‹ Traité d'électricité médicale [electronic resource]Chapitre 140 sur 173 · AFFECTIONS RHUMATISMALES · texte numérisé non relu

AFFECTIONS RHUMATISMALES

est un acte réflexe ayant pour but d’immobiliser le trapèze douloureux.

En général, le refroidissement est presque toujours la cause de ces douleurs musculaires, et quelle que soit la nature de la maladie, contraction musculaire, resserrement des vaisseaux, ou névralgie des filets terminaux des nerfs, il est incontestable que tous les agents thérapeutiques qui facilitent la circulation ont une action efficace dans le traitement de ces maladies. Les frictions, les sinapismes, la chaleur, etc., tous les moyens qui rougissent la peau et facilitent les circulations locales, donnent souvent de bons résultats. Un des rubéfiants les plus efficaces est, sans contredit, l'application des courants induits, et c'est par cette action qu'ils peuvent quelquefois amener du soulagement. Il doit être inutile d'ajouter que, dans ces cas, ils: doivent surtout être appliqués au moyen du pinceau électrique, et être localisés dans la région cutanée. Ce procédé néanmoins est très-douloureux, et de plusil est rare que quelque temps après l'électrisation, les douleurs ne reviennent, après avoir disparu un instant. |

Les courants continus ont sur tous les autres médications cet avantage précieux d'agir énergiquement sur la circulation locale, et, de plus, d'influencer les nerfs sensitifs et, par suite, les actions réflexes, qui produisent les contractures des muscles. La guérison est quelquefois instantanée ; et, si nous ne trouvions des faits analogues dans d’autres auteurs, nous n’oserions pas, de peur qu'on ne nous accuse d’exagération, annoncer que nous avons vu disparaître en une seule séance de dix à quinze minutes, des douleurs très-vives et datant de quelques jours, et la guérison se maintenir à partir de ce moment.

« Pour ce qui concerne l'emploi du courant constant dans les rhumatismes musculaires, dit Niemeyer, je suis en état de confirmer les brillants résultats rapportés par Erb. »

Dans tous ces cas, 1} faut appliquer le pôle posilf sur la moelle un peu au-dessus de lorigine des nerfs qui se rendent aux muscles douloureux, et promener d’abord le pôle négatif sur ces muscles. Dans la seconde partie de la séance, nous électrisons, sans déplacement des pôles, uniquement les nerfs de ces régions. C’est ainsi que dans le rhumatisme du deltoïde, le pôle positif étant placé sur les vertébres cervicales, le pôle négatif est maintenu sur le plexus brachial, surlout lorsqu'il existe, en même temps, des contractions réflexes des muscles de l’aisselle.

Rhumatisme articulaire. — Remak a beaucoup insisté sur l'emploi des courants continus dans le rhumatisme articulaire chronique. C’est surtout à cette influence salutaire des courants continus qu'il à donné le nom d'effets catalytiques.

Avant Remak, Hiffelsheim avait déjà appelé l'attention sur cette action des courants continus dans le traitement des gonflements articulaires. Depuis, tous les auteurs qui se sont occupés d'électrothérapie ont confirmé les mêmes faits, et nous pourrions citer sous ce rapport de nombreuses observations.

La guérison est très-rapide, lorsqu’à la suite d’un rhumatisme articulaire aigu, il reste un peu de gonflement et de gène dans les mouvements des articulations. Quelquefois, comme nous l'avons vu dans les observations suivantes, le gonflement qui avait disparu reparaît pendant la convalescence et persiste malgré les moyens thérapeutiques ordinaires. Dans ces cas les courants continus donnent presque toujours de très-bons résultats,

AFFECTIONS RHUMATISMALES. 7h

D..., vingt-cinq ans, est atteinte à la suite de refroidissement d’un rhumatisme articulaire aigu des genoux et de l'articulation scapulo-humérale des deux côtés et du poignet du bras gauche. Elle entre à l'hôpital Lariboisière. Traitement : sulfate de quinine, vésicatoires ; au bout de dix jours, elle est envoyée en convalescence au Vésinet, où le gonflement etles douleurs reparaissent, mais avec moins d'intensité, dans les genoux et dans le poignet gauche. Au bout de quelques jours, elle rentre chez elle, n'ayant plus qu’un peu de gonflement et une grande gêne de mouvements dans l’épaule et le poignet du côté gauche. Au bout de quinze jours elle vint nous trouver. Guérison en deux séances d’application des courants continus.

— Ch..., vingt-huit ans, garçon boucher, à eu, en même temps que de la fièvre et une violente angine, du gonflement et des douleurs dans le genou, dans l'articulation tibio-tarsienne et dans l’épaule du côté droit. Guérison en quelques jours, mais il lui reste dans l'articulation tibio-tarsienne du gonflement et de la douleur à la marche et à la pression. Dès la première séance d’électrisation par les courants continus, les douleurs sont moins fortes, et la guérison est complète au bout de trois séances.

Dans ces deux cas et dans d’autres analogues que nous pourrions citer, il n’y avait aucune des complications qui accompagnent d'ordinaire les arthrites chroniques ; l’affection commençait seulement à se localiser et à prendre une forme chronique, et c’est pour cela que la guérison a été si rapide. D'ailleurs, on obtient les mêmes résultats lorsqu’il y a un léger gonflement de l'articulation à la suite de foulures, de luxations, d’entorses, de compressions, etc. Dans tous ces cas, où il y a une légère hypérémie de l’articulation, les applications directes des courants continus donnent presque immédiatement un soulagement irès-considérable, d'autant plus que la gêne dans les mouvements ne tient souvent qu'à la contracture des muscles qui environnent l’articulaton malade.

Dans les cas plus anciens de gonflement articulaire, le

traitement est forcément plus long, mais il donne également de bons résultats, que le gonflement et l'aukylose soient les suites d’un rhumatisme ou d’un traumatisme. |

Effets anti-arthritiques. — Remak rapporte de nombreuses observations de gonflements articulaires et d’ankyloses anciennes guéris par les courants continus, et 1l résume ainsi leur emploi méthodique qui consiste : |

1° À provoquer la catalyse dans l’intérieur de la partie tendineuse de l’articuiation qui est frappée ou d’inflammation, ou d’exsudation ou de sclérose ;

2° À exciter ou à accélérer un flux de liquides par des actions qui agissent sur les vaisseaux qui se dirigent vers l'articulation ;

5’ À enlever l'inflammation musculaire qui complique souvent l’arthrite ;

h° A enlever les contractures secondaires des muscles, contractures entretenues par la douleur et les irritations inflammatoires ;

9° À enlever, enfin, les états paralytiques et atrophiques qui affectent les muscles à la suite d’inflammations, d’inactivités ou de gènes de la circulation.

Avant Remak, Froriep (1834) disait déjà : « qu'il est d'un intérêt {out particulier de voir comment des phénomênes qui expriment complétement le caractère de l’inflammation rhumatismale, disparaissent rapidement et complétement sous l'influence de l’irritation électrique, et qu’en même temps 1l se produit dans le tissu conjonctif une résorption de l’exsudat qui s'y était développé. »

Les courants induits peuvent également être employés dans ces cas, mais les courants continus sont incomparablement plus utiles, Nous ne citerons que l'observation sui-

AFFECTIONS RHUMATISMALES. 7hà

vante, qui nous est personnelle et qui nous à d’autant plus convaincu de l'efficacité des courants continus, que nous hésitions à les employer et que nous n’eussions jamais espéré un pareil résultat :

M. G..., ouvrier horloger, âgé de soixante-deux ans, a eu, ilya quatre ans, une contusion très-forte à la main droite, dont les mouvements sont restés douloureux à partir de cette époque. TI y a trois ans, il fut atteint d’un rhumatisme articulaire ; il fut obligé de garder le lit pendant trois mois. Les articulations tibio-tarsienne, scapulo-humé- . rale et toutes celles du poignet et de la main droite furent prises successivement,

- Lorsque nous le vimes, il y a un an, le gonflement et les douleurs avaient disparu dans toutes les articulations, excepté dans celles de la

INSEE

BADOURE AU

Fi. 113.

main droite, qui présentait l'aspect qu'indique la figure 113, dessinée d’après une photographie.

Il est impossible de faire faire le moindre mouvement de la main sur l’avant-bras ; l'articulation du poignet est gonflée et immobile. Toutes les articulations métacarpo-phalangiennes étaient très-tuméfiées, et présentaient les caractères ordinaires des articulations atteintes de rhumatisme chronique et remplies de concrétions tophacées. Les doigts étaient à demi fléchis, et ne pouvaient ni se fléchir davantage ni être soulevés. Le malade ne pouvait y déterminer aucun mouvement d'extension ni de flexion, et, en employant une certaine force pour y produire quelque mouvement, on ne parvenait qu'à faire remuer légèrement l’indicateur, et en déterminant de fortes douleurs. Le pouce seul n’était pas fléchi,

Jkh RECHERCHES PHYSIOLOGIQUES ET CLINIQUES.

mais il était maintenu immobile dans la position horizontale, La main était déviée -en dedans, et présentait la déviation typique à ce genre d'affection.

Ne croyant pas qu’un traitement par les courants électriques pût être profitable, nous fimes prendre au malade de l’iodure de potassium et des alcalins, sans obtenir aucun résultat. Sur ses instances, nous essayâmes les courants continus, et nous fâmes très-étonné de trouver plus de mobilité dans les articulations, au bout de quelques séances. Aujourd’hui, la main est dans la position qu’indique la figure 114, dessinée d’après une

Fi. 114,

photographie ; tous les mouvements sont possibles ; le pouce a recouvré tous ses mouvements ; les doigts peuvent se replier complétement ; la main, par conséquent, peut se fermer entièrement. Les mouvements d'extension sont restés plus difficiles, les articulations étant toujours plus tuméfiées qu’à l’état normal. La déviation de la main existe toujours, quoique moins prononcée.

Comme on peut le constater sur la figure 114, le gonflement de l’articulation du poignet a disparu ; les mouvements de la main sur l’avantbras sont tous possibles. La tuméfaction des articulations métacarpo phalangiennes a beaucoup diminué; ces articulations ne sont plus douloureuses. Le malade se sert très-bien de sa main pour travailler.

— Dans la goutte aiguë, nous avons deux fois calmé trèsrapidement les douleurs et fait disparaitre le gonflement par l'application locale de courants continus. Immédiatement après la première séance, l'amélioration fut très-marquée, et le malade put, sans trop de douleur, s'appuyer sur sa jambe. Néanmoins, nous sommes de l'avis de Remak qui

Page 1