EXPLORATION DES MOUVEMENTS DES YEUX
§ 139. Toutes les fois qu'il s'agit d'examiner les mouvements des yeux, il faut prendre pour point de départ leur position primaire (i).
Cette position primaire correspond à l'innervation minima de tous les muscles de l'œil. La tète est tenue verticalement, et les lignes visuelles sont situées parallèlement dans un plan horizontal (Donders).
L'abaissement, l'élévation et les mouvements horizontaux exécutés par les yeux à partir de cette position, ne sont jamais accompagnés de rotation autour de leur axe antéro-postérieur (mouvement de roue, suivant l'expression de Helmholtz).
On sait que la ligne visuelle et l'axe de la cornée ne coïncident pas, mais forment entre eux l'angle «(2). Or, toute personne que nous invitons à regarder à rinfmi, donne à ses yeux une situation correspondante au parallélisme de ses lignes visuelles; au contraire, pour l'observateur qui juge de la position des yeux du patient par la situation des cornées, les yeux peuvent sembler divergents ou convergents, selon que l'angle « est positif ou négatif, c'est-à-dire selon que l'axe de la cornée passe en dehors ou en dedans de la ligne visuelle.
Pour savoir si une déviation apparente d'un œil dépend de l'angle a ou d'une cause pathologique, il suffit quelquefois de cacher un des deux yeux pendant la fixation. Si, au moment où l'on découvre l'œil, celui-ci effectue un mouvement pour viser le point de fixation, la déviation ne dépend pas seulement de l'angle a, mais d'une cause qui imprime aux lignes visuelles une direction vicieuse.
On peut déterminer approximativement l'angle a en plaçant l'œil au centre d'un demi-cercle, par exemple dans un périmètre dont l'arc est disposé horizontalement. En face de cet œil, au point zéro, on fait fixer un objet, et l'on promène une flamme de bougie sur l'arc.
(t) Helmholtz, Optique physiologique, trad. française, p. 602. (2j Voy. mon chapitre de VOphthalmométrie, p. 747.
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La flamme produit une image réfléchie sur la cornée de l'œil observé.
L'observateur, en maintenant son œil toujours verticalement au-dessous de la bougie, déplace la flamme à droite et à gauche, jusqu'à ce qne le reflet lui apparaisse juste au milieu de la cornée observée. Dans ce cas, l'axe de la cornée, qui passe approximativement à travers son centre, est dirigé vers le point occupé par la flamme, et, puisque la ligne visuelle est dirigée sur le point zéro de l'arc, le degré indiqué par la bougie donne directement l'angle a (Javal).
On obtient des résultats plus exacts, en faisant mouvoir le long de l'arc deux objets lumineux, placés l'un derrière l'autre dans la direction des rayons de l'arc. Le point cherché est celui d'où les deux images réfléchies sont vues en un même point, se recouvrant l'une l'autre.
Nous nous servons habituellement, pour la détermination de l'angle a, avec grand avantage, de la méthode suivante proposée par notre chef de clinique, M. Charpentier Tl).
FiG. 231.
Le malade est assis de façon que son œil se trouve au centre du périmètre. Au point zéro on place une petite bougie allumée qu'on lui fait fixer. La bougie restant immobile, l'observateur se déplace le long de l'arc gradué, en visant avec un seul œil le reflet de la flamme jusqu'à ce qu'il le voie bien au centre de la cornée de l'œil examiné. L'angle correspondant à cette dernière position est non plus l'angle a, mais le double de ce dernier, comme le démontre la figure 231. L est le point zéro de l'arc où se trouve l'objet de fixation; oL, la ligne visuelle de l'œil; oA, l'axe de la cornée; donc LoA l'angle a. L'observateur verra l'image de réflexion de L au centre de la cornée dans la position B, quand le rayon lumineux Le se sera réfléchi sur
(1) Ann. cVociiL, janv. 1878.
OPHTHALMOTROPOMÉTRIE.
la cornée d'un angle égal à l'angle d'incidence LcA. Or, ce dernier est à peu près égal à LoA, l'angle a. Il en diffère seulement par le petit angle oLc, essentiellement négligeable. L'angle LoB est donc égal au double de l'angle a.
Le même procédé peut servir à déterminer l'angle du strabisme, s'il n'est pas très-grand.
§140. Détermination dit centre de rotation de Vœil. — Les premières déterminations du centre de rotation datent de Curow (1), Volkmann (2) et Valentin (3). En ce qui concerne leurs méthodes, nous renvoyons à la bibliographie, car depuis cette époque elles ont été remplacées par des méthodes plus parfaites. Nous avons décrit une des dernières (p. 763), celle de Donders et Doyer (4), qui ont fait usage de l'ophthalmomètre.
D'après Donders, le centre de rotation de l'œil est situé, chez les emmétropes, à environ 13,45'"'" en arrière de la cornée et à 9,99"™ en avant de la face postérieure de la sclérotique ; chez les myopes, à environ 14,52"™ en arrière de la cornée et à 11,03'""' en avant de la face postérieure de la sclérotique; chez les hypermétropes, tà environ 13, 22"^"' en arrière de la cornée et à 8,88""" en avant de la face postérieure de la sclérotique.
M. Giraud-Teulon (5) a voulu prouver l'existence d'un centre de rotation et sa coïncidence avec le centre du globe oculaire. Il se fondait sur le contact constant du globe et des paupières pendant les mouvements de l'œil, et sur l'intensité toujours égale d'un phosphène de pression produit par un objet qui ne déplace pas le globe oculaire. Cette méthode ne réunit pas les éléments d'exactitude nécessaires pour des recherches aussi délicates.
Un des procédés les plus ingénieux pour déterminer le centre de rotation^ est certainement celui dont J.-J. Mûller s'est servi dans le laboratoire de M. Fick, à Zurich. Il a déterminé la projection du point d'intersection de la cornée avec la ligne visuelle, pendant les rotations de l'œil. Dans ce but, il a examiné son propre œil, à l'aide de deux miroirs prismatiques, inclinés l'un sur l'autre de 45°. Sur chacun d'eux était marqué un point. L'auteur cherchait alors à donner aux miroirs une position telle que le sommet de la cornée, réfléchi et vu de profd, couvrît les images des deux points.
En exécutant cette détermination pour un grand nombre de directions
(1) Biirow, Beitràge ziii' Physiologie und Physik des menscJilichen Auges. Berlin, 1841, p. 21.
(2) Volkmann, Neue Beitràge zur Physiologie des Gesichtes, § 33. — Wagner's Handwôrterbuch, III, art. Sehen, p. 274-, 1846.
(3) Valentin, Lehrbuch der Physiologie, II, 2, p. 29.
(4) Donders et Doyer, De ligging v. h. draaipunt v. h. oog,verslagen en mededeelingen v . d. Koninklijk. Akad. v. Wetensch., Dl. XIV, p. 351. — Derde jaarUjksch verslag van het Nederl. Gasthuisvoor Ooglijders, p. 209. — Anomalies of Accommod. and Refract. of the Eye, P..179, 248, 404. — Édition allemande, p. 152, 208, 339.
(5) Giraud-Teulon, Contribution à la j^hysiologie de la vision {Ann. d'ocuUstique, t. LIX, p. 102). — Nouvelle étude sur la position du centre optique de Vœil, etc. (Comptes y^endus, de VAcad. des sciences, t. LVIII, p. 360).
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différentes de l'œil, il obtenait une série de points qui, réunis entre eux, donnaient une courbe parallèle à la trajectoire que l'œil avait parcourue, et dont le centre est le centre de rotation de l'œil.
La description détaillée de la méthode de J.-J. Mûller et de son appareil se trouve dans sa thèse de Zurich (1868), et dans les Archives de de Graefe (XIV, 3, p. 183-218). Nous renvoyons le lecteur à ce travail, dont l'étude peut seule bien faire comprendre le procédé de l'auteur. Nous nous contentons d'en donner ici les résultats.
J.-J. Mûller a trouvé que, dans tous les mouvements que l'œil exécute dans le plan horizontal, le centre de rotation reste le même, tandis qu'il se porte en arrière lorsque le regard s'élève fortement, et un peu en avant lorsque le regard est dirigé en bas. La distance du centre de rotation à la cornée était, dans le plan horizontal, pour l'œil gauche de l'auteur = 14,56™'"; pour son œil droit = 13,19'""'. Lorsque le regard s'élevait de 20 degrés, elle était de 15,1 6""™ pour l'œil gauche, de 13,29'"'" pour l'œil droit. Lorsque le regard s'abaissait de 20 degrés, cette distance était de 14,34""" pour l'œil gauche, de 12, 87""™ pour l'œil droit. Les deux yeux avaient une myopie de 4 b.
Plus tard Volkmann (1) a repris ses recherches sur le centre de rotation de l'œil, en employant une méthode plus perfectionnée que la première. Sur une planchette horizontale sont tracées plusieurs lignes divergentes, formant entre elles des angles de 10°, et aboutissant à un point idéal situé en dehors de la planchette. Sur chacune de ces lignes sont plantées deux aiguilles verticales. La personne à examiner fait mouvoir la planchette en divers sens, jusqu'à ce que les aiguilles de chaque ligne se recouvrent dans la fixation monoculaire. Alors le point de croisement des lignes coïncide avec le centre de rotation de l'œil. En faisant varier la position de la planchette, on peut encore vérifier si le centre de rotation est le même pour les mouvements des yeux, s'effectuant dans toutes les directions.
Pour déterminer la situation du centre de rotation, Volkmann utilisait la grandeur linéaire de l'espace que parcourt le centre pupillaire lorsque l'œil exécute une rotation d'un certain nombre de degrés.
D'après la description qu'en donne V\^oinow, la méthode de Schljachtin (2), publiée en russe en 1866, doit être analogue à celle de Volkmann.
Au lieu de lignes et d'aiguilles, Woinow (3) s'est servi de deux règles, dont l'une était deux fois plus large que l'autre, divisées toutes les deux en parties égales par des lignes perpendiculaires. Les divisions de la règle étroite étaient moitié moindres que celles de l'autre. Les deux règles étaient disposées de champ sur une table, parallèlement, la plus large derrière la
(1) Volkmann, Berichte der k. Sachs. Gesellsch. der Wissensch., 6. Febr. 1869 {Zur Mechanik der Augenmuskeln).
(2) Schljaclîtin, thèse de Moscou, 1866.
(3) Woinow, Arch. f. Ophthalm., t. XVI, p. T, p. 243.
OPHTHALMOTROPOMÉTRIE.
plus étroite. Woinow cherchait alors à donner à la plus rapprochée des règles une position telle, que ses divisions coïncidassent avec celles de la règle postérieure, dans tous les mouvements exécutés par l'œil, dans le plan des règles.
Il est évident que, dans celte position, le centre de rotation de l'œil est exactement aussi éloigné de la règle antérieure que l'est celle-ci de la règle postérieure.
Pour mesurer la distance du centre de rotation au sommet de la cornée, Woinow visait avec une lunette le sommet de la cornée, vue de profd, au moment où les divisions des deux règles semblaient coïncider pour la personne en observation, et que, par conséquent, le centre de rotation se trouvait bien à la place indiquée. Pour déterminer la place occupée par la cornée, la personne en expérience s'écartait, et à l'endroit occupé primitivement par l'œil, l'auteur faisait mouvoir une aiguille verticale, jusqu'à ce que celle-ci se trouvât à son tour dans l'axe de la lunette. L'aiguille tenait donc ainsi la place qui correspondait précédemment au sommet de la cornée. La première expérience donne la dislance du centre de rotation à la première règle, la seconde la distance de cette même règle au sommet de la cornée : la différence entre ces deux chiffres indique la distance du sommet de la cornée au centre de rotation de l'œil.
Woinow a remplacé plus tard les deux règles par deux systèmes de coordonnées, fournies par des fils tendus et placés à des intervalles déterminés. Il est arrivé ainsi à ce résultat, que le centre de rotation de l'œil ne change pas, mais conserve sa position dans tous les mouvements de l'œil, et qu'il se trouve dans son propre œil à une distance de 13, 97"""' en arrière de la cornée.
M. E. Berlin (1) a cherché à déterminer le centre de rotation par le même principe que Volkmann avait d'abord mis en pratique. Il a mesuré le déplacement apparent que subissent deux objets inégalement éloignés de l'œil, et qui, se recouvrant dans la vision directe, semblent se déplacer l'un par rapport à l'autre, lorsque l'œil exécute un mouvement de rotation, c'est-à-dire voit les mêmes objets indirectement.
Il faut convenir que la méthode de M. Berlin est plus précise que la première méthode de Volkmann, en facilitant la vision indirecte. Ses résultats correspondent en général à ceux de J.-J. Mûller. Il a trouvé en effet, pour la distance du centre de rotation à la cornée, les chiffres suivants : dans le plan horizontal, pour son œil gauche, 14,41'"'"; pour l'œil droit, 14,06™"; dans le cas où le regard est élevé de 22 degrés, pour l'œil gauche 14,81"™, pour l'œil droit 14, 80'""'; dans le regard abaissé de 20 degrés, pour l'œil gauche 14,32"'"', pour Tœil droit 14,19™'". Suivant M. Berlin, le centre de rotation ne resterait donc pas constant dans toutes les directions de l'œil.
(1) E. Berlin, Beitrag zur Mechanik der Aiigenbewegungen {Arch. f. Ophthalm., t. XVIÏ, 2, p. 154, 1871).
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