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EFFETS CHIMIQUES DES COURANTS ÉLECTRIQUES SUR LES CORPS VIVANTS

I, — Les actions chimiques que produisent les courants électriques consistent principalement dans des décompositions. Ces décompositions dépendent du nombre et de la grandeur des éléments de la pile, et elles sont soumises à des lois découvertes par Faraday.

Les substances organiques sont décomposées par les courants, et l'on peut ainsi en séparer les principes immédiats. Sur une feuille de laurier, Davy, en faisant passer un courant très-énergique, trouva de l'acide cyanhydrique au pôle positif et un mélange de chaux, de résine et de matière colorante verte au pôle négatif. MM. Couerbe et Pelleter ont pu séparer ainsi la morphine d'une dissolution d’opium. Sur des muscles détachés du corps et soumis pendant plusieurs jours à un fort courant, on obtient du côté de l’électrode positive des acides sulfurique, phosphorique, chlorhydrique et azotique, et du côté du pôle négatif des alcalis, de la potasse, de la soude, de l’'ammoniaque.

Les courants électriques, en traversant les substances organiques, décomposent donc les sels qui s’y trouvent selon

les lois ordinaires de l’électro-chimie. Cette action a été

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utilisée en chirurgie surtout. On peut, en effet, et cela se conçoit à priori, au moyen de courants assez énergiques, décomposer les sels qui se trouvent dans les tissus, et obtenir au pôle positif une cautérisation due aux acides qui viennent s'y rendre, et au pôle négatif une cautérisation faite par les acalis. Le fait est facile à constater, et l’on observe ainsi du côté de l'électrode positive une eschare rougissant le papier de tournesol, et offrant tous les caracières de la cautérisation par les acides; à l'électrode né- . gative, l’eschare est molle et bleuit le papier de tournesol. La mollesse de cette eschare peut être quelquefois (trèsrarement) le point de départ d'hémorrhagie ; c'est ainsi que sur un pigeon dans l’encéphale duquel nous avions fait pénétrer-deux aiguilles, et fait passer un courant pendant dix minules, nous avons constaté après la mort, qui eut lieu trois heures après l’électrisation, que .l’animal avait succombé à une hémorrhagie qui avait eu lieu près de l’eschare du pôle négatif. L’eschare produite par le pôle positif était au contraire sèche et exsangue.

L'électrolysation a été employée en chirurgie dans plusieurs occasions, et c’est M. Ciniselli qui, le premier, a appelé l’attention sur ce procédé ; 1l l’a employé dans un grand nombre d'opérations et presque toujours avec succes.

IL faut surtout recourir à la cautérisation électro-chimique, dans les cas où- les autres agents ne peuvent être employés avec autant d'avantage, comme cela a lieu pour des tumeurs vasculaires, ou pour des polypes situés à l’iniérieur des organes. La cautérisation électrolytique est un moyen puissant de destruction, et de plus, le chirurgien

peut en limiter l’action à son gré. MM. Mallez et Tripier ONIMUS ET LEGROS. 10

l'ont utilisé pour la guérison des rétrécissements de l’urèthre. M. Nélaton a montré l’utilité et le mode d’emploi de cetle méthode, dans l’électrolysation dés po: lypes naso-pharyngiens, et dans üne note présentée à l'Académie des sciences, M. Nélaton conclut ainsi : «Une tumeur volumineuse, très-vasculaire, donnant lieu à des hémorrhagies au moindre contact, située profondément dans le pharynx et les fosses nasales, tumeur qui avait été attaquée sans succès par les agents les plus énergiques, à été détruite en six séances, par l'implantation de deux électrodes dans sa masse. Cette opération a été faite sans effusion de sang, et n’a provoqué chez le sujet qu’une douleur facilement supportée. On n’a pas eu à constater de retentissement fâcheux sur l’encéphale; enfin la destruction a pu être circonscrite dans les limites que l'opérateur s'était imposées. »

Ajoutons encore une reinarque utile à rappeler aux médecins : une des lois des décompositions électro-chimiques nous apprend que la quantité de substance décomposée est proportionnelle à la quantité d'électricité qui passe dans un tenips donné. ,

D'après cette loi, les décompositions des tissus obtenues par l’électrolyse sont les mêmes, que les extrémités des électrodes soient simples ou composées de plusieurs parties. C'est ainsi, comme nous l’avons expérimenté, que si trois ou quatre aiguilles implantées dans les chairs et communi- à quant toutes avec le même pôle donnent chacune, au bout M de cinq minutes, une eschare d’un centimètre carré, une seule aiguille donnera pendant le même temps une eschare de 8 ou A centimètres carrés. Il n’y a donc nul avantage, au moins au point de vue de la quantité de substance dé-

EFFETS CHIMIQUES DES COURANTS. 147 composée, à employer un grand nombre d’aiguilles communiquant avec le même pôle.

IH, — Il faut se rappeler, d'un autre côté, que dans les décompositions électrolytiques, les éléments séparés apparaissent seulement à la surface des électrodes. L'expérience suivante, faite par Davy, démontre ce fait d’une manière très-nette. Trois vases étant réunis deux à deux par une mèche de coton imbibée d’eau, on met dans le premier vase une dissolution d’un sel neutre alcalin, et dansles deux autres de l’eau distillée. Le liquide des trois vases est coloré avec du sirop de violettes. Dès que le courant est établi, la liqueur se colore en vert près du pôle négatif et en rouge près du pôle positif, ce qui montre que la base du sel s’est rendue à l'électrode négative, et l'acide à l'électrode positive. Le liquide qui se trouve dans le vase intermédiaire ne change pas de couleur, quoiqu'il ait dû être traversé par l'acide ou la base, selon la disposition des pôles dans les vases extrêmes.

Nous avons essayé de profiter de ce transport des éléments à la surface des électrodes, pour augmenter l'énergie des cautérisations électrolytiques. Il est évident que si l’on introduit dans le courant un sel, tel que l’iodure de potassium, l’iode ira au pôle positif et la potasse au pôle négatif, où chacun de ces corps cautérisera les tissus ambiants. Si donc, au lieu d'appliquer un des pôles directement sur l’épiderme, on le met ne contact avec une solution d’iodure de potassium qui servira à transmettre le courant, il y aura, dans ce cas, décomposition de l'iodure de potassium et l'iode ira au pôle positif. C’est en effet ce que nous avons obtenu sur différents animaux, et nous avons pu constater la présence de l’iode au moyen de l’eau amidonnée. Dans

d’autres expériences, nous avons observé des phénomènes analogues; en imbibant des éponges avec une solution d’azotate de potasse, et en se servant de ces éponges comme électrodes négatives, nous avons pu constater, et par la vue, et très-facilement par l'odeur, un dégagement assez abondant d’aeide azotique près du fil de platine qui communiquait avec le pôle positif de la pile. Ce fil de platine était introduit sous la peau à 10 centimètres de l’électrode négalive.

TT. — Pour démontrer que la cautérisation est due à la seule présence d'acides ou d’alcalis aux environs des pôles, nous avons placé près du pôle positif du carbonate de soude, et près du pôle négatif un acide faible, tel que l'acide tartrique. Dans ces conditions, 1l y a bien un léger changement dans la transparence des tissus, mais il ne se forme plus d’eschare. Au point de vue chimique, les eschares produites par l’électrolyse sont donc dues uniquement aux acides et äux alcalis qui se forment aux électrodes, et seraient obtenues également en employant directement un acide ou une base.

Mais, en même temps que les courants électriques produisent des décompositions aux deux pôles, ils agissent physiologiquement sur les tissus qu'ils traversent , et si les eschares ne présentent aucun caractère qui ne puisse être obtenu tout aussi bien par d’autres acides ou d’autres alcalis, 1l faut reconnaître, avec M. Ciniselli, «que les effets chimiques du courant électrique ne se limitent pas à la cautérisation, mais qu'ils s'étendent à l'intérieur des tissus ; que la diminution des tissus pathologiques traités par la galvano-caustique chimique n’est pas proportionnée à la destruction matérielle opérée; qu’elle est toujours plus

“le.

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