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rants électriques. Nous avons exposé les faits et nous avons laissé pressentir que ces faits nous forçaient à admettre que l'électricité ainsi produite avait une origine véritablement physiologique. Comme nous l'avons dit dès le commencement, nous croyons, avec plusieurs auteurs, que ces courants éléctriques sont le résultat de la nutrition, c’est-à-dire qu'ils sont la conséquence des actions chimiques qui ‘ont lieu au sein de l’organisme.
Cependant plusieurs objections ont été faites aux expériences que nous avons citées. Une des plus importantes est celle qui attribue cette production d'électricité aux phénomènes chimiques qui ont lieu dans la substance musculaire ou nerveuse au contact de l'air. Tout récemment, M. Hermann à attribué à cette cause les courants électriques que l’on constate dans les muscles et dans les nerfs. La théorie de M. Hermann étant toute nouvelle et ayant eu beaucoup de retentissement en Allemagne, nous croyons devoir la faire connaître en entier (1).
M. Hermann admet que le muscle à l’état normal contient constamment une provision d’une certaine substance azotée, tres-complexe, dissoute dans le contenu du muscle (plasma musculaire). Cette substance, appelée irogène, peut se décomposer et former de nouveaux produits, qui sont entre autres : l'acide carbonique, l'acide sarcolactique et un corps albuminoïde, qui se sépare d’abord sous forme gélatineuse et qui plus tard devient solide et constitue la myosine. Cette décomposition de l’inogène, ou cette scission, selon l’expression de M. Hermann, à lieu spontanément mais très-lentement à l’état de repos; elle se fait tout à coup sous
(1) Untersuchungen über den stoffwechsel der Muskeln. Berlin, 1867, et Grundriss der Physiologie des Menchen. Berlin, 1867, 2° édition,
l'influence d’excitants de la contractilité musculaire. L'état actif du muscle est dû précisément à cette scission rapide de l’inogène, et une fois que cette substance est épuisée, aucune activité musculaire n'est plus possible.
Cette substance n’a pas encore été isolée, parce que la moindre manipulation chimique la décompose. Au point de vue de sa composition, elle peut être placée à côté de l'hémoglobuline, car ce n’est qu’en se décomposant. qu’elles donnent toutes deux une substance albuminoïde.
Dans les nerfs, il-y aurait une substance analogue qui se décomposerait également très-rapidement, mais sans donner lieu à la formation de myosine.
Etant données ces considérations chimiques, M. Hermann pose les deux principes suivants :
1° Si dans une fibre nerveuse ou musculaire, il y a des points où la décomposition de cette substance fondamentale se fait plus rapidement qu'en d’autres points, les premiers possèdent par rapport à ces derniers une électricité négative, et les courants seront d'autant plus forts que la différence de décomposition est plus grande,
2° La décomposition qui a lieu dans les nerfs et dans les muscles est d'autant plus lente pendant l’état actif de ces tissus, qu'elle est plus rapide pendant leur état de repos. |
La première proposition sert à expliquer pourquoi il se forme des courants électriques entre la surface horizontale d’un nerf ou d’un muscle, et la surface transversale artificielle, car la partie dénudée et exposée à l'air offre une vitesse de décomposition plus grande que la partie intacte ; aussi la section transversale est-elle négative par rapport à la section longitudinale qui est positive.
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On peut de même expliquer les courants plus faibles entre deux points non symétriques de la section longitudinale, car le point le plus rapproché de la section transversale subit ie premier la décomposition de l’inogène.
Dans une section transversale oblique, M. du Bois- Reymond a trouvé que l'angle aigu était négatif par rapport à l'angle obtus, et cela s’expliquerait, pour M. Hermann, parce que du côté de l’angle aigu il y a une plus grande masse musculaire qui subit plus rapidement la décomposition de l’inogène.
Enfin, pour les muscles intacts, lorsqu'on obtient un courant électrique, cela serait dû à une décomposition plus grande, pour une cause quelconque, en un point de ce
muscle, qui serait toujours électrisé négativement. La cause
la plus ordinaire de cette décomposition est la dénudation ; car les muscles, selon M. Hermann, ne donneraient aucun courant lorsque la peau est intacte.
Ordinairement la partie la moins épaisse d’un muscle fusiforme est négative par rapport à la partie plus épaisse ;
car dans la partie la plus mince, toutes les fibres muscu-
laires éprouvent plus rapidement l'influence nuisible de la dénudation. Ainsi, lorsque chez une grenouille, on enlève toute la peau d’une jambe, les muscles du mollet, qui sont moins gros que ceux de la cuisse, sont négatifs par rapport à ces derniers.
La seconde proposition explique pourquoi pendant la contraction d’un muscle ou pendant l’activité d’un nerf, le courant diminue et même indique une déviation négative:
D'un autre côté, les mêmes faits peuvent servir à expliquer l'état électro-tonique du nerf, car la vitesse de décomposition est plus rapide près du pôle négatif et dans
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COURANTS ÉLECTRIQUES DANS LES TISSUS. 114 son voisinage que près du pôle positif, et c’est pour cette raison que les courants préexistants reçoivent une augmentation d'intensité quand le courant polarisant est dirigé dans le même sens.
Rappelons-nous bien ce que dit M. Hermann, que l'activité du muscle ou du nerf tient à la décomposition de
l'inogène pour le muscle, et d’une substance analogue pour le nerf. Le mot décomposition est peut-être mal choisi, car il semble entraîner l’idée d’une altération, mais ici ce mot ne signifie qu'une décombinaison physiologique qui est la transformation chimique inhérente à la fonction. Done, non-seulement la fonction entraîne forcément cette décombinaison, mais-cette décombinaison, lorsqu'elle se fait par une cause quelconque, entraîne la fonction.
Dans l’état électro-tonique, M. Pflüger a constaté que l'excitabilité était plus grande près du pôle négatif et qu’elle était considérablement affaiblie près du pôle positif; or, comme d’après M. Hermann, on admet que c’est au pôle négatif que la décomposition est la plus rapide, il y aurait une relation étroite entre l’excitabilité et cette scission. C’est pour la même raison, que l'excitabilité est plus grande près de la surface transversale d’un nerf ou d’un muscle, Il y aurait donc excitation du nerf chaque fois que la décomposition se fait plus rapidement que l'instant d’avant, et la transmission de l'influx nerveux des centres aux muscles consisterait dans une accélération instantanée de cette décomposition le long du nerf:
Certes, cette théorie est ingénieuse, et elle offre à nos yeux un grand mérite, c'est qu'elle cherche à introduire en physiologie la recherche des modifications chimiques qui se font pendant l’état de repos et pendant l’état d’acti-
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vité fonctionnelle; mais, comme le lui reproche M. du Bois- Reymond, elle est hypothétique et n’a été faite que pour expliquer les faits.
Sans nous étendre longuement sur les objections de M. du Bois-Reymond (£rtrait du rapport mensuel de l'A cadémie royale des sciences de Berlin, 8 octobre 1867), nous en citerons les principales, dans lesquelles l'illustre physiologiste montre les contradictions de son adversaire. Il ne
croit pas que l’on puisse expliquer, avec la théorie de M. Her-
mann, pourquoi les muscles plus gros donnent des courants électriques plus forts que des muscles plus minces, car la relation est la même, dans les deux cas, entre la décomposition de l’inogène en un point et son maintien en un autre point.
D'un autre côté, ce n’est pas seulement la section transversale artificielle du muscle qui est négative par rapport à la surface longitudinale, c’est également la section transversale naturelle représentée par ie tendon, et dans ce cas il n’y a pas l’action directe de l'air. Et cependant, une memprane épaisse comme celle que forme le tendon devrait être plus protectrice que celle que forme la membrane mince qui recouvre la surface longitudinale du muscle. De plus, M. du Bois-Reymond a fait des expériences à ce point de vue. Il fait plusieurs sections transversales à des espaces de temps différents et en se rapprochant de l'équateur. Si le contact de l'air et par suite la décomposition de l’inogène est la cause des phénomènes électriques, 1l devrait trouver des différences dans les courants électriques qui se produi-
sent, puisque la vitesse de décomposition n’est pas identi-
que: or, l'expérience ne confirme nullement ces données.
Pour les muscles de la jambe, M. Hermann admet que les
muscles du mollet meurent avant®ceux de la cuisse, mais
rien ne le prouve et au contraire le muscle gastro-cnémien est celui de tous les muscles qui conservent le plus longtemps ses propriétés vitales. Mie
M. Hérmann pose encore en fait général, que, pour les muscles intacts, l'extrémité la plus mince se comporte né galivement vis-à-vis de la plus grosse. Mais pour le muscle couturier, par exemple, l'extrémité inférieure est positive par rapport à l'extrémité supérieure, qui est plus large. Il eu est de même du demi-membraneux, dont l'extrémité la moins volumineuse est positive.
C'est surtout daïs les courants d’inclinaison, que M. du Bois-Reymond trouve ses meilleurs arguments. M. Hermann prétend que la décomposition se fait plus vite à l’angle aigu d’une coupe transversale oblique. Il a d’ailleurs prouvé, au moyen du papier detournesol, que le muscle devenait acide plus rapidement à l’angle aigu, et ce fait a été vérifié par M. du Bois-Reymond ; mais ce qui est contraire à la théorie de M. Hermann, c’est quesi, par une disposition particulière, on peut rendre d’un instant à l'autre la Coupe transversale droite ou oblique, les courants se modifient aussitôt ; dans la théorie de M. Hermann, une partie étant plus altérée, les courants devraient persister quelle que soit la forme de la section. De plus, une coupe transversale droite est toujours plus négative qu’une coupe transversale oblique, et c’est le contraire qui devrait avoir lieu dans la théorie de M. Hermann, puisque la surface exposée à l’air est plus grande.
Enfin, il est erroné d'admettre que l’on ne peut obtenir de Courants électriques dans des membres non dénudés, car M. du Bois-Reymond les a constatés chez des grenouilles vivantes et intactes, en écartant les influences qui affaiblis-
sent la couche parélectro-tonique, et dans ces cas les cou- ONIMUS ET LEGROS. 8
rants sont les mêmes qu'après la dénudation ; PAL ne fait que les rendre plus intenses. | dé
Mais il est une autre théorie, créée par M. du Bois-Reymond qui est trés-hypothétique, c’est sa théorie des molécules péripolaires électriques, qui prétend non-seulement éxpliquer les phénomènes électriques, mais encore ceux de contraction musculaire et d'influx nerveux. M. du Bois-Reymond suppose que tous ces actes essentiellement vitaux sont dus à des modifications dans l’état électrique du muscle et du nerf. Nous insisterions bien plus longuement sur ces idées qui ont eu beaucoup de succès, mais qui nous semblent complétement erronées, si M. du Bois-Reymond lui-même n'avait avoué, assez récemment, qu'on né pouvait plus admettre que la propagation de l'influx nerveux était due à des courantsélectriques: « Quant à la théorie de l'agent nerveux, maintenant que nous savons que cet agent se meut avec une vitesse dix fois moins grande que celle du son dans l'air, il est impossible d'essayer de le comparer au courant électrique tel qu’il circule sur un fil télégraphique, en supposant même qu'il fût démontré anatomiquement qu Hd existe un circuit complet dans lequel ce courant puisse. circuler. Ainsi, aux autres arguments contre cette théorie de l'agent nerveux, — que l'isolement physiologique des nerfs les uns des autres serait impossible à expliquer, — que l'effet de la ligature ou de la section du nerf et de la réunion de ses extrémités serait également obscure, — à ces arguments, quelque irrésistibles qu’ils soient en euxmêmes, les recherches esquissées dans cette conférence ont ajouté des preuves corroboratives de la plus haute impor-
tance. Ce que nous avons appelé l’agent nerveux, si nous
considérons sa vitesse si petite, est très-probablement quel-
que mouvement interne, peut-être même quelque chan gement chimique de la substance elle-même contenue dans les tubes nerveux, se propageant, selon mes recherches, ex haut et en bas du point où l'équilibre a été rompu , et capable, en outre, d’un nombre presque infini de gradations et de variations, et d’un caractère si particulier que la structure nerveuse doit être dans un état parfait pour qu'elle puisse se transmettre. — Il n’est peut-être pas inutile de faire remarquer que, quoique la théorie électrique de l’agent nerveux, dans le sens que nous avons indiqué, ne puisse plus être soutenue, il serait toutefois imprudent, au point où en est aujourd'hui cette question, de prétendre que l'électricité n’est pour rien et même qu'elle ne joue pas un rôle très-1mportant dans le mécanisme intérieur des nerfs (1). » | | ds
Cependant ce n’est qu'à regret que M. du Bois-Reymond abandonne la théorie qu'il avait proposée autrefois pour l'explication des phénomènes nerveux et inusculaires, car il ajoute plus loin qu'il n’est poiñt impossible d'émettre sur l'agent nerveux une hypothèse électrique qui embrassât le nouveau caractère de cet agent, sa lenteur de transmission. Pour cela, il faut admettre les molécules électromotrices, au moyen desquelles M. du Bois-Reymond a essayé d'expliquer les effets électro-moteurs des nerfs, des muscles et des organes électriques; ces molécules seraient des petits centres d'action chimique, tous orientés de façon qu'ils tournent leurs côtés homologues du même côté, et qu'ils déterminent mutuellement leur position d'équilibre en agissant électriquement l’un sur l’autre, «Dans un
(1) Conférence de M. du .Bois-Reymond à l’Institution royale de la
Grande-Bretagne (Revue des cours scientifiques. Quatrième année, n° 3, 1867). ART Le
tel système, bien que l'électricité soit le lien de l’ensemble et le moyen de transmettre les actions, la vitesse de cette transmission serait indépendante de celle de l'électricité, et pourrait, comparée à elle, être presque nulle; elle pourrait, en un mot, être ce que la vitesse de transmission de l’agent nerveux est réellement (1). »
Dans tous les cas, cette manière de voir de M. du Bois-Reymond est purement hypothétique, et comme celte hypothèse n’a aucune utilité, nous ne voyons pas qu’il soit avantageux de la conserver.
Avouons franchement que tout ce que nous pouvons dire sur l'agent nerveux, c’est qu'il est constitué par un mouvement moléculaire qui se propage dans les tubes nerveux, mais qu’il nous est impossible de préciser de quelle nature est ce mouvement.
Tout en admettant l'existence des courants électriques dans les nerfs, les changements que subissent ces courants chaque fois que l'agent nerveux est mis en action, et l’extrême sensibilité des nerfs pour l'électricité, nous croyons nécessaire de nous borner à l'étude de ces faits et à leur importance en thérapeutique, sans chercher à les faire rentrer dans une loi générale, qui, dans ce cas, n’est qu'une hypothèse. C’est une erreur de croire que tous les phénomènes vitaux peuvent se réduire à des lois physiques ; la matière vivante a ses propriétés spéciales, et par conséquent des lois propres. Identifier l'agent nerveux et l’agent électrique, nous paraît être une idée aussi erronée que de vouloir identifier la contractilité et l’élasticité. La neurilité et la contractilité sont en effet les propriétés caractéristiques et spéciales de la matière vivante,
(4) Loc. cit,