ÉLECTROLYSE
La décomposition chimique des tissus au moyen de l'électricité a été obtenue en employant divers appareils, dont les plus usités sont les piles au proto-sulfate de mercure, les piles de Bunsen, de M. Cüiselli, de M. Trouvé, la pile au chlorure d’argent, etc. L’électrode appliqué sur
Fic. 136. — Électrode ordinaire,
différentes régions du corps pour fermer le circuit galvanique a été modifiée par M. le D' Amussat. On se sert d'ordinaire d’un électrode en charbon dont nous donnons le dessin (fig. 136). Il se compose d’un
disque de charbon B, recouvert d’une peau de chamoiïs P, monté sur un petit manche de bois M, par l'intermédiaire d’une tige de cuivre, sur laquelle vient s’adapter le rhéophore R.
Ayant à pratiquer la cautérisation d’un cancroïde de la lèvre infé- rieure, notre confrère appliqua l’électrode de charbon sur le deltoïde du bras droit. La cuisson assez forte que ressentait le malade au point d'application de cet électrode le força de le déplacer plusieurs fois, d’interrompfe par conséquent chaque fois le courant, ce qui lui donnait des secousses très-pénibles. Pour obvier à cet inconvénient, il fit fabriquer par M. Trouvé, une électrode (fig. 187) composée d’un cylindre plein en charbon, recouvert d’une peau B, et tenant au manche par deux pivots AA, sur lesquels il tourne. Une lame de cuivre, échancrée et soudée à l’un des conducteurs, est placée en T, et fixée au moyen de la vis V. Pour s’en servir, on applique, sur ane partie du corps voisine de celle que l’on veut cautériser, une large plaque d’amadou imbibée d’eau salée, et l’on fait rouler dessus le cylindre B, trempé au préalable dans de l’eau, afin de le rendre conducteur de l'électricité.
L'un et l’autre de ces électrodes ont leur application distincte. Ainsi, quand l’électrode doit être appliqué sur une partie assez limitée du corps, et que la cautérisation ne doit pas durer longtemps, comme au périnée dans la cautérisation de l’urèthre, il est convenable de donner la préférence à l’électrode à plaque de charbon ; quand, au contraire, il s’agit de cautériser une tumeur, et que l’électrode peut être appliqué sur une partie du corps assez étendue, comme les membres, l'abdomen, il y aura avantage à se servir de l’électrode à rouleau en le promenant sur toute la surface d’une large plaque d’amadou.
Pour pratiquer la cautérisation linéaire au moyen de la galvanocaustique chimique dans le traitement chirurgical du phimosis, des hémorrhoïdes, des trajets fistuleux, des tumeurs pédiculées ou pédiculisables, M. Amussat a fait fabriquer une pince à pression continue, et élastique. Elle se compose (fig. 138) d’une armature ordinaire d’acier, faisant ressort M, terminée par deux tiges d'acier recouvertes d’un cylindre complet de platine P, et d'une gouttière isolante, de caoutchouc durci I. A l’autre extrémité de l’armature existe un tenon carré A, qui sert à mettre la pince en rapport avec l’un des pôles de l’apparcil électrique.
Pour pratiquer une cautérisation linéaire avec cet instrument, on saisit le pédicule de la tumeur avec les deux branches de la pince, que l'on met en rapport avec un des pôles de l’appareil électrique, et l’on
AM 13 1Miaou
Fig. 1438, — Pince galvano-caustique,
Fig. 137. — Électrode mobile.
applique l’autre pôle sur un point voisin de la surface du corps. Le courant électrique, agissant chimiquement sur les tissus dans toute l’étendue des cylindres de platine, produit une eschare linéaire qui amène la mortification de la partie que l’on veut enlever.
Le prix élevé et la difficulté de réparer les appareils à courant constant et continu, sont un obstacle sérieux à l’emploi ordinaire des courants constants et continus. Pour un grand nombre de cas, il n’est pas nécessaire d’avoir des appareils parfaits, et surtout dans les cas si nombreux d’atrophie musculaire, d’arthrite sèche, d’ankylose, etc. ; chez des malades pauvres, il est préférable d'employer des appareils un peu défectueux que de ne faire aucune médication ; pour ces malades, en effet, la question de pouvoir leur rendre la liberté de leurs mouvements a d’autant plus de prix que leurs moyens d’existence dépendent uniquement de travaux manuels. Dans presque toutes les villes d'Europe, excepté en France, il y a, il est vrai, dans les hôpitaux un service spécial pour tous ces cas, et la science comme l’humanité en profitent. À Paris par exemple, nous pourrions citer bien des faits où des ouvriers sont restés estropiés faute d’un traitement électrique rationnel, et ce serait là une statistique qui condamnerait d’une manière irréfutable la routine . de nos administrations hospitalières et scientifiques. Mais én attendant que nous nous décidions, ce qui peut encore être très-long, à adopter en France les moyens reconnus depuis longtemps dans les autres pays comme une nécessité et un avantage, nous croyons rendre service au public, en lui désignant les appareils qui permettent, sans trop de frais, d’avoir recours, dans certaines limites, à cette médication. M. Trouvé vient de construire un appareil qui est, certainement, le plus simple et le plus économique de ceux qui ont été faits jusqu’à présent. Chaque élément revient à 0 f.,50; et de plus, il est facile à tout le monde de le réparer et même de construire d'autres batteries.
Voici d’ailleurs la description d’un élément :
C’est la pile Callau, qui elle-même n’est que la pile Daniel dépourvue du vase poreux.
Un simple verre à boire renferme le couple électritet
L'élément cuivre est constitué par un fil de ce Frs occupant le centre du verre et enroulé en spirale à la partie inférieure. Il repose au fond du verre.
APPENDICE. mi 791
L'élément zinc est formé aussi par un fil. Ce fil est enroulé en boudin à ses deux extrémités; l’une sert d’élément, l’autre sert à joindre le couple à son voisin pour obtenir de l'électricité de tension.
La tige centrale de cuivre est isolée du zinc et de la colonne liquide par un tube de caoutchouc souple ou durci, ou de verre ou même par un vernis gras. Cette tige supporte la rondelle de liége R qui reçoit l'oxyde de zinc, et l'empêche ainsi de se déposer au fond du vase A sur l'élément cuivre.
Les couples étant ainsi disposés (fig 139)il suffit de remplir à peu près
Fi 139. — Pile Callau modifiée par M. Trouvé.
chaque verre avec de l’eau ordinaire, dans laquelle on jettera quelques cristaux de sulfate de cuivre (10 grammes environ dans chaque verre). Lorsque l’eau sera saturée les couples fonctionneront régulièrement, jusqu’à l'épuisement complet des cristaux, c’est-à-dire six mois et plus, suivant l’usage modéré qu’on en fera. Il suffira alors de jeter de nouveaux cristaux pour leur rendre aussitôt toute leur activité ; si toutefois les zincs ne sont pas complétement détruits, car dans ce cas il faudrait les remplacer.
Quand on a ainsi un grand nombre d'éléments, il est nécessaire pour les applications médicales de pouvoir en graduer les effets, soit comme quantité, soit comme tension, et même dans certains cas en augmentant la résistance intérieure, é
Voici comment on peut obtenir ces effets.
La quantité maximum correspondant à l’immersion complète de l’élément zinc composé de 10 hélices, il suffira de n’en immerger que
9, 8, 7, 6,.5, etc., pour diminuer l'intensité des couples 1/10, 2/10, 3/10, 4/10, 5/10, etc., ce qu'on obtient, soit par la graduation du liquide, soit par le jeu de glissement du boudin zinc entre les rondelles P. R.
Pour régler la tension, on dispose en rond, sur-une planchette ou sur la porte de l’armoire ou de la boîte où sont placés les éléments, autant de clous de tapissier (pointes de cuivre à tête ronde) qu’il y a d’éléments en batterie. On réunit par des fils de cuivre adaptés aux éléments par des pinces le pôle positif C à la vis à anneau à laquelle est fixée l’électrode E par le mousqueton M (ou tout autrement), puis tous les pôles négatifs 1, 2, 3, 4, 5..... 29 aux pointes portant les numéros correspondants ; il suffira alors de placer le ressort frotteur F (fig. 140),
Fi. 140. — Collecteur vu de face.
auquel est fixé l’électrode négative E' (fig. 141) sur le 4° ou le 29° clou pour varier la tension du courant de 4 à 29, etc. |
Enfin, pour augmenter la résistance intérieure de cette pile, il suffit de choisir des vases plus élevés ; la résistance intérieure croîtra proportionnellement à la hauteur de la colonne liquide, etc. à kr
Cet appareil a pour lui l'avantage d’être d’un prix peu élevé, en même temps il est très-constant et d’une tension assez grande, mais il n’est nullement portatif. 2
Pour les médecins, il est utile d’avoir souvent des appareils portatifs; mais, nous ne le dissimulons pas, les appareils portatifs ont toujours
de grands inconvénients. Leur action n’est jamais aussi constante, et l’on ne peut sous un petit volume obtenir des piles ayant toutes les conditions voulues pour l’usage médical. Il est un fait important en électrothérapie, c’est qu'il ne faut pas seulement arriver à avoir une force électro-motrice égale à celle d’un autre appareil, mais il faut que les éléments aient une résistance intérieure très-grande ; or, dans les
F16. 1441, — Collecteur vu de profil.
appareils portatifs construits jusqu’à ce jour, cela n'existe réellement que dans l’appareil au protosulfate de mercure avec sciure de bois que nous avons fait construire par M. Gaiïfle. Par contre, si cet appareil a certains avantages, il a l'inconvénient de n’être jamais aussi énergique et de ne pouvoir être employé que dans les cas où il ne faut qu’une action modérée.
La résistance intérieure de la pile est nécessaire, car si elle n’existe pas, l'intensité du courant varie énormément selon la quantité de tissus interposés entre les deux électrodes ; elle diminue à mesure que cette
quantité devient plus grande, c’est-à-dire à mesure que la résistance extérieure augmente. Donc pour ces piles à faible résistance intérieure les effets ne sont jamais constants, car la résistance du corps est trèsconsidérabble. Il faut absolument, pour les affections de la moelle, avoir des éléments qui aient une résistance intérieure égale à la résistance extérieure, et c’est pour cela que pour les appareils électromédicaux il n’est point indifférent d'employer tel ou tel élément, alors même qu’au point de vue mécanique l'intensité est la même. En un mot, la meilleure pile en électro-thérapie est celle qui, sans donner une grande quantité, offre une grande constance d’action et une grande résistance intérieure. Nous expérimentons dans ce moment des piles Daniel ou mieux de Callau, où le zinc et le cuivre seront distants d’au moins 50 centimètres ; en ajoutant un grand nombre d’éléments nous pourrons avoir une tension très-forte ; l’action chimique de ces éléments est trèsfaible et la résistance intérieure sera la plus considérable qu’on ait obtenue jusqu’à présent. Nous espérons ainsi nous placer dans les conditions les plus favorables pour agir sur l'organisme,