BLESSURES DE LA CORNÉE
Souvent le corps étranger implanté dans l'épaisseur de la cornée proémine à peine à la surface de cette membrane. Aussi, dans les commencements, le malade n'accuse-t-il presque pas de gêne; dans d'autres cas, la présence du corps étranger se fait sentir tout d'abord par suite de la saillie qu'il fait et du frottement qu'il exerce contre les paupières ; la sensation qu'il provoque persiste même après l'extraction du corps étranger jusqu'à ce que la couche épithéliale soit réparée dans le point blessé. Cette sensibilité disparaît dès qu'on interpose une coque de verre entre l'œil et les paupières, ce qui permet aux ouvriers de retourner sans autre pansement k leur travail.
L'injection périkératique est le premier signe qui révèle l'accident dont nous nous occupons. En effet, le sac conjonctival n'y participe pas, et les fonctions de l'iris ne sont pas troublées. Pour préciser le siège de la lésion, on se guide sur le point où l'injection périkératique est le plus accusée, on fait miroiter la cornée et l'on se sert avec beaucoup de fruit de l'éclairage oblique (voy. Loring). C'est en procédant ainsi qu'on découvre facilement les moindres éraillures de la couche épithéiiale, la présence des corps étrangers les plus petits, en se rendant compte de la profondeur à laquelle ils sont situés.
Traitement. — - Lorsqu'il s'agit d'une contusion simple ou d'une blessure légère et superficielle de la cornée, l'application d'un bandeau compressif, l'emploi de la coque transparente et Tinslillation d'une solution de pilocarpine feront en peu de temps disparaître les phénomènes d'irritation.
Quoiqu'il, soit très aisé d'enlever des corps étrangers implantés à la surface de la cornée, on peut rencontrer de très grandes difficultés, s'il s'agit d'en extraire qui se trouvent, au contraire, dans les couches profondes. Dans le premier cas, il suffit d'appuyer la tête du malade contre le dos d'une chaise ou contre un mur, d'écarter les paupières avec le pouce et l'index de la main gauche, et de fixer le globe en exerçant sur lui unepression modérée à travers les paupières éloignées l'une de l'autre, puis d'extraire les corps étrangers à l'aide d'une aiguille à cataracte (ou mieux encore d'une petite gouge), d'une simple spatule ou d'une curette de Daviel.
Si l'on rencontre des malades chez lesquels le moindre attouchement provoque une excitation telle qu'il leur soit impossible de tenir l'œil immobile, nous conseillons de se servir de l'écarteur à ressort et de la pince à griffes pour fixer le globe. On sera même quelquefois obligé, comme pour les enfants, d'employer le chloroforme.
Le corps étranger doit être enlevé dans sa totalité, et il est nécessaire, pour faire cesser le plus tôt possible l'irritation, de débarrasser la petite cavité produite par le corps étranger du tissu brûlé et mortifié, de couleur brunâtre qui la tapisse. L'enlèvement de cet anneau est sensiblement facilité, si l'irritation traumatique date de quelques jours. Immédiatement après l'accident, la cupule de tissu brûlé adhère solidement, mais néanmoins elle doit être enlevée toutde suite, afind'obtenir sous le bandeau et le pansement antiseptique, ou sous notre coque, une guérison plus rapide.
Lorsqu'une parcelle de pierre ou de métal se trouve implantée assez profondément dans la cornée pour faire craindre qu'elle ne tombe dans la chambre antérieure par suite des manœuvres exercées pour l'enlever, on peut, si elle proémine assez, tâcher de la saisir avec des pinces fines. Ce mode d'extraction est toujours périlleux, car on risque de pousser plus avant la particule . nuisible. Pour éviter cet accident, il faut enfoncer derrière le corps étranger une aiguille à paracentèse qui l'empêche d'obéir aux impulsions qu'on pourrait lui donner. Il est nécessaire de calculer avec soin l'épaisseur de la cornée et la profondeur à laquelle est implanté le corps étranger, pour éviter de heurter ce dernier avec la pointe de l'aiguille. En même temps, on essayera de pénétrer très obliquement dans la chambre antérieure pour empêcher la sortie de l'humeur aqueuse, qui serait immédiatement suivie de la projection du cristallin contre la pointe de l'instrument, si celui-ci avait pénétré directement en face du champ pupillaire. Une fois le corps étranger ainsi fixé, on peut l'enlever à l'aide d'une aiguille à cataracte, ou, s'il oppose trop de résistance, tailler avec le couteau à cataracte un petit lambeau qui le comprenne. Aussitôt après, on instille une solution d'ésérine, et l'on applique pendant quelques heures des compresses froides ou immédiatement la coque de verre ou le bandeau compressif.
Toutes les tentatives d'extraction de corps étrangers si profondément implantés qu'on a à redouter, pendant les manœuvres d'extraction, de les voir tomber dans la chambre antérieure, ne doivent pas être faites sans avoir préalablement soumis l'œil à l'action énergique des myotiques, afin de pouvoir tout de suite procéder à l'enlèvement de ce corps en ouvrant la chambre antérieure.
Une perte de substance plus considérable produite pendant ces manœuvres d'extraction aux dépens de la cornée exigerait des soins bien plus minutieux ; un repos absolu, l'emploi continu de la pilocarpine, et le bandeau compressif deviendraient nécessaires. Il est surprenant qu'avec toutes les précautions de l'antisepticisme dont on se sert pour les opérations, lé malade guérisse bien plus vite qu'il n'arrive pour les blessures chirurgicales. Aussi est-on porté à croire que l'agitation du malade pendant qu'on l'opère, un manque de soin de propreté des instruments employés ne sont pas sans avoir une fâcheuse influence et entravent ainsi parfois la guérison.
Chez les sujets âgés et faibles, il faut quelquefois, dans le traitement des blessures de la cornée, avoir recours aux stimulants, à l'emploi des compresses chaudes, afin d'empêcher les progrès d'une kératite ulcéreuse provoquée par la présence passagère d'un corps étranger dans la cornée.
Les piqûres et les contusions de la cornée n'exigent pas d'autre traitement que celui que nous venons d'indiquer. Pour ce qui est des ruptures de la «ornée, nous les décrirons dans l'article suivant conjointement avec les ruptures de la sclérotique dont elles se compliquent fréquemment.
DE WEGKER.
— RUPTURES DE LA GORlNÉE.
ARTICLE VIII
RUPTURES DE LA CORNÉE ET DE LA SCLÉROTIQUE. LÉSIONS ET CORPS ÉTRANGERS DE LA CONJONCTIVE ET DE LA SCLÉROTIQUE
Les enveloppes de l'œil peuvent se rompre en un point autre que celui sur lequel a agi la force propulsive ou contondante. Ces ruptures sont donc absolument différentes des déchirures intéressant les parties des membranes^ oculaires sur lesquelles une action vulnérante a directement agi.
Les ruptures peuvent atteindre toutes les enveloppes de l'œil ou n'en comprendre qu'une seule. Ainsi, nous voyons se produire des ruptures scléro-cornéennes qui intéressent à la fois le corps ciliaire, nous observons de simples ruptures sclérales, sans que la choroïde se trouve lésée au même endroit, de même que nous rencontrons des déchirures de la choroïde et -de la rétine sans que la sclérotique y participe.
Les effets si divers des violences exercées contre le globe de l'œil varient^ non seulement suivant le degré de la force qui a agi sur le globe oculaire^ mais aussi surtout suivant le déplacement que cet organe a subi et V obstacle que lui a opposé, dans ce déplacement, son entourage osseux.
Les ruptures simples de la cornée^ qui nliUéressenl que cette membrane même et s'arrêtent plus ou moins près du bord cornéen, sont relativement rares, nous ne les avons observées que dans deux circonstances particulières : 1° lorsqu'un violent coup de poing a été appliqué sur la région orbitaire, de telle façon que l'action propulsive a eu pour effet de projeter le globe oculaire en arrière et contre la paroi interne de l'orbite, en ayant pour résultat d'aplatir le globe de l'œil en le contondant ; 2° lorsque dans un but sauvage de faire éclater (crever) l'œil, le pouce a été dans une rixe violemment introduit entre la paroi interne de l'orbite et le globe oculaire.
Ces ruptures de la cornée nécessitent une violence très forte qui a habituellement pour effet de rompre les parois de l'œil au delà du bord scléro cornéen. Il faut encore que la violence exercée contre l'œil ait eu une action plus ou moins contondante.
Au contraire, lorsque le globe oculaire a été simplement projeté contre Tune des parois de l'orbite et ne s'est trouvé que faibleinent comprimé, on voit bien plus souvent éclater la sclérotique dans ses parties antérieures les moins résistantes, c'est-à-dire avant et entre Tinserlion des muscles droits. Un point de prédilection est la région située immédiatement entre l'insertion du droit supérieur et du droit interne. Ordinairement aussi, la projection du globe oculaire a eu lieu contre la paroi supéro-interne de l'orbite. Le coup a été porté de bas en haut, et de dehors en dedans.
Lorsque la violence n'a même pas pu agir par contre-coup, qu'il n'y a eu qu'un simple ébranlement violent du globe oculaire par une force qui a
exercé son action sur l'entourage de l'œil, sans atteindre l'œil même, nous ne voyons jamais une déchirure autre que celle des membranes internes (choroïde, rétine, zonule, capsule cristallinierine).
Les ruptures de la sclérotique par projection du globe oculaire ont le plus souvent pour résultat de luxer le cristallin, ou même de le chasser complètement en dehors de l'œil, où il peut se loger sous la conjonctive non déchirée.
Habituellement les blessures qui intéressent la cornée et la sclérotique à la fois ont déterminé de si fortes lésions intra-oculaires, qu'on fait bien de s'abstenir de toute intervention chirurgicale, telle qu'ablation des parties herniées de l'iris, sutures, manœuvre? auxquelles on ne manque souvent pas d'attribuer la perte de l'œil que le traumatisme a provoquée. On est d'autant plus autorisé à l'expectation, que je n'ai pas encore vu ces yeux, sur lesquels, après la sortie du cristallin et une ablation exacte des parties herniées, on avait, grâce aux sutures, obtenu rapidement une cicatrisation très satisfaisante, échapper aux attaques tardives et fort douloureuses du glaucome. Il en doit d'ailleurs être forcément ainsi, si l'on considère que ces plaies, qui intéressent, sur une grande étendue, le bord scléro-cornéen, ne se cicatrisent qu'avec une adhérence étendue de l'iris au canal de Fontana et une rétraction notable du tissu trabéculaire péricornéen.
Il est doQC préférable, dans le cas d'absence complète de toute perception lumineuse, lorsqu'une grande partie du corps vitré a suivi la sortie du cristallin et a été remplacée par des hémorrhagies intra-oculaires très abondantes, compliquées parfois de décollement choroïdien, de procéder de suite à l'énucléation de l'œil, afin d'éviter au blessé une guérison longue et pénible et qui sera terminée encore assez souvent par l'énucléation, lorsque les menaces d'une inflammation sympathique auront enfin vaincu la résistance du blessé récalcitrant. Dans le cas où il ne se résigne pas à ce sage parti, on se con- . tente du pansement contentif avec la ouate salicylée constamment imprégnée * d'une solution boratée concentrée, ainsi que des instillations d'ésérine et de pilocarpine, afin d'éviter autant que possible la cicatrisation cystoide.
Est-on appelé à soigner des ruptures sclérales ou scléro-cornéennes qui datent de quelque temps où un staphylôme ciliaire s'est développé et pour lesquelles le malade ne consent pas à l'énucléation, enfin une conservation partielle de la vision s'oppose-t-elle à cette opération? Alors, j'ai avec le meilleur résultat opéré sur toute la moitié du globe oculaire où siégeait l'ancienne rupture, le dépouillement de son tissu cicatriciel et des nerfs ciliaires. A cet effet je dégage la conjonctive près du bord de la cornée et au-dessus de l'ancienne rupture sclérale. Saisissant le muscle droit le plus proche de la cicatrice sclérale (habituellement le supérieur ou l'interne) dans mon double crochet, je place, à travers le tendon de ce muscle, un simple fil (muni d'une seule aiguille), qui me sert à ramener le muscle, après le dégagement cicatriciel et la névrotomie ciliaire à son ancienne insertion et à fermer à la fois la plaie conjonctivale. Le muscle une fois détaché, on a soin de raser avec
des ciseaux mousses tout le tissu cicatriciel et tout le tissu cellulaire dans une moitié du globe oculaire. Pour me faciliter ce dégagement et l'abrasion des nerfs ciliaires, je prends le nerf optique sur le grand crochet à strabisme et je renverse fortement le globe oculaire en dehors. Cette abrasion cicatricielle et nerveuse terminée, on ferme la plaie, en prenant, au-dessus et audessous de la plaie conjonctivale qui longe la cornée, un pont conjonctival dans la suture. Une rapide cicatrisation avec affaissement de l'ectasie et cessation des douleurs est le résultat presque constant de cette intervention.
Faut-il intervenir dans les cas de simples ruptures sclérolicales ? Evidemment non, si la conjonctive recouvre la plaie et ne laisse échapper le cristallin luxé. On n'intervient que lorsque la blessure a eu lieu depuis assez longtemps pour qu'on puisse considérer la plaie sclérale comme suffisamment solide, afin de ne pas s'exposer à une nouvelle hernie du corps vitré.
S'agit-il d'un cas de rupture de la sclérotique avec déchirure de la conjonctive? On ne tentera la réunion de la plaie que lorsque les lèvres en seront sensiblement écartées et qu'on croira avoir l'assurance que les manœuvres nécessaires à la réunion ne détermineront ni une nouvelle sortie du corps vitré, ni une nouvelle hémorrhagie intra-oculaire.
Seules^, de larges incisions de la sclérotique faites avec un instrument tran- €hant, un éclat de verre, peuvent avantageusement être réunies, immédiatement après l'accident, par quelques sutures de catgut ou de soie fine et désinfectée. Pour de petites incisions entre les lèvres desquelles le corps vitré fait simplement hernie, je m'abstiens (1) de la suture, afin d'éviter la sortie toujours fâcheuse du corps vitré.
Incontestablement ces plaies même assez étendues se cicatrisent, par suite d'une bonne coaptation, très rapidement; mais il faut tenir compte aussi de la rétraction cicatricielle et du décollement du corps vitré produit pendant qu'une partie de ce milieu s'est échappé. La cicatrice rétractée de la partie du corps vitré même qui ne s'est pas échappé de l'œil détermine fatalement dans un espace de temps plus ou moins éloigné (3 à 9 mois), un décollement de la rétine, la vue qu'on se flattait d'avoir partiellement conservée se perd ordinairement.
Le dégagement cicatriciel avec névrotomie ciliaire partielle (abrasion cicatriso-ciliaire) est dans toutes ces circonstances formellement indiqué, si le malade accuse des douleurs ou si une irradiation sympathique menace de se produire et que le blessé recule devant l'énucléation.
Les brûlures qui agissent profondément détruisent à la fois la muqueuse l't une partie ou même la totalité de la trame fibreuse de la sclérotique. Parmi les agents chimiques capables de provoquer ces lésions de la conjonctive et de la sclérotique, nous aurons à citer les corps alcalins, la chaux, la potasse, la cendre, etc., ou les corps acides, l'acide sulfurique, l'acide acétique, etc. Le contact même très passager de ces agents provoque le plus souvent des
(1) Voyez l'observation in Thérapeutique oculaire, p. 239.
cautérisations profondes, suivies d'ulcérations avec rétrécissennent considérable de la muqueuse. Elles sont non seulement funestes pour la conjonctive, mais aussi pour la sclérotique et souvent entravent notablement la nutrition de la cornée. Sous ce rapporl, il faut mentionner particulièrement les brûlures avec l'acide sulfurique dont on a si souvent, dans ces derniers temps, fait un emploi criminel. Consécutivement à ces brûlures, on voit parfois la sclérotique se sphacéler sur une large étendue et la phthisie suivre une large ouverture que laisse le détachement de l'eschare.
Les agents chimiques, tels que les alcalis, peuvent aussi causer des lésions très graves. Nous trouvons surtout après les brûlures par la chaux, qui sont relativement assez fréquentes, que la conjonctive présente tous les symptômes d'une diphthérite partielle bien prononcée. Les parties atteintes par l'agent chimique forment des plaques blanchâtres, épaissies et soulevées, au-dessus du niveau de la muqueuse. Souvent ces plaques sont couvertes de petits filaments composés de fibrine coagulée par l'action de la chaux. Ces brûlures, suivies d'un bourgeonnement considérable de la muqueuse, sont d'autant plus à craindre, qu'elles ont eu lieu sur une plus grande étendue, parce qu'alors, non seulement la cornée peut en soufï'rir comme dans la diphthérite, mais encore parce que les suites de la cicatrisation sont funestes pour l'œil. Un symblépharon sera le résultat presque inévitable d'une destruction des couches des deux feuillets de la muqueuse qui se trouvent en contact. Dans d'autres cas, si les bords des paupières ont été atteints, ils pourront se réunir et former un cmkyloblépharon d'une étendue plus ou moins grande.
Lïimédiatement après que l'accident a eu lieu, on tâche d'éliminer, autant que possible, l'agent chimique du sac conjonctival, soit par des injections avec du lait ou, si l'on ne peut pas en avoir assez tôt, avec de l'eau tiède (eau de Vichy). Nous rejetons les instillations d'huile dans les yeux : dans presque tous les manuels, on trouve ce moyen recommandé, comme capable de calmer et d'adoucir les suites immédiates de la brûlure. Il n'y a pas d'à gent aussi irritant et aussi douloureux pour la conjonctive que 1 huile, même la plus pure.
On conseille aux malades, après un nettoyage minutieux des yeux, de se tenir calmes et d'appliquer constamment des compresses glacées. Ces compresses seront remplacées deux ou trois jours après l'accident par des compresses chaudes qui facilitent sensiblement l'élimination des eschares et accélèrent la guérison. A l'époque de la guérison, l'attention du médecin doit se porter sur un point essentiel, c'est de prévenir autant que possible la formation d'un symblépharon ou d'un ankyloblépharon. Dans ce but, on pourra être obligé d'appliquer un appareil composé de bandelettes de diachylon pour produire un ectropion passager, afin de s'opposer à la réunion anormale de la conjonctive palpébrale avec celle du globe oculaire. Dans une autre série de cas où les brûlures ont eu lieu sur une étendue très grande, on pourra avoir recours, pendant la période de la cicatrisation, à l'emploi d'une coque de verre transparent ou encore à un moule très mince de plomb, qui,
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RUPTURES DE LA CORNÉE
interposé entre les paupières et le globe, s'opposera à la formation d'un symblépharon.
Il faut convenir que le médecin se trouve ici en présence de difficultés quelquefois insurmontables. Néanmoins on tâchera de gagner du terrain entre les paupières et le globe, car on connaît les difficultés qu'oppose à la guérison le symblépharon, une fois développé.
Dans les cas d'ankyloblépharon non compliqué d'une réunion anormale de la conjonctive palpébrale avec le globe, on n'aura qu'à diviser la réunion des paupières et à tenir, pendant la cicatrisation, la paupière inférieure dans un certain degré d'ectropion.
Parmi les corps étrangers qui s'implantent dans la conjonctive et la sclérotique à la fois et dont la force de propulsion n'a pas été suffisante pour perforer ces membranes, il faut citer principalement les éclats de métaux et les grains de poudre. La conduite que doit tenir le praticien en présence de ces lésions sera différente, suivant qu'il est appelé immédiatement, ou qu'il n'est consulté qu'un certain temps après l'accident, alors que la plaie conjonclivale se trouve déjà cicatrisée. Dans le premier cas nous essayons autant que possible d'extraire les parcelles métalliques et les grains de poudre ; au contraire, nous nous abstenons de toute intervention si la qualité chimique du fragment métallique rend son séjour inoffensif pour le blessé et que celui-ci n'accuse aucune gêne. De même, l'abstention doit être la conduite à tenir pour des tatouages produits par des grains de poudre. A part que le raclage de grains très profondément implantés offre certains dangers, surtout au-devant de la région du corps ciliaire, on est forcé, dans la plupart des cas, de n'enlever que partiellement la poudre et de laisser une tache moins foncée, il est vrai, mais ordinairement plus étendue.
Il est bien entendu qu'on procède à l'enlèvement de tout corps étranger simplement implanté dans la conjonctive.
Il ne faut pas croire que Tintroduction des corps étrangers dans le sac conjonctival provoque nécessairement une vive réaction. Très souvent la poussée inflammatoire manque, surtout si le corps étranger s'est logé entre les plis du cul-de-sac (1). Un corps étranger peut séjourner dans le cul-de-sac supérieur pendant très longtemps et ne manifester sa présence qu en causant
(1) J'ai rapporté, dans ma Thérapeutique oculaire, le fait suivant : «II y a une douzaine d'années, un malade se présente dms mon cabinet, me disant qu'au moment de traverser le Jjoulevard, une très grosse mouche lui était entrée dans Tœil droit et qu'il avait re.-senti sur le globe de l'œil un véritable choc. Je trouvai l'œil assez irrité, lairnoyant et lis l'examen à plusieurs reprises en renversant la paupière supérieure, mais je négligeai de faire, avec la curette ou le styM, un balayage du cul-de-sac supérieur. Je ne découvris rien et attribuai Tirritalion de l'œil au choc qui avait été assi'Z violent; enfin, je renvoyai le malade. Il revint le lendemain et, en renversant de nouveau les paupières, je vis apparaître, près de l'extrémité interne du tarse, un myocéphale du plus i;ros volume. Je retirai al»rs une énorme mouche emprisonnée dans le cul-de-sac supérieur où elle avait échappé aux examens laits la veille, le malade, sous riutlu. nce de l'irritiition de l'œil, ayant serré très violemment les paupières. 11 nie fallut entendre celte réflexion, d'ailleurs fort juste, que l enlèvement de cette mouche, lait vingt-quaire heures plus t(>t, aurait encore été accueilli avec plus de satisfaction de la part du malade. Mackenzie rapporte un cas assez semblable.
«ne irritation lente et chronique, traduite par un catarrhe ou une ophthalmie purulente chronique. En présence d'un pareil cas, on sera guidé dans son diagnostic par l'injection et l'hypertrophie partielles de la conjonctive du culde-sac, moins nettement dessinées, en général, sur le reste de la muqueuse malade. En écartant alors les plis de cette partie rouge et tuméfiée, on parviendra à extraire le corps étranger qui est d'un volume souvent surprenant.
Les corps étrangers volumineux les plus insouciamment portés sont encore d€ grands épis de blé recouverts de toutes sortes d'éléments parasitaires qu'on est forcé de désenchatonner, en quelque sorte, de la profondeur des épais bourgeons charnus qui les enveloppent dans le cul-de-sac conjonctival supérieur.
Il n'est pas rare de rencontrer des personnes qui ont porté des morceaux d-e bois, de paille, etc., de 1 à 3 centimètres de longueur. Après l'extraction du corps étranger, les désinfectants parviennent facilement à faire disparaître les symptômes inflammatoires de la nmqueuse. Par contre il est bien rare d'observer les corps étrangers qui s'entourent, par suite d'inflammation, d'une membrane comparable à une capsule; ceux-ci peuvent être supportés sans gêne pendant un temps indéfini. Wardrop rapporte qu'un petit morceau de pierre (basalte) fut trouvé dans une capsule tout près de la sclérotique, dans le tissu sous-conjonctival, et que le malade l'avait porté pendant des années.
Quelquefois l'introduction d'un corps étranger dans le sac conjonctival est suivie d'une réaction fort vive. L'œil s'injecte aussitôt, un larmoiement considérable avec un blépharospasme et une photophobie des plus intenses se manifestent incessamment et le malade est tourmenté, à chaque mouvement de l oeil, par de fortes douleurs qui provoquent des mouvements convulsifs chez les enfants allant jusqu'à de véritables attaques épileptiformes (de Graefe)(l). Il s'agit, dans ces cas, d'éloigner le plus tôt possible le corps étranger, ce qui peut offrir bien des difficultés, surtout chez les enfants. Le blépharospasme est tel, qu'on est parfois obligé de recourir à l'emploi du chloroforme pour l'examen de l'œil.
On enlèvera le corps étranger en renversant les paupières séparément et en conseillant au malade de regarder du côté opposé à la paupière qu'on veut examiner. Pour bien mettre à jour le cul-de-sac supérieur, il faut légèrement presser le tarse sur le globe et dire au malade de regarder en bas. Généralement on trouve le corps étranger à une distance de 2 à 3 millimètres du bord de la paupière, et c'est par le frottement continuel exercé par lui sur la cornée et la conjonctive bulbaire, qu'il a pu provoquer cette série de symptômes d'irritation. Dans d'autres cas, ce n'est qu'en écartant soigneusement les plis du cul-de-sac supérieur ou inférieur qu'on parvient à découvrir le corps étranger et à en débarrasser le malade. Si l'on ne réussit pas à bien écarter les plis du cul-de-sac supérieur, et qu'on y soupçonne l'existence
(1) Archiv. f. Ophthalm., l. l, 1, p. 440 et t. IV, 2, p. 184.
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d'un corps étranger, on l'explorera dans toute sa longueur avec la spatule en caoutchouc.
La plupart de ces corps étrangers adhèrent très peu à la conjonctive, de sorte qu'il est facile de les enlever avec un linge (le mouchoir du malade) ; s'ils adhèrent plus solidement, on les dégagera avec la curette de Daviel. S'il arrive qu'un corps étranger se soit implanté dans la muqueuse de manière à résister à la curette ou même à la traction d'une pince, on fera bien d'exciser le petit pli de la muqueuse où le corps se trouve contenu, une si petite perte de substance sera vite remplacée par la muqueuse attirée vers ce point.
Le plus souvent, après avoir enlevé le corps étranger, le blépharospasme, la photophobie et les douleurs se calment rapidement et les désinfectants suffisent pour faire disparaître tous les symptômes d'irritation.
Quelquefois des œufs d'insectes sont déposés dans le cul-de-sac conjonctival sans occasionner de désordres graves.
Comme preuve nous donnons les deux observations de Bouilhet [Ann. crocuL, t. XV^ p. 135) : «Le 24- juin 1844, je fus consulté par une jeune femme de la campagne qui se plaignait d'une vive inflammation de l'œil droit; cet organe était, en effet, très rouge, tuméfié et larmoyant. Ce désordre datait du 22 : le 23, elle avait consulté son chirurgien qui avait pratiqué une saignée qui ne produisit aucun efïet. Une seconde évacuation sanguine fut proposée, mais la malade ne voulut pas s'y soumettre et vint me trouver. Sur la demande que je lui fis, si aucun coup n'avait pu déterminer le mal, elle me dit que le 22, vers neuf heures du matin, étant occupée à couper du seigle, elle avait ressenti un coup assez léger, à la vérité, dans l'œil, et qu'aussitôt elle avait commencé à souffrir. Je crus alors avoir affaire à un corps étranger et je me mis en devoir de m'en assurer. Après avoir écarté les paupières, j'aperçus un point blanchâtre; je l'enlevai et le mis sur l'ongle pour le faire voir à la malade. En le lui faisant remarquer, quel fut mon étonnement de voir ce corps en mouvement ! Je l'examinai avec attention et je reconnus que c'était un petit ver. Me rappelant que certaines espèces de mouches déposent leurs larves sur" diverses parties des animaux, je pensai que ce petit insecte n'était peut-être pas seul : je fis coule|r trois gouttes d'huile d'olive sur le globe de Fœil et je pus bientôt retirer dix vers successivement. Ces petits animaux se mouvaient avec une vitesse incroyable, ils étaient ronds, assez allongés et plus petits que ceux qui sont déposés par la grosse mouche sur les viandes : il y en avait dont la tête paraissait avoir un point noir, ceux-ci semblaient plus^ vigoureux que les autres.»
«Vers la fin du même mois de l'année 1845, une dame conduisit chez moi son fils âgé de dix à onze ans et qui se plaignait d'une vive démangeaison à l'œil depuis la veille,. * cette démangeaison était survenue tout à coup après le contact d'une mouche qui marqua à peine un temps d'arrêt sur l'organe. Cette fois, le malade étant sûr qu'un 'insecte l'avait touché, j'examinai attentivement et je découvris de petits vers tout au fond de la paupière supérieure : j'employai le même procédé que la première fois et je retirai six vers. Je crus avoir fini; Tenfant s'en alla sans souffrir. Comme on parla de ce fait comme de quelque chose d'extraordinaire, un médecin eut l'occasion de voir l'enfant et, examinant l'œil, il aperçut d'autres vers; il me le renvoya aussitôt et j'enlevai encore deux vers. Depuis lors, l'enfant est bien guéri et n'a plus rien ressenti à l'œil.»
Pareilles observations doivent être fréquentes dans les pays orientaux où les mouches sont accueillies d'une façon assez indifférente par les indigents lorsqu'elles se posent sur leurs paupières malades.
Les maladies de la sclérotique feront suite à celles de la choroïde.
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