessous de l'ombilic, des mouvements ondulatoires, des élancements douloureux et instantanés dans les intestins, un appétit irrégulier et parfois vorace, de temps en temps une diarrhée muqueuse avec expulsion spontanée de morceaux de ténia; des spasmes vers l'épigastre avec efforts de vomissements, irritations nerveuses sympathiques et exaltation intellectuelle, auxquels succédait toujours.
un élut d'abaucmeril el de somnolence: tels élaienllessymplômes que présentait M, Seaton lorsqu'il vint me consulter. Il avait mis en usage, pendant plusieurs armées el à diverses reprises, la fougère, lagomme-guite, l'huile de Ihérébentine, l'étain, riiuilc de ricin et divers autres anthelniinliques, sans autre effet que l'expulsion de portions plus ou moins longues du vers qui le tourmentait.
Je ne pus me procurer une quantité suffisante d'écorce de racincde grenadierqu'aubout de trois semaines. Jelui en administrai 60 grammes en décoction dans un litre d'eau réduit à trois verres. Le malade, préparé parla dièteet quelques lavements, prit le premier verre à six heures du matin et le vomit dix minutns après. A six heures et demie, le second veri^e fut avalé el conservé, ainsi que le troisième, qui fut administré à septheui^es et demie. Déjà des coliques s'étaient fait sentir, et bientôt deux selles eurent lieu sans qu'aucun symptôme nerveux se fût manifesté. Vers midi, le malade éprouvant des tranchées et des épreintes suivies seulement d'expulsion de mucosités, je me décidai à lui faire prendre, en lavement, une décoction de 20 grammes d'écorce de racine de grenadier dans 800 grammes d'eau réduits par l'ébuliition ù 500 grammes environ. Un quart d'heure après cette injection, une garde-robe amena le ver Uiut entier. Il était assez épais, opaque, roulé en peloton, de la longueur de quatre mètres environ, et de l'espèce non armée. J'ai pu, à l'aide d'une forte loupe, distinguer les papilles latérales, et, entre elles, la protubérance indiquant le suçoir central de l'animal.
Ce fait, que j'ai cru devoir rapporter, vient se joindre au grand nombre de ceux qui sont consignés dans les journaux de médecine, et qui prouvent incontestablement que l'écorce de racine de grenadier est, de tous les anthelmintiques indigènes connus, celui qui jouit au plus haut degré de la faculté de tuer le ténia (1). C'est le succédanée du cousso.
Dans le commerce de la droguerie on remplace quelquefois la racine de grenadier par celle de buis ou d'épinevinette. L'amertume de ces deux dernières racines suffit pour déceler la fraude. L'écorce de racine de grenadier indigène ou cultivé esl tout aussi bonne que celle de grenadier sauvage; elle esl plus eff^icace fraîche que sèche, bien que celle-ci réussisse dans la plupart des cas, lorsqu'on a eu la précaution de la faire macérer peiidanl vingt-quatre heures dans l'eau qui doit servir à l'ébullition.
(1; Voxcz Arcliiv. gcncr. de niôl., t. vi, p. 293.-1. vu, p- -ISS, 603.— xiT, p. 285, 37/1, G03.-XV, p. iVi.—xyi, p. 298.-xvii, p. d30.-xviii, p. 43S.— Journal gcn. de méd., t. xxvii, 2e série, p. 329, etc.