‹ Trait√à complet d'ophthalmologie (volume 2)Chapitre 55 sur 87 · CANAL CENTRAL DU CORPS VITRÉ · texte numérisé non relu

CANAL CENTRAL DU CORPS VITRÉ

De quelle manière se termine le canal central au voisinage de la capsule postérieure du cristallin, c'est ce qui n'est pas encore suffisamment démontré. Sur mes préparations, la masse injectée s'arrondissait tout près du cristallin et montrait parfois un faible renflement en massue.

Le point où s'opère la terminaison ne paraît pas non plus constant; d'après Stilling, cela n'aurait pas lieu derrière le centre de la face postérieure du cristallin, mais cette terminaison serait excentrique, de façon que le parcours du canal ne formerait pas avec l'axe optique un angle aigu, mais courait paraUèlement à cet axe.

Le canal central est garni d'une membrane vitreuse apparente dont les plis sont à tout moment aisément reconnaissables, et qui paraît finement striée. Çà et là on rencontre à sa surface des cellules granuleuses aplaties d'une façon irrégulière qui, peut-être comme les cellules subhyaloïdiennes, se rapportent à des globules de sang incolore. Cette membrane du canal central paraît, dans Varea Martegiani, se continuer directement dans l'hyaloïde et correspond évidemment à cette partie de l'hyaloïde des oiseaux que recouvre le pecten. Lieberkûhn (62) a décrit sur les yeux des embryons une semblable membrane comme délimitant l'espace qui contient l'artère hyaloïdienne.

La largeur du canal central est, d'après Stilling (52 et 56), différente dans les yeux des divers animaux. Tandis que le canal est relativement large (2 millimètres et plus) chez l'iiomme, le porc, le lapin, le cheval, le cerf, le chevreuil, il est très étroit chez le mouton et ne mesure que 1/2 à 1 millimètre. Il se présente aussi des variations individuelles : ainsi chez le bœuf, il devient tantôt plus large, tantôt plus étroit. Il est moins large chez les enfants que chez l'adulte, ne présentant que 1/2 millimètre au lieu de 2 pour le dernier. Le canal hijaloïdien des anciens anatomistes, que Cloquet (4) a le premier mentionné, ne correspond pas au canal central du corps vitré développé que Stilling(53) a découvert. Cloquet n'entendait par son canal que l'espace que traverse chez l'embryon l'artère hyaloïdienne, tandis que chez l'adulte pareil canal faisait absolument défaut (comparez Huschke (16), p. 735 et 736). De même d'autres auteurs plus récents font mention, comme Hannover (25) et Finkbeiner (33), d'un pareil canal embryonnaire. Le premier entend par canal l'espace occupé par l'artère hyaloïdienne et duquel rayonnent les cloisons radiées. Il ne l'a jamais rencontré ouvert chez l'adulte. D'après Finkbeiner, au lieu d'un canal ouvert se trouve un cordon qui se composerait d'une enveloppe finement striée et transparente et d'une partie centrale fibrillaire et nucléolaire. Il a vu dans un cas, sur l'œil du bœuf, se diviser pareil cordon près de la papille en deux parties qui s'élargissaient en ampoules, s'insérant par des ouvertures rondes à la papille. D'après Finkbeiner, les sacs membraneux qui traverseraient le corps vitré participeraient aussi à la formation des parois de ce cordon central.

Indubitablement il existe une faible dilatation du canal près de la papille. Cela se reconnaît surtout facilement sur l'œil du bœuf, oii s'élève encore du niveau de la papille un corps blanchâtre en bourrelet pouV remplir le commencement du canal hyaloïdien (H. Millier) (36). Déjà Zinn (2) a décrit en ce point un enfoncement en entonnoir. Martegiani (3) y insiste davantage, et lui donne d'après son propre nom celui (Tarea Martegiani (comparez Huschke (16), p. 735). Ordinairement le diamètre de cet enfoncement correspond à peu près à celui de la papille; d'après Stilling (56), il le dépasserait de 2 millimètres chez le porc, tandis que suivant lui Varea Martegiani serait à peine indiquée chez le mouton; par contre, elle est bien visible chez le cheval, le porc et le chat.

Le mode de terminaison du canal en avant n'est pas encore suffisamment démontré. Ordinairement je l'ai vu se terminer d'une manière arrondie. Stilling (comp. fig. 138) le laisse passer dans la fente située entre le corps vitré et le cristallin, sans insister davantage. Michel (64) obtint dans certains cas, sur l'œil du porc, un remplissage simul-

tané du canal central et du canal de Petit en injectant par ponction de la chambre antérieure.

Chez l'embryon, le canal central renferme Vartère hyaloïdienne,qm s'étale ensuite dans la fossa patellaris en un réseau. Assez souvent cette artère persiste encore pendant quelque temps après la naissance, comme chez le porc (Slilling) (56), le veau et le cheval (H. Millier) (36); chez ce dernier, on voit même parfois toute la répartition des vaisseaux sur la capsule postérieure du cristallin (Lieberkiihn) (62). Aussi a-t-on à plusieurs reprises observé la persistance de Vartère hyaloïdienne (par Meisner (1), Sœmisch (2), Wecker (3). Chez le bœuf, se rencontre d'une manière constante, comme contenu de Varea Martegiani, une procidence blanchâtre en cône, partant de la papille et d'où se laisse poursuivre au loin vers le cristallin un prolongement filiforme. Ce cône et ce prolongement filiforme sont entourés, d'après H. Miiller (36), d'une gaine amorphe. Le cordon montre à l'examen microscopique une striation longitudinale et des noyaux rangés le long du cordon [comparez aussi Finkbeiner (33)]. Par contre, le cône renferme dans un stroma amorphe ou finement strié une très grande quantité de noyaux entassés. Klebs(42) décrit une semblable accumulation de noyaux qui appartiennent à de petites cellules rondes, dans l'excavation physiologique du nerf optique humain; ils se perdraient latéralement sans délimitation précise dans l'hyaloïde, et représenteraient la région de la racine commune de l'hyaloïde et du corps vitré. Les observations de H. Miiller faites sur l'œil du bœuf contredisent formellement cette manière de voir de Klebs.

Fibres et cellules du corps vitré. — Le corps vitré complètement développé paraît, à l'examsn microscopique à l'état frais, parfaitement transparent et homogène ; les éléments histologiques semblent y faire absolument défaut. Par contre, on réussit toujours à démontrer la présence de cellules dans le corps vitré de l'embryon ; mais aussi un examen attentif nous les montre dans le corps vitré développé. Les cellules sont dans ce dernier seulement peu répandues comparativement à la grande quantité de substance propre et sont ordinairement difficilement aperçues à l'état frais.

Il en est de même des éléments fibrillaires qu'on décrit dans la gélatine du corps vitré. A l'état frais, on n'en reconnaît ordinairement pas de traces (Lieberkiihn) (62). Vainement je me suis ainsi efforcé d'obtenir le plus souvent, au moyen des reactifs ordinaires (hypermanganate de potasse, etc.) qui nous servent pour isoler les fibrilles du tissu cellulaire, ces éléments du corps vitré. Dans un seul cas j'ai pu démontrer dans un corps vitré humain, sans l'emploi des réactifs, des traînes hbrillaires. Il s'agit de corps vitrés qu'on a placés pour des raisons encore à expliquer dans le sac lymphatique dorsal de la grenouille et qui y avaient perdu par absorption une grande quantité d'eau. Par contre, chez le mouton et le porc, la démonstration de fibrilles échoua de toutes manières.

Lieberkiihn (63) fait encore mention d'un autre genre de fibrilles dans le corps vitré; ce sont les résidus de vaisseaux embryonnaires qui ne se rencontrent qu'isolés et parfois, en certains endroits, décomposés en grains fins.

D'après les recherches d'Iwanoff (62), il se trouve d'une façon constante

(1) Zeitschrift fur rationelle Medicin, 3 Rech, I Bd., 1857, p. 262.

(2) Klin. Monatsblàtter fiïr Augenheilkunde, 'iSQ3.

(3) Ibid., juillet 1869.

FIBRES DU CORPS ViTRÉ.

dans la région de Vora serrata des faisceaux de fines fibrilles qui se rendent en cet endroit à la surface du corps vitré et parcourent, une fois en contact avec la membrane limitante, comme fibres zonulaires, la zonula en avant. Quoique je me sois rendu compte de l'existence de ces fibrilles dans la région de Vora serrata, n'ai pourtant nullement pu me convaincre que les fibres de la zonula prennent toutes leur unique origine dans de pareilles traînées fibrillaires.

A l'exception des fibrilles de la région de Vora serrata, ces éléments, ainsi que les fibres, constituent des éléments excessivement peu répandus ; ceux qui le sont moins encore sont les fibres que Lieberkûhn a décrites et qui paraissent en outre, suivant leur provenance, être tout autrement constituées, comme les traînes fibrillaires décrites par Iwanotî et moi. Pendant que les premières sont très probablement de nature élastique, les dernières ont évidemment beaucoup d'analogie avec les fibrilles du tissu cellulaire. Elles se rencontrent en plus grande quantité dans le corps vitré de l'embryon, voici pourquoi sa substance paraît finement striée et plus résistante que celle de l'adulte (de Witticli) (29).

Tout autres sont les réseaux de fibrilles qui se montrent à l'état pathologique, principalement au début de la suppuration, et qui apparaissent en grandes traînées dans la gélatine du corps vitré (0. Weber). D'après mes recherches, ce sont des éléments très résistants qui rappellent les fibres élastiques et qu'on peut comparer avec les fibres particulières qui, à l'état pathologique, apparaissent dans la névroglie du nerf optique (1).

Toutes les autres indications sur l'existence de fibrilles, de quelque nature qu elles soient, qu'on trouverait dans le corps vitré, reposent sur des images provoquées par des réactifs et qui ne peuvent en aucun cas être interprétées comme préexistantes. Il en est ainsi de l'affirmation de Giaccio (57), qui pouvait, après avoir employé de l'acide chromique ou de l'alcool, démontrer la présence de fins réseaux fibrillaires, qu'il identifie avec ceux décrits antérieurement par Bownian (21) dans le corps vitré embryonnaire. Pourtant Bowman décrit dans les points nodaux de ces réseaux fibrillaires de petits renflements sphériques comme « nuclear granules ». Ce ne serait, d'après Giaccio, que l'elTet optique de sections de fibres qui se recourbent pour se rendre dans un autre plan. Déjà Lieberkiihn (63) a attiré l'attention sur ce fait, que beaucoup de réactifs, principalement l'alcool et l'acide chromique, provoquent l'apparition de fibrilles. D'après mes propres observations, la forme des dépôts que provoque l'emploi de l'acide chromique ou de l'alcool est telle que de fins corpuscules se trouvent épars entre de petits corps bacilliformes. Ces derniers se trouvant répartis dans les sens les plus divers, il en résulte comme des réseaux fibrillaires. L'examen avec de très forts objectifs les fait apparaître en morceaux n'ayant aucun contact les uns avec les autres ; ils se placent souvent en zigzag mutuellement, et paraissent identiques à ce que Merkel (34) a décrit comme fibres en zigzag, « fibres fulgurantes », dans des yeux pathologiques.

Aussi le fin réseau que décrit Blix (5ij dans les points nodaux oii se rencontreraient des cellules fusiformes ou étoilées sai!s noyau doit probablement se rapporter aux produits artificiels que Bowman et Ciaccio ont cnumérés.

Dans les travaux d'auteurs plus anciens, nous voyons aussi fréquemment indiquée la structure fibrillairc du corps vitré. Ainsi Husclikc (IG) décrit des faisceaux fibrillaires qui rayonnent de la membrane hyaloïdedans le corps vitré, mais dont la démonstration ne peut être

(1) Michel, Ueber einc Ilijperplasie des CJiiasma und des rechten Nervus opticus bei Elephantiasis (Arcltiv fur Ophthalm., xix, 3).

faite qu'après durcissement dans du sublimé ou du carbonate de potasse. Pappenheim (14), ayant vu dans des corps vitrés conservés dans le carbonate de potasse une structure fibrlllaire, suppose qu'il s'agit de tubes remplis de liquide.

Nous avons déjà mentionné qu'on réussit moins facilement à démontrer, dans le corps vitré frais et développé, la présence de cellules que cela ne se peut pour le corps vitré embryonnaire, mais que, incontestablement pourtant, celui de l'adulte en renferme. En examinant attentivement, on les reconnaît, principalement dans les couches périphériques, sans l'addition d'aucun réactif. Elles paraissent comme des éléments excessivement pâles, dont le pouvoir réfringent ne diffère que fort peu de la substance ambiante. L'acide chromique ou le liquide de Mûller les rend plus apparentes; mais, pour les bien faire ressortir, il est recommandable de teinter le corps vitré avec du carmin ou de l'aniline. Les éléments cellulaires apparaissent alors dans la substance du corps vitré sous les formes les plus diverses. D'après le procédé dlwanoff (48), on peut distinguer trois formes principales, mais qui, ainsi [que je dois le souligner, se révèlent par de nombreuses formes intermédiaires comme appartenant à une même catégorie. On distingue ainsi :

1. Des cellules rondes avec un ou plusieurs noyaux, ayant absolument la même nature que les cellules subhyaloïdiennes sus-décrites avec détail, proviennent évidemment de la même source aussi. Ces cellules se trouvent isolément parsemées dans la substance du corps vitré, mais en quantité relativement faible, et principalement dans les parties périphériques.

2. La seconde forme qui, d'après Iwanoff, est représentée par des cellules fusiformes ou étoilées, se rencontre principalement dans la couche corticale. Ces cellules (fig. 1-41, a et b) affectent les formes les plus irrégulières, montrent des contours incurvés et ordinairement plusieurs longs prolongements protoplasmatiques qui portent çà et là de petits renflements sphériques dont la nature protoplasmatique est aussi aisément démontrable. Ces globules sont tantôt isolés près d'un prolongement, tantôt en plus grand nombre rangés les uns derrière les autres comme des perles. Le bout du prolongement est tantôt pointu (fig. 441, a)y tantôt garni d'un globule (fig. 141, d). Ce dernier ne se rattache souvent que par un très fm pédicule au corps cellulaire, de façon que la possibilité d'un détachement paraît probable. En réalité, on rencontre souvent de pareils globules détachés, de même substance, au voisinage de ces cellules (fig. 141, d). J'aurai occasion d'y revenir.

3. La troisième forme de cellules du corps vitré, d'après Iwanoff, se caractérise par la présence de vésicules claires que contient le corps cellulaire. D'après mes observations, ces cellules ne sont que très rarement simplement celluleuses ; la plupart possèdent un (fig. 141, c, e,f) ou plusieurs (g) prolongements de la même nature que ceux de la seconde catégorie qu'on vient de décrire. Les vésicules sont, ou nettement délimitées, ou aussi indistinctement contournées, de manière qu'on reçoit l'impression comme s'il s'agissait du

gonflement par imbibition de la substance cellulaire (fig. 141, e). Toujours ces vésicules présentent un contenu clair et homogène, qui, dans beaucoup de cas, est indubitablement liquide, attendu qu'on voit les granules qui y pénètrent prendre un mouvement moléculaire (Lieberkûhn, 62, p. 340). Ordinairement on ne rencontre qu'mie seule vésicule, mais on peut, dans quelques cas, comme cela est arrivé à Iwanoff, en rencontrer deux réunies par un pont de protoplasma qui peut entourer le noyau (fig. 141, g). Aussi, dans le voisinage de pareilles cellules, dont les émanations présentent de nombreux renflements sphériques, j'ai rencontré de petits globules de proto-

I plasma représentant évidemment des parcelles étranglées et détachées de

I la substance cellulaire.

Le nombre, la grandeur et la forme des noyaux de ces diverses cellules I varient énormément. J'en ai rencontré jusqu'à trois; là où plusieurs noyaux occupent une même cellule, ils sont moins volumineux que ceux des cellules à un seul noyau. Leur forme est tantôt sphérique, tantôt ovale ou rénale. J'ai aussi rencontré des corps proloplasmatiques avec vésicule sans noyau, qui, à part l'absence de noyau, étaient identiques aux autres. Tandis qu'on rencontre les cellules étoilées et fusiformes de préférence dans la masse corticale du corps vitré, et chez les enfants, en grand nombre, on trouve surtout les cellules à vésicule chez les adultes, et ici, ordinairement, dans les parties centrales du corps vitré.

Les nombreuses formes intermédiaires entre ces trois types cellulaires décrits démontrent incontestablement leur identité. Cette opinion acquiert une nouvelle confirmation par la découverte d'Iwanoff'(48), d'après laquelle ces trois genres de cellules montrent des phénomènes de mouvements propres. L'idée que leur forme si variée se rapporte au changement dans la configuration d'un même genre de cellules est donc bien naturelle (Lieberkûhn, 63, p. 440). Pagenstecher (58) a réussi, sur des corps vitrés de lapins âgés de peu de jours, à voir, sur la table de l'objectif chauffée, les diverses formes de

FiG. 141.

cellules d'Iwanoff se développer de la première catégorie. Lui aussi appuie sur la grande concordance de ces cellules rondes avec les corpuscules blancs du sang. Que ceux-ci puissent, aussi bien que dans d'autres tissus, immigrer dans la substance du corps vitré, cela ne peut être mis en doute. Mais ici ils chemineraient tantôt dans la substance visqueuse, tantôt dans les interstices remplis de liquide : dans leur premier parcours, ils s'effileront en longs fdaments de protoplasma; pendant la seconde partie du chemin, ils présenteront ces symptômes de gonflement par imbibition. L'occasion à la formation de vacuoles est ainsi fournie.

En concordance avec ces faits, nous rencontrons de préférence les cellules munies de petites vésicules chez des personnes âgées, dont le corps vitré est plus abondamment fourni d'eau, et ici même de préférence encore dans les parties centrales les plus liquides, tandis que les longs filaments se forment principalement dans les parties périphériques plus visqueuses du corps vitré. On rencontre en nombre excessivement abondant ces cellules à vésicules dans le glaucome, dans tous les cas d'augmentation de l'humeur vitrée, tandis qu'elles disparaissent complètement avec le ratatinement du corps vitré (Iwanoff) (4-8), fait qui concorde parfaitement avec ma manière de voir en ce qui concerne leur nature.

Afin de confirmer cette supposition, j'ai tenté de provoquer artificiellement ces diverses formes de cellules. A cet objet, j'ai transporté du corps vitré de l'homme, du mouton, du porc, dans le sac lymphatique dorsal de la grenouille, où je l'y ai laissé séjourner pendant à peu près dix-huit heures. La substance du corps vitré se montre alors parsemée d'un très grand nombre de corpuscules protoplasmatiques qui, ainsi que le démontrent les injections simultanées de substances colorées finement granulées, proviennent des corpuscules lymphatiques immigrés de la grenouille. Ces corpuscules montrent alors tous ces divers changements de forme que nous avons constatés** plus haut en étudiant le corps vitré normal de l'homme. Nous pouvons donc affirmer, avec toute certitude, que toules les cellules qu'on rencontre dans le corps vitré, quelque variée que puisse être leur forme, ne sont autre chose que des corpuscules lymphatiques immigrés qui doivent la diversité de leur aspect à la qualité variée du milieu dans lequel ils se meuvent. J'ai même obtenu les cellules à vésicules par cette méthode artificielle, il est vrai toujours en petit nombre, parce que le séjour du corps vitré dans le sac lymphatique de la grenouille lui fait déjà, après dix-huit heures, perdre par résorption une quantité notable de son eau. Il est par conséquent difficile d'établir ainsi les conditions opportunes à la formation des vésicules; pourtant cela réussit encore principalement avec le corps vitré humain, qui est plus riche en eau que celui du mouton et du porc.

Par contre, on peut suivre pas à pas la formation des filets protoplasmatiques lorsqu'on observe pendant quelque temps les corpuscules lymphatiques immigrés, et l'on voit en outre très distinctement comment il s'en détache, de temps à autre, par étranglement, un petit globule protoplasma-

tique, qui est absolument identique à ceux décrits plus haut (fig. 141, c et d). Lorsqu'on laisse séjourner le corps vitré dans le sac lymphatique plus longtemps (à peu près quarante-huit heures), l'expérience ne réussit plus, parce que la majeure partie de la vitrine est alors résorbée, et qu'on ne trouve qu'une petite quantité d'une substance visqueuse.

Je suis forcé de revenir encore une fois sur les petits globules protoplasmatiques, dont on peut suivre la provenance par étranglement des filets protoplasmaliques. On rencontre constamment ces globules en nombre varié dans le corps vitré et dans ses parties diverses. En teintant avec le carmin ou l'aniline, on peut presque partout démontrer, dans la gélatine du corps vitré, l'existence de pareils globules, soit isolés, soit rangés en séries et écartés à grande distance des cellules mères. Je ne saurais dire s'ils exécutent des mouvements propres, tandis que les plus grands fragments de protoplasma non munis de noyau qu'on rencontre parfois dans le corps vitré (fig. 141, e) montrent pourtant indubitablement des mouvements amiboïdes.

Tandis que dans le corps vitré de l'adulte les éléments formés et immigrés montrent, par suite de leur déplacement dans la gélatine particulière de ce milieu, les distorsions et les mutations les plus bizarres, par contre les cellules du corps vitré de l'embryon présentent presque exclusivement une conformation sphérique ou en fuseau (Virchow (26), Kôlliker (31), Wittich (29),, Frey). On ne rencontre des cellules étoilées qui s'anastomosent que vers le côté externe de l'hyaloide, et elles sont en rapport avec la formation du réseau de vaisseaux embryonnaires qui se trouve en ce point. Probablement aussi les cellules rondes et fusiformes ne sont autre chose que des corpuscules lymphatiques immigrés. Ce qui est suprenant ici, c'est la constance de la conservation de forme, qui doit peut-être reposer sur une qualité autre du protoplasma cellulaire, ainsi que de la substance propre du corps vitré emj bryonnaire.

La description qui précède ne mentionne dans les éléments cellulaires du corps vitré^ I abstraction faite des formes étoilées des cellules lymphatiques qui y sont pénétrées,, nullement la présence de cellules étoilées. Pourtant un grand nombre d'auteurs, de Ammon (23), Merkel (34-), 0. Weber (41), Smith (53), ont affirmé avec la plus grande assurance la présence de pareils éléments et leur réunion en réseau comprenant dans leurs mailles la substance gélatineuse du corps vitré. De pareils réseaux ne se voient qu'à la surface de la membrane hyaloïdienne, et cela encore seulement chez des embryons. Les descriptions de réseaux cellulaires dans l'intérieur du corps vitré ont principalement surgi de la tendance à assimiler la gélatine du corps vitré .'i une catégorie connue qui se range dané la série des substances de tissu cellulaire. Le prototype est représenté par les corpuscules étoilés de Virchow et les réseaux qu'ils forment, d'après lesquelsles adeptes de la théorie du tissu cellulaire interprétaient les éléments étoilés du corps vitré en réunissant leurs prolongements en réseaux. Une observation non prévenue et affranchie de toute idée préconçue, comme l'avaient déjà montré Doncan (30) et Iwanoflf (48), n'a pu rien apercevoir de ces réseaux cellulaires, car le corps vitré ne supporte aucune comparaison avec la structure du cordon ombilical, ou d'un autre tissu gélatineux quelconque.

Virchow (26j décrivit le premier des éléments cellulaires du corps vitré de l'embryon, mais ne réussit pas à les trouver dans l'œil de l'adulte. KuUiker (31) ainsi que Henle trouvèrent pareilles cellules en petit nombre aussi chez l'adulte, au voisinage de l'hyaloide. Mais ce n'est qu'à Iwanoff (48) que nous devons la connaissance exacte des cel-

SCHWALBE. - ANATOMIE DU CORPS VITllÉ.

Iules du corps vitré. Il ne se trompe que dans la manière de les interpréter, en prenant les cellules rondes pour des « cellules de formation », donnant naissance en se différenciant aux autres formes de cellules. Les cellules munies de vésicules sont comparées aux physaliphores que Virchow a décrites comme provenant du clivus, et Iwanoff les charge du rôle de production de la substance propre du corps vitré, de la formation du mucus. Doncan (30), qui, comme Weber (41), décrit de semblables physaliphores, partage cette manière de voir. Que le contenu de la vésicule est liquide, c'est ce que démontre par contre Lieberkiihn (63), et mes observations prouvent que l'apparition de vacuoles n est qu'un simple phénomène d'imbibition .

Ritter (43) nie absolument la présence de cellules dans le corps vitré, et Ciaccio (57) revient à cette opinion en n'admettant que les cellules subhyaloïdiennes.

D'après ce que j'ai avancé dans ce qui précède sur les cellules du corps vitré, la provenance des cellules de pus lors d'une inflammation du corps vitré ne peut être dubitative. Elles proviennent des vaisseaux avoisinants, et ce sont des globules de sang incolores immigrés (Blin) (54). Cette immigration s'effectue essentiellement des vaisseaux du corps ciliaire et de la papille du nerf optique. On peut aisément se convaincre de ce fait si, par l'introduction d'une aiguille, ou des injections de solutions de sublimé ou de nitrate d'argent, on provoque une suppuration, après avoir préalablement introduit dans le courant sanguin des granules de zinnaber. Les cellules contiennent alors, pour la plupart, des molécules du pigment introduit dans la circulation. Pendant leur migration, ces cellules prennent aussi des granules de pigment de la choroïde et de l'épithélium rétinien. En l'absence de tout élément cellulaire fixe dans le corps vitré, leur provenance de pareille source (0. Weber) (41), ou encore moins de prétendues cellules épithéliales (Coccius) (40), ne saurait venir à l'esprit.

C'est encore l'endroit de discuter la question de savoir jusqu'à quel point les éléments formés que nous venons de décrire dans le corps vitré expliquent les phénomènes entoptiques. Nous devons à Doncan (30) une comparaison exacte des formes observées au microscope et à l'examen entoplique. Il trouva, comme correspondant aux anneaux qu'on rencontre isolés dans le champ visuel, avec un centre clairj les cellules sus-décrites munies d'une vésicule; il démontra en outre que les groupes de globules qu'on voit parla méthode entoptique sont de la même manière visibles au microscope. Les fibres garnies de grains ou de globules sont invoquées par lui pour interpréter l'image des chapelets en perles des mouches volantes, mais il n'est pas dans mon plan d'insister davantage sur pareilles comparaisons.

Si, finalement, nous nous demandons quelle est la valeur histologique du tissu qui compose le corps vitré et comment il faut le classer dans la série des autres tissus, nous devons tout d'abord insister sur sa provenance du tissu cellulaire embryonnaire, provenance que l'embryologie met hors de contestation. Aussi, plus tard, le tissu du corps vitré se rapproche surtout du tissu cellulaire, mais se différencie de tous les autres genres de tissus semblables par l'absence de cellules fixes (cellules endothéliales), ainsi que par la rétrogradation des fibrilles en comparaison de l'accroissement en masse de la substance interfibrillaire. Celle-ci se différencie de son côté, par son excès-

BIBLIOGRAPHIE

sive abondance d'eau, de la substance de ciment des autres tissus fibrillaires du genre de tissu cellulaire. Ce qui me paraît plus simple, c'est d'envisager toute la masse située contre l'hyaloïde et la membrane du canal central comme un faisceau unique de tissu cellulaire, garni d'une gaine endothéliale. Seulement l'enveloppe endothéliale se trouve remplacée ici par une membrane élastique, l'hyaloïde, tandis qu'à l'intérieur même les fibrilles se trouvent dissociées et disséminées par un accroissement excessif de la substance interstitielle.

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