CHAPITRE II
IL — AFFECTIOMli DIT TAR^E
Introduction (il /z^ï^om/c^). — Quelques données anatomiques sur le tarse et les glandes qu'il renferme seront très-utiles pour mieux faire saisir les affections morbides dont le tarse peut devenir le siège. Nous laissons de nouveau la parole à M. Merckel{i).
« Le tarse n'est pas composé d'un tissu cartilagineux comme on le pensait autrefois, mais d'un tissu connectif très-enfeutré. Il est uni si intimement aux parties avoisinantes, qu'il est impossible d'en faire une préparation parfaitement nette. C'est en particulier avec le feuillet sous-jacent de la conjonctive que cette union est surtout accusée, à lel point que la séparation n'en peut être opérée qu'artificiellemenL
» Si nous faisons des deux tarses une préparation aussi exacte que possible, nous obtenons deux organes myrtiformes, courbés suivant la conformation des paupières, avec une pointe médiate obtuse et une latérale plus pointue. Le bord adhérent (bord orbitaire de Henle) du tarse à une courbure convexe, le bord libre (bord palpébral de Henle) du tarse inférieur est tout à fait rectiligne ou même faiblement concave, tandis que le bord correspondant du tarse supérieur est ou également droit ou un peu convexe.
» Comme l'arc convexe du bord adhérent du tarse supérieur montre une courbure très-accusée, ce tarse acquiert une largeur (hauteur) qui va jusqu'à 9 millimètres, tandis que l'arc très-faiblement accusé du tarse inférieur fait que, dans toute l'étendue de la paupière inférieure, le tarse correspondant n'atteint que la moitié de celui renfermé dans la paupière supérieure.
)) La longueur des deux tarses est de 20 millimètres, leur épaisseur de 0,8 à i millimètre.
» Dans le tissu même des tarses se trouvent placées des glandes sébacées (glandes de Meibomius) qui, rangées et serrées les unes à côté des autres, occupent toute la hauteur des tarses (fig. 32). Elles sont par conséquent plus longues dans le milieu de la paupière, moins étendues vers les côtés. Celles du milieu sont étalées suivant des lignes droites, tandis que plus elles sont situées sur les côtés plus aussi elles prennent une direction oblique et s'incurvent du bord palpébral vers le milieu de la paupière. Il existe pourtant bien des anomalies dans cette répartition, ainsi on peut rencontrer sur les l'otés des glandes incurvées en dehors, d'autre part il se trouve que parmi les longues glandes du milieu il s'en rencontre d'autres plus courtes, enfin on observe quelquefois à la place d'une glande un large interstice, comme si le conduit d'une glande avait disparu par oblitération, quoique, avec le micros-
(1) Graefe-Sœmisch, t. f, p. 65.
128 DE WEGKER. — MALADIES DES PAUPIÈRES
cope, on n'en puisse retrouver aucune trace, et qu'il faille ainsi admettre une anomalie dans la répartition des glandes. Il faut en dernier lieu remarquer qu'on ne rencontre pas toujours une seule rangée régulière de glandes tarsiennes, mais (ju'on peut en certains points en voir une double couche.
)) La configuration des tubes glandulaires rappelle le plus celle qu'on observe pour le pancréas (fig. 33). Au milieu se trouve un canal excréteur autour duquel se groupent, dans la plus grande partie de son parcours, des lobules glandulaires globuleux. Si la glande aboutit dans une région renfermant des bulbes pileux des cils, alors les lobules s'arrêtent et le canal excréteur se trouve dégagé ; il aboutit avec un orifice perceptible à l'œil nu sur le bord palpébral. Ces ouvertures se trouvent, comme le tarse lui-même, placées tellement en arrière du bord libre des paupières, qu'il faut le renverser un peu pour pouvoir apercevoir ces orifices.
Fig. 32. — Aspect des paupières fermées, après avoir enlevé la peau des deux tarses pour montrer les glandes tarsiennes. On voit, en avant, sur le bord palpébral, les ouvertures un peu irrégulières dans lesquelles sont implantés les cils; en arrière, se trouve la simple rangée des conduits excréteurs des glandes tarsiennes.
Fig. 33. — Deux glandes tarsiennes agrandies de la paupière supérieure. Dans le bord libre se trouvent implantés un certain nombre de cils C.
» Le contenu des glandes tarsiennes est une graisse finement granulée (lema, sébum palpebr.) qui sert à lubrifier le rebord palpébral. Comme toute graisse émulsionnée et accumulée en certaine quantité, elle prend la coloration du lait, en sorte que sans autre préparation les glandes tarsiennes peuvent ressortir, grâce à cette coloration laiteuse. Examine-t-on les paupières du côté de leur mince revêtement conjonctival, on voit apparaître aussitôt les glandes avec une coloration faiblement jaunâtre et cela d'une façon tellement distincte que l'on peut ainsi les étudier sur le vivant.
» Le bord palpébral qui présente déjà cette particularité de renfermer les orifices des glandes tarsiennes, se fait encore remarquer par une garniture de poils rigides, les cils, qui occupent le pourtour de l'ouverture palpébrale