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APPRÉCIATION DES FONCTIONS DE LA VISION INDIRECTE

De même que le centre de la rétine, les parties excentriques de cette membrane présentent trois espèces de fonctions différentes : l*" La sensation lumineuse; 2° La sensibilité aux couleurs ; 3° L'appréciation des formes.

Les fonctions des parties excentriques de la rétine sont loin d'être aussi connues que celles du centre; et, bien qu'on ait fait à ce sujet un assez grand nombre d'expériences, les idées qu'on se fait habituellement sur les fonctions de la vision indirecte sont encore vagues, attendu qu'il manque à la plupart de ces expériences un point de départ commun. Il faut, en effet, dans toutes les recherches relatives aux fonctions rétiniennes : 1° prendre comme point de départ les fonctions du centre de la rétine et comparer les résultats des recherches delà vision mdirecte à ceux qu'on a obtenus dans les mêmes conditions pour la vision directe ; 2° comparer entre elles les différentes fonctions.

I. Appréciation de la sensation lumineuse des parties excentriques de la rétine.— La sensation lumineuse a été la moins étudiée de toutes les fonctions de la vision indirecte. Mile (1) est un des premiers qui se soient occupés de cette question. Il faisait observer que les parties périphériques de la rétine devaient recevoir moins de lumière que les parties centrales, à cause de la position oblique de la pupille, relativement à la lumière incidente. Il croyait avoir constaté que les objets apparaissaient plus foncés dans la vision indi-

(1) Po(jgendorfs Annalen, t. XLII, p. 239, 1837.

PÉRIOPTOMÉTRIE.

recte que dans la vision directe, assertion qui a été réfutée par Fœrster (1) et surtout par M. Aubert (2).

Plus tard, Arago (3) remarqua que des objets peuvent être distingués plus facilement par une partie de la rétine voisine de la fosse centrale que par la fosse centrale elle-même.

Ensuite d'Arrest cherchait à donner des indications plus précises sur la sensation lumineuse aux parties excentriques de la rétine. Jl constata qu'à une distance de 11 à 13 degrés du centre, des étoiles peu lumineuses cessaient d'être perçues (4).

Des expériences plus récentes faites à ce sujet sont dues à Aubert (5), cet investigateur infatigable et consciencieux de la physiologie rétinienne. Il a fait à ce sujet deux séries d'expériences :

Dans la première, il faisait passer un courant électrique à travers un fil de platine, et il examinait successivement avec le centre et avec une parlie excentrique de la rétine ce fil devenu incandescent. En comparant les sensations ainsi produites, il trouvait le fil également éclairé, soit pour la vision directe, soit pour la vision indirecte.

Dans des expériences ultérieures, M. Aubert prenait comme objet lumineux cinq carrés de papier blanc de 20 millimètres de côté, placés sur un fond noir et éclairés de face par une fenêtre. Ces cinq carrés étaient disposés en croix, de manière que l'observateur étant placé à une distance de 1 mètre, les quatre carrés extrêmes formassent pour l'œil observé un angle de 20 degrés avec le carré central. Aubert regardait alternativement l'un ou l'autre de ces quatre carrés, et, dans la vision indirecte, les carrés lui apparaissaient un peu plus foncés que dans la vision centrale. Cela tenait pour lui à plusieurs causes ; d'abord, les objets sont vus moins distinctement à la périphérie, et ils apparaissent à cause de cela plus obscurs ; puis ils offrent dans la vision indirecte une nuance gris bleuâtre qui trompe sur leur intensité lumineuse ; d'autre part, comme Purkinje l'avait déjà fait observer, les parties périphériques delà rétine se fatiguent très- vite, ce qui fait que l'objet s'obscurcit par l'immobilité de l'œil. En pesant bien la valeur de toutes ces causes, Aubert concluait que le sens de la lumière paraissait être le même dans toute la rétine.

Nous nous sommes attaché à comparer, aans différentes parties du champ visuel, le minimum de lumière nécessaire pour produire une impression sur la rétine. Pour cela il fallait pouvoir augmenter ou diminuer à volonté une lumière donnée. Nous nous sommes servi dans ce but du photoptomètre de

(1) Ueber Haemeralopie u. die Beschreibung eines Photometers, p. 32.

(2) MolescholVs Untersuchungen, t. lY, p. 222.

(3) Astronomie, t. I, p. 189.

(4) Comparez : Ruete. Explicatio facti, quod minimœ paulum lucenfes stellce tantum peripheria retinœ cerni possunt. Programma. Lipsiœ, 1859.

(5) Physiologie der Netzhaut, p. 89-96; et Optique physiologique, in Graefe u. Saemisch, Handbuch der gesammfen Augenheilkunde, t. II, 2, chap. IX, p. 495.

M. Charpentier (1), alors notre chef de clinique, qui nous assistait dans nos recherches.

Nous nous placions dans une chambre complètement obscure, et l'appareil était adapté par son extrémité antérieure à une ouverture pratiquée dans le volet de la fenêtre. L'autre extrémité, dirigée vers l'observateur, présentait à celui-ci un carré de 3 centimètres de côté dont on pouvait faire varier à volonté l'éclairage, en recouvrant une partie plus ou moins grande de la lentille de l'appareil. Il s'agissait donc de déterminer le minimum d'intensité lumineuse qu'il fallait donner au carré pour qu'il fît sur l'œil une impression lumineuse.

Pour obtenir des valeurs appréciables, nous opérions avec un éclairage diminué par sept verres dépolis et deux feuilles de papier blanc placés devant l'ouverture de l'appareil, de sorte que la lumière du jour arrivait à la lentille très-fortement atténuée. Malgré cela nous constations, dans une première série d'expériences, qu'une étendue de 1 millimètre carré sur la surface de la lentille éclairait suffisamment la surface carrée pour produire une impression lumineuse sur la rétine, dans la vision centrale. Dans une seconde série d'expériences, il suffisait d'un demi-millimètre carré.

En fixant du regard successivement des points écartés de 15, 30, 60 et 70 degrés en dedans et de 15, 30 et 45 degrés en dehors de l'objet lumineux, nous examinions, suivant le même principe, des parties de la rétine situées à des distances correspondantes en dedans et en dehors de la fosse centrale. Or, nos expériences, aussi bien que celles de nos élèves, MM. Charpentier et Van Duyse, ont démontré qu'il faut pour les divers points de la rétine la même quantité de lumière minimum pour produire une impression lumineuse. Tl s'ensuit que, comme le suppose M. Aubert, la sensibilité lumineuse est sensiblement la même pour les différentes parties de la rétine.

Il n'y a que les extrêmes limites du champ visuel qui deviennent beaucoup moins sensibles à l'impression lumineuse. Au contraire, les parties les plus voisines de la fosse centrale, comprises encore dans la macula, sont plus sensibles à la lumière que la fosse centrale elle-même. En effet, lorsqu'au lieu de fixer l'objet même, nous regardions à côté de celui-ci, il paraissait parfois lumineux, lors même qu'il ne faisait plus d'impression lumineuse dans la vision directe. C'est ce fail qui, comme nous l'avons dit, a déjà été signalé par Arago, et qui a fait dire à cet éminent savant que, pour apercevoir un objet très-peu lumineux, il ne faut pas le regarder (2).

II. Exploration de la perception des couleurs des parties excentriques de la rétine. — Les expériences pratiquées jusqu'à ce jour au point de vue de la perception des couleurs des parties excentriques de la rétine ont été plutôt quart) Voyez cet ouvrage, p. 531 et 570, et Charpentier : De la vision avec les différentes parties de la rétine. Thèse de Paris, 1877. (2) Arago, Astronomie, t. 1, p. 180.

PÉRIOPTOMÉTRIE.

litativesque quantitatives, c'est-à-dire qu'on s'est limité à constater si une couleur donnée était perçue ou non dans la vision indirecte et jusqu'à quel point du champ visuel elle était perçue. Mais on négligeait la détermination quantitative du degré d'excitation nécessaire pour produire une impression colorée sur les différentes parties de la rétine. Cette détermination doit fournir le point de comparaison entre la perception chromatique du centre et celle du reste de la rétine.

Les expériences relatives à la perception des couleurs aux régions excentriques de la rétine ont prouvé que l'impression produite par une couleur dépend, sur toute l'étendue delà rétine, des mêmes conditions que nous avons énumérées (p. 541 et suiv.) pour la perception des couleurs dans la vision directe, c'est-à-dire de Vadaptation de l'œil, — de la saturation, — de l'mtensité — et de F étendue de la couleur, — de r éclairage, — du fond — et de Fétat de repos ou de mouvement de l'objet coloré. Enfin il y a encore un moment qui joue un rôle puissant dans la perception des couleurs et dont il faut surtout tenir compte dans les explorations de la vision indirecte, c'est Yexercice. La faculté de distinguer les couleurs se développe en effet considérablement chez l'observateur, lorsqu'il répète fréquemment les expériences.

L'expérience la plus simple prouve déjà que les couleurs sont beaucoup moins vivement perçues dans la vision indirecte que dans la vision directe, et, de plus, que certaines couleurs sont distinguées plus facilement que d'autres. On a essayé de déterminer les limites de la perception des couleurs dans le champ visuel à l'aide du périmètre. Pour cela, on introduit dans le curseur du périmètre un papier coloré et, pendant que l'œil examiné fixe le point zéro, on appfoche cet objet lentement de la périphérie vers le sommet de l'arc. On trouve ainsi aisément le degré du champ visuel où la couleur de l'objet sur lequel on expérimente apparaît dans son ton.

Ces expériences ont prouvé que des couleurs d'une intensité et d'une étendue données sont distinguées plus ou moins loin du point de fixation. Voici, disposés en tableau synoptique, les résultats que plusieurs auteurs ont obtenus à l'aide de papiers colorés :

DE WECKFR ET LANDOl.T.

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