V. Wittich
Landolt.
Sattler.
Charpentier.
Les expériences de Sattler (de Cincinnati) et de Charpentier, ainsi que les nôtres, ont été faites à notre clinique, à l'aide d'un grand nombre de carrés colorés de 2 millimètres, collés, les uns sur un fond blanc, les autres sur un fond noir. Ces tableaux furent exposés à la lumière d'un jour d'automne, uniformément claire, et non à la lumière solaire directe. Nous avons ainsi déterminé la distance à laquelle il fallait se placer pour que les différentes couleurs pussent être distinguées.
SNELLEN ET LANDOLT.
— PERCEPTION DES COULEURS
Nos couleurs correspondent toutes aux conditions énumérées plus haut, à la seule exception du jaune clair, dont nous n'avons pas pu trouver un échantillon aussi saturé que pour les autres couleurs.
Les résultats des différents expérimentateurs diffèrent assez sensiblement, ce qui peut tenir à l'éclairage ou aux couleurs dont ils se sont servis, ou; bien encore à des différences individuelles. Nous avons aussi pu constaier quelle grande influence exerce sur ces expériences la netteté de Vimage rétinienne, c'est-à-dire la correction plus ou moins complète des anomalies de la réfraction. En effet, un confrère anglais, qui faisait avec nous les expériences précédentes, quoique ayant sans verre correcteur une acuité visuelle Vz=i, n'arrivait pas à distinguer les petits carrés colorés à la même distance que nous. Il devait s'approcher jusqu'à moins de la moitié de notre distance. Nous pensions d'abord à une dyscîiromatopsie, jusqu'à ce que notre confrèrenous eût indiqué que les carrés lui apparaissaient de loin comme des traits verticaux. En effet, nous constatâmes un faible degré d'astigmatisme régulier, dont la correction par un cylindre convexe 0,5, axe horizontal, augmenta
l'acuité visuelle de 1 à -, et rendit la distance à laquelle les couleurs furent distinguées à peu près égale à celle qu'il nous fallait à nous-même.
7. Le mouvement. — Les couleurs que l'œil ne distingue plus lorsqu'iiles regarde fixement reparaissent du moment qu'on les mobilise ou que l'œil se met en mouvement.
§ 45. Chromatoptométrie a l'aide des couleurs spectrales. — Pour produire un spectre on fait tomber sur un prisme transparent de la lumière passant à travers une fente étroite, le mieux est une fente de S'Gravesande, à laquelle on peut donner la largeur que l'on veut. Le prisme peut être en verre, en cristal, ou composé d'une boîte de verre prismatique remplie d'un liquide transparent. La source lumineuse peut être prise parmi tous les corps lumineux. L'intensité du spectre dépend de l'intensité de la source lumineuse : aussi préfère-t-on pour ces expériences la lumière solaire qu'on réfléchit au moyen d'un héliostat à travers la fente.
Le spectre ainsi obtenu peut être reçu soit par notre œil placé derrière le prisme, soit par un écran; ou bien on en forme une image objective à l'aide d'une lentille convexe. Les specl,res fournis par une même source lumineuse sont d'autant plus intenses, mais aussi d'autant moins étendus, que la déviation de la lumière produite par le prisme est plus faible. On trouve facilement le minimum de déviation en faisant tourner le prisme autour de son axe.
Pour donner encore plus d'intensité au spectre , et surtout pour faire apparaître les lignes de Frauenhofer, on l'ait bien de le concentrer sur l'écran à l'aide d'une lentille achromatique.
Les couleurs spectrales sont d'autant plus pures, mais aussi d'autant plus faibles, que la fente est plus étroite, attendu que plus la fente est large, plus les spectres des différentes parties de la fente se superposent.
Les lignes de Frauenhofer les plus accentuées sont visibles à l'œil nu,
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lorsque la fente a* 1 millimètre de largeur, et quand on se sert d'un prisme de flint-glass dont l'angle de déviation est de 50 degrés et qui est placé à une distance de 40 centimètres.
Pour produire le spectre directement sur la rétine, on se sert des spec- Iroscopes.
Le spectroscope le plus simple est un tube fermé à l'une des extrémités par un diaphragme muni d'une fente mobile. Dans l'intérieur du tube se trouve une lentille convexe, qu'on peut rapprocher et éloigner de la fente pour adapter l'œil à celle-ci; et derrière la lentille, entre la fente et l'œil, est disposé un prisme.
Le spectroscope de Hoffmann, bien plus complet que ce spectroscope primitif, se compose de deux tubes. L'un, le tube objectif, est muni d'un diaphragme fendu à l'une de ses extrémités, tandis qu'à l'autre extrémité est adapté le prisme. Le spectre, produit dans le premier tube, est observé au moyen d'un système de trois lentilles convexes contenues dans le second tube. Entre la première et la seconde lentille se trouve une division gravée sur verre, qui vient se superposer avec le spectre, de façon que les différents points de celui-ci sont faciles à déterminer. Les deux tubes sont réunis de telle sorte qu'on peut leur donner une légère inclinaison et faire apparaître dans le champ visuel tantôt l'une, tantôt l'autre moitié du spectre. Enfin, on peut placer devant la fente un prisme mobile, qui sert à réfléchir la lumière d'une autre source lumineuse dans lafente.
Les expériences qu'on pratique à l'aide des couleurs spectrales doivent être faites dans une pièce absolument obscure, attendu que toute lumière étrangère, se mêlant aux couleurs du spectre, changerait la nuance de celles-ci et influencerait considérablement la sensation qu'elles produisent.
Pour pouvoir servir à des expériences pratiques, il faut que le spectre soit divisé. La division naturelle du spectre nous est donnée par les lignes de Frauenhofer; mais, pour avoir des subdivisions, on peut diviser le fond sur lequel le spectre apparaît ou se servir des plaques divisées qui se trouvent dans les spectroscopes. On établit d'abord Téiendue du spectre pour l'œil à examiner. Dans la plupart des cas d'achromatopsie partielle, la perception du rouge fait défaut, et par conséquent le spectre solaire semble commencer seulement dans l'orangé ou dans le jaune. Au contraire, dans les cas bien plus rares où la rétine est insensible au violet, l'extrémité rouge du spectre solaire apparaît dans toute son étendue, mais la partie violette n'est pas perçue. Dans le cas, enfin, où c'est la perceptibilité d'une autre couleur qui manque, la partie correspondante du spectre paraît très-sombre, quelquefois même noire, tandis que les extrémités sont très-bien perçues.
C'est sur ce fait qu'est basée une méthode très-ingénieuse de M. Rose, destinée cà découvrir l'achromatopsie pour le rouge ou pour le violet. Rose se servait dans ce but de deux séries de lignes parallèles excessivement fines, gravées sur du verre, avec un écartement de 1/150 à 1/103 de millimètre.
En regardant la flamme d'une bougie éloignée, à travers* un grillage de ce genre, on voit au milieu la lumière, et des deux côtés, séparé de celle-ci par un espace noir, un spectre, l'extrémité violette dirigée du côté du centre. Après le spectre suit un second espace noir et après un large trait coloré. Ce dernier est dû à la superposition des spectres formés par le grillage, superposition qui est d'autant plus complète que les spectres sont situés plus périphériquement. Le second spectre n'atteint pas le premier, mais ils sont séparés par l'intervalle noir dont nous avons parlé.
Lorsqu'il manque à l'œil la perception d'une extrémité du spectre, les diff'érents spectres d'interférence deviennent si étroits qu'il se forme des deux côtés un nouvel intervalle noir, parce que les spectres étant plus courts, le deuxième et le troisième n'arrivent plus en contact. Si la partie qui manque est plus grande, alors il peut se former même un troisième et un quatrième espace noir. On peut donc déduire du nombre des traits noirs que l'œil voit dans les spectres d'interférence l'étendue de la partie du spectre dont la perception lui fait défaut. Rose a trouvé des individus qui voyaient jusqu'à six traits noirs de chaque côté de la lumière. L'œil normal en voit deux, mais l'œil qui distingue même l'ultra-violet (Piose en cite un cas) n'en -voit qu'un seul.
Il est cependant difficile de déterminer à l'aide de cette méthode jusqu'à quelle ligne de Frauenhofer la perception du spectre solaire est défectueuse. En outre, il peut déjà manquer une certaine partie du spectre, sans qu'un nouvel intervalle noir se manifeste, attendu que les dilïerents spectres ne sont pas seulement en contact, mais qu'ils se recouvrent en partie.
Il est encore important de constater quelle est la région du spectre qui apparaît avec la clarté maximum à l'œil atteint d'achromatopsie partielle. Pour l'œil normal, elle se trouve dans le jaune non loin de la ligne D; l'œil daltonien (anérythrope) la met généralement dans le vert.
Après cet examen, on fait bien d'isoler successivement les différentes couleurs spectrales et de les présenter ainsi isolées à la personne qu'on examine, et de constater sous quel aspect elles sont perçues par elle. Pour cela, il faut découper une fente dans Pécran sur lequel on produit le spectre, et tandis que le patient est placé derrière l'écran, on fait mouvoir la fente de façon qu'elle ne laisse pénétrer qu'une couleur à la fois dans l'œil du sujet observé.
Lorsqu'un œil est privé de la perception d'une ou de plusieurs couleurs, ou lorsqu'il ne perçoit pas les couleurs de la même façon que l'œil normal, il reçoit également une impression différente des mélanges des couleurs.
C'est pour cela qu'on fait bien d'examiner également les yeux à l'aide des mélanges de couleur.