‹ Trait√à complet d'ophthalmologie (volume 2)Chapitre 23 sur 87 · ULCÈRE PROFOND DE LA CORNÉE · texte numérisé non relu

ULCÈRE PROFOND DE LA CORNÉE

d'innervation et de garantir l'œil des influences extérieures fâcheuses dont ne le défend plus sa sensibilité. L'application du bandeau compressif sur ces yeux, dont la tension a généralement diminué, est formellement indiquée. 11 en est de même de l'emploi des courants continus (six à huit éléments), en plaçant le pôle positif sur la région cervicale du ganglion supérieur du grand sympathique et le pôle négatif sur les paupières ou leur voisinage. . Une autre indication est d'empêcher l'action des parties sphacélées et décomposées sur le tissu sain. Par conséquent, pour faciliter un nettoyage avec des solutions désinfectantes d'acide borique ou salicylique (au centième), on peut substituer au bandeau compressif l'emploi d'une coquille sténopéique (Snellen) qui s'enlève et se replace facilement. L'anesthésie de la cornée ne fournit pas de contre-indication à l'intervention chirurgicale lorsqu'elle est regardée comme urgente, ainsi que le prouvent des opérations d'iridectomie pratiquées sans inconvénient en pareil cas (de Gsiiefe, Ssemisch).

Les abcès indolents de la cornée, qu'on observe dans les cas de fièvre typhoïde grave, de méningite, d'encéphalite chroniques, de sclérose et de ramollissement cérébral, de scarlatine grave, etc., sont essentiellement de nature neuro-paralytique. La kératite double, que de Graefe a décrite sous le nom d'ulcération cornéenne avec encéphalite infantile et qui atteint habituellement les deux yeux, ne présente rien qui la différencie de la kératite sus-décrite, si ce n'est que la constatation des symptômes anesthésiques et paralytiques est rendue, chez ces enfants qui n'ont guère plus de deux à quatre mois, tout à fait impossible. Les symptômes de dessèchement se manifestent ici non seulement sur la cornée, mais encore gagnent la conjonctive, en produisant un xérosis étendu.

Afin de prévenir la panophthalmitis, qui éclate facilement sur ces yeux dépourvus de toute protection, nous avons plusieurs fois eu recours à une occlusion permanente des yeux au moyen de deux ou trois sutures métalliques, placées à travers un pli de la peau à la paupière supérieure et à l'inférieure. L'attraction du tégument est rendue très aisée par l'extrême maigreur de ces petits êtres chétifs, qui succombent souvent avant que l'œil atteint en dernier lieu arrive à montrer une vaste destruction de la cornée.

G. Ulcère profond de la cornée.

Nous pouvons, au point de vue clinique, distinguer trois variétés d'ulcères profonds. Ce sont : a, l'ulcère non inflammatoire, asthénique ; by l'ulcère inflammatoire, sthénique; et c, l'ulcère infectant ou rongeant de la cornée.

Dans cette division l'élément douloureux, ainsi que les phénomènes d'irritation (blépharospasme, photophobie), ne doivent pas entrer en première ligne pour déterminer le genre clinique de l'affection. Mais on doit donner la plus grande importance aux symptômes inflammatoires qui accompagnent le

développement et la marche de Tulcère et lui impriment un caractère particulier.

a. Ulcère profond non inflammatoire ou asthénique de la cornée.

Le genre d'ulcère qui se développe d'emblée (sans être précédé d'abcès), de préférence dans les parties centrales ou tout à fait sur la limite même de la cornée, ressemble beaucoup à la variété superficielle que nous avons décrite cemme ulcère par absorption. Aussi rencontre-t-on ici une perte de substance entourée d'une partie de cornée en apparence tout à fait saine. Les bords sont taillés à pic dans un tissu transparent; à peine l'éclairage oblique nous révèle-t-il une légère teinte grisâtre composée de petites stries rayonnantes dirigées de la périphérie vers le fond de l'ulcère.

Ces ulcères, lorsqu'ils siègent dans les parties centrales de la cornée, ont habituellement une forme arrondie (ovalaire) ; mais lorsqu'ils occupent la limite de cette membrane, ils se trouvent ainsi nettement circonscrits au dehors, tandis qu'ils offrent vers le centre une délimitation déchiquetée, mais cà contours arrondis. Si l'ulcère a peu d'étendue, comme il arrive souvent lorsqu'il siège vers la périphérie, on est frappé de sa profondeur et on s'étonne qu'il ne détermine pas une perforation brusque. Pour les ulcères asthéniques siégeant dans les parties centrales de la cornée, on n'assiste ^uère à une telle persistance d'un creusement profond de la cornée, attendu que ces ulcères ont généralement une étendue plus grande, et que, lorsqu'ils ont atteint une certaine profondeur, la membrane de Descemet se bombe en avant et peut se mettre au niveau de la surface de la cornée, ou même la dépasser (kératocèle). La parfaite transparence du bord et du fond de ces ulcères peut tromper l'observateur sur l'imminence d'une perforation à laquelle ils aboutissent aisément.

Le caractère clinique particulier de l'ulcère asthénique profond est la très longue persistance de l'affection qui, sans s'étendre sensiblement, sans provoquer des symptômes irritatifs bien marqués, dure ainsi des semaines ou même des mois sans aboutir à une guérison. Ce n'est que lorsque la destruction insensible des parties les plus profondes de l'ulcère a amené une perforation, qu'on voit parfois la marche de la maladie prendre une allure un peu plus vive, les bords de l'ulcère s'arrondir, le fond s'élever et, sans pourtant qu'une teinte grisâtre bien accusée gagne les parties malades, la cicatrice s'effectuer, laissant une facette assez marquée que révèle le reflet de la surface épithéliale miroitante, mais dépourvue d'une coloration morbide quelque peu tranchée.

Sur le bord de la cornée, la réparation s'effectue bien plus souvent en s'accompagnant du développement d'un nombre considérable de vaisseaux et en laissant une cicatrice plus apparente, qui se confond avec la limite scléroticale.

La ressemblance de l'ulcère asthénique profond et de l'ulcère par absorption est souvent telle que, si ce n'était la tendance du premier à aboutir

DE WECKER ET LÂNDOLT, H — il

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