INFLUENCE DES COURANTS ÉLECTRIQUES SUR LA NUTRITION GÉNÉRALE
Nous avons déjà vu l'influence des courants électriques sur les phénomènes d’endosmose et d’exosmose ; il est incontestable qu’en traversant les corps vivants, les courants électriques doivent agir de la même façon sur ces phénomènes, c’est-à-dire les augmenter. La nutrition est constituée par un mouvement continu d'échange moléculaire, qui se fait par endosmose et exosmose, et par conséquent en augmentant ces phénomènes, on active la nutrition.
Pour apprécier l’activité plus ou moins grande de la nutrition, le meilleur moyen est de rechercher les variations qui surviennent dans l'élimination de l’urée. Quelques physiologistes soutiennent, 11 est vrai, que l’urée n’est pas formée directement dans les tissus, et qu’elle ne se forme que dans les reins. Sans entrer dans les détails de cette question, nous ferons seulement remarquer que l’urée est un produit d’oxydation des substances azotées, et que lors même qu'elle n’existerait pas toute formée daus le sang, les substances qui lui donnent naissance doivent être dans le sang avant son entrée dans le tissu rénal. Les reins peuvent
peut-être déterminer la formation de l'urée, mais en agissant isomériquement pour ainsi dire, car nous croyons qu'il serait absurde de soutenir que les oxydations des substances azotées ne se font que dans les reins. Quelle que soit la théorie qu’on adopte, on peut donc toujours juger de l’activité de la nutrition des tissus par la plus ou moins grande quantité d’urée qui est éliminée.
Nous avons expérimenté principalement sur les lapins, à cause de la facilité du cathétérisme de ces animaux ; dans quelques cas, c'est sur nous-mêmes que les observations ont été prises, mais alors les résultats sont moins frappants, a cause des ménagements employés quant à la durée et à l'intensité de l’électrisation.
Sur les lapins nous avons fait nos recherches de plusieurs façons, en variant l'excitation électrique et le mode d’examen de l'urine. Généralement l’électrisation durait une demi-heure, l’un des rhéophores était placé sur une patte postérieure et l’autre dans la région lombaire. Pour l’analyse de l’urée, nous avons suivi le procédé de M. Lecomte, qui consiste à doser l'azote de l’urée, traitée par les hypochlorites alcalins. Dans le résumé des observations, nous donnons la quantité d'azote obtenue (37 centimètres cubes d’azote correspondent à un décigramme d’urée).
Nous avons d'abord analysé l'urine avant et après l’électrisation, sans tenir compte de la quantité totale d'urine et du temps pendant lequel elle était sécrétée. On constatait ainsi que l'urine examinée après l'emploi des courants interrompus contenait beaucoup moins d'azote qu'avant l’électrisation; apres les courants continus centrifuges nous trouvions également moins d'azote ; mais nous en trouvions beaucoup plus après les courants centripètes. Voici quel-
ques chiffres qui représentent l’azote retiré de 10 grammes d'urine :