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CHAPITRE PREMIER Détermination de l'acuité visuelle. — Eidoptométrie

§ I. — L'appréciation de l'acuité visuelle consiste dans la détermination du plus petit angle sous lequel l'œil peut encore reconnaître la forme d'objets donnés.

Nous admettons l'angle visuel, pour des distances égales, proportionnel à la grandeur de l'objet, ce qui est suffisamment exact. Pour un angle plus grand, la grandeur de l'objet doit être évaluée comme la double tangente du demi-angle.

La grandeur de ce plus petit angle visuel dépend de trois conditions :

De la netteté de l'image rétinienne ; 2° De la grandeur de cette image ;

3° De la faculté de percevoir, ou perceptibilité de la rétine.

1. L'image rétinienne doit sa netteté à la transparence et à l'homogénéité des différents milieux réfringents et à la régularité de courbure de leurs surfaces limitantes.

2. La grandeur de l'image rétinienne peut, malgré l'égalité de l'angle, être différente dans les différents yeux, selon la structure dioptrique de

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l'œil. Eli effet, elle ne dépend pas seulement de l'angle visuel, mais aussi de la distance entre le second point nodal k" et la rétine. Voy. fig. 100, qui donne la formule :

La position du second point nodal, et avec elle la grandeur de l'image rétinienne, est modifiée par l'influence de l'accommodation, plus encore par

FlG. 100. — AB = l'objet, k' = premier point nodal, k' ^ deuxième point nodal de l'œil schématique, ap = l'image rétinienne, v = angle visuel. A B = 2 G//. Ig |-.

l'influence des verres de lunettes, et surtout par celle des systèmes de verres combinés (télescopes, etc.).

Nous déterminons l'acuité visuelle cà une distance telle que la direction des rayons lumineux provenant de l'objet fixé puisse être considérée comme parallèle, afin que le besoin de l'accommodation soit superflu. Tout degré d'amétropie doit être corrigé.

La détermination de l'acuité visuelle marche ainsi de pair avec la détermination de la réfraction, postulatum que nous retrouverons également dans la détermination de la réfraction.

(Pour l'influence des modifications de la distance du point nodal par les verres de lunettes sur l'image rétinienne, voij. § 5.)

M. Giraud-Teulon (1) avait proposé de ne pas tenir compte de la réfraction dans l'appréciation de l'acuité visuelle, mais d'éliminer, au moyen d'une ouverture sténopéiquc, les cercles de diffusion que produit, sur la rétine de l'œil amétrope, l'objet placé à distance. Mais par ce moyen on n'obtient pas le vrai degré de l'acuité visuelle, attendu qu'on supprime en partie l'influence des troubles des milieux réfringents, et de même que la petitesse de l'ouverture diminue l'intensité lumineuse de l'image rétinienne.

Dans des circonstances d'ailleurs égales, la netteté, avec laquelle un objet est vu, augmente avec la grandeur de l'image rétinienne; mais ce n'est' pas un accroissement proportionnel, car la perceptibilité n'est pas également répartie sur toute la rétine; elle diminue vers la périphérie à partir de la fosse centrale.

(1) Giraud-Teulon. Instruction pour remploi de Véchelle régulièrement progressive. Paris,

SNELLEN ET LANDOLT. —

ACUITÉ VISUELLE

3. En troisième lieu, la petitesse de l'angle visuel dépend encore de la perceptibilité de la rétine. Perceptibilité rétinienne et acuité visuelle ne doivent pas être confondues. L'acuité visuelle est déterminée d'une façon empirique. Si Ton connaît la grandeur de l'image rétinienne d'après la constitution dioptrique de l'œil, et si par l'examen objectif des milieux réfringents on s'est rendu compte de sa netteté, il est facile d'en déduire le degré de perception de la rétine.

Si l'intensité de l'éclairage est inférieure au degré de lumière auquel l'œil est adapté, alors la perceptibilité diminue à mesure que l'intensité de l'éclairage diminue.

Pour apprécier VacuÀté visuelle, dans un but pratique, nous avons recours à la lumière du jour, car, c'est dans les conditions ordinaires, que malgré de petites variations de l'éclairage, l'adaptation de l'œil reste la plus constante.

§ 2. Mesure de l'acuité visuelle. — Pour exprimer l'angle visuel par des mesures facilement comparables, il faut adopter comme base de détermination une unité conventionnelle. L'unité que H. Snellen a proposée (1) et qui est aujourd'hui généralement adoptée est un angle de 5', pour reconnaître des lettres dont l'épaisseur a le cinquième de leur hauteur. La distance d, à laquelle ces lettres sont encore nettement distinguées par l'œil examiné, divisée par la distance D à laquelle elles apparaissent sous un angle de 5', exprime alors l'acuité visuelle V,

A distance égale la grandeur de l'angle visuel dépend de la dimension de l'objet. On peut donc exprimer V également par la grandeur de l'objet, la distance étant constante.

Soit G la grandeur d'une figure qui apparaît, à une distance donnée, sous un angle de 5', g la grandeur de l'objet que distingue l'œil examinant à la même distance; alors l'acuité visuelle est

Si l'on voulait déterminer l'acuité visuelle exclusivement à une seule et même distance, il faudrait disposer d'un nombre infini d'objets témoins. Mais il est plus rationnel de se servir simultanément des deux méthodes, c'est-à-dire de varier et la grandeur de l'objet et sa distance. On détermine d'abord la grandeur des lettres qui peuvent être reconnues à une distance donnée, puis on augmente celle-ci, jusqu'à ce qu'on ait trouvé la plus grande distance à laquelle ces lettres sont encore vues distinctement.

Si l'on mesure, par exemple, l'acuité visuelle d'un œil à une distance de 6"", et si Ton trouve qu'il ne distingue que les lettres n° 12, qui conviennent à une distance de 12"', on recherchera si ces lettres ne pourraient pas

(1) Snellen, Echelles typographiques. Utrecht, 1862.

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encore être reconnues à une plus grande distance. Si celle-ci est de 7"', par exemple, on aura

Il en est de même pour les distances plus rapprochées : si, à une distance de O'^.S, les n°* 0.4 et 0.5 ne sont plus reconnaissables, tandis ({ue le n'^ 0.8

l'est encore, on aura pour le moins \ = mais si l'on peut encore éloigner le livre jusqu'à 0™. i, sans rendre la lecture impossible, on aura

Sous l'influence de l'éclairage, sous celle de l'action des verres correcteurs, ou de l'accommodation, peut-être aussi sous l'influence de la netteté des caractères témoins, qui est plus ou moins variable suivant les numéros, il peut se produire des difl'érences dans les diverses appréciations de l'acuité visuelle. Aussi est-il désirable de ne pas réduire la formule pour l'acuité visuelle, mais de s'en tenir pour D et aux chifl'res réels qu'on a obtenus.

L'angle de 5' qui sert de mesure fondamentale aux types-témoins (optotypi) de Snellen a été choisi arbitrairement. Il ne correspond pas à l'acuité visuelle moyenne. D'ailleurs, il est impossible de fixer une acuité moyenne, parce que celle-ci est influencée par des causes trop nombreuses. On ne pourrait non plus prendre pour unité l'acuité visuelle maxima, puisqu'elle aussi n'est pas aisée à établir avec une sécurité absolue.

L'angle de 5' représente l'acuité visuelle à peu près moyenne , si dans la statistique des recherches on comprend aussi les yeux des vieillards; mais il ne représente nullement le maximum de la vue normale, attendu que bien des yeux, et particulièrement les jeunes, possèdent une acuité visuelle beaucoup plus grande.

M. Yierordt (1) a proposé d'exprimer d'une autre façon la valeur de l'acuité visuelle : il dit que les acuités visuelles sont inversement proportionnelles aux carrés des images rétiniennes, et non pas à leur simple diamètre. Aussi veut-il formuler la valeur de V, de la manière suivante : V = 1/9 ou 1/16 et non F= 1/3 ou 1/4. H nous semble que cette modification ne présente aucun avantage, et nous préférons l'expression plus simple (2). On exprime du reste, suivant le même principe, la grandeur des images fournies par des instruments d'optique en valeurs linéaires.

§ 3. Objets types destinés a la détermination de l'acuité visuelle. — Les figures destinées à la détermination de l'acuité visuelle doivent être telles que pour les reconnaître il faille distinguer dans leur étendue plusieurs points isolés comme étant séparés les uns des autres.

(1) a. Vierordt, Arch. f. Ophlh., IX, I, p. 163. — Ibid., IX, III, p. 219. ,2) F -C. Donders, Arch. f. Ophth., IX, II, p. 220.

La perception d'un seul point isolé dépend uniquement de son intensité lumineuse, car, avec un éclairage suffisant, le plus petit point serait encore distingué. Avec un seul point isolé, on apprécie donc seulement la perception lumineuse de la rétine, mais nullement l'acuité visuelle de l'œil, qui a en vue la perception des formes.

Le premier qui ait exposé ces questions avec précision est Hooke. Il chercha à établir chez différentes personnes l'angle sous lequel deux étoiles pouvaient être distinguées comme séparées. — Hueck fit les mêmes expériences avec des points noirs sur fond blanc ; Aubert se servit de carrés blancs sur fond noir, et de carrés noirs sur fond blanc; Tob. Mayer, Th. Weber, Bergmann expérimentaient avec des lignes parallèles; Volkmann, avec des fils d'araignée ; Helmholtz, avec un treillage (1).

D'après le calcul, à l'aide de l'œil schématique, le diamètre d'une image rétinienne sous un angle visuel de 1' est d'environ 0,004"""'. Comme le diamètre des cônes est à leur base d'environ 0,003™°', on a admis que les cônes étaient les éléments de perception. — Mais M. Volkmann objecta, en 1863, qu'il fallait déduire de la distance des deux points la largeur de l'image de diffusion, et que par conséquent la distance entre deux points devait être beaucoup plus grande, si elle devait correspondre à l'intervalle des deux cônes.

M. Hensen établit la théorie que ce n'étaient pas les cônes eux-mêmes, mais leurs parties externes qui constituaient les éléments de perception. Ceux-ci ont un diamètre plus petit que les segments internes. — D'après les mensurations de M. Max Schultze, leur diamètre est de 0,001™™, dimension qui pourrait s'accorder parfaitement avec la manière de voir de M. Volkmann.

D'après les recherches de M. Hirschmann (1867), pratiquées à l'instigation de M. Helmholtz, on obtient dans des conditions convenables un angle visuel d'environ 50".

§ 4. Des différents objets types en particulier. — En pratique la détermination de l'acuité visuelle nécessite l'emploi de figures faciles à décrire et à nommer. Les figures tant soit peu compliquées présentent un avantage sur les groupes de points, en ce sens qu'elles sont moins sujettes que ces derniers à l'influence de l'éclairage. Outre cela, la manière dont le sujet examiné confond ces figures avec des figures analogues nous donne des indications sur le degré de la défectuosité de son acuité visuelle, ce qui n'est pas le ca~ lorsqu'il s'agit de distinguer deux points comme séparés.

Les lettres sont des oîjjets très-convenables, attendu qu'avec les différences qu'elles comportent, elles présentent néanmoins une harmonie suffisante en forme et en netteté. Il est désirable d'adopter comme objets témoins une forme de lettres déterminée. Comme telles, le type de Snellen est représenté par les grosses lettres latines, carrées, dont les lignes et les interlignes ont, autant que possible, le cinquième de leur hauteur. Pour la détermination

1) Helmholtz, Optique physioL, p. 293.

EIDOPTOMÉTRIE.

(le l'acuité visuelle à distance, on se sert d'un tableau de lettres de huit grandeurs différentes, et les numéros de ces grandeurs donnent la distance à laquelle chaque série de caractères apparaît sous un angle de 5'.

Dans la cinquième édition des échelles typographiques, qui a paru dans le titre de Optotypi ad visum determinandum , les distances sont indiquées en mesures métriques. Pour obtenir des chiffres facilement divisables, la grandeur des lettres et des figures diffère un peu de celle des éditions précédentes, de sorte que le grand tableau contient les numéros suivants : 60, 36, 24, 18, 12, 9, 6. Ces objets-témoins sont donc placés de préférence à une distance de 6 mètres, et l'acuité visuelle normale moyenne devient donc = g.

Il est vrai qu'on peut, dans la pratique, se heurter contre une difficulté qui consiste en ce fait que tout le monde ne sait pas lire. Dans ce cas, les caractères ne sont pas des objets faciles à décrire, et l'on se sert alors de préférence des simples figures carrées du même auteur. Les enfants ou les personnes qui ont de la peine à exprimer leurs impressions n'ont ainsi qu'à indiquer le côté où la figure est ouverte.

Les figures de ce genre sont, sous le rapport de la netteté, identiques aux lettres, si les interlignes représentent toujours le cinquième de la hauteur de la figure. Dans la troisième édition de ses échelles typographi([ues, les interlignes ont au contraire les 3/5 de la hauteur ; aussi est-il plus aisé de les reconnaître que les iettres; mais leur plus grande netteté peut suppléer au défaut d'intelligence des malades.

En Allemagne, il arrive assez fréquemment que les lettres latines ne sont pas lues par tout le monde, mais seulement les lettres gothiques. Aussi les éditions allemandes contiennent-elles un tableau composé de lettres gothiques. Les lettres gothiques compliquées sont relativement moins nettes que les lettres latines simples. On doit donc, pour les recherches comparatives, se servir toujours du même tableau, et indiquer dans les déterminations exactes le genre de lettres avec lesquelles elles ont été faites. Des morceaux de lecture ou des mots entiers employés comme objets témoins dans les déterminations eidoptométriques ne sont pas comparables à des lettres isolées. D'une part ils sont lus à une distance relativement grande, car des personnes instruites devinent les lettres difficiles en les associant à leurs voisines ; d'autre part les lettres isolées sont plus faciles à distinguer, surtout celles des échelles typographiques, parce que les lettres compliquées y ont été supprimées.

Si les morceaux de lecture sont peu convenables pour l'appréciation de l'acuité visuelle, ils sont toutefois indispensables dans la pratique. Dans la vie de chaque jour la lecture représente l'application la plus commune de l'acuité visuelle; aussi les caractères en initiales seuls ne suffiraient pas, et on a besoin encore des imprimés ordinaires, c'est-à-dire ceux dont on se sert généralement.

On trouve en outre, dans l'édition anglaise des test-types de Snellen, un tableau avec des points ronds dont le diamètre est égal à leur distance réci-

proqiie. Ils y ont été exécutés sur les données de M. Longmore, pour les conseils de révision de l'armée anglaise, où la mesure de l'acuité visuelle consiste à reconnaître les points ronds sous un angle de moins de six minutes. Comme la lecture dans la vie civile, c'est la reconnaissance des cibles qui pour les militaires donne la mesure de l'acuité visuelle.

Les degrés d'acuité visuelle obtenus par les trois méthodes (l'' grands caractères carrés et isolés; S'' caractères d'impression ordinaires ; 3" points ou disques) ne peuvent être comparés entre eux que jusqu'à un certain point, sans qu'il soit possible de conclure avec une rigueur mathématique, d'après les résultats de l'une, aux résultats de l'autre.

Même si l'on avait déterminé avec la plus grande exactitude comment se comportent entre eux les angles visuels pour l'œil sain, mesurés d'après les trois différentes méthodes, on ne pourrait nullement en conclure que ces rapports de l'acuité visuelle restassent les mêmes dans d'autres conditions. (Différences de l'éclairage absolu ou relatif, différentes maladies de Fœil, différents degrés de développement intellectuel des individus.)

Nous ne pouvons nous ranger à l'opinion de ceux qui veulent qu'on prenne pour base de comparaison des différents objets témoins la distance moyenne à laquelle les yeux normaux peuvent les reconnaître, attendu que telle valeur moyenne, ainsi que nous l'avons déjà dit, ne saurait être déterminée avec une exactitude mathématique. Il nous semble, au contraire, désirable d'adopter l'angle visuel conventionnel pour base dans l'expression de l'acuité visuelle.

Des lettres-témoins ont été imaginées en 1854 par M. Alfred Smee (1). Les plus répandues sont sans doute celles de M. Ed. Jaeger (de Vienne), qui les publia pour la première fois en 1854 sous le titre de Schrift-Scalen. Elles se distinguent par le grand nombre de différentes grandeurs, par la finesse de l'exécution et l'harmonie de forme des caractères des différents numéros. Les grands caractères (n°' 19 à 24) en lettres latines font seuls exception. Ici les intervalles qui séparent les traits des lettres les uns des autres sont relativement plus étroits que dans les petits numéros. Il y a dans ces échelles encore une lacune : Jaeger n'y a pas indiqué à quelle distance elles apparaissent sous un angle donné. En pratique, il est indispensable de marquer cette distance pour chaque numéro. D'après la nouvelle édition des échelles typographiques de Snellen, les caractères latins des « Schriflscalen » de Jaeger se présentent sous un angle de 5' aux distances suivantes :

1 avec un diamètre d'environ 0.6'"'". à la distance de 0.4 mètres.

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