EXAMEN DE LA VISION BINOCULAIRE
§ 145. Ce qui caractérise essentiellement la vision binoculaire, c'est l'impression stéréoscopique qui résulte de la réunion des images rétiniennes, différentes pour chacun des deux yeux lorsqu'ils fixent simultanément un objet à trois dimensions. Pour reconnaître si la vision binoculaire existe ou non, on emploie des images stéréoscopiques d'objets qui donnent nettement l'impression des trois dimensions.
Les photographies de paysages ne suffisent pas à ce genre de recherches, attendu que souvent l'interposition d'un verre convexe devant un seul œil, en rendant l'impression plus vive, peut faire croire à la vision stéréoscopique. Il est de beaucoup préférable de se servir de simples figures qui par la vision binoculaire paraissent en relief ou en creux. C'est donc la sensation de la profondeur qui sert à la détermination de la vision binoculaire.
Mais cette perception de profondeur peut être acquise par d'autres moyens que par la fusion des images rétiniennes. Elle peut l'être, par exemple, pour un œil seul, par l'accommodation, par l'appréciation de la grandeur apparente de l'objet, par le déplacement parallactique et à l'aide des mouvements, des yeux. Aussi, pour obtenir des résultats précis, faut-il employer les méthodes dans lesquelles la vision binoculaire seule entre en ligne de compte, à l'exclusion de tout autre moyen d'appréciation de la troisième dimension. Parmi ces méthodes il iaut mentionner :
1° U éclairage momentané damages stéréoscopiques. — Ce procédé estdùà Aubert (1) et Donders (2). La personne à examiner regarde dans un stéréoscope où sont placées deux images qui s'adressent chacune à un œil. Chacune des deux images porte un trou d'épingle en des points symétriques. Ces petits trous sont éclairés faiblement par en bas, et servent à faciliter la fixation. Sauf ces ouvertures, l'intérieur du stéréoscope est absolument obscur. Pendant qu'on fixe ces deux points, l'intérieur du stéréoscope est instantanément éclairé par une étincelle électrique, et on se rend compte si à ce moment on a eu, oui ou non, l'impression d'une image stéréoscopique.
2° Examen par V étincelle électrique. — Cet examen se pratique dans une
(1) PJiijsiologie der Netzhaut. Breslau, 1865, p. 316.
(2) Nederl. Arch. voor Genees-en Natuurk. Deel II, 3. Afd., 1866, p. 337; et Ardu f. Ophlh., t. XUI, 1, p. 1, 1867,
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chambre noire (1), ou plus simplement à l'aide d'une boîte fermée, tapissée de velours noir (^). Les deux fils d'un appareil d'induction à décharge lumineuse continue, forment le point de fixation, sans pourtant éclairer sensiblement l'intérieur de la boîte. A travers le couvercle de l'appareil pénètre un support mobile en avant et en arrière, portant deux fils métalliques contigus, entre lesquels on peut faire jaillir instantanément une forte étincelle de l'appareil Ruhmkorff. La personne examinée doit alors déclarer si cette étincelle s'est produite en avant ou en arrière du point fixé.
3*^ Procédé de Bering (3). — Cette méthode est la plus simple. Voici en quoi elle consiste: Tandis que la personne à examiner fixe, à travers un tube, une pointe d'aiguille ou tout autre objet isolé, on laisse tomber des billes en avant ou en arrière de cet objet. Si le sujet examiné a la vision stéréoscopique, il peut toujours dire si les billes sont tombées en deçcà ou au delà du point fixé.
Donders a encore perfectionné coubidérablement cette méthode : 1° il a supprimé l'influence des mouvements des yeux, en rendant aussi court que possible le temps que mettent les billes à traverser le champ visuel; 2° il a éliminé les erreurs d'appréciation de l'impression stéréoscopique, qui peuvent résulter, et de la différence dans la rapidité de la chute, et de l'angle visuel sous lequel les billes apparaissent. Pour cela il a rendu constantes et la vitesse de la chute des billes et leur angle visuel pour toutes les distances. Il a appelé cet instrument Ptotostéréoscope (4).
Sur un pied fixe, dont on peut modifier la hauteur, est disposée une planchette supportant le tube métallique à travers lequel on regarde. Ce tube est long d'environ 10 centimètres, large de 10, et haut de -4 centimètres. L'une des ouvertures est échancrée de telle façon qu'elle s'adapte facilement au visage de la personne à examiner. A cette ouverture sont adaptées deux montures destinées à recevoir des verres de luneties. L'autre ouverture, de 3 centimètres au plus, peut être graduellement diminuée ou complétemeut fermée, à Paide de deux coulisses. Elle peut également être rétrécie latéralement, de façon à laisser au champ d'observation une largeur maximum de 8^ et une hauteur maximum de 3 centimètres.
Sur la planchette est fixée une tige horizontale dans la direction des lignes visuelles. Celle-ci porte deux branches métalliques verticales, dont la plus petite dépasse de 30 centimètres le milieu du champ visuel, et est à 40 centimètres de l'œil. La plus grande branche dépasse de 120 centimètres le milieu du champ visuel, et est à 80 centimètres de l'œil. Leurs extrémités
(1) Donders, De Verslag en Mededeelingen der koninld. Acad. van WetenscJi. afd. Natuurk. 2^ Reelcs. Deel YI.
{"2) Donders, Nederl. Arch. voor Genees-en Xaluurk. Dcel II, 1866, p. 335; et Arch. f. Ophth., t. XIII, 1, p. 1, 1867.
(3) Hering, Arck. f. Anat. Physiol. und ivissensch. Medicin. Jahrg. 1865, p. 153.
(4) (J.-E.) Van der Meulen, Acad. Proefschrift. Utrecht, 1873 {Stereoscopie bij onvolkomen Geùchtsvermogen).
supérieures sont réunies par une bande métallique. Celle-ci est incurvée de telle sorte que la distance qui la sépare de l'horizontale est représentée par les chiffres suivants :
A 40 centimètres en avant de l'œil, elle est de 30 centimètres.
Cette courbe correspond aux hauteurs d'où l'on doit faire tomber les billes afin qu'elles mettent le même temps pour parcourir le champ visuel, qui s'élargit proportionnellement à la distance des billes de l'orifice du tube. Cette distance est marquée de 5 en 5 centimètres par une ligne noire. Le temps que mettent les billes à parcourir le champ visuel, lorsque l'ouverture est de 8 centimètres, est de 0,033 de seconde; pour une ouverture de 3 centimètres le temps est de 0,05 de seconde; pour une ouverture de 1 cm. 5, il est de 0,025 de seconde.
Sur la tige horizontale on peut faire mouvoir le support de l'objet de fixation, qui consiste en une perle enfdée dans un cheveu, et placée de façori à coïncider rigoureusement avec le centre du champ visuel.
Pour que l'angle visuel correspondant aux billes reste toujours le même, on donne à ces billes des grosseurs différentes; la bille qui tombe à une distance de 40 centimètres a un diamètre de 12 millimètres ;
celle qui tombe à
Toutes les recherches pratiquées avec cet appareil démontrent que les personnes qui n'utilisent dans la vision qu'un seul œil, se trompent environ dans la moitié des cas sur la position de l'étincelle ou de la bille qui tombe, par rapport à l'objet de fixation; tandis que ceux qui jouissent de la vision binoculaire, émettent toujours une appréciation exacte.
Je me suis servi, avec M. Stammeshaus, du ptotostéréoscope pour recher-
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cher jusqu'à quelle distance l'appréciation binoculaire reste exacte. J'ai trouvé qu'à 1 mètre 1/2, les appréciations sont le plus souvent exactes, mais à ^ mètres elles ne le sont plus que dans la moitié des cas.
Pour les yeux qui jouissent d'une vision binoculaire parfaite, l'éblouissement de la macula dans l'un des yeux inQuence aussi la vision de l'autre œil. Donders a utilisé cette donnée pour déterminer si, dans les cas de strabisme, on pouvait espérer le rétablissement de la vision binoculaire.
Pour cela, on cache un des deux yeux et l'on fait fixer à l'autre, pendant un instant, une flamme de magnésium brûlant devant un réflecteur. Un scotome se produit dans cet œil. On change alors le bandeau de côté et l'on invite le patient à lire avec l'autre œil. S'il accuse un scotome central dans l'œil qui n'a pas été directement ébloui, il est certain qu'il peut se servir simultanément de ses deux macula pour la vision, c'est-à-dire qu'il est susceptible de vision binoculaire. Mais si l'éblouissement ne produit aucun effet dans l'autre / œil, la vision binoculaire ne peut, dans la généralité des cas, être rétablie^ quand bien même les yeux auraient été ramenés à leur direction normale.
BIBLIOGRAPHIE
1811. BuROW. Beitrage zur Physiologie imd Pliysik des menschlichen Auges. Berlin 1841. 1816. VoLKMANN. Neue Beitrage zur Physiologie des Gesichtes. (Wagner' s HandwôrterbucJi,