MENSURATION DES MOUVEMENTS MONOCULAIRES
§ 141. Les mouvements des yeux sont représentés par des arcs, dont le centre correspond au centre de rotation de l'œil. Tout le champ qu'un œil embrasse avec ses mouvements est appelé champ de regard monoculaire. Il est donc limité parles points les plus extrêmes sur lesquels la ligne visuelle puisse se porter, la tête étant immobile (1).
Pour mesurer les excursions dont l'œil est susceptible, on peut se servir du périmètre.
On recouvre un des deux yeux ; on place l'œil à examiner au centre du périmètre, et on lui fait fixer un objet qu'on promène lentement sur l'arc. La division de l'arc à laquelle l'œil peut encore fixer l'objet indique le degré de l'excursion possible. De cette manière on peut estimer la mobilité du globe oculaire dans toutes les directions.
Cette méthode, suffisante pour la pratique, ne donne cependant pas des résulîats d'une exactitude mathématique; car, lorsque l'œil est dans une rotation forcée, il est difficile de dire si c'est avec la macula qu'il fixe ou avec une partie voisine de la rétine. En elfet, les mensurations objectives, pratiquées dans le but de contrôler ces résultats, ont démontré que ce procédé donne presque toujours une excursion un peu trop étendue. La méthode est plus exacte si Ton emploie, comme objets de fixation, des caractères d'imprimerie que la fosse centrale est seule en mesure de distinguer.
Une méthode plus rigoureuse est celle qui a servi à M. Hering (2) pour ses mensurations du champ de regard des deux yeux (de l'œil double, comme il l'appelle), et qu'on peut mettre à profit pour un seul œil. On dispose parallèlement à la ligne d'union des centres de rotation des deux yeux, un carreau de verre vertical à travers lequel on regarde un objet coloré. Une fixation prolongée de cet objet en fait naître une image persistante dans la fosse centrale. Puis on fait faire à l'œil l'excursion maximum, et l'on marque sur le tableau le point de projection de cette image. La distance de ce point de projection au point d'intersection de la ligne visuelle et du tableau représente la tangente de l'angle de rotation. Il faut considérer cependant que, dans les positions forcées de l'œil, l'image persistante perd beaucoup de sa netteté. Cet inconvénient est supprimé par la- méthode de Donders et Schuurman (3).
La tête est placée dans l'échancrure d'une planche (fig. 232). Des deux côtés
(1) Le « champ de regard », suivant l'expression de Helmholtz, étant représenté par les points les plus extrêmes embrassés par la vision directe, on pourrait le désigner par le nom de if CHAMP DE LA VISION DIRECTE », pour le distinguer du « champ visuel », qu'on appellerait plus logiquement « champ de la vision indirecte ». (L.).
(2) Hering, Binoculdres Sehen, p. 43.
(3) Schuurman, Vergelijkend onderzoek der bewegingen van het oog [Acad. Proefschrift.^ Utrecht, 1863, p. 35).
OPHTHALMOTROPOMÉTlllE.
est disposée une petite lunette D, perpendiculaire à la ligne AB, toutes les deux dans le même axe. Elles doivent être dirigées vers le sommet de la cornée des deux yeux, dès que la ligne d'union des centres de rotation est perpendiculaire à l'axe de la planche. L'œil qu'on examine, A, occupe le milieu de l'intervalle qui sépare les deux lunettes et le centre d'un demi-cercle gradué. Vis-à-vis de l'œil, en B, se trouve l'ophthalmomètre, et, à côté de lui, une flamme F, destinée à éclairer l'œil.
ÏT
Fjg. 232.
On invite alors la personne en expérience à regarder de côté autant qu'il lui est possible, et on dispose une seconde flamme E de telle manière, que son image réfléchie, vue à travers la lunette de l'ophthalmomètre, apparaisse sur le bord de la cornée. Pour plus d'exactitude, on peut, en faisant tourner les lames de l'ophthalmomètre, dédoubler l'image réfléchie qu'on a fait naître au bord de la cornée, de telle façon que l'une des deux images tombe exactement sur l'autre image du bord cornéen, également dédoublée. Puis, on fait légèrement tourner la tète autour de son axe vertical, et l'on fait suivre à l'œil un objet G, qu'on promène sur l'arc gradué, jusqu'à ce que les images réfléchies de la cornée retrouvent dans l'ophthalmomètre la situation qu'elles occupaient primitivement. La position de l'objet indique de cette façon l'excursion maximum que l'œil avait parcourue dans la première expérience.
Par ce procédé, M. Schuurman a trouvé, comme excursion moyenne de l'œil, chez les emmétropes :
En dedans = 45";
En dehors =42°;
En haut =34°;
En bas — 57«.
Chez les myopes, les excursions sont plus petites proportionnellement au degré de la myopie. En moyenne :
En dedans = 41°; En dehors = 38°.
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Chez les hypermétropes, elles diffèrent moins de celles des emmétropes; la moyenne sur dix cas a été :
En dedans = 47° ; En dehors — 38".
En pratique, je me sers, pour la détermination du champ de regard (champ de la vision direcle), ou du périmètre, ou de la division en tangentes des
Vie. 1^.
parois d'une chambre, procédé dont il sera plus amplement question dans la strabométrie.
Le champ de regard ainsi obtenu est tracé sur les mêmes schémas qui nous servent à la représentation graphique du champ visuel (champ de la vision indirecte).
OPHTHALMOTROPOMÉTRIE.
Après de nombreuses expériences, je puis indiquer comme étendue moyenne du champ de regard monoculaire, les chiffres suivants :
En dehors = 45"; En dedans = 45" ;
En dehors et en bas = 47^*; En dedans et en haut= 45°;
En bas = 50° ; En haut = 43° ;
En bas et en dedans = 38° (1). En haut et en dehors = 47°.
La moyenne des champs de regard (champs de vision directe) affecte donc sur nos schémas la forme ci-conlre (fig. 233).
Les mouvements de rotation qiiim œil est en mesure d'exécuter autour de sa ligne visuelle {mouvement de roue, torsion) peuvent être déterminés par le procédé que M. Hering a mis en pratique pour la détermination du champ de regard. On provoque dans l'œil la formation de l'image persistante d'une ligne verticale, puis on recherche jusqu'à quel point il est possible d'incliner un fd noir sans qu'il se croise avec l'image persistante. Ou bien on a recours à l'autre œil, ce qui est encore préférable dans ces mensurations; c'est-à-dire qu'on revient à la vision binoculaire.
Vis-à-vis de l'œil à examiner on dispose deux prismes rectangulaires isocèles (fig. 234). Leurs sommets sont placés horizontalement et perpendiculairement à l'axe visuel VV; l'un est dirigé en bas, l'autre en haut, leurs faces d'hypoténuse étant parallèles entre elles. Tous les objets vus à travers ces prismes apparaissent donc dans leur place et dans leur situation réelles, attendu que ces prismes s'annihilent réciproquement. Mais si l'on fait tourner l'un des deux prismes autour de la ligne visuelle VV comme axe, le déplacement apparent des objets produit par l'autre prisme n'est plus complètement neutralisé, et l'angle de déviation est double de l'angle décrit par le prisme dans son mouvement de rotation. En regardant un objet avec les deux yeux, et en plaçant devant l'un d'eux ce système de prismes, il est facile de trouver .l'inclinaison extrême du prisme qui ne produit aucun trouble de la vision
(I) Variable à cause du nez.
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simple et binoculaire (Helmholtz, Hering). Cet angle est, comme nous venons de dire, la moitié de Y angle de torsion de l'œil.
On arrive au même but d'une manière encore plus simple, à l'aide du stéréoscope. A chacun des deux yeux on fait fixer une ligne verticale tracée dans le stéréoscope. Ces deux lignes étant vues simples, on cherche de combien de degrés on peut faire tourner l'une d'elles, sans que leur fusion cesse de se produire (Hering).
La rotation possible d'un œil autour de la ligne visuelle ne comporte qu'un petit nombre de degrés, et dépend en grande partie de l'exercice.