PT
D'après ces chiffres, on reconnait : 4° que les courants interrompus diminuent la quantité d'urine aimsi que la quantité d'azote; mais quelque temps après l'application des courants, ces quantités deviennent en général plus considérables ; 2° que les courants continus centrifuges font habituellement baisser le chiffre de l’urée, et monter celui de l'urine ; 3° que les courants continus centripètes exagérent la production de l’urée sans accroître notablement la sécrétion de l'urine qui est même quelquefois diminuée. Telles sont les conclusions générales que nous pouvons tirer de plus de 250 analyses d’urines.
En électrisant nos animaux, avons-nous simplement modifié la sécrétion rénale en influençant la circulation ? On sait, en effet, que les courants interrompus diminuent la cireulation, et par conséquent les sécrétions, et nous avons démontré que le courant descendant augmentait le cours du sang, qui était au contraire ralenti par le courant ascendant. Cetle interprétation pourrait être vraie en ce qui regarde la quantité d'urine, mais elle n'expliquerait pas
la diminution d’urée par les courants interrompus et son
augmentation par les courants continus ascendants.
Nous sommes disposés à croire que les courants interrompus affaiblissent momentanément les phénomènes de nutrition générale, et que les courants continus, en facilitant l’endosmose et la dialyse, accroissent les échanges qui se font dans les tissus; en outre, le courant centripète, en agissant sur le système nerveux central, détermine une réaction plus forte, une sorte d'état fébrile artificiel qui nous explique ces effets.
— Pour étudier sous un autre rapport l'influence des courants continus sur la nutrition générale, nous avons électrisé tous les jours de jeunes chiens, nés au laboratoire et élevés tous par la mère.
Nous en primes d'abord trois au hasard, et nous les pesâmes deux jours après leur naissance (1° mars 1869).
N0 4 pesait... 369 grammes.
N° 2 es 0000, 36/1 Tr) NUS ‘… JO2 0
Nous électrisämes le n° 4 et le n° 2 tous les Jours pendant un quart d'heure, en plongeant une des pattes de devant et une de derrière dans de l’eau tiède où se trouvaient les électrodes. Le n° 1 était électrisé avec un courant descendant, et le n° 2 avec un courant ascendant.
Le 22 mars, une nouvelle pesée nous donnait :
N° 4 (descendant) pesait..... 1k,1568r.
N°, 2 fascendant) — ..,.. 41,494
Le 41 mars :
1 Eu à (descendant) pesdit...,.,. 1k,8808r;
N° 2 (ascendant) — ..... 16,900.
N° 3 (non encore électrisé)... 1*,860
Nous laissâmes alors le n° 1 sans l’électriser, et, en sa place, nous électrisàmes tous les jours le n° 3. Le 15 avril, nous avions les résultats suivants :
N° 1 (n’étant plus électrisé) pesait... .. 2k,6248r, No 2 (électrisé depuis le 2 mars)...... 2: 947 N° 3 (électrisé depuis le 31 mars)..... 2k*,763
. N° 4 (jamais électrisé)....... Fe VITE 9k 345
Deux autres chiens, qui n'avaient jamais été électrisés, étaient morts pendant ce temps. Nous avons présenté ces jeunes chiens à la Société de biologie, et à la simple inspection, tous les membres présents ont constaté cette différence de développement.
Ces chiffres montrent que les chiens qui ont été électrisés sont ceux qui se sont développés le plus rapidement, et ils permettraient de conclure que les courants continus agissent sur la nutrition générale d'une manière trèsefficace.
Néanmoins, nous ne le dissimulons pas, ces expériences n'ont qu'une valeur relative, car rien ne nous permet de supposer que tous ces jeunes chiens étaient issus du même père, et par conséquent on peut admettre que le hasard nous à fait choisir les chiens qui étaient de la race la plus grande. |
Cependant les chiffres ci-dessus nous montrent que dès qu'un de ces chiens (n° 1) n’est plus électrisé, il perd proportionnellement aux autres de son poids, et, d’un autre côté, tous ces jeunes chiens paraissent être de la même race.
M. Bert, ayant répété cette expérience sur de jeunes cobayes, annonçait à une séance de la Société de biologie
: Gba SE
NUTRITION GÉNÉRALE. | 725 du mois de juillet qu'il n'avait remarqué aucune différence entre les animaux électrisés et ceux qui ne l’étaient pas ; ajoutons que M. Bert rationnait les cobayes, ce qui Ôte
beaucoup d'intérêt à cette observation, car il est trop évi-
dent qu'un animal ne peut s’accroiître plus rapidement que les autres qu'à la condition de se nourrir davantage ; une activité plus grande de la nutrition entraîne le besoin d’une alimentation plus copieuse. De plus, le procédé d’électrisation était défectueux pour deux raisons; M. Bert employait des piles de Bunsen, et, d'un autre côté, il plaçait un des rhéophores dans la bouche et l’autre dans le rectum.
Rien n'est plus propre à montrer la différence d'action des courants continus ou interrompus sur les tissus vivants que l'application de ces courants sur certains éléments de l'organisme qui ne possèdent n1 nerfs, ni vaisseaux, et qui pourtant sont doués de mouvements, nous voulons parler des cils vibratiles et des spermatozoïdes.
Pour les spermatozoïdes, des expériences analogues aux nôtres ont été faites par MM. Prévost et Dumas; nous ne connaissions pas ces observations antérieures quand nous avons commencé nos recherches qui nous ont conduits à des résultats identiques.
Les cils vibratiles donnent une démonstration plus évidente encore que les spermatozoïdes ; en outre, le sens de leur mouvement étant toujours le même, on pouvait espérer qu'on trouverait une différence d'action pour les courants continus suivant le sens du courant ; en tout cas, c'était un fait intéressant à vérifier.
Voici, en quelques mots, comment nous disposons l’expérience: Sur une plaque de verre garnie de deux lames métalliques légèrement espacées, nous plaçons les épithé-
lums vibratles ou les spermatozoïdes de façon qu'ils touchent les deux minces plaques de métal ; celles-ci sont mises en communication avec les appareils électriques munis d'un commutaleur.
Les mouvements des cils vibratiles des cellules pharyngiennes de la grenouille sont notablement accélérés par le passage des courants électriques continus, quelle que soit la direction du courant ; l'observation est aussi nette que possible quand on agit sur des cils vibratiles dont les mouvements sont devenus très-lents : on les voit alors reprendre une nouvelle vigueur et s’agiter rapidement. |
Les courants d’induction, à moins d’être excessivement faibles, ralentissent, au contraire, le mouvement, puis l’arrètent complétement ; cependant, la vie des éléments anatomiques n’est pas abolie après la cessation des ondulations, à moins que le courant employé ne soit très-fort ; en effet, si l’on cesse d'électriser, ou mieux si l'on fait usage de courants continus, le mouvement revient peu à peu. L'expérience est plus difficile à exécuter avec les cellules à cils vibratiles de la trachée des mamnnifères, mais elle réussit également.
Pour les spermatozoïdes, les choses se passent à peu près de la même façon ; mais il n’y a pas autant de netteté, la différence d'action des courants continus et interrompus n'est pas aussi marquée, quoiqu’elle ne soit pas douteuse.
C'est en vain que nous avons tenté d'arrêter le mouvement vibratile des cils avec les courants continus en donnant à ceux-ci une direction opposée à celle du mouvement, c’est-à-dire en plaçant le pôle positif du côté ou les cils s’abaissent et le négatif du côté où ils se relèvent; contre notre attente, les ondulations devenaient plus rapides.
Pour expliquer ces faits, 1l est impossible de songer à une modification de la nutrition causée par l’électrisation de ces éléments séparés du reste de l'organisme ; il est impossible également d’invoquer la décomposition chimique des liquides, car l'augmentation dans la rapidité des mouvements est immédiate sous l'influence des courants continus. Il y a là simplement excitation de l’élément anatomique; cette excitation se traduit ici par des mouvements, elle se manifesterait par une production de chaleur, de lumière ou d'électricité si l'élément était apte à déterminer ces phénomènes.
— Ces expériences nous amênent à répondre à quelques critiques de M. Duchenne, qui ont été publiées récemment, et que nous ne connaissions pas encore lorsque nous avons étudié influence de l'électricité sur la circulation.
M. Duchenne (1) nous reproche d’abord d'employer des courants trop intenses, et de faire « de la toxicologie ». — « Autant vaudrait soutenir, ajoute-t-1l, que la foudre peut guérir la paralysie aussi bien que l'électricité sagement et . méthodiquement administrée. »
Or, voilà pourquoi M. Duchenne nous accuse de faire de la toxicologie et de lancer la foudre. Parce que nous soutenons que l’électrisation du sympathique avec des courants induits détermine constamment le resserrement des vaisseaux et que les courants continus amènent une dilatation vasculaire.
CL. Bernard, Brown-Séquard, Sch1if, etc., ont soutenu et soutiennent encore la contraction artérielle sous l'influence des courants, et ce fait est tellement exact, que c’est presque
(1) Examen critique des principales méthodes d’électrisation. 4870, p- 15.
un axiome physiologique. Un courant qu'on peut facilement supporter sur la langue et qui ne détermine aucune contraction ni aucune sensation lorsqu'on l’applique sur la peau humide, est certes loin de ressembler à la foudre : eh bien! avec un courant d'intensité aussi faible, on obtient toujours le resserrement des vaisseaux en électrisant le sympathique. D'ailleurs, pour juger des effets thérapeutiques de l’électricité, 1] faut expérimenter l'influence des courants électriques, avec une intensité relative à celle qu’on emploie chez l’homme, et nous croyons être toujours restés dans ces limites. Quelquefois, il est vrai, pour mieux juger de cerfaines actions et produire des résultats palpables, nous avons, comme cela arrive à tous les expérimentateurs, augmenté l'intensité des courants et exagéré les effets. Mais nous avons en même temps la précaution de le faire remarquer et de ne pas accepter toutes les conséquences de ces expériences.
IL'est certain, néanmoins, que des courants induits d’une intensité ertrémement faible, ont, sur les tissus, une influence différente de celle qu’ils ont lorsque leur intensité est moyenne. C’est ainsi qu’en employant un courant induit qui n'est plus même perçu sur la langue, obtenu par le minimum d'intensité que l'on peut donner avec les appareils ordinaires, et qui, de plus, traverse encore plusieurs centimètres d’eau, on arrive à des résultats différents. Nous verrons cette différence d'action dans l'étude des mouvements du cœur, mais encore une fois, ce sont là des faits exceptionnels, et un mode d’emplai des courants électriques qui n’a lieu que dans les laboratoires. Chez l'homme -eten pratique médicale, ces conditions d’électrisation n'existent Jamais.
Voilà les expériences ou plutôt l'expérience que M. Du-
chenne nous oppose et qui doit, à elle toute seule, démontrer : 1° Que toutes nos expériences sont erronées ; 2 qu’à doses équivalentes les courants continus et les courants d'induction ont une action identique sur le sympathique.
Un courant continu, dit-il (1), constant (d’une pile de 15 à 30 éléments au sulfate de plomb), parcourant le nerf sympathique dans une étendue de 3 à 4 millimètres au-dessous du ganglion cervical supérieur, a produit un resserremént faible mais notable des vaisseaux, et la décoloration de l'oreille du même côté, pendant toute la durée de l’expértence.
Lorsque antérieurement le nerf sympathique a été fortement excité, en d’autres termes, lorsque son excitabilité a été déjà plus ou moins épuisée, comme par le passage d’un fort courant d’induction ou par la section de ce nerf, le même courant continu, à 30 éléments et même à 45, a produit, au lieu du resserrement des vaisseaux, leur dilatation pendant toute la durée de l’expérience,
Un courant d’induction extrêmement faible (le minimum de l’extra courant de mon appareil volta-électrique, passant à travers une colonne d'eau distillée de 22 centimètres de hauteur) et localisé de la même manière dans le sympathique, pendant trois minutes, a produit un faible resserrement des vaisseaux de l'oreille, dans la première demi-minute, et leur dilatation le reste du temps.
La même expérience renouvelée sur le sympathique d’un lapin qui, une heure auparavant, avait subi pendant trois minutes le passage d’un fort courant d’induction, mais chez lequel l'oreille avait repris sa vascularisation normale, à provoqué immédiatement la dilatation des vaisseaux, au point de rendre leurs ramifications les plus fines, visibles pendant trois minutes. |
Un fort courant d'induction passant de la même manière dans le sympathique du lapin, qu’il eût été soumis ou non à des expériences antérieures, a produit, pendant tout le temps de son passage (trois minutes), un resserrement considérable des vaisseaux suivi, après la suspension de l'expérience, d’une dilatation énorme des vaisseaux, qui a persisté longtemps après l'expérience.
Ainsi, parce qu'un courant continu constant à produit
(ÉMEoc: cit; pro
dans cette expérience un resserrement faible mais notable des vaisseaux, toutes nos expériences seraient fausses ! Certes, si nous n'avions fait qu'une seule expérience, nous accepterions de confiance ce que M. Duchenne avance, mais nous avons répété nos expériences de toutes les manières, et, d’ailleurs, le fait que M. Duchenne a observé n’est nullement contraire à ce que nous avons dit et soutenu. En 1868 déjà, nous annoncions que selon la direction du courant constant continu, on obtenait la dilatation des vaisseaux ou leur resserrement. Cette différence d'action nous a paru moins facile à constater, en appliquant les électrodes directement sur le nerf sympathique (dans ces conditions il y a toujours une action électrolytique plus où moins considérable), mais elle est très-nette dans les autres conditions. Nous ne regrettons - donc qu’une seule chose, c’est que M. Duchenne ne dise point quelle direction avait son courant, car 1l est probable qu’au lieu de contredire nos recherches, son expérience aurait été une confirmation remarquable des nôtres.
M. Duchenne nous reproche encore d’avoir soutenu que la dilatation vasculaire qui se produit aussitôt après l’électrisation du grand sympathique par les courants induits, est due à une paralysie momentanée, une sorte de fatigue des fibres musculaires des artérioles. Cette explication nous . paraît la plus logique, mais comme ce n’est qu’une théorie, nous sommes prêts à toutes les concessions.
Par contre, nous sommes inflexibles sur le second point que M. Duchenne a voulu démontrer, à savoir : qu'à doses équivalentes, les courants continus et les courants d'induction ont une action identique. Dans le cas particulier de son expérience, M. Duchenne veut démontrer que la dose
électrique du minimum de l'extra-courant de son appareil volta-électrique, passant à travers une colonne d’eau distillée de 22 centimètres de hauteur, est identique à la dose électrique d’un courant continu de 15 à 30 éléments au sulfate de plomb! |
Nous voudrions bien connaître par quel procédé physique, chimique ou physiologique, on peut comparer la dose d’un appareil à courant continu et celle d’un courant volta-électrique. On peut comparer la tension, l’action chimique, la force électro-motrice, mais, même à ces différents points de vue, ilest difficile et presque impossible d’avoir des actions identiques. :
L'erreur de M. Duchenne, comme de beaucoup de médecins, est de comparer les sensations éprouvées par les deux courants. Selon eux, un courant qui produit une contraction aussi forte qu'un aulre, est un courant de même dose. Quant à l’action lente, et pour ainsi dire silencieuse, du courant continu sur les phénomènes nutritifs, etc., ils ne les
considèrent que comme des effets RE ou ils n'y songent même pas.
Dans les paralysies traumatiques, dans les paralysies du nerf facial, où l’on remarque de si grandes différences d’action entre les deux espèces de courants, où est la mesure exacte de la dose ? Ouù est-elle dans les affections des centres nerveux, etc. ? ;
On pourrait croire que cette discussion entre M. Duchenne et nous, est une affaire de préférence pour l'emploi de tel ou tel courant.
Quant à nous, une telle préférence et un tel entêtement qui nous conduiraient à critiquer les moindres faits physiologiques, nous sembleraient ridicules. D'un autre côté, nous
702 RECHERCIIES PIHYSIOLOGIQUES ET CLINIQUES.
n'avons absolument aucune raison, aucun intérêt pour louer une méthode d'électrisation aux dépens d’une autre. Mais il faut l'avouer, dans toutes ces questions, il y à une idée cachée qui est la cause du débat, mais une idée purement scientifique et qui n'a rien à démèêler avec des préférences aveugles. M. Duchenne veut à toute force qu'il existe des nerfs vaso-moteurs dilatateurs et des nerfs trophiques, et il lui faut absolument trouver des faits physiologiques qui lui permeltent de prouver que les courants induits produisent une hypérémie active en agissant sur les nerfs dilatateurs, en même temps qu'ils excitent les nerfs trophiques. Nous. avons déjà dit combien cette théorie était hypothétique, et combien il était curieux que les courants électriques, en traversant les tissus, aillent justement agir sur des nerfs et des muscles que l'anatomie n’a pas encore découverts, et qu'ils viennent exciter avec prédilection ces fameux nerfs trophiques qui n’ont encore été vus que par les yeux de limagination.
Nous avons déjà discuté ces questions physiologiques que nous pouvons résumer ainsi :
Les courants induits agissent directement sur Fe nerfs
vaso-moteurs, en déterminant le rétrécissement des artérioles ; après la cessation de l’électrisation, 1l y a une légère hypérémie et une élévation de la température.
La rubéfaclion légère de la peau aux points en contact avec les excitateurs est due à plusieurs causes, dont une des plus importantes est la vacuité complète du réseau lymphatique sous-jacent, et aussi à la congestion vasculaire qu'amène toute irritation.
Ils agissent aussi par action réflexe, par l'excitation des nerfs sensilifs.
D TN CS et an. = Éd,
Ils augmentent également la tonicité musculaire des fibres des vaisseaux. |
Ces efiets des courants induits sont à peu près les mêmes sur tous les éléments ; en général, ils déterminent un resserrement des tissus, une sorte de contracture et d’immobilité, mais, dans quelques cas, leur action est moins
énergique, et alors ils agissent comme tous les excitants ordinaires. |
Quant aux courants continus, leur influence sur la nutriton s'explique par leur action sur les mouvements moléculaires et sur les combinaisons chimiques. De plus, ils font cesser toutes les 1rritations locales et les contractures,
Leur action sur les nerfs vaso-moteurs est différente selon leur direction ; les courants centripètes déterminent un resserrement des artérioles, les courants centrifuges déterminent, au contraire, une dilatation (1).
(4) Cette dilatation des vaisseaux peut être due, soit à la plus grande quantité de sang qui arrive, grâce aux contractions autonomes, soit à la distension plus facile des vaisseaux sous l'influence des courants desceudants, car nous avons vu que le courant électrique marchant dans la direction naturelle du mouvement péristaltique amène une dilatation de l'intestin. Quelle que soit la théorie qu’on préfère dans ce cas particulier, elle n’estnullement opposée à celle de la contraction autonome des vaisseaux. Nous sommes d'autant plus persuadés de l’action péristaltique des vaisseaux, que pour expliquer les hypérémies actives, après l'hypothèse si hasardée des nerfs dilatateurs, on a admis, faute de mieux, une sorte d'action mystérieuse, une attraction du sang parles éléments anatomiques excités ou irrités. MM. Vulpian et Charcot ont une certaine tendance à admettre cette dernière hypothèse ; mais ils sont trop ennemis des idées métaphysiques, pour que ce mot d'attraction puisse les satisfaire, et d’ailleurs, ils admettront bien avec nous que, lors même que cette attraction existerait, il faut, pour que le sang arrive aux éléments en plus grande abondance, qu’il y soit amené par une action mécanique quelconque. 11 ne vient pas de lui-même par le seul fait de l'attraction ; son mouvement n’est dû qu’à l’action du cœur ou à celle des vaisseaux périphériques. Or l’action du cœur restant la même,
Cette différence d'action, selon la direction des courants continus, peut également influer sur les phénomènes pathologiques. C’est ainsi que sur des lapins sur lesquels on avait déterminé une conjonctivite aiguë, M. le docteur Cochy- Moncan a vu la sécrétion purulente tarir plus rapidement pour l'œil où l’on employait les courants centripètes (1), que poumceux où l’on employait les courants centrifuges ou sur lesquels on ne faisait agir aucun courant.
RECHERCHES CLINIQUES
Paralysies à la suite d'affections aiguës.
Il survient souvent des atrophies musculaires ou des paralysies, à la suite de maladies aiguës, de cachexies ou d'intoxications.
Les paralysies qui sont le résultat de l’intoxication saturnine sont tres-communes, et nous avons déjà indiqué que, dans ces cas, il était utile d’électriser les muscles paralysés avec les courants continus et les courants induits. De plus, comme Remak l’a découvert, l’électrisation du plexus cœlaque par les courants continus fait cesser les douleurs si intenses de la colique de plomb.
On a observé des paralysies survenant après la fiévre typhoïde, la scarlatine, la variole, la dyssenterie, la diphthérie, etc. Après la fièvre typhoïde, il reste presque tou-
il faut toujours admettre en dernière analyse une action des vaisseaux. D'un autre côté, si cette action n’est due ni à une paralysie, ni à une dilatation directe, il faut bien admettre une contraction péristaltique favorisant le mouvement du sang.
(1) Voyez la thèse de M. Cochy-Moncan, De l'influence des courants électriques sur la circulation: 1870.
PARALYSIES À LA SUITE D'AFFECTIONS AIGUES. 735 Jours, pendant quelque temps, une faiblesse générale et un affaiblissement de la force musculaire. L’altération anatomique subie par les muscles, pendant la fièvre typhoïde, explique très-bien la nature de cette faiblesse générale. On observe encore souvent des anesthésies cutanées et des lésions trophiques.
Lorsqu'il existe, avant le début de la maladie, une paralysie ou des atrophies musculaires, ces affections augmentent quelquefois. Nous avons vu une atrophie musculaire faire de grands progrès chez une personne de quarante ans attemte de variole, qui avait depuis son enfance une paralysie spinale infantile du côté de la jambe gauche et qui était restée parfaitement stationnaire jusqu’à cette dernière maladie.
D'un autre côté, on voit souvent des paralysies hystériques guéries complétement à la suite de fièvres éruptives, |
Le pronostic des paralysies survenant à la suite de maladies aiguës est en général favorable. Benedikt, Meyer, etc., citent des observations où les courants électriques ont trèsrapidement guéri des paralysies survenant à la suite de fièvres typhoïdes.
Benedikt a vu chez un enfant de trois ans une hémiplégie apparaître à la suite de la scarlatine. Chez un enfant de quatre ans, à la suite d’une affection présentant tous les
symptômes d’une péritonite, il survint une paralysie spmale
infantile.
Benedikt a également guéri une paralysie qui s'était produite huit jours après le début d’un érysipèle.
A la suite de la diphthérie,on observe souvent des paralysies soit des nerfs de mouvement, soit des nerfs de sensi-
ES ee Pr 0)
bilité. Nous avons traité une paralysie du voile du palais à
la suite d’une angine diphthérique qui a parfaitement guéri
par l'emploi des courants continus.
Voici enfin une observation où les symptômes morbides
sont survenus à la suite d’une variole. |
St.” employé, âgé de trente-huit ans, sans maladie antérieure, a été atteint d’une variole au commencement du mois de mai 4870. La maladie à un cours régulier, mais au bout de quinze jours, à partir du début de l'affection, il éprouve de la douleur dans lavant-bras. Cette douleur persiste depuis cette époque, elle est continue, assez violente, empêchant même le malade de dormir. Tous les mouvements de l’avantbras et des doigts s'effectuent normalement. Complétement remis de sa maladie, le malade essaie d'écrire, mais il ne peut tenir la plume, il ne peut appuyer la main, et de plus il éprouve du tremblement, Il ressent en même temps des picotements ct des fourmillements dans le petit doigt et l’annulaire et tout le long du côté interne de l’avant-bras. Il y à en même temps un peu de gonflement, mais très-léger, dans la main, entre le petit doigt et l’annulaire.
On emploie inutilement des bains sulfureux, des frictions sèches, des lotions ammoniacales.
Au bout de huit séances, pendant lesquelles nous électrisons la partie supérieure de la moelle et le grand sympathique, il fut complétement guéri.
Dans toutes ces affections qui succèdent à des fièvres éruptives ou à d’autres maladies aiguës, qui accompagnent les cachexies, il faut surtout électriser la moelle et le grand sympathique avec des courants continus. Selon les conditions et surtout lorsqu'on n’a pas à redonter l’exatationproduite par les courants ascendants, 1l est préférable d'employer ces derniers.
D'après les faits que nous avons observés, et d’après les expériences physiologiques, nous croyons de plus que dans lesanémies rebelles, et dans bien des cachexies, les courants
PARALYSIES À LA SUITE D AFFECTIONS AIGUES. 737 continus pourraient être employés avec avantage. Ils impriment à la nutrition générale une impulsion qui manque dans tous ces cas, ils raniment les fonctions, provoquent les mouvements d'échange entre les éléments, et par conséquent réveillent l’organisme et aident à le fortifier.
Il faut de plus remarquer que l'influence de l'électricité sur les corps organiques se prolonge un temps plus ou moins long après son action directe ; car ce n'est pas l’électricité qui guérit, mais les modifications qu'elle détermine dans les tissus, modifications qui se prolongent et qui agissent les unes sur les autres. Les corps vivants ont en euxmêmes leur activité ; ils sont à la fois cause et effet, el toute augmentation dans une de leurs manifestations entraîne pendant longtemps une augmentation dans toutes les autres. À l’état normal, l'être vivant tient à sa disposition tous les produits nécessaires pour son fonctionnement : l'électricité à courant continu vient activer les phénomènes physiques et chimiques nécessaires à ce fonctionnement ; elle agit comme ce qu’on à appelé en mécanique les forces de dégagement. C’est l’étincelle qui allume la poudre, le frottement qui dégage toutes les affinités qui préexistent dans le phosphore et dans le soufre. De plus, un élément anatomique, et surtout une cellule nerveuse une fois excitée, deviennent eux-mêmes un centre d'activité. Leur fonction a été sollicitée par l'augmentation de nutrition, et à leur tour leur fonctionnement va augmenter les phénomènes principaux de la nutrition. Hiffelsheim avait commis cette erreur de croire que les courants continus n’agissaient que pendant le temps de leur application. Ce qui est vrai pour les corps inorganiques ne l’est point toujours pour les
corps vivants. D'ailleurs, même pour les corps inorgani- ONIMUS ET LEGROS. A7
ques, 1l existe plusieurs cas où l'action de l'électricité se prolonge longtemps après son application.
| Influence de l'électricité sur les affections shumatismales.
Rhumatisme musculaire. — Le rhumatisme musculaire peut être vague, c’est-a-dire que les douleurs paraissent tantôt dans un muscle tantôt dans un autre, ou fixe, c’està-dire qu'il se localise dans certains muscles. C’est surtout cette dernière forme et principalement le rhumatisme du delioïde, le torticolis et le lumbago qu'on est appelé à traiter par l'électricité.
Les douleurs dans ces différents cas ont plusieurs degrés, et selon leur intensité peuvent occasionner des complications du côté des articulations voisines. C’est ainsi qu'avec une douleur médiocre, dans le rhumatisme du deltoïde, les mouvements d'élévation des bras sont encore possibles, tandis qu'ils sont impossibles lorsque la douleur est trèsvive et qu’elle augmente encore par les contractions.
Lorsque la douleur existe à un haut degré à l’état spontané et continu, les muscles voisins restent contractés d'une manière permanente afin d'immobilser l'articulation et d'empêcher toute action du muscle malade. Comme le faisait remarquer Beau, le muscle douloureux est le point exeitateur qui, allant se réfléchir sur les centres nerveux les plus voisins, fait contracter, en dehors de toute participation de la volonté, les muscles capables de mettre le muscle malade à l'abri de tout tirallement douloureux. C'est ainsi que, dans l'inflammation du muscle psoas, le genou du patient est élevé par les divers fléchisseurs de la cuisse. Dans le torticolis, la contraction du sterno-mastoïdien