II. Rouge e1 vert, m. Bleu et jaune
Les couleurs de la première paire peuvent se combiner entre. elles et ellei> produisent ainsi une série de sensations noires et blanches. Les deux couleurs des deux autres paires ne se combinent pas entre elles.
La première paire de couleurs fondamentales peut de plus être perçue simultanément avec toutes les couleurs. En effet, en altérant chaque couleur,, elle nous empêche de percevoir une couleur absolument pure.
CHROMATOPTOMÉTRIE.
Aux trois paires de couleurs fondamentales correspondent trois substances inhérentes à l'organe visuel et chaque substance contient une couleur correspondante à la désassimilation, une à l'assimilation. Le blanc, le rouge, le jaune, correspondent à la désassimilatmi ; le noir, le vert, le bleu kV assimilation dans les substances visuelles.
Tandis que, pour la sensation du noir, l'assimilation n'est pas produite par la lumière, elle est, pour la sensation du vert et pour celle du bleu, produite d'une part directement par la lumière, d'autre part indirectement par la désassimilation.
Pour prouver le fait qu'une seule substance produit la sensation de deux couleurs, suivant que la désassimilation ou l'assimilation est plus grande, on peut faire l'expérience suivante : lorsque, dans un espace éclairé par de la lumière blanche, on fait tomber de la lumiè-re rouge sur un papier blanc et qu'on interpose un corps opaque, l'ombre de ce dernier paraîtra verte ; à la place de l'ombre, la substance visuelle destinée à la perception du rouge et du vert n'est pas désassimilée, la sensation du rouge s'éteint, mais en même temps l'assimilation augmente à l'endroit de l'ombre et celle-ci paraît verte. Voilà l'explication du contraste coloré.
Les images persistantes colorées s'expliquent de la même manière. Un œil qui reçoit de la lumière rouge désassimile directement et perçoit du rouge ; en même temps il assimile indirectement; la sensation du vert augmente, mais elle reste latente. En fermant l'œil, la désassimilation cesse, l'assimilation est beaucoup plus intense et produit, dans notre exemple, la sensation du vert.
Lorsque, dans la substance blanche et noire, la désassimilation est égale à l'assimilation, nous obtenons le gris moyen. Lorsque la désassimilation est égale à l'assimilation dans les substances des couleurs, la sensation d'une couleur anéantit celle de l'autre et il ne reste que l'excitation simultanée delà substance blanche et noire comme une faible sensation blanche. Les couleurs dites complémentaires sont donc de véritables couleurs antagonistes. Elles ne se complètent pas pour former le blanc, mais elles laissent persister la sensation du blanc. Toutes les couleurs mélangées peuvent donner du blanc, parce que le rouge et le vert s'anéantissent de même que le bleu et le jaune, et il ne reste que l'excitation simultanée de la substance blanche et noire qui est excitée par tous les rayons lumineux. Le même fait produit constamment une certaine impureté des sensations colorées, même lorsque la couleur est pure en elle-même.
Il est impossible de méconnaître que la théorie de Hering a reçu un appui puissant par la brillante découverte du rouge rétinien de M. BoU. Le rouge de la rétine correspond peut-être à la substance visuelle qu'exige la tliéorie de M. Hering.
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— DoBROWOLSKY (W.). Ueber binoculiire Farbenmischung (Aixh. f. ges. PhgsioL,
— Sartisson. Un cas d'achromatopsie complète {Journal méd. de St-Pétersb.^ N. F.,
-— HoL.MGREN (F.). Un cas d'achromatopsie {Upsala làkarefdre7i. fôrhandl., t. X, p. 7).
— KUNKEL. Ueber die Abhaengigkeit der Farbenempfindung Yonder Zeit {Pflïigefs Arch.,
Bd IX, p. 197).
— Treitel. Ueber das Verhalten der pcripheren u. centralen Farbenperception bei Atro-
phia nervi optici. Thèse de Koenigsberg.
1876. Sartisson. Achromatopsie des employés des chemins de fer {Journal hebdomad. de
médecine de St-Pétersb., p. 38).
— Krohn. Dyschromatopsie des employés des chemins de fer. Extrait d'un travail publié
dans le Helsingfors Dagbladed {Progrès médical, n° 48, p. 830).
— Fayre. Recherches cliniques sur le daltonisme. De la dyschromatopsie dans ses rap-
ports avec l'état militaire et la navigation.
1877. Camerer. Versuche eines Farbenblinden am Spectralapparat { Klin Monatsbl , L XV,
févr., 1877, p. 51).
— Chodin. Ueber die Abhaengigkeit der Farbenempfindung von der Lischtstaerke, in
Sammlung phijsiolog. Abliandlungen von Prof. Preyer, I Reihe, vu Hcft.
— HOLMGREN (F.). De la cécité des couleurs dans ses rapports avec les chemins de fer
et la marine. Stockholm.
— Stilling (J.). Die Priifung des Farbensinnes beim Eisenbahn-und Marinepersonal.
Cassel.
Le chapitre de la Chromatoptométrie était déjà imprimé quand j'ai eu le plaisir de recevoir de M. le D'^ Daae (1) un carton contenant des échantillons de laines colorées que l'auteur a composé pour le diagnostic de l'achromatopsie du rouge et du vert.
Ce tableau contient dix rangées horizontales de couleurs et chaque série se compose de sept couleurs, représentées par des fils de laine. Dans un certain nombre de séries, les couleurs sont placées par ordre d'intensité : ces ran-
(1) Daae (Kragero, Norwége), Farveblindhed og opda>gelse af farveblinde med tabél, 1877,
g'ées correspondent aux numéros 3 (pourpre), 7 (vert), 9 (rouge). Les autres lignes ne renferment pas des couleurs de même ordre.
Yoici la façon dont on procède pour examiner la sensation des couleurs suivant la méthode de M. Daae :
A. On place le tableau bien éclairé par la lumière du jour devant là personne en expérience, el on lui fait observer que certaines lignes horizontales contiennent des couleurs de même ton, mais de nuances différentes allant du foncé au clair.
B. On demande alors au patient si les couleurs de la première rangée sont de même espèce : après la réponse, on désigne la seconde ligne, on répète la question et on parcourt ainsi tout le tableau.
1° Si le malade reconnaît toutes les couleurs avec leur gradation, sa perception des couleurs est normale.
^" S'il ne distingue ni les lignes qui ne contiennent qu'une couleur, ni les autres, sa perception n'est pas complètement déterminée.
Il faut dans ce cas recommencer l'expérience et la répéter plusieurs fois : on arrivera la plupart du temps à un résultat définitif.
3° Lorsque le malade indique, comme contenant une seule couleur, une des séries qui en contiennent différentes, il est achromatope.
L'achromatopsie peut cependant présenter divers degrés : mais quel que soit ce degré, il sera toujours difficile à l'achromatope de distinguer le vert du rouge.
Les séries qui contiennent différentes couleurs sont disposées de telle; façon sur le tableau que les couleurs de la dixième ligne sont reconnues comme étant égales par un achromatope du plus faible degré, celles de la huitième par un malade d'un degré un peu plus élevé, etc., jusqu'à celles de la première ligne, qui sont confondues par des acliromatopes du degré le plus élevé.
Il arrive quelquefois qu'une personne désire se faire passer pour achromatope, sans l'être en réalité : elle prétendra dans ce cas voir comme étant égales les couleurs qui diffèrent le plus, tandis qu'elle jugera différentes les couleurs égales.
Lorsqu'en pareil cas le patient ne distingue pas la ligne contenant le pourpre, il faut songer à la possibilité d'une simulation; car cette rangée est perçue nettement par la plupart des achromatopes.
Nous avons déjà expérimenté le procédé de M. Daae dans deux cas d'achromatopsie partielle et il nous a donné des résultats assez satisfaisants.
PÉRIOPTOMÉTRIE
§ 29. La périoptométrie comprend l'exploration des parties excentriques de la rétine, c'est-à-dire de toute l'étendue de cette membrane qui est située en dehors de la fosse centrale de la macula.
On appelle vision indirecte ou excentrique la vision qui se fait à l'aide des parties excentriques de la rétine. L'expression de vision directe est réservée à la fonction physiologique de la fosse centrale.
Toute l'étendue de la vision d'un œil immobile, c'est-à-dire tout l'espace I d'où un œil immobile peut recevoir des impressions lumineuses, constitue le ' champ visuel monoculaire. Nous en déterminerons d'abord les limites et
nous passerons ensuite à l'examen des fonctions. I Limites du champ visuel. — Les limites du champ visuel sont données par ' les points les plus éloignés de la ligne visuelle qui produisent encore une sensation lumineuse.
L'étendue du champ visuel dépend de plusieurs facteurs. Nous les passerons successivement en revue :
1° Les 'parties avoisinantes de Vœil. — a. Paupières. — L'écartement de la fente palpébrale par l'élévation de la paupière supérieure et le retrait de la commissure élargit le champ visuel dans les directions correspondantes.
b. Squelette orbitaire et parties molles qui le recouvrent. — Le bord supérieur de l'orbite ainsi que les sourcils, le nez et le bord inférieur de l'orbite peuvent priver l'œil d'une partie notable de son champ visuel, et cela d'autant plus que le globe oculaire est plus profondément situé dans la cavité osseuse qui le renferme (1).
2° La situation du plan pupillaire relativement au bord de la cornée. — Plus le plan pupillaire est situé en avant du bord cornéen, plus est considérable l'étendue du champ visuel.
3" Le diamètre de la pupille. — Le diamètre de la pupille ne peut pas être sans influence sur les limites et sur les fonctions de la vision indirecte. Toutes choses égales d'ailleurs, le champ visuel doit être plus étendu pour une pupille dilatée que pour une pupille rétrécie. Purkinje (2) trouve que son champ
(1) Landolt, Il perimetro e la sua applicazioiie [Annali cTottalm. dcl prof. Quaglino. Janvier 1872).
(2) Purkinje, Physiologie der Sinne, 1825, t. II, p. 6.
visuel augmente en dehors de 100 à 115 degrés sous l'influence de l'atropinisation. Donders, par contre, n'a pu constater aucune modification du champ visuel sous l'influence de l'atropine (1). Il est vrai que les expériences relatives à l'influence de la pupille sur l'étendue du champ visuel ne sont pas très-faciles à faire, attendu que les agents qui influent sur la pupille agissent en même temps sur l'accommodation. Or, l'état d'accommodation de l'œil a de son côté une influence considérable sur l'étendue du champ visuel, en ce sens qu'un œil accommodé réfractant plus fortement la lumière doit avoir un champ visuel plus* étendu que lorsque l'accommodation est relâchée. Le rétrécissement de la pupille a donc sur l'étendue du champ visuel un effet contraire à celui de l'accommodation qu'il accompagne. De même, le repos d'accommodation et la dilatation de la pupille agissent sur le champ visuel en sens inverse. C'est probablement à cela qu'il faut atîribuer le fait que ni l'atropine ni l'ésérine n'ont une influence marquée sur les limites du champ visuel.
INous avons fait à ce sujet, sur nos propres yeux, des expériences qui nous ont permis de constater que, même dans le cas de dilatation maximum de la pupille sous l'influence de l'atropine, le champ visuel n'est pas plus étendu que dans le rétrécissement maximum de la pupille produite par l'ésérine.
Mais si la pupille n'influe pas beaucoup sur les limites du champ visuel, elle a une influence marquée sur les fonctions de la vision indirecte. En effet, la pupille modifie non la direction mais la quantité des rayons lumineux qui pénètrent dans l'œil. Ainsi, en supposant sphérique le globe oculaire et la pupille dilatée au maximum, toutes les parties de la rétine reçoivent, de la même source lumineuse, à peu près la même quantité de lumière, abstraction faite de la partie réfléchie de la cornée. Au contraire, plus la pupille se rétrécit, plus est grande la différence entre la quantité de lumière qui pénètre dans l'œil suivant l'axe principal et celle qui y entre obliquement.
M. Charpentier, en instillant une goutte d'une solution. d'ésérine dans son œil, et en examinant le champ visuel après le rétrécissement de la pupille produit par cet agent, a trouvé que le champ visuel avait diminué d'étendue pour chaque couleur, surtout pour le bleu, un peu moins pour le vert, faiblement pour le rouge. La sensibilité centrale, il est vrai, s'était elle-même affaiblie à cause de la suppression d'un certain nombre de rayons lumineux passant par la pupille, mais cet affaiblissement était beaucoup moindre que pour la périphérie. D'autre part, pendant une forte dilatation pupillaire produite par l'atropine, le champ visuel des couleurs s'élargissait de 2 à 8 degrés (2).
4° L'accommodation. — Le champ visuel s'étend dans l'accommodation (Liebreich), sans doute parce que dans ce cas le pouvoir réfringent du cristallin augmente et que la pupille se rapproche de la cornée. C'est sans doute
(1) Donders, Arch. /. Ophtii., t. XXIll, 2, 230-270.
(2) Charpentier, De la vision avec les différentes parties delà rétine. Thèse de Paris, 1877.
PÉRIOPTOMÉTRIE.
pour cette raison que le champ visuel ne se rétrécit pas sous l'influence de l'ésérine. J'ai examiné l'étendue du champ visuel de mon œil gauche sous une action de l'ésérine telle que la pupille ne représentait plus qu'une ouverture d'environ 1 millimètre de diamètre. Malgré cela, le champ visuel de cet œil n'était nullement réduit en comparaison de son étendue normale. La cause en est probablement à l'action énergique qu'exerce l'ésérine sur l'accommodalion. Elle avait en effet produit dans cet œil une accommodation de 8,5 D, tandis qu'à mon âge la somme d'accommodation dont l'œil est susceptible ne devait être que de 7 D, suivant le schéma de Donders.
5° La forme du globe oculaire. — Sur un globe oculaire très-allongé, les parties périphériques de la rétine sont plus éloignées du plan pupillaire que sur un globe oculaire raccourci dans le sens antéro-postérieur et fortement recourbé dans le sens équatorial. De sorte que les rayons lumineux les plus périphériques tombent, dans le premier cas, sur une partie insensible de la rétine, tandis que dans le second ils rencontrent une partie encore sensible de la rétine. Cette disposition pourrait contribuer à rendre le champ visuel des myopes axiles moins étendu que celui des hypermétropes.
En effet, MM. Uschakoff et Reich (1) ont constaté que le champ visuel est en général plus étendu chez les hypermétropes que chez les myopes. M. Mauthner (2), qui a répété ces expériences, ne trouve cette différence d'étendue pas assez fréquemment pour pouvoir en faire' une règle.
Les résultats des expériences de M. Uschakoff sont les suivants :
Étendue maximum du diamètre. . .
horizontal :
Emmétropie
= 142", minimum
vertical
horizontal
Myopie
vertical
liorizontal
: Hypermétropie
vertical
M. Reich trouve, dans 220 observations, des excursions plus considérables entre le maximum et le minimum d'étendue. Les moyennes sont à peu près les mêmes que celles de M. Uschakofï'.
6° U étendue de la partie sensible de la rétine. — MM. Uschakoff et Donders ont constaté que la rétine s'étend en avant sur le côté interne de l'œil plus loin que sur le côté externe, et, de plus, il résulte des expériences de Donders que la zone périphérique de la partie externe de la rétine est insensible. Le champ visuel ne peut donc pas s'étendre en dedans aussi loin qu'en dehors (3).
M. V. Hippel (4) a constaté ([ue sous l'influence de la strychnine donnée
(1) Uschakoff m Archives de Reichert et Dubois-Reymond, 1870, t. IV.— Reich, Détermination des limites du champ visuel ainsi que des rapports dynamiques des muscles droits internes et externes dans des ijeux de réfraction différente. Thèse de Saint-Pétersbourg, 1871.
(2) Mauthner, Die optischen Fehler des Auges., 1876, p. 511.
(3) Uschakoff, l. c. — Donders, Comptes rendus de V Académie des sciences d'Amsterdam, séance du 27 août 1877.
(4) Berliner Klin. Wochenschrift, n" 17, 1873.
SNKLLEN ET LANDOLT. —
CHAMP VISUEL
en injection sous-cutanée, l'étendue du champ visuel augmente de même que la sensibilité pour le bleu et l'acuité visuelle, tandis que ce médicament ne changerait pas la sensation lumineuse.