Carcinome
Le carcinome ne s'observe presque jamais aux paupières, ni sous la forme dure du squirrhe, ni sous la forme molle de l'encéphaloïde, si toutefois on exclut les cas où ces deux néoplasies, après avoir pris leur point de départ dans l'orbite, se propagent aux paupières, en émanant des sinus maxillaires, etc. L'épithéliome et le sarcome seuls y apparaissent d'une manière primitive, et nous croyons qu'on a confondu avec cette dernière néoplasie les tumeurs que quelques auteurs anciens désignent sous le nom de squirrheuses, à cause de leur volume : en effet, l'épithéliome peut aussi produire un épaississement assez prononcé des parties de la peau qu'il envahit et donner naissance à des lubérosités d'une certaine hauteur. En parlant du cancer du tissu cellulo-graisseux de l'orbite et de son mode d'extension, nous aurons occasion de revenir sur celui des paupières.
F. — Sécrétions morbides.
1° Anomalies de sécrétion des glandes sébacées.
a. La séborrhée consiste dans une augmentation de la sécrétion sébacée, avec ou sans altération des produits. La sécrétion peut garder sa consistance normale et couvrir la peau d'une couche d'apparence huileuse (séborrhée fluide), ou bien le produit d'hypersécrétion change de caractères chimiques et se coagule à l'air libre (séborrhée sèche). Dans le premier cas, la peau de la figure, en général, participe à cette anomalie fonctionnelle; dans le second, il se forme seul sur la paupière une couche d'étendue et d'épaisseur variables composée de petites lamelles jaunâtres, et ce ne sont que les sourcils et le cuir chevelu qui sont simultanément atteints de cette sorte de pityriasis simple.
En cas de séborrhée fluide, les sillons naso-labiaux et les commissures des lèvres sont couverts d'un enduit huileux qui, par les contractions des muscles de la face, s'accumule dans ces plis, où il détermine souvent, en s'altérant, un érythème léger. Cet enduit devient, chez les personnes qui sont fréquemment exposées par leur profession à la poussière (chauffeurs, forgerons, etc.), un récipient où s'amassent aisément les corpuscules colorants qui flottent lans l'air, ce qui donne au visage un aspect particulier. Cette hypersécrétion simple, lorsqu'elle se montre aux paupières, a l'inconvénient d'exposer leur . bord libre à une irritation continue, si des soins de propreté minutieux ne s'opposent pas au séjour prolongé de ces matières sur des parties du tégument fin.
La séborrhée sèche expose encore bien plus les personnes qui en sont atteintes à ces inconvénients ; car elle couvre le bord libre des paupières
SÉCRÉTIONS MORBIDES
de petites écailles friables qui, en s'y accumulant, entravent récoulement du produit de sécrétion des glandes sébacées, et déiermiiient facilement Tliyperhémie du champ d'implantation des cils, un faible gonflement de cette partie de la peau, et la rougeur du bord de la conjonctive palpébrale (blépbaroadénite), comme on le constate sans peine lorsqu'on a débarrassé ces parties des prodnits de la séborrhée avec une éponge imbibée d'eau chaude. Chez les personnes qui ne souffrent pas longtemps de cette séborrhée sèche, les cils peuvent se montrer tout à fait sains, tandis qu'à la longue ils se détachent et tombent, au désespoir surtout des femmes, particulièrement affectées de cette I maladie. Une alopécie furfuracée atteint le bord ciliaire, comme cela peut I simultanément se montrer pour la région sourciliaire et le crâne.
A quoi faut-il attribuer cette hypersécrétion sébacée et cette altération des produits sécrétés? En soulevant cette question, nous touchons à l'étiologie des différentes maladies qui puisent leur origine à la même source, telles que' l'acné ponctuée, l'acné miliaire, etc. Tout ce qu'on peut en dire, c'est que, chez les personnes qui en souffrent, on constate fréquemment un trouble fonctionnel des organes génitaux (dysménorrhée chez les femmes, rapports sexuels irréguliers, abstinence chez les hommes, période d'évolution de la puberté). Dans] certaines familles (surtout Israélites ou orientales), tous les membres souffrent de séborrhée faciale et en particulier de séborrhée palpébrale. ! Pour ce qui est du traitement, il consiste d'abord à enlever soigneusement toutes les masses sébacées, ce à quoi l'on arrive, pour la séborrhée fluide par de simples lotions avec de l'eau de savon chaude. Entre chaque lotion, on recommande au malade de prévenir toute accumulation nouvelle du sébum, en desséchant, de temps à autre, le bord ciliaire de ses paupières avec du papier de soie. S'il s'agit de la séborrhée sèche, il est bon d'imprégner préa- I lablement les croûtes d'un peu de glycérine ou d'huile d'amandes douces. Ces précautions prises, il ne reste qu'à modifier l'état de la peau et à contracter les orifices dilatés des glandes sébacées. On y parvient, soit par l'emploi des douches ou des compresses froides, soit en fermant énergiquement les paupières, puis en y faisant des lotions journalières avec de l'esprit-de-vin j rectifié (eau de Cologne). L'emploi journalier d'un mélange d'huile de cade j et d'alcool à parties égales et appliqué au moyen d'un pinceau sera surtout indiqué dans les cas invétérés.
A part le traitement général qui doit être dirigé chez les femmes contre la I dysménorrhée, on recommande des lotions matinales avec de l'eau chaude à laquelle on a ajouté quelques gouttes de sous-acétate de plomb.
h. miiium ou millet des paupières. — Le milium n'atteint généralement que la dimension d'un grain de millet, dont il a la forme et d'où il tire son nom. Il provient d'un changement morbide qui se manifeste dans les glandes sébacées de la peau, que l'on voit généralement aboutir dans les follicules pileux. Si le contenu de ces glandes qui représentent, on le sait, des replis en cul-de-sac du tégument externe, vient à se condenser; si les agglo-
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mérations épithéliales et graisseuses qu'ils contiennent ne s'épanchent pas au dehors, ces petits réservoirs se distendent et il se développe de petites tumeurs qui ont reçu le nom de comédons et de millet. On réserve cette dernière dénomination à celles où Torifice du follicule pileux s'est rétréci ou oblitéré et où la distension de la paroi porte principalement sur le fond de la cavité glandulaire.
Tandis que les comédons occupent ordinairement les parties du corps où la peau est épaisse et contient des follicules pileux de première grandeur renfermant des poils forts, on observe le plus souvent le millet sur les points où le tégument externe est très-mince et couverts de poils presque imperceptibles. La peau des paupières et des parties voisines est donc très-propice à la production du milium, tandis que les comédons ne s'observent sur les paupières que généralement à une certaine distance du bord palpébral et ne s'y trouvent qu'en nombre restreint. Le contenu du millet se compose essentiellement de cellules épithéliales entremêlées de molécules graisseuses, calcaires et de cristaux de cholestérine extrêmement déliés. Ces agglomérations offrent une disposition concentrique qui leur donne quelque analogie d'aspect avec des perles, dont elles ont parfois même le reflet argenté.
Le développement du millet sur la peau du visage et particulièrement des paupières peut être assez prononcé pour simuler une éruption cutanée (herpès miliaris). l\ est probable que le rétrécissement et l'oblitération des orifices glandulaires trouvent leur cause dans de légères congestions de la peau et dans l'irrégularité de la reproduction des éléments de la couche épidermique et aussi dans une altération du produit de sécrétion de la glande (variété de séborrhée sèche).
Le traitement, si toutefois il est requis, consiste à éroder avec une aiguille à cataracte le sommet du milium et à en extraire le contenu avec la pointe de cet instrument. S'il s'agit d'une véritable éruption miliaire, cette élimination du contenu glandulaire doit se faire par séances, pour ne pas trop irriter la peau des paupières.
Acné- — L'acné n'est que le résultat inflammatoire de l'irritation produite par la rétention dans les follicules des éléments épithéliaux et graisseux qui les remplissent et qui peuvent eux-mêmes avoir d'abord éprouvé dans leur qualité et leur quantité quelques modifications. Le tissu cellulaire qui engaîne le follicule s'enflamme et une grande quantité de globules de pus peut s'y rencontrer. Il se forme alors un bouton qui, s'il résulte d'un comédon, laisse voir à son point culminant des produits d'une coloration jaune (acné ponctuée) et qui, s'il vient d'un milium enflammé, comme c'est l'ordinaire quand il s'agit des paupières, montre une élevure d'un rouge intense, sur laquelle pointe bientôt une pustule blanchâtre (acné rosée).
Ce bouton, sensiblement plus fréquent sur la paupière supérieure que sur l'inférieure, occupe de préférence le bord ciliaire et le voisinage des cils (acné ciliaire) ; son sommet est traversé par un poil, et il est, à son début, mobile
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sur le tarse. Le boulon de l'acné peut atteindre le volume d'un pois; mais ses contours se perdent bientôt dans les parties voisines de la paupière, promptement œdémaliées. La tuméfaction œdémateuse est alors d'autant plus prononcée que le bouton met moins de temps à se développer, et la paupière s'engorij^e quelquefois au point de faire croire à l'apparition d'un abcès. Dans la majorité des cas, l'inflammation se termine par suppuration; il est rare qu'un bouton d'acné s'indure.
L'acné ciliaire serait une affection presque indigne de l'attention du praticien si, chez certains sujets, la reproduction fréquente de ce léger mal ne
I devenait la cause d'un tourment assez vif. Les personnes jeunes, affectées de séborrhée ou chez lesquelles les autres parties du corps présentent des éruptions de même nature, y sont spécialement sujettes. Il en est ainsi de celles ((ue leurs occupations exposent à la poussière, au vent, à la fumée, toutes
I causes passagères, mais réitérées d'irritation, qui, en congestionnant la paupière, peuvent favoriser l'occlusion des follicules pileux qu'elle renferme, et, par conséquent, le développement du millet. Quand une fois on a vu se former quelques boutons d'acné, il faut craindre que l'hypergenèse assez persistante, dont le tissu cellulaire voisin devient le siège, n'agisse elle-même directement sur les follicules voisins pour en déterminer l'oblitération et n'entraîne insensiblement l'engorgement de tout le bord ciliaire (roy. l'article Blépha-
RITE ciliaire).
L'une des indications les plus essentielles du traitement réside dans les soins d'une propreté minutieuse; par exemple, dans l'emploi de lotions répétées avec l'eau de savon chaude. Ces précautions réussissent souvent beaucoup mieux que tout traitement interne à prévenir la reproduction des boutons. S'il en apparaît un, on peut, au moyen d'une petite incision, en accélérer notablement la disparition et hâter la fin des douleurs et de la tension pénible qui l'accompagnent. Il faut recommander aux personnes sujettes à l'acné ciliaire d'enlever, une fois ou deux par semaine, les cils qui sont près de tomber, en exerçant sur eux avec les doigts de légères tractions. Elles feront encore bien d'enduire, chaque soir, d'une couche très-fine d'un onguent faible à l'oxyde de zinc ou au précipité rouge le bord de la paupière malade.
d^. Molluscum contagieux ou sébacé. — Le molluscum COntagieux OU
sébacé tire, comme l'acné, son origine de la transformation d'une glande sébacée. Dans l'acné, l'irritation produite par le contenu des follicules amène rhyperplasie du tissu cellulaire circonvoisin, hyperplasie qui se termine presque constamment par la suppuration. Dans le molluscum, au contraire, on observe une hypergenèse très-lente du même tissu, et, consécutivement, la production d'une petite tumeur. Le follicule dilaté proémine alors audessus du niveau de la peau et constitue, une petite tumeur arrondie dont le sommet offre parfois une pigmentation plus foncée. Par la compressioîi, on vide plus ou moins complètement cette procidence, et on fait
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sortir un contenu pultacé de consistance caséeuse ayant, suivant Hebra, l'odeur de l'acide capronique.
Au microscope, cette masse pultacée est essentiellement composée d'éléments épithéliaux et de corpuscules propres au molluscum, tandis que la graisse elle-même fait défaut. Ces corpuscules de nature albuminoïde et ressemblant aux corpuscules d'amidon gonflé, ont , comme les recherches de Yirchow (1) l'ont montré, un rapport particulier avec les cellules épithéliales dans lesquelles ils se trouvent englobés, comme un œuf dans un coquetier (voy. fig. 30 a et b). Ces corpuscules sont dépourvus de noyaux et très-ténus ; leur nature anatomique est encore si peu connue que quelques auteurs (Retins) I-es regardent comme de nature végétale.
Fig. 30. — Cellules épidermiques avec des corpuscules invaginés de moluscum (d'après Virchow, pl. m, fig. 3).
a et b, Corpuscules du moluscum imbriqués daas des enfoncements infundibuliformes. — \c, Cellules épidermiques avec infundibulum figurant des noyaux.
Yirchow accepte la possibilité d'une contagion du molluscum, en considérant que le produit du follicule malade peut y contracter des qualités irritantes susceptibles de causer dans les follicules voisins, par le simple contact, des transformations de même nature. De ces considérations, il résulte tout naturellement que le molluscum né d'un follicule clos ne saurait mériter le nom de contagieux.
Sur les paupières, où l'on a souvent occasion d'étudier le molluscum on peut aisément se convaincre qu'il s'agit d'un état hypertrophique des glandes sébacées [Hebra, Rokitanski, Engel, Rindfleisch (2)], le follicule pileux n'y participe (Virchow) qu'en ce sens que ce peuvent être des glandes qui aboutissent à un follicule pileux qui ont subi la dégénérescence en question. La glande dilatée proémine au-dessus du niveau de la peau et constitue une élevure dont le sommet est occupé par une agglomération sébacée de couleur brunâtre. C'est à cette dernière espèce de molluscum qu'on a surtout attribué le pouvoir contagieux que certains auteurs (Hebra, Bizzozero, Manfredi) nient pour toutes les variétés de molluscum, et il faut avouer que les transmissions directes avec la matière pultacée du molluscum, n'ont jusqu'à présent pas réussi. Pourtant, il est avéré que des personnes , en particulier des enfants, ont été atteintes de l'affection en embrassant d'autres per-
(1) Archiv fur patJiol. Anatomie, t. XXXIII, p. 144. Ueber Moluscum coritagiosum.
(2) Handhuch der path. Geivehslehre, troisième édit., 1873, p. 288.
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sonnes soiilTrant du nioUuscum. Ainsi Caillant rapporte (1) qu'un enfant de sept ans couché avec trente autres enfants dans un dortoir, aurait communiqué à quatorze sa maladie.
Nous avons presque toujours rencontré le molluscum siégeant de préférence sur la partie supérieure et au voisinage de la commissure interne ; mais, simultanément avec le molluscum palpébral, il peut se rencontrer sur le reste de la figure (Hutcliinson) (2) et même sur le tronc (Retzius) (3).
Le molluscum contagieux, lorsqu'il affecte des parties revêtues d'une peau mince (la périphérie des paupières, qui rentre dans ce cas, est le siège préféré de cette altération), peut, en faisant un relief de plus en plus prononcé, se pédiculer et former une sorte de petite corne d'apparence polypeuse, au sommet de laquelle on peut apercevoir l'orifice dilaté du follicule. C'est surtout chez les enfants qu'on a l'occasion de compter sur un même sujet un nombre considérable de ces petites excroissances cornées, soit sur la paupière, soit au pourtour de ce voile protecteur; et il est probable que c'est d'ellesmêmes que Sichel (4) a parlé comme d'une affection verruqueuse des paupières qu'il rattache aune diathèse lymphatique.
Quoique j'aie bien souvent rencontré cette affection, je n'ai jamais vu le molluscum palpébral, tout en constituant par sa confluence de petites élevures d'une certaine étendue atteindre le volume d'une fève ou d'une noisette (Michel, Yirchovv). Aussi n'est-il pas nécessaire, suivant l'indication de Mackensie, de circonscrire, pour les enlever, leur base dans une incision elliptique; il suffit, pour en évacuer le contenu, de les comprimer entre les branches d'une pince à cils, puis d'arracher avec ces mêmes pinces la membrane enveloppante qui cède à une traction modérée. Lorsque le contenu du molluscum s'est échappé spontanément et que le petit sac , au lieu de revenir sur luimême, forme sur la peau un petit polype flasque, on l'enlève d'un coup de ciseaux. Une très-grande propreté de la peau, au moyen de lotions avec le savon, est indiquée pour remédier à la reproduction des molluscum.
(Le naevus foUiculeux a été décrit en parlant des verrues des paupières, €t les athéromes ont trouvé leur description à l'occasion de celle des tumeijrs palpébrales).
2" Anomalies de sécrétion des glandes sudoripares.
a. Uéphidrose ou hyper idr ose ne compte qu'un petit nombre de cas authentiques (4 cas de Graefe)(5). Elle se caractérise par une hypersécrétion des
(1) Recherches sur deux variétés assez rares d'acné décrites sous le nom de molluscum conktgiosum et molluscum pemlulum {Arch. gén. de Médecine, 1851, t. XXVII, p. 46 et
(-2) Med. Times ami Gaz., t. II, p. 6i9.
(3) Nord. med. Archiv, t. II, p. 2, n° 11.
(4) Aimales d'OcuUst., t. XX, p. 85.
(5) Archiv fuer Ophthalmol, t. IV, '2, p. 251.
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glandes sudoripares. Les paupières, un peu rouges, sont couvertes d'une couche d'un liquide souvent visqueux. Les angles des yeux se trouvent excoriés par le contact incessant de ce liquide, ainsi que les replis des paupières, notamment de l'inférieure. Lorsque le mal a duré quelque temps, en sorte que les excoriations signalées soient assez profondes, il survient ordinairement un catarrhe conjonctival. Rien de plus facile alors que de prendre cet accident pour le point de départ de la maladie et de s'imaginer qu'on est en présence d'une affection très-commune et très-simple; mais les plaintes des malades doivent tout d'abord mettre en éveil l'attention du médecin. Ils accusent une démangeaison et une cuisson très-vives de toute la surface des paupières.
L'hypersécrétion des glandes sudoripares s'arrête, le plus souvent, au rebord orbitaire. En essuyant la peau avec un linge fm, on peut voir, à la loupe,, que le liquide qui, quelques instants auparavant, s'offrait sous l'aspect d'une couche continue, suinte par un nombre considérable de petites ouvertures et se réunit en gouttelettes. Ces recherches doivent être faites sur la paupière supérieure, où l'absence presque complète d'excoriations les rend plus faciles que sur la paupière inférieure.
Uétiologie de cette affection extraordinaire est tout à fait inconnue. Elle s'observe chez des personnes prédisposées manifestement aux transpirations abondantes générales ou localisées (plante des pieds, paume des mains). Dans les cas d'éphydrose unilatérale de la face, les paupières du côté correspondant y participent. Du reste, comme cette altération n'a été observée que très-rarement, elle n'offrirait qu'un intérêt pratique médiocre, si elle n'exposait à une erreur de pronostic , en passant pour un simple catarrhe ; car, comme les autres sortes de transpiration morbide localisée , elle ne cède que très-difficilement à un traitement local, d'autant plus que la persistance des excoriations et le voisinage de la conjonctive nécessitent une certaine réserve dans l'emploi des topiques.
La meilleure méthode de traitement consiste à soigner les excoriations par les moyens qu'on oppose à l'eczéma des paupières (huile de cade pure ou mêlée d'esprit-de-vin). Nous recommandons ici l'usage de la pommade antiblépharitique (voy. art. BLÉPHARiTE).On a quelquefois réussi, chez les sujetsfaibles, à maîtriser cette affection tenace par un traitement corroborant, et en particulier par l'hydrothérapie.
b. Vhématidrose, résultant de petits épanchements sanguins qui se font dans l'intérieur des glandes sudoripares, n'a été observé que par des confrères italiens (Messedaglia et Lombroso) sur un malade atteint d'autres troubles de la motilité, de la sensibilité et d'anomalies de sécrétions. L'affection parut avoir un caractère intermittent.
c. De même que nous avons vu que l'occlusion du conduit excréteur d'une glande sébacée paraît donner lieu au développement d'une petite tumeur connue sous le nom de millet, de même aussi l'oblitération d'un conduit excréteur d'une glande sudoripare peut engendrer la formation d'un petit kyste.
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Ces potiles tumeurs des paupières à contenu parfailement limpide et que nous proposons de désigner sous le nom de Jq/stes transparents, occupent presque toujours le bord libre des paupières , et ne dépassent guère les dimensions d'une lentille. On les a décrits sous le nom de vésicules transparentes (hydatis).
Si leur présence devient gênante, si leur voisinage est irritant pour la conjonctive, il suffit de piquer leur paroi avec la pointe d'une aiguille, ou de l'exciser avec des ciseaux courbes, lorsque le petit kyste a atteint un certain développement. Dans quelques cas exceptionnels , on retrouve ces kystes transparents sur la paupière même, xiinsi chez un malade que nous avons eu l'occasion d'observer dans le service de Morel-Lavallée, un kyste de cette nature avait la grosseur d'une fève. Les parois de cette petite tumeur, implantée au-dessus du ligament palpébral interne, étaient d'une minceur extrême et sillonnées par des vaisseaux. Son contenu semblait avoir une transparence parfaite. Gomme le malade n'en ressentait aucune gêne, il n'y avait pas lieu de l'en délivrer par une opération.
Parfois, dans un but de démonstration, j'ai pu séparer exactement des parties voisines la petite tumeur qui, par sa transparence, ressemblait tout à fait à un petit grain de raisin.
(l. L'apparition de sueur colorée sur les paupières, la chromidrose , est une maladie fort rare et ni a suscité bien des polémiques. Elle consiste dans une coloration bleu foncé des paupières, en particulier de l'inférieure, coloration que dissipent les frictions oléagineuses pour un temps plus ou moins long. On trouve alors la peau intacte; à peine les veines y sont-elles légèrement dilatées. La coloration épargne constamment les poils, elle est surtout intense dans les replis des paupières, y apparaît sous forme de taches irrégulières et occupe parfois d'autres parties de la figure. L'origine de cette étrange coloration est encore très-obscure, et il est incontestable que nombre de fois elle a été simulée [Duchêne(l), Gubler (^), de Graefe (3)]. La solubilité partielle de ces masses pigmentées dans les corps gras, leur insolubilité absolue dans l'eau, font supposer qu'elles tiennent probablement à une irrégularité survenue dans la fonction des glandes sébacées et que le nom de stearrhoea nigricans 3icce^ié par quelques auteurs (ErasmusWilson, Bœrensprung) est plus juste que celui de sueur bleue (chromidrose). (4) Récemment , M. Leroy de Méricourt (5) a réuni des observations sur cette étrange maladie (vingt-huit cas, auxquels il faut en ajouter un, relaté dernièrement par M. Goppée. — Gaz, hebdom., n° 17, 1864 — et quelques autres par MM. Warlomont, Rothmund, Dauvé, etc.), et a insisté sur les moyens de ne pas la j confondre avec les supercheries auxquelles le médecin est souvent exposé.
I {{} Gaz. des Hop., 12 mars 1859.
(2) Union mécL, 1861, p. H8.
(3) Klin. Montshl., 1864, p. 386.
{\) Law lui assigne le nom de hlefaro-melaena, sans préjuger ainsi, par la nomenclature; l'origine des masses coloriées.
(5) Annales cl'OcuJistique, t. L, p. 110.
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L'examen microscopique (1), si facile en pareille circonstance, une surveillance des plus attentives, l'application d'une couche de collodion sur les paupières préalablement nettoyées, sont les meilleurs moyens de se prémunir contre les pièges que l'excentricité de certaines femmes tend quelquefois avec une persévérance digne d'une cause plus sérieuse.
Nous n'avons que peu de choses à signaler sur Vétiologie de lachromidrose; c'est principalement chez les femmes (vingt-sept cas sur trente) qu'on l'a jusqu'à présent rencontrée, et, dans la majorité des cas, on a pu constater de la dysménori'hée ou quelque irrégularité du flux menstruel simultanément avec cette bizarre anomalie, qui paraît encore, pour cette raison, n'être pas sans quelque rapport avec une séborrhée d'une forme particulière. M. Michel croit, vu l'identité de la masse colorante avec l'indigo végétal, que l'indican qu'on voit, dans des cas de débilité, excrété avec l'urine, pourrait être aussi sécrété par les glandes sudoripares et, par l'action décomposante de la sueur, être transformé en indigo.
Les traitements les plus divers ont été successivement dirigés contre elle; mais aucun d'eux n'a produit un résultat bien manifeste. La maladie a souvent disparu, sans le secours d'une médication quelconque, après avoir duré quelques années. Nous croyons rationnel de s'en tenir au traitement de la séborrhée. Suppose-t-on une supercherie? on emploiera surtout des moyens propres à lasser la persévérance et la patience du sujet.
3° Anomalies d'excrétion de la glande lacrymale.
Le dacryops pourrait trouver sa description à l'occasion de l'exposé des maladies des voies lacrymales, mais comme il constitue en réalité une tumeur
(1) M. le professeur Robin, dans l'étude qu'il a faite de la matière colorante de la cliromidrose, a cru devoir procéder préalablennent à des recherches physico-chimiques très-minutieuses sur les substances colorantes, faisant ou non partie des cosmétiques usités, au moyen desquelles on a pu simuler le phénomène en question. M. Robin passe donc successivement en revue le charbon porphyrisé, la poudre de chasse, le koheuil, le noir de fumée, la poussière de talc, le réseau d'azur; toutes substances auxquelles il trouve des caractères qui, conformément aux expériences de MM. Gublcr et Ordonez, établissent entre ces corps et la matière colorante de la chromidroso, soumises aux mêmes moyens d'analyse, des différences bien tranchées. C'est à tort qu'on a fait dire à M. Robin , par une interprétation mal entendue de quelques passages de son rapport, que, dans plus d'un cas, il a trouvé une • matière analogue à l'indigo ou à la cyanourine. M. Robin dit, en effet : la matière en granules et en plaques, d'un ton brun ou ardoisé, trouvée sur la peau, n'a aucun des caractères physiques du noir de fumée pur ; c'est-à-dire tel qu'il est acheté pur dans le commerce, puis étendu directement sur la peau, et retiré de là pour être étudié. Elle n'a également aucun des caractères du noir de fumée incorporé à un corps gras, matière qui forme la base des cosmétiques qu'on trouve chez la grande majorité des coiffeurs et parfumeurs. Elle n'a pas davantage les caractères des cosmétiques appelés koheuil et réseau d'azur, qui ne se trouvent que chez un petit nombre de commerçants et qui sont formés de talc et de noir de fumée, pour l'un ; de talc et d'indigo, pour l'autre. » Quels sont donc les caractères de la substance colorante de la chromidrose? — Voici les traits principaux de la description qu'en donne le professeur Gubler, description qui concorde parfaitement avec les observations de
SÉCRÉTIONS MORBIDES
des paupières, et à l'instar des kystes transparents, doit son ori£,àne à la rétention d'nn produit d'excrétion dans la trame palpébrale môme, nous le rangeons parmi les anomalies dont nous avons cà traiter ici. Dans tous les cas il ne faudrait pas, comme on l'a fait dans quelques traités, mêler le dacryops aux kystes hydatiques de la glande lacrymale, avec lesquels il n'a pas le moindre rapport.
Le dacryops peut être regardé comme le type des tumeurs formées par la rétention d'un produit de sécrétion normale. C'est une petite tumeur dont les dimensions varient entre celles d'un pois et celle d'une noisette. Elle est située vers l'angle externe de la paupière supérieure et presque immédiatement sous-jacente à la conjonctive du cul-de-sac. Le dacryops résulte de la dilatation d'un des conduits excréteurs de la glande lacrymale dont les parois se sont probablement épaissies par l'effet des tiraillements causés par la distension.
Parfois, son embouchure n'est pas oblitérée, mais seulement rétrécie, et se montre à la surface du kyste, soit directement, soit lorsqu'en comprimant le dacryops on en fait suinter quelques gouttes de liquide. Si le kyste est trèspetit, il se cache entre les replis de la conjonctive et il faut, pour l'apercevoir sous forme d'une ampoule bleuâtre, renverser la paupière supérieure ; tandis que s'il offre quelque développement, il se reconnaît à la saillie qu'il détermine sur la paupière, vers l'angle externe de ce voile membraneux, saillie d'autant plus marquée que les personnes atteintes de cette légère infirmité sont plus exposées aux irritations extérieures capables d'augmenter l'abondance de la sécrétion des larmes, comme le vent, la poussière, etc.
La situation du kyste, la nature du liquide qu'il renferme, la variabilité de ses dimensions, sont des symptômes qui ne permettent pas qu'on le confonde avec une tumeur d'un autre genre. Du reste, ce petit kyste est très-rare et
M. Robin. « Cette substance est d'un noir profond; c'est tout à fait accidentellement qu'elle présente un reflet bleuâtre pendant qu'on fait varier la distance focale du microscope. Elle offre parfois également, sous certaines incidences, un reflet brun (teinte ardoisée de M. Robin) Ces éléments de la couche colorée ont des dimensions très-variables Les plus
grands ont la forme de tables, peu épaisses eu égard à leur largeur et à leur longueur, d'un contour irrégulier Il est impossible de découvrir dans l'aspect des parcelles noires aucune configuration qui rappelle les tissus pigmentaires L'ammoniaque, les acides nitrique, chlorhydrique et acétique n'ont sur elles aucune action et ne modifient que les éléments épidermiques auxquels elles sont mêlées. »
Le docteur Ordonez a ajouté quelques notions intéressantes à celles qui précèdent. Ainsi, il a constamment trouvé, avec les plaques de matière noire, des cellules appartenant à la couche épithéliale interne des glandes sébacées et de petits groupes d'hématosine amorphe, cristallisant d'une manière caractéristique sous l'influence de l'éther sulfurique. De tous les réactifs employés par le docteur Ordonez, celui qui lui a donné les résultats les plus satisfaisants est l'acide sulfurique à chaud. Par l'emploi de ce moyen, il est arrivé à pouvoir formuler les deux propositions suivantes :
<i 1" La matière noire de la chromidrose diffère essentiellement des poussières noires ou très-foncées, minérales et végétales, auxquelles on a voulu l'assimiler.
» 2° La matière noire de la chromidrose présente des analogies frappantes, au point de vue de la composition chimique, ainsi que de certaines particularités d'aspect et de formes observables au microscope, avec certains produits de l'économie animale, d'origine pathologique, et connus, en général, sous la dénomination de mélanose. »
DE WEGKER. — MALADIES DES PAUPIÈRES
nous n'en avons, pour nous, vu que trois cas ; un à la clinique de de Graefe ' (voy. Archiv fur Ophthalm., t. YII, A,^, p. 1) et deux dans notre pratique, •dont l'un trouvera ici place.
La tumeur (fig. 31) existait sur uu homme de quarante-six ans, qui, au mois de décembre 1865, avait subi l'énucléation de l'œil droit, privé de ses fonctions par une irido-choroïdite de très-ancienne date. Le 24 mai 1866, ce malade se présentait de nouveau à notre clinique pour une gêne qu'il accusait à l'angle externe de l'œil gauche, et qui lui donnait la sensation d'un corps étranger glissant sous la paupière. En écartant les paupières de la façon qu'indique la figure, on apercevait une tumeur transparente trilobée et grosse comme une petite noisette qui proéminait dans le cul-de-sac conjonctival, au voisinage de la commissure externe. Cette tumeur était élastique, ses parois très-minces, et les cavités de ses lobules communiquaient manifestement les unes avec les autres. Lorsqu'on rendait aux paupières leur position normale, la tumeur n'accusait sa présence que par une légère saillie voisine de l'angle externe de l'œil. Nous proposâmes au malade l'excision de la paroi antérieure de la tumeur, opération qui fut exécutée, quatre jours après, au moyen de ciseaux courbes, et qui amena rapidement une guérison absolue {Gaz. hebdom., n° 25, 1866).
J'ai vu de Graefe traverser le dacryops avec un fort fil de soie, et laisser l'anse séjourner pendant plusieurs jours. Cette pratique me paraît moins rapide et moins sûre dans ses résultats que l'ablation de la partie antérieure du kyste, que j'ai exécutée, avec une certaine réussite, dans le second cas qui s'est présenté dans ma clientèle.
Fig. 31.