‹ Trait√à complet d'ophthalmologie (volume 2)Chapitre 54 sur 87 · ANATOMIE · texte numérisé non relu

ANATOMIE

Par le professeur G. SCHWALB

Au point de vue génétique, il faut comprendre dans la désignation du corps vitré, non seulement la gelée transparente que renferme la membrane hyaloïde et qui remplit le plus grand espace du globe oculaire en dedans de la coque rétinienne, mais aussi, d'après les recherches de Lieberkùhn (63) (1), la capsule du cristallin, ainsi que la collerette delà zonule, Id^ zonula ciliaris . Cette dernière représente dans l'œil adulte une continuation modifiée de la membrane hyaloïdienne dépassant Vora serrata et se rattachant d'une façon particulière à la capsule du cristallin.

Le corps vitré gélatiniforme s'adosse en avant de Vora serrata retinœ encore dans une certaine étendue à la zonula, en étant séparé d'elle, il est vrai, par une sorte de fente capillaire. Cette fente s'élargit vers le bord du cristallin et écarte ainsi la surface antérieure du corps vitré de la zonula. Il se trouve donc autour du bord cristallinien, entre la zonula Zinnii et la surface antérieure du corps vitré, une fente remplie pendant la vie d'un liquide: c'est le canal de Petit, qui communique avec la chambre postérieure (par suite avec l'antérieure) au moyen de fines ouvertures placées en sens radié entre les fibres de la zonule qui s'étalent librement des crêtes ciliaires au bord du cristallin.

Dans les parties axiales, la surface antérieure de la gélatine du corps vitré s'adosse, par contre, directement à la capsule postérieur du cristallin et n'en peut être séparée que difficilement. En injectant le canal de Petit, ce qui est aisé du côté de la chambre antérieure, on sépare la réunion entre le corps vitré et la surface postérieure du cristallin en une zone plus ou moins large par une couche de liquide qui s'interpose entre eux ; mais au centre de la

(1) Les chiffres se rapportent à la bibliographie ci-jointe.

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fossa patellaris cette réunion reste dans ces expériences intacte (Schwalbe, 59 et 60).

Nous ne nous occuperons pour le moment que de la structure histologique de la véritable gélatine du corps vitré, ainsi que de la membrane qui la contient, la membrane hyaloïdienne. La capsule du cristallin et la zonule de même origine seront décrites ailleurs.

Membrane hyaloide. — La question de l'existence d'une membrane hyaloïdienne propre se confond avec celle d'une membrane limitante interne de la rétine. J'exposerai, lors de la description de la rétine, les raisons qui conduisent à l'acceptation d'une membrane limitante, ou, pour mieux dire, d'une margo limitans retinœ, différente de Vhyaloidea.

Ce que Henle (50) et après lui Iwanoff ont décrit comme limitans hyaloidea, n'est autre chose que Vhyaloidea appartenant non à la rétine, mais au corps vitré, et se continuant en avant directement dans la zonula ciliaris. Toutes les deux sont les parties d'une même membrane qu'on peut séparer, d'après Huschke (16), en une partie postérieure (la véritable hyaloide) et une partie antérieure ou ciliaire (la zonule).

Lieberkûhn (63) a démontré que l'hyaloïde n'a rien à faire avec la rétine, car elle naît du feuillet germinal moyen, comme couche limitante du corps vitré, le séparant de la vésicule oculaire secondaire. C'est surtout sur l'œil des oiseaux que ce fait est palpable ; car ici l'hyaloïde ne fmit pas avec la rétine au bord du pecten, mais lui forme un revêtement complet. Sur l'œil de l'homme et des mammifères en général, il se produit, lorsqu'on Ta placé pendant une journée dans de l'alcool très faible, une séparation constante et très lisse entre la rétine et le corps vitré ; lors de pareiUes préparations, on trouve constamment la surface du corps vitré en contact avec Vhyaloidea qui se continue avec la zonule et le cristallin; au contraire, la rétine ne se trouve avec sa surface interne que garnie d'une margo limitans. Que l'hyaloïde reste aisément, sur des yeux frais qu'on vide de leur corps vitré, attachée à la rétine, cela ne signifie rien pour ce qui regarde la question que nous agitons ici, car la séparation n'a pas lieu avec le corps vitré ; constamment une mince couche périphérique de la gélatine du corps vitré reste de même attachée aux membranes ; d'ailleurs cela ne se passe ainsi que pour les corps vitrés des animaux adultes. Sur de jeunes animaux, par exemple chez le veau, qui présente un corps vitré d'une consistance plus notable, l'hyaloïde suit dans des yeux frais le corps vitré qui s'en échappe.

Je suis donc du même avis que Henle (50) et Iwanoff (55), en acceptant l'existence d'une seule membrane entre la margo limitans retinœ et la surface du corps vitré, mais je l'envisage comme appartenant au corps vitré. Iwanoff a observé que pendant le détachement du corps vitré, l'hyaloïde se trouvait nettement séparée de la gélatine du corps vitré par une couche de liquide, et qu'aussi bien l'hyaloïde que le corps vitré détaché du côté de la couche liquide montraient une surface lisse. La conclusion qu'en tire Iwanoff ne me paraît nullement nécessaire, à savoir, que la membrane restée en pareille circonstance attachée à la rétine doit lui appartenir et qu'il manque au corps vitré une

MEMBRANE HYALOIDE.

enveloppe délimitante; car des surfaces lisses devraient forcément se développer à la suite de processus morbides qui persistent longtemps. Si la surface du corps vitré détaché s'altère à un tel point qu'elle se recouvre d'une couche homogène amorphe, le fait de la disparition des résidus de la gelée du corps vitré attaché primitivement à la membrane hyaloïde et du rétablissement d'une surface lisse du côté externe de l'exsudat n'a pourtant rien de bien extraordinaire.

Dans la région de Vora serrata, l'hyaloïde commence peu à peu à s'épaissir et à changer de structure en devenant zonula ciliaris. A partir de ce point, elle constitue la paroi antérieure du canal de Petit; la paroi postérieure s'identifie avec la surface antérieure de la gélatine du corps vitré qui ne se différencie du contenu liquide du canal de Petit que simplement par une surface plus dense. Un fendillement de la zonula, près deïoraserrata, en un feuillet externe qui représenterait les véritables fibres de la zonula, et un interne qui tapisserait la fossa patellaris, n'a pas lieu. Par conséquent, le canal de Petit doit être assimilé aux autres fentes de la gélatine du corps vitré.

Cette description diffère de celles antérieurement données par moi (59 et 60) en ce que je considère actuellement la membrane limitante postérieure du canal de Petit comme un produit factice résultant de l'action des réactifs (soit comme précipitation, soit comme condensation) : je me rallie ainsi à Iwanoff (62); mais je suis forcé de maintenir vis-à-vis de Merkel (61) l'existence du canal de Petit tel que je l'ai décrit, (^ue la zonula et le corps vitré semblent sur des coupes se toucher, c'est ce qui résulte de la compression forcée qu'ils subissent pendant la section.

Un fendillement près de Vora serrata n'a donc pas lieu. Hannover (18) admettait un fendillement encore bien plus compliqué de la part de l'hyaloïde. 11 devait tout d'abord s'effectuer un fendillement de cette membrane en deux feuillets près de Vora serrata, et le feuillet antérieur se serait divisé de nouveau en deux à la hauteur des procès ciliaires. Le feuillet antérieur représentant la zonula ciliaris, le postérieur formerait avec les deux feuillets nés de la première division un espace en fente situé derrière le canal de Petit, qu'on avait désigné par conséquent comme canal de Hannover. D'après Hannover, il n'atteint que le bord du cristallin, et derrière lui l'hyaloïde serait de nouveau simple. Finkbeiner (33), qui défend l'existence de pareil canal, lui fait même établir une séparation complète entre le cristallin et le corps vitré. D'après Weber (44), il n'est séparé du canal de Petit qu'incomplètement par une couche de fibres zonulaires. Tous les autres anatomistes nient complètement l'existence de ce canal.

L'hyaloïde se présente au microscope sous forme d'une membrane claire et transparente comme du verre, qui fait aisément des plis. Ce n'est que grâce à ces plis qu'on l'aperçoit sous le microscope, car l'attention est bien moins attirée sur des éléments cellulaires qui lui sont constamment attachés lorsqu'on examine sur le plan. Les plis sont nettement formés et démontrent surtout sa qualité de membrane propre. Pourtant elle est, chez l'homme et les mammifères, intimement liée par sa surface interne à la gélatine du corps vitré ; c n'est que chez les oiseaux et les amphibies qu'elle représente une membrane absolument facile à isoler. La surface externe dirigée contre la rétine est constamment lisse et à contours précis, mais le plus souvent elle est recouverte sur les préparations fraîches par des gouttes transparentes d'une nature particulière. La réaction micro-chimique les fait reconnaître comme de l'albumine qui provient des cônes des fibres les plus radiées, qui

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sont dirigées vers l'hyaloïde et dont le contenu s'est échappé. Sur des préparations à l'alcool et à l'acide chromique, ces gouttes forment des plaques coagulées de configuration analogue, et souvent, chez l'homme, les cônes des fibres radiées sont même restés attachés parles émanations réticulées de leurs bords aux. cônes sphériques. Alors toute la surface externe de la membrane hyaloïde présente un aspect réticulé.

Au voisinage de Vora serrata, la substance vitreuse de la membrane hyaloïde se trouve traversée par de nombreuses stries très fines, dirigées en sens méridional (0. Weber) (41). Ces stries prennent naissance à peu près dans la région équatoriale de l'œil en s'accenluant de plus en plus vers le bord de la zonule. C'est d'elles que se forment, dans la partie ciliaire de l'hyaloïde (Huschke), les fibres zonulaires. Pourtant il paraît exister, quant à ce mode de répartition des fines fibres du bord de la zonule au delà du restant du corps vitré, des variations physiologiques, de façon que parfois les fibres se terminent tout près du bord de la zonule, tandis que dans d'autres cas elles s'étalent bien au delà.

Un élément constant de l'hyaloïde est constitué par de petites cellules aplaties et particulières, munies d'un ou deux noyaux et présentant une délimitation très variée et absolument irrégalière d'avec le corps cellulaire. La figure 136 rend compte de leur aspect habituel, ainsi que de leur répartition dans la plus grande étendue de cette membrane. Il se trouve accumulé à l'entour du noyau une masse finement granulée dont les réactions micro-chimiques sont celles des protoplasmas. Cette masse n'a pas de délimitation en dehors ; au contraire elle paraît souvent se perdre, dans la substance vitreuse ambiante et parfaitement transparente, par une dégradation progressive de son épaisseur. Dans d'autres cas, ces cellules présentent un contour plus précis, ont une forme sphérique, ou sont fusiformes, ou encore se montrent avec l'aspect de minces plaques analogues aux premières cellules, mais avec des contours échancrés et aussi munis çà et là de prolongements irréguliers.

A toutes est commun le mode d'emplacement, de juxtaposition à la mem-

FiG. 130.

MEMBRANE HYALOIDE.

brane hyaloïde, autrement dit dans la couche corticale la plus externe de la substance propre du corps vitré. C'est pour cette raison qu'on les a aussi décrites (Ciaccio) (57) comme cellules subliyaloïdéales. Pourtant il paraît qu'il s'en rencontre aussi constamment quelques-unes isolées sur la surface externe de la membrane vitreuse, entre celle-ci et la rétine (Iwanoff) (48).

La répartition de ces cellules est absolument irrégulière. On rencontre les plus nombreuses chez l'embryon. Elles sont, par contre, bien moins abondantes chez l'adulte, et en nombre très varié dans les diverses sections de la membrane hyaloïde, et même, dans certaines régions, à des écarts divers, de façon qu'il ne peut être question ici d'une répartition uniforme. Ainsi, par exemple, chez le porc, les écarts de deux cellules flottent entre 8 et 27 p.; chez le lapin, entre 29 et 390 fx. Il se rencontre de semblables écarts chez l'homme. En outre, il n'est pas rare de rencontrer entassés, dans un étroit espace, des groupes de pareilles cellules. Une comparaison entre les chiffres ; relatifs à la répartition des cellules qui occupent les régions antérieures de I l'hyaloïde, celles qui avoisinent Vora serrata, et celles de l'équateur et 1 autour de la papille, montre que les plus nombreuses cellules se ren- ! contrent près de Vora serrata et à l'entrée du nerf optique, et que leur nombre décroît progressivement de ces deux régions vers l'équateur. J'ai fait pareilles énumérations chez le lapin, le porc et le mouton. Chez le mouton, par exemple, je rencontrais dans le champ du microscope (objectif V, oculaire 3), pour la région antérieure, à peu près 20 cellules, dans les régions moyennes jusqu'à 8, et dans les postérieures 10 à 14 cellules subhyaloïdiennes.

L'explication de cette répartition si diverse ainsi que de ce changement de forme se trouve dans le fait signalé par Iwanoff (48), d'après lequel ces éléments sont doués de mouvements amiboïdes. Pourtant je m'écarte de la manière de voir d'Iwanoff, qui regarde ces cellules formatrices du corps vitré comme char- , gées de la sécrétion du mucilage. D'après mes observations propres, basées sur des expériences qui seront décrites plus loin, ces cellules ne sont autre chose que des corpuscules sanguins incolores, qu'on rencontre, dans les corps vitrés morts et conservés, sous les formes les plus variées à l'état de coaguj lum. Leur déplacement explique leur répartition variée, tandis que leur I accumulation dans les parties antérieure et postérieure du corps vitré se 1 rapporte au plus proche voisinage, de leur source que représentent les vaisseaux du corps ciliaire et de la papille. En concordance avec ces faits nous rencontrons aussi, dans la zonule proprement dite, un plus grand nombre de semblables cellules.

I Ces éléments lymphoïdes que nous venons de décrire sont les uniques cellules que

î nous rencontrons dans la membrane hyaloïde. Un epithéle comme Huschke (16), Hannover (11), Pappenheim (U), Finkbeiner (33), Ritter (48) et Coccius (46) l'ont décrit, n'existe pas. 11 se composerait de grandes cellules hexagonales aplaties, que Finkbeiner décrit même de grandeur variable suivant les diverses régions, en leur ajoutant les cellules de la pars ciliaris retinœ. Pendant que ces divers auteurs distinguaient encore, à part l'épithèle, une membrane vitreuse, Briicke (19) se prononça déjà avec plus de circonspection, en ce sens qu'il disait que la membrane vitreuse lui paraissait née de la con-

fluence des cellules épithéliales pavimenteuses et hexagonales. Incontestablement oh a décrit les choses les plus variées comme épithèle de l'hyaloïde; on prenait les cellules subhyaloïdiennes pour les noyaux des cellules épithéliales, les dessins réticulés des plaques qui proviennent delà rétine pour le corps cellulaire. C'est ainsi que s'expliquent i aisément, suivant mon opinion, les diverses indications des auteurs concernant l'épithèle de l'hyaloïde. Iwanoff (48) attire l'attention sur ces diverses formations comme sources d'erreurs, et se prononce aussi catégoriquement contre l'existence d'un épithèle.

En outre, Iwanoff mentionne de grandes cellules plates particulières, munies d'un noyau rond et de bords dentelés, qu'il a parfois rencontrées chez des enfants et des adultes sur la surface externe de l'hyaloïde. Il les rapporte au réseau sanguin aréolaire, qui se trouve chez l'embryon à la surface externe du corps vitré. Chaque fois que j'ai rencontré des éléments cellulaires à la surface externe de l'hyaloïde, ils ne se différenciaient en rien des corpuscules lymphoïdes, oi^i ils représentaient les résidus des corps protoplasmiques à noyau renfermés dans les cônes des fibres radiées.

Pappenheim (14), Bowman (21), Finkbeiner (33), décrivent la membrane hyaloïde comme composée en totalité de fibrilles, et Ciaccio (57) fait émaner d'elle de nombreuses fibres fines dans la substance du corps vitré, et rapporte à ce fait la cohésion interne de f la gélatine du corps vitré avec l'hyaloïde. Je n'ai rien pu apercevoir de pareille structure ! fibrillaire. A l'état frais, cette membrane est homogène ; après durcissement dans la solution de Millier, elle est finement pointillée.

Les fibres méridionales qui apparaissent au voisinage de la zonule sont envisagées par j Weber (41) et Blix (54) comme les résidus de vaisseaux oblitérés. Cette opinion repose | sur l'interprétation fausse que le réseau de vaisseaux sanguins qu'on rencontre chez l'em- I bryon, à la périphérie, appartiendrait au corps vitré (comparez aussi Lieberkiihn (63), ! p. 366). Comme H. Millier (44) l'a démontré et Iwanoff (48) confirmé, ces vaisseaux appartiennent plutôt à la rétine et s'y confondent ultérieurement. Aussi les vaisseaux persistants de l'hyaloïde des amphibies et des poissons sont homologues aux vaisseaux réti- j niens, suivant Huschke (16) et H. Miiller (44). Ils se caractérisent, d'une part par des I excroissances protoplasmiques qui se transforment ultérieurement en nouveaux vaisseaux, j d'autre part par les gaines périvasculaires qu'Iwanoff (51) a décrites. Sous ce dernier j rapport, ils concordent aussi avec les vaisseaux de la rétine.

Structure de la gélatine du corps vitré {humor vitreus). — Le contenu de l'espace que circonscrit l'hyaloïde est une gélatine vitreuse, dont la consistance, la richesse en eau et la composition chimique varient sensi- i blement, suivant les diverses espèces de mammifères et chez l'homme. Chez j; l'embryon, le tissu de l'humeur vitrée est plus dense, plus résistant que | chez l'animal adulte, et cette diminution de consistance semble se rapporter ici essentiellement à Taugmentation de l'eau qui entre dans sa composition. La différence de consistance des corps vitrés de jeunes animaux et de sujets : âgés est encore très remarquable : ainsi, par exemple, le corps vitré du veau est toujours plus consistant que celui du bœuf. C'est probablement aussi à une plus grande richesse en eau qu'il faut attribuer le moins de consistance du corps vitré de l'homme comparativement à celui du mouton et d'autres mammifères.

Mais ce n'est pas seulement la différence dans la quantité d*eau que ren- ! ferme le corps vitré qui le différencie chez les divers animaux. Chez une j partie, Vhumeur vitrée se caractérise par ses qualités visqueuses, filamen- ij teuses (homme, poissons), tandis qu'il représente chez d'autres une gélatine j gluante et compressible (par exemple, le chien, le bœuf). Ces variations j doivent se rapporter à la constitution chimique. Le corps vitré de l'homme et des poissons renferme de la mucine, tandis que cette substance paraît ;

faire absolument défaut clans l'humeur vitreuse du chien et du bœuf; de même chez le mouton, on ne peut rencontrer que de faibles traces de mucine. Par contre, ces corps vitrés libres de mucine se caractérisent par une plus grande richesse en albumine. Néanmoins cette quantité est toujours peu élevée : ainsi le corps vitré, relativement riche en albumine, du veau n'en renferme, d'après les analyses de Lohmeyer (32), que 0,136 pour 100.

Dans 100 parties de la gélatine du corps vitré du veau, Lohmeyer trouva: eau, 98,640; albuminate de soude, 0,136; graisse, 0,0016, masses extractives, 0,3200; chlorure de soude, 0,7757; chlorure de potassium, 0,0605; sulfure de potassium, 0,0148; phosphate de chaux,

î 0,0101; phosphate de magnésie, 0,0032; phosphate de fer, 0,0026, et

I craie, 0,0133.

! , D'autres analyses ont été faites parBerzelius (5), Freriehs(20) : d'après leurs recherches, la quantité d'eau flotte entre 98,40 et 98,63; de même, dans ces analyses, le chlorure de soude et les substances extractives représentent la partie essentielle des masses solides. Les données de Berzelius se rapportent au corps vitré du bœuf. ISi lui ni Frerichs ne font particulièrement mention de la mucine. Lohmeyer également ne l'indique pas, et Ciaccio (57) en nie la présence. En opposition à ces assertions qui se rapportent à des examens de corps vitrés du bœuf et du veau, je dois confirmer l'indication de Virchow (22) sur la présence de la mucine dans le corps vitré, toutefois avec cette modification que j'ai bien rencontré de la mucine dans le corps vitré de l'homme, mais non dans celui du bœuf et du chien. Il est vrai que je n'ai pas fait de recherches quantitatives. La diversité d'opinions sur le contenu du corps vitré en mucine s'explique donc simplement par le fait que le corps vitré des divers animaux et celui de l'homme offrent une composition très différente.

D'après Millon, le corps vitré contient aussi de l'urée. Cette indication se trouve confirmée par Wohler, niée par Lohmeyer (32). Après avoir nourri les animaux avec du krapp (garance), Berzelius a constaté une coloration rouge du corps vitré.

Il était déjà connu aux anciens anatomistes qu'en transportant le corps vitré sur un filtre, la majeure partie en dégouttait sous forme d'un liquide transparent, tandis qu'il ne restait sur le filtre même, après avoir enlevé l'hyaloïde, qu'un faible reste d'une substance visqueuse et membraneuse. Il résulte de ce fait qu'il ne faut pas envisager l'humeur vitreuse comme un simple liquide, mais lui attribuer une composition complexe. Indubitablement il faut donc différencier ici une partie consistante et une partie ' liquide {vitrina ocularîs). Lohmeyer (32) s'est efforcé de rechercher, pour l'œil du veau, les rapports de ces deux substances, et n'a trouvé que 0,021 à 0,07 de résidus solides. Le liquide renferme les sels et matières extractives; I en outre, il renferme quelques traces d'albumine; on n'a pas encore exacte- I ment déterminé la composition chimique du résidu consistant. On peut, ! d'après Lieberkûhn (62), rendre la substance gélatineuse du corps vitré absolument libre de tous les sels et de l'albumine dont il se trouve imprégné, lorsqu'on place le corps vitré frais dans une grande quantité d'eau distillée, et qu'on renouvelle cette eau tant qu'on y obtient encore, avec l'acétate de plomb, un précipité. La substance gélatineuse reste encore parfaite-

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ment transparente par l'addition d'alcool et d'autres réactifs; mais, en y ajoutant de plus grandes quantités d'alcool absolu, elle se rétracte sousj forme d'une membrane absolument transparente, qui]se gonfle de nouveau f dans l'eau. j

En ce qui concerne la répartition de la substance solide dans le liquide du ! corps vitré, les opinions des auteurs ne concordent guère, surtout dans ces derniers temps. Depuis les recherches de Demours(l), ce qui paraissait le plus simple pour expliquer la consistance particulière de la gélatine du corps j vitré, c'était d'admettre la présence de membranes qui traverseraient le corps vitré dans les directions les plus variées, en subdivisant le corps vitré en seclion renfermant son liquide particulier. Voyant que par une petite; piqûre de l'hyaloïde on pouvait évacuer peu à peu toute la vitrina, on futj forcé d'admettre une communication de tous ces espaces en « cellules», i Demours se servit le premier, pour la démonstration de ces espaces, de la! méthode de congélation. Il trouva ainsi tout le corps vitré traversé par des i paillettes de glace, plus grandes à la périphérie, plus petites dans la région de la fossa patellaris; de la surface de cette dernière il réussit à détacher, i avec une aiguille à cataracte, une fme pellicule. j

De semblables observations ont été faites par Zinn (2) et Délie Chiaje (10). ( Le premier attire déjà l'attention sur ce fait que le corps vitré congelé montrait à la périphérie une cassure écailleuse, qu'il se détachait de sa surface postérieure des écailles qui présentaient un arrangement concentrique, analogues à celles de l'oignon. Une superposition concentrique de couches sem- ' blables fut aussi démontrée par Pappenheim au moyen d'une autre méthode, en traitant le corps vitré avec du carbonate de potasse. Brûcke (19),Hannovers (18) et Finkbeiner (33) arrivèrent par divers chemins à admettre des membranes qui affectionnent chez les mammifères un arrangement concentrique, tandis que, d'après Hannover, elles se grouperaient en sens j> radié autour d'un axe dirigé de la papille vers la surface postérieure du f cristallin. |

Bientôt pourtant on acquit la conviction que toutes ces membranes décrites, j ou se rapportaient à des précipités qui s'étaient faits en couches superposées, ; comme celles de Pappenheim ou Brucke, Finkbeiner, qui se forment partout | en sens parallèle à la surface de la section de la substance vitreuse [Bow* | man (21), Doncan (30)], ou résultaient, comme celles de Hannover pro- j duites par l'acide chromique, d'une rétraction de la gélatine du corps vitré | dans des directions déterminées [Doncan (30)]. Nulle part une pellicule | bien délimitée et capable de se plisser ne peut être démontrée, partout | la délimitation était irrégulière et traversée par des précipités. De même j dans le corps vitré frais, on n'a pas jusqu'à présent réussi à démontrer | la présence de membranes.; seulement comme revêtement d'un canal j central, il se trouve une tendre pellicule élastique, ainsi qu'on le verra plus loin.

11 ne faut donc pas nous représenter la substance propre du corps vitré |

que renferme l'hyaloïde, d'après les recherches des anciens, comme contenue dans des cellules ou des membranes disposées en éventail; nous n'avons affaire qu'à un seul espace rempli de la gélatine et traversé par le canal central. Gomment est alors réparti dans un pareil espace le liquide du corps vitré? Évidemment nous n'avons pas affaire à un kyste contenant simplement ce liquide, car le corps vitré ne se subdivise pas en deux substances lorsquel 'hyaloïde est encore conservée, de façon qu'on pourrait rapporter le résidu a membraneux » exclusivement à l'hyaloïde ; ou une partie quelconque enlevée de l'intérieur du corps vitré ne laisse pas, après l'écoulement de sa partie liquide, une petite quantité d'une substance visqueuse. On est donc forcé d'admettre une confusion intime de la substance solide du corps vitré et de la vitrine, dont on ne peut, il est vrai, nullement se rendre compte à l'examen microscopique. Car, sous le microscope, le tout paraît absolument homogène, abstraction faite des éléments fibrilleux et cellulaires sus-décrits. Aucune division ne se laisse apercevoir.

Gela n'empêche pourtant pas que la gélatine ne renferme des espaces qui contiennent le liquide. Pour les parties centrales du corps vitré, Doncan (30) a rendu probable la présence de pareils espaces en se servant des recherches entoptiques. D'après lui, ils se trouveraient dans la partie postérieure du corps vitré à un écart de i/3 à4 millimètres de la rétine, s'étendant principalement en sens vertical (jusqu'à 3 millimètres). Aussi derrière le cristallin on rencontrerait, surtout dans une direction oblique de pareilles lacunes renfermant du liquide. Ges observations concordent avec le fait que les parties du corps vitré humain voisines de l'axe sont plus liquides que celles des couches corticales; tandis qu'au contraire ce noyau parait précisément chez certains animaux plus consistant. Mais, aussi dans les parties périphériques, l'existence de pareils espaces en fente situés dans la gélatine du corps vitré est rendue probable. Les faits suivants plaident dans ce sens :

1. Sur des yeux congelés, le corps vitré qu'on enlève en bloc du globe oculaire peut, dès que la dégélation commence, s'efîeuilleter en fines lamelles de glace qui se détachent de la surface et qui sont concentriquement disposées pour ce qui concerne le centre oculaire; à sa surface se trouve ce que Brûcke (17) a désigné comme substance pelliculeuse. Ce fait, que j'ai pu confirmer, paraît n'admettre comme explication que la disposition d'esi paces concentriques du corps vitré, dont le contenu liquide se congèle. Ces i coques de glace se ramollissent tout d'abord à leur surface et se détachent I en dégelant. Dans l'intérieur du corps vitré congelé, on ne peut plus dé- I montrer un semblable arrangement en couches concentriques; on trouve, I pendant le dégel, les petits fragments irréguliers de glace répartis dans les i directions les plus diverses.

j 2. D'après les recherches de Stilling (56), la présence de fentes concen- ! triques dans les couches corticales du corps vitré est confirmée, quoique ses , recherches prêtent le flanc à des contradictions. Stilling a observé que des I solutions (bleu de Prusse, carmin) qu'on laisse tomber par gouttes sur un

corps vitré divisé par moitié dans la région équatoriale, non seulement pénètrent en suivant la direction du canal central, mais remplissent aussi encore uii'^ certain nombre de sillons circulaires et concentriques de la substance corti^ cale qui s'étendent à 2 et 3 millimètres dans l'organe, de façon à donner une image, comme la représente la figure 137, rendue d'après un dessin de? Stilling. Sur des sections particulièrement réussies Stilling, a vu aussi dans la masse centrale des lignes colorées. Elles partent du canal central ; vers le milieu de la coupe, une de ces lignes qui arrive au centre se subdivise en deux pour se terminer en se bifurquant (figure en tricorne de Stilling, fig. 137).

FiG. 137.

Section équatoriale du corps vitré d'un mammifère (porc, mouton), d'après Stilling, — c, canal central avec fig-ure en tricorne. Les lignes concentriques de làpériphérie indiquent les sillons qui se sont remplis après avoir fait tomber du liquide colorant dans la substance corticale. (Dessin schématique.)

Stilling interprète toutes ces lignes comme l'entrée d'espaces en fente qui, dans la périphérie, traversent la gélatine du corps vitré, circonscrivent des espaces concentriques en forme de coquille, et montreraient par contre, dans le noyau homogème, un arrangement radié, révélé par la figure en tricorne. Il réussit aussi à démontrer les espaces concentriques de la masse corticale par des coupes dirigées à travers l'axe oculaire; ils paraissaient, au voisinage du pôle postérieur, aboutir tous au canal central, tandis qu'ils se terminaient dans la région de l'om serrata (fig. 138).

Coupe à travers l'axe du corps vitré d'un mammifère, d'après Stilling. — c, canal central. — l, cristallin. — L'écorce est indiquée par des fentes concentriques.

Stilling distingue donc une écorce traversée par des fentes concentriques, et un noyau homogène qui, à partir de Vora serrata, ne possède plus d'enveloppe corticale, de façon que la surface antérieure du corps vitré est exclusivement représentée par le noyau. Contre ce mode d'interprétation de Stilling on peut opposer qu'il est impossible, en faisant une section dans le

1 sens équatorial ou axile, de garantir, même en prenant les plus subtiles précautions, le corps vitré d'un fendillement artificiel, attendu que les parois

1 du globe oculaire ne sont pas rigides, et que pareils plis doivent déjà se

j former en transformant la section oculaire en une demi-sphère rigide renfermant le contenu de l'œil. En procédant d'après Stilling, c'est-à-dire en ne sectionnant le corps vitré qu'après l'avoir retiré du globe oculaire avec l'iris, le cristallin et le corps ciliaire, pareilles déchirures se produisent encore

1 plus facilement, et devront forcément se montrer si l'on ne s'en préserve pas parla présence d'un hémisphère uniforme.

Indubitablement la figure en tricorne résulte de pareil fendillement. Je ne

I voudrais pas juger d'une manière aussi catégorique pour ce qui regarde les fentes concentriques de la masse corticale, quoique je n'aie pas réussi jusqu'à présent à obtenir une image analogue à celles de Stilling. En outre, je ne parvins pas par des injections, en piquant la gaîne piale du nerf optique, à injecter dans le corps vitré d'autres espaces que le canal central. Par contre,

i j'ai obtenu dans un cas, en piquant le corps vitré du bœuf, de remplir par l'injection deux espaces parallèles à la couche corticale sous forme de coques, dont la plus superficielle s'étendait jusque vers la région de Yora serrata, la

j plus interne ne présentant qu'une étendue moindre. Ceci démontre évidemment qu'il se trouve dans la substance corticale du corps vitré des espaces en

|l forme de coquille et concentriques, dans lesquels le liquide injecté se meut

I plus librement que dans les parties avoisinantes.

3. Iwanoff (55 et 61) a réussi à démontrer sur de fines coupes de corps vitrés durcis dans le liquide de Mûller une déhiscence des couches de la substance périphérique en des lamelles concentriques séparées les unes des autres par des fentes analogues. Il distingue donc aussi une substance corticale en couches et un noyau homogène; mais il soutient contre Stilling l'opinion que les lamelles, en devenant de plus en plus minces et en se conden-

I sant, recouvrent aussi le noyau en avant.

4. De même les images que Hannover (18) décrit sur les yeux des mammifères s'expliquent le mieux en admettant une structure en couches concentriques de l'écorce du corps vitré. Il observa, sur des yeux qui pendant longtemps avaient séjourné dans une faible solution d'acide chromique, une structure lamellaire et concentrique toute particulière, qui s'accusait surtout

I dans les parties périphériques. Il envisageait les diverses feuilles comme des cloisons membraneuses préformées qui entoureraient des sacs fermés et qui, se recourbant en avant dans la région du corps ciliaire, prendraient derrière le cristallin une direction parallèle située dans un même plan, ainsi que le montre le dessin de Hannover (fig. 139). Incontestablement nous n'avons j affaire ici dans ces images qu'à des parties rétractées de la substance du j corps vitré. Lorsque les diverses lamelles de la subslance corticale se rataj tinent sous l'action de l'acide chromique, il s'ensuit que les fissures entre elles s'élargissent et donnent aussi naissance aux membranes concentriques de Hannover.

Toutes ces indications se rapportent, à l'exception peut-être de celles d'Ivvanoff, exclusivement aux yeux d'animaux. Jusqu'à quel point le corps vitré humain partage-t-il cette structure? Ceci n'est pas suffisamment démontré. Je suis forcé, manquant de matériaux frais, de décider cette question, soit en suivant la méthode de Stilling, soit d'autres.

FiG. 139.

Sur des yeux humains qui ont été longtemps conservés dans la solution de Millier, j'ai trouvé au contraire le dessin que la figure 140 représente d'après une section équatoriale. Il part d'une couche corticale compacte un nombre de cloisons radiées qui vont se terminer vers le centre du corps vitré d'une manière indistincte dans une masse centrale. A peu de distance de

i'écorce se présente encore un second anneau concentrique. Cette image rappelle beaucoup les dessins donnésparHannover(18) d'une coupe équatoriale du corps vitré humain, sauf que sur son dessin on ne peut reconnaître une couche corticale distincte, et que le nombre des rayons est indiqué comme étant de 180, tandis que je n'en compte que 37. Bowman (21) a obtenu de semblables images qu'il a judicieusement comparées à des tranches d'orange, et cela sur des corps vitrés d'un fœtus de neuf mois dont les yeux avaient longtemps séjourné dans une faible dissolution d'acide chromique ; tandis que sur des yeux d'adultes (figures 3 et 4 de Bowman), traités d'après la même méthode, il pouvait apercevoir une écorce striée et un noyau à raies radiées. Ce dernier renfermait souvent une cavité irrégulière qui se présentait d'une

manière analogue sur mes propres préparations, et qui trouve simplement son explication dans des déchirures produites par la coupe.

Des résultats absolument analogues, à savoir une striation concentrique de i'écorce et des parties centrales radiées, Gerlach {^S) les a obtenus en employant de faibles solutions d'acide chromique; Smith (53) en se servant de l'acide carbolique. Si l'on réunit toutes ces observations et qu'on en tire des déductions semblables pour le corps vitré de l'homme d'après les images -que fournit l'acide chromique, ainsi qu'on l'a fait plus haut pour les autres cas, en voyant les résultats concorder avec tous les laits observés, il nous faut aussi pour l'homme admettre une écorce semblable, à structure concentrique et à fissures correspondantes. Mais, tandis que pour les animaux il existe une substance centrale condensée, celle-ci présente chez l'homme une trame lâche et facilement destructible. La gélatine du noyau se fendille sous l'influence de l'acide chromique en sens radié et se rétracte en un certain nombre de cloisons radiées qui s'attachent près de l'axe qui renferme le canal central. Ici nous rencontrons une substance solide en bien moins grande quantité qu'à la périphérie, fait qui concorde parfaitement avec la plus grande liquéfaction des parties centrales du corps vitré. Des recherches ultérieures sur des yeux frais auront à démontrer si sur le corps vitré frais de fines fissures radiées correspondent au fendillement radié du noyau.

Brucke (15) se servait, pour démontrer l'existence de membranes dans le corps vitré, d'une solution concentrée de saccharate de plomb. Ses recherches antérieures sur la dilTusion ont démontré que lorsque deux liquides séparés par une fine membrane se précipitent, le précipité se produit tout d'abord sur la membrane et dans celle-ci même. Se basant sur ce fait, il voyait dans le corps vitré ayant séjourné pendant quelque temps dans la solution sus-mentionnée se produire une fine striation laiteuse, dont les couches externes couraient parallèlement à la rétine, les internes à la surface postérieure du cristallin.

Avec raison, Bowman (21) objecte à Briickc que ces images ne démontrent rien, attendu qu'un semblable arrangement en couches par des lignes blanches se produit constamment d'une façon parallèle sur la coupe de la préparation placée dans du saccharate •de plomb. Je me suis, ainsi que Doncan (30), rendu compte de la justesse de l'objection de Bowman. Non seulement il se produisait des lignes parallèles à lu coupe, mais souvent, comme la figure 11 de Bowman le représente sur un segment antérieur et ainsi que je l'ai observé sur un fragment postérieur, il apparaît des lignes dirigées obliquement vers la surface qui, à mon avis, s'expliquent simplement par les ruptures de la substance du corps vitré. La solution ne tarde pas à paraître à travers les fentes et à agir d'une manière analogue, comme elle fait sur la coupe même.

Les indications de Hannover (18) sur la structure du corps vitré des mammifères et de l'homme ont déjà été discutées longuement plus haut ; il suffit donc de citer que cet auteur a indiqué chez le cheval, à part les poches concentriques du corps vitré, plus lard encore de nombreuses cloisons fines élevées en sens oblique et placées entre deux membranes principales, subdivisant ainsi un pareil espace en une multitude de petites divisions. 11 a aussi, chez d'autres vertébrés, décrit de semblables membranes. Chez les oiseaux, elles affectent à la périphérie un arrangement concentrique, tandis que dans les parties centralîs elles s'étalent en éventail à partir des deux faces du pecten. En outre, le corps vitré de la grenouille présente un arrangement en couches ; il en est de même de la tortue, chez laquelle on compte six ou sept lamelles concentriques. Aussi chez les poissons, il se montre une structure concentrique indiquée par de nombreux feuillets minces affectant une direction parallèle à la surface postérieure du cristallin et au plan de la rétine. Bowman (21) n'arriva pas à trouver chez les oiseaux (en se servant de l'acide chromique) de pareilles lamelles concentriques; il n'a vu partir du sommet du pecten vers Vora ser-

DE WECKER ET Ly\NDOLT. II. — 34

rata et le cristallin que des fibres opaques. Il obtint de même des résultats dilïerents à ceux de Hannover chez les poissons ; tandis que Leydig (24), en traitant avec l'acide chromique le corps du Chimera monstrosa, y rencontra des poches concentriques à la face postérieure du cristallin.

Nous avons déjà exposé que les membranes décrites par Hannover, et qui se rapportent au ratatinement du corps vitré, ne doivent pas être envisagées comme de véritables membranes. De même les membranes sacciformes que Finkbeiner (33) préparait en traitant le corps vitré frais avec du sublimé, et qu'il cite à l'appui de l'opinion de Hannover, ne sont que des pseudo-membranes provoquées par des précipités. Il en est de même, ainsi que C. 0. Weber (4î) le fait observer, pour la structure en coquilles que prend le corps vitré en le conservant dans une solution de nitrate d'argent. Du reste, que d'aucune manière la présence de membranes ne peut être démontrée dans l'intérieur du corps vitré, cela ressort des affirmations positives de Kolliker (31, Doncan (30), C. 0. Weber (41), Blix (54) et Iwanoflf(61).

Tandis que Briicke et Hannover n'ont réussi à démontrer dans les membranes obtenues par eux que de fins grains microscopiques, Bowman (21) les décrit comme composées d'un réseau de fibres dont les noeuds des mailles renfermeraient « des granulations nucléolaires » . — D'après Finkbeiner (33) et Ciaccio (40), ces membranes auraient encore une structure bien plus complexe. Finkbeiner les décrit composées de trois couches, d'une couche fibreuse garnie des deux côtés d'un épithélium, tandis qu'il admet bien aussi leur structure épithéliale, mais veut qu'elles se soient développées des cellules du tissu cellulaire du corps vitré embryonnaire. Les indications de Finkbeiner et de Ciaccio sont erronées, car nulle part on ne rencontre dans la substance même du corps vitré des cellules épithéliales.

Le canal central du corps vitré. — Dans l'œiî développé des mammifères et de l'homme, le corps vitré est traversé par un canal rempli d'un liquide transparent qui se dirige de la papille du nerf optique vers la surface postérieure du cristallin ; ce canal est désigné sous le nom de canal hyaloidien. 11 commence de la papille par une partie faiblement dilatée (area Martegiani), qui se rapetisse alors en un canal cylindrique de 2 millim. d'ouverture (chez le porc et l'homme), et se termine finalement juste derrière la cristalloïde postérieure. Comme l'entrée du nerf a une position excentrique, forcément le canal central doit courir excentriquement.

Stilling (52), auquel nous devons la démonstration de ce canal, se servait pour cela d'une solution colorée (carmin) qu'il laisse dégoutter sur des corps vitrés détachés de leur membrane près du point correspondant à la papille du nerf optique. Aussi, sur des yeux partagés près de l'équateur, le canal central se laisse démontrer aisément par la solution colorée qu'on laisse tomber par gouttes sur la section. Cette démonstration est surtout facile sur des yeux de porc.

J'ai, moi aussi, usé des méthodes de Stilling pour préparer le canal hyaloidien, mais j'ai en outre réussi à le remplir d'une autre manière (64). Par le même procédé dont je me sers pour remplir les canaux périvasculaires de la rétine en injectant du bleu de Prusse ou de la térébenthine Alkanine sous la gaine piale du nert optique, on obtient aussi facilement un remplissage très réussi du canal central, de façon que cette démonstration prouve en même temps la connexion du canal hyaloidien avec les voies lymphatiques du nerf optique.

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