PASSAGE A LA LUMIÈRE COLORÉE
VIOLET
ROUGE
VERT
Au centre (vision directe).
Landolt.
moins de 1™™
^mm
Charpentier.
2mm
|ram
Tofano, peintre.
5mm'
^mra
A 15° en dehors de la fosse
Landolt.
|9mm^3
[centrale.
Charpentier.
A 30° en dehors de la fosse
Landolt.
35 mm
2 [mm
[centrale.
Tofano.
35mm
A 30" en dedans de la fosse
Landolt.
[centrale.
Charpentier.
^mm
Tofano.
21 mm
A 60° en dedans de la fosse
1 1 mnj
[centrale.
A 90° en dedans de la fosse
Landolt.
31 mm
35mm
[centrale.
Les chiffres donnés sont les moyennes de plusieurs expériences.
Les couleurs spectrales n'étaient pas très-vives, c'est pourquoi elles ne sont pas toutes distinguées jusqu'aux limites du champ visuel.
Pendant ces expériences, nous avons fait plusieurs observations intéressantes : chaque couleur spectrale, avant d'être perçue par la partie de la rétine en expérience, apparaissait d'abord comme une faible teinte grisbleuâtre, puis, lorsque l'intensité de la couleur augmentait, le ton bleuâtre se perdait, et l'observateur avait alors l'impression d'une lumière généralement incolore, assez vive, quelquefois légèrement jaunâtre. Ensuite venait une phase, où l'œil avait l'impression d'une couleur vague, sans pouvoir la définir. Enfin, le ton propre de la couleur se montrait. C'est-à-dire que, une impression chromatique produite à la périphérie de la rétine passe toujours par les trois phases suivantes :
Impression lumineuse simple.
Impression chromatique indéterminée. ' Distinction de la couleur vraie.
PÉRIOPTOMÉTRIE.
Quant à la première de ces phases, voici les faits importants que nous avons pu constater à son sujet :
D'abord, toutes les couleurs pigmentaires sont reconnues comme objets lumineux, dans le champ visuel, aux mêmes limites que des objets gris de même étendue. De plus, nous avons constaté dans plusieurs expériences, faites sur M. Charpentier et sur nous même, que la quantité d'une lumière chromatique (couleurs spectrales) nécessaire pour produire une impression purement lumineuse était la même dans la vision indirecte que dans la vision directe. Il faut pour cela un peu plus de violet que de vert, et encore plus de rouge. Une lumière quelconque, simple ou composée, chromatique ou blanche, produit d'abord sur la rétine une impression lumineuse simple, partout la même, l'impression chromatique ne vient qu'après et n'est jamais identique (1).
Nos expériences confirment l'existence de variations individuelles assez grandes dans la perception des couleurs.
On peut se servir avec avantage, pour ces recherches, du disque de Masson, en employant la méthode des intensités minima que nous avons indiquée plus haut (p. 569 et Ann. rf'octd., janvier 1874).
On mélange ainsi la couleur avec une quantité plus ou moins grande de noir et on détermine, pour différentes parties de la rétine, la quantité de couleur qu'il faut ajouter au noir pour que la couleur soit distinguée. Pour obtenir le noir absolu nous avons introduit la modification suivante à l'appareil de Masson (fig. 141). Le ressort qui met en mouvement l'axe de l'appareil se
FiG. lii.
trouve enfermé au fond d'une boîte assez profonde, entièrement tapissée de velours et fermée du côté antérieur par un diaphragme laissant libre une ouverture circulaire de 10 centimètres de diamètre. L'extrémité antérieure de l'axe de l'appareil se trouve juste au centre de cette ouverture. A cette extrémité on fixe non des disques, mais seulement des secteurs colorés qui,
(1) Comparez Charpentier, De la vision avec les diverses parties de la rétine, p. 49, thèse de Paris, 1877; et Landolt et Charpentier, Des sensations de lumière et de couleur dans la vision directe et dans la vision indirecte {Comptes rendus de V Académie des sciences (/e Paris tlu 18 février 1878).
mis en mouvement de relation rapide, tournent sur la face interne de la paroi antérieure de la boîte.
Pour obtenir en une seule expérience, tous les degrés de mélange nous montons sur l'appareil une bande colorée comme l'indique la figure. Alors nous obtenons autour du centre la couleur pure, à la périphérie le noir pur et entre les deux toutes les nuances intermédiaires. Pour isoler une partie quelconque de ces différents degrés de saturation de la couleur, nous couvrons l'ouverture de l'appareil d'un diaphragme qui porte des trous de plus en plus excentriques et qu'on peut découvrir successivement l'une après l'autre.
Pendant que nous imprimons ces lignes, M. Chodin communique les résultats que lui ont donnés des expériences analogues qu'il a exécutées à notre clinique (1).
M. Chodin a cherché, à l'aide du disque de Maxwell, combien il fallait ajouter de couleur au blanc et au noir, pour qu'elle puisse être distinguée par différentes parties de la rétine. Ces mélanges furent faits sur fond blanc et sur fond noir, mais pas avec le noir absolu.
L'auteur trouve que la sensibilité pour la couleur est la plus grande pour un mélange avec du noir sur fond noir, moins grande pour le mélange avec du blanc sur fond blanc. La sensibilité à la couleur est beaucoup plus faible, lorsqu'il existe une grande différence de clarté entre le fond et la couleur du mélange, c'csl-à-dire lorsqu'on mélange la couleur avec du blanc sur fond noir, ou avec du noir sur fond blanc. La sensibilité au centre de la rétine est, suivant l'auteur, la plus grande pour l'orangé, pour le jaune et pour le rouge, la plus faible pour le bleu et pour le violet.
La perception des couleurs semble diminuer plus rapidement sur la moitié externe de la rétine (moitié interne du champ visuel) que sur la moitié interne (moitié externe du champ visuel).
La perception du bleu est celle qui diminue le moins aux parties excentriques de la rétine. Après le bleu vient le jaune et le violet, ensuite l'orangé, puis le rouge enfin le vert. La sensibilité est la plus faible pour toutes les couleurs à la périphérie de la rétine; après cette partie la moins sensible est pour le rouge et le vert située aux environs de la macula tandis que cet endroit présente au contraire le minimum de diminution de la sensibilité. L'orangé tient le milieu entre les deux couleurs; la sensibilité pour l'orangé diminue proportionnellement du centre vers la périphérie du champ visuel.
Les expériences de M. Chodin confirment les nôtres en ce sens qu'elles démontrent la diminution rapide de la perception des couleurs du centre vers la périphérie de la rétine.
L'exploration de la perception des couleurs aux ditîérentes parties de la rétine est de la plus haute importance pour le diagnostic et le pronostic d'un grand nombre d'affections du nerf optique et d'amblyopies de nature encore obscure. Malheureusement les méthodes exactes qui servent à établir les rapports qui existent entre la perception des couleurs aux différentes parties de la rétine n'ont pas encore été utilisées dans la pratique. On s'est limité à déterminer l'étendue du champ visuel pour des couleurs de faible intensité. Malgré l'insuffisance de cette méthode, elle a déjà contribué puissamment à l'étude de certaines maladies oculaires et générales, notamment à préciser le diagnostic et le pronostic. (Voyez plus loin les chapitres sur les Affections du nerf optique et les Amblyopies.)
Pour la détermination des limites du champ visuel pour les différentes couleurs, on se sert de préférence des papiers colorés que nous avons recom-
(1) Chodin, Ueber die EmpfinclHchkeit fur Farben in der Peripherie der Netzhaut (Arch. f. Ophth., XXIII, 3, p. 177-208).
Pig,138. PL.JI
PÉRIOPTOMÉTRIE.
mandés (p. 559) et auxquels on donne une étendue de 2 centimètres de côté. Ces papiers sont introduits dans le porte-objet du périmètre et on les fait mouvoir sur le fond noir de l'arc du périmètre, qu'on expose à une lumière autant que possible uniforme. Nous recommandons de placer le périmètre entre les deux fenêtres du même mur, de sorte que les deux moitiés de l'hémisphère décrit par la rotation de l'arc soient également éclairées. Dans ces conditions, on peut admettre comme minimum l'étendue des champs visuels pour les trois couleurs, bleu, rouge et vert, qu'indique le schéma (fig. 139).
Ce schéma ne représente pas la moyenne des résultats des auteurs que nous avons énumérés (p. 626 et 627). Ces auteurs, en effet, ont opéré dans des conditions qui sont différentes et qui ne peuvent pas toujours être directement comparées. Notre schéma représente les champs visuels minima, tels qu'ils résultent de mes propres expériences pratiques, exécutées à l'aide des papiers colorés indiqués qui sont à la portée de tout le monde, à l'éclairage du jour et à une distance de 32 centimètres de rayon de mon périmètre.
Comme on le voit, je donne le champ visuel du blanc et ceux de trois couleurs seulement. Dans la grande majorité des cas il suffit de déterminer ces quatre champs visuels. J'ai constaté, en effet, que lorsque le bleu est distingué, le jaune l'est aussi et que ses limites sont toujours très-voisines de celles du bleu. L'orangé est toujours distingué quand le rouge est distingué et il tient alors la limite entre le jaune et le rouge. Quant au violet, nous avons déjà expliqué pourquoi cette couleur n'est pas très-apte aux recherches pathologiques.
Il est bon de faire glisser les objets colorés toujours de la périphérie vers le sommet du périmètre et non pas en sens inverse, attendu que l'œil qui a déjà vu la couleur se rend difficilement compte du moment précis où celle-ci cesse d'être perçue dans son vrai ton.
De plus, pour éviter les confusions, nous conseillons de prendre comme limites du champ visuel d'une couJeur les points où la personne examinée donne à la couleur son vrai nom, et non pas le point où elle commence à faire une impression colorée.
Enfin, il ne faut pas oublier que l'œil observé se fatigue très-vite par les expériences périoptométriques, notamment par l'exploration de la perception des couleurs. C'est pourquoi on fait bien de laisser reposer l'œil après l'examen de chaque couleur.