DES PHÉNOMÈNES ÉLECTRO-CAPILLAIRES. — DÉCOUVERTES DE M. BECQUEREL
Courants électro=capillaires.
Nous venons de résumer l'historique et les principales théories qui se rattachent à l’origine des courants électriques dans l’organisme humain. Cette étude vient récemment d'entrer dans une voie toute nouvelle, grâce aux travaux de M. Becquerel et à sa découverte fondamentale des courants électro-capillaires. Sans entrer dans tous les détails de cette question, nous allons en exposer les faits principaux et les conséquences importantes qui se rattachent à l’électro-physiologie (1).
Voici le principe posé par M. Becquerel: deux dissolutions de nature différente, conductrices de l'électricité, séparées par une membrane organique ou par un espace capillaire, constituent un circuit électro-chimique pouvant donner lieu à des effets chimiques.
En séparant des dissolutions métalliques par un tube de
(1) Voy. Mémoires de l’Académie des sciences depuis 1867. M. Becquerel y a publié neuf mémoires sur les Phénomènes électro-capillaires. Le dernier de ces mémoires (du moins jusqu’à ce jour) a été lu à l’Académie des sciences dans le mois de février 1870.
GA 4e PE ÉLECTRICITÉ ANIMALE.
verre dans lequel on a fait une légère fissure ou par du papier à dialyse, M. Becquerel est arrivé à réduire facilement le platine, l'or, l'argent, le cuivre, l’étain, le plomb, le cobalt, le nickel, etc.
Il résulte de là que des circuits électro -chimiques peuvent exister dans la naturé organique sans l'intervention d'aucun métal. Il suffit, en effet, de la présence de deux liquides séparés par des espaces capillaires ou des membranes pour constituer de véritables circuits. |
Voilà comment est constitué le couple électro-capillaire: la paroi en contact avec le liquide qui se comporte comme acide est le pôle négatif, et la paroi opposée le pôle positif; les parois des espaces capillaires se comportent comme des conducteurs solides de l'électricité, fait démontré par M. Edmond Becquerel.
Les courants électro-capillaires opèrent encore des effets mécaniques d'une grande importance, et l’on sait, en effet, qu'il y à un double courant allant du pôle positif au pôle négatif, et du pôle négatif au pôle positif ; mais ce dernier est bien faible. Aussi, en décomposant avec la pile de l’eau renfermée dans un vase partagé en deux compartiments au moyen d’une membrane, le niveau s'élève dans la case négative. De plus, l'électricité positive a plus de force que l'électricité négative pour vaincre les obstacles.
Si maintenant nous considérons les divers éléments anatomiques, cellules, tubes, globules et leurs rapports avec les liquides de l'organisme, nous trouvons presque pour tous le principe du couple électro-capillaire, c’est-à-dire des liquides ou des substances semi-liquides, séparés les uns des autres par une membrane. Il existe donc dans le corps un nombre incalculable de couples électro-capillaires don—
- PHÉNOMÈNES ÉLECTRO-CAPILLAIRES. 119 nant lieu, dans le même tissu, à des courants qui agissent sans interruption pendant la vie et quelque temps après la
mort.
= M, Becquerel a d’abord recherché si l'oxydation qui
s'opère au contact de l'air et des muscles, et autres tissus,
quand ils ne sont plus vivants, est Indépendante ou non de leur organisation, et si elle a des rapports avec celle qui se produit dans les corps vivants par l'intermédiaire du sang artériel, | |
Cette première série d'expériences a démontré : 1° qu’un
muscle intact mis en contact avec l'oxygène respire de même que lorsqu'il est en présence du sang, mais les résultats ne sont pas identiquement les mêmes ; 2° que, lorsque le muscle est désorganisé et réduit en pâte très-fine, il consomme une quantité d'oxygène double de ce qui est consommé par un musele intact de même poids.
Or, pour le muscle intact comme pour le muscle réduit en pâte, si l’on met une lame de platine à l'extérieur du muscle, et l’autre à l'intérieur, on obtient une déviation de l’aiguille du galvanomètre qui indique que le courant va de l'intérieur à l'extérieur, c'est-à-dire que la surface extérieure est positive et la surface intérieure négative. Comme la partie extérieure est en contact avec l'air extérieur, et par conséquent plus oxydable, il est à présumer que c’est là une des causes qui déterminent le courant musculaire de l'intérieur à l'extérieur; l'en est de même dans l'animal vivant, ou du moins quand les muscles sont mis en contact avec l’air par une préparation préalable. |
D’autres expériences de. M. Becquerel, sur l'absorption des gaz par les os et les tendons, lui ont également démontré que ces tissus respiraient comme les muscles. Comme
M. Hermann, M. Becquerel admet que l’origine des courants électriques dans les muscles est due à une cause chimique. L'expérience sur des muscles réduits en pâte le démontre d’une manière évidente, mais à ces preuves M. Becquerel ajoute encore celles d’autres faits découverts par lui. Si, sur des muscles plongés dans l'azote ou l'hydrogène, on a d’abord un courant allant de l’intérieur du muscle à l’extérieur, au bout de quelque temps le courant diminue, devient nul, et enfin se manifeste en sens inverse. Ce renversement est dû probablement à la différence d’oxydation des parties du muscle, car la partie intérieure du muscle renferme encore de l’oxygène, et des parties oxydables, lorsque la surface est déjà complétement altérée; la partie intérieure devient alors acide par rapport à la partie externe.
Les os, comme les muscles et les nerfs, donnent lieu à un courant électrique. Celui-ci est remarquabie par l'intensité et la durée de la force électro-motrice.
La force électro-motrice du courant osseux a été étudiée par M. Becquerel, à l’aide de la méthode dite par opposion, et en employant des couples spéciaux inventés par Edm. Becquerel. Cette force est environ moitié de celle du couple à sulfate de cuivre; elle est constante pendant quelque temps, et elle augmente ensuite peu à peu, à mesure que l’eau distillée dans laquelle plonge los se charge de malières organiques qui, en se décomposant, rendent l'eau acide. On peut ainsi construire une pile qui marche pendant plusieurs semaines.
M. Becquerel à également cherché la force électromotrice entre le sang artériel et le sang veineux. Il a trouvé qu’elle est égale à 0,57, celle d’un couple à acide nitrique