EFFETS CHIMIQUES DES COURANTS
grande et continue encore quelque temps après la chute des eschares. »
M. Scoutetten a également observé que dans le traitement de l'hydrocèle par l’électrolyse, il disparaissait plus de liquide qu'il n’en était décomposé par le courant. Une partie, et la plus grande, est donc résorbée, et comme les courants électriques ont une grande influence sur la circulation et sur les phénomènes d’endosmose et d’exosmose, 1l n’y à rien d'étonnant que leur action ne se borne pas aux seules décompositions apparentes.
IV. — La décomposition des sels métalliques et le transport des éléments aux électrodes, ont été utilisés par M. Poey pour extraire du corps les substances métalliques qui se trouvent dans l'organisme. Mais quoique théoriquement cette application soit juste, il est impossible de l’employer en pratique. On ne songe pas à la petite quantité métallique qui se trouve dans le corps, soit dans l’intoxication saturnine, soit dans l’intoxication mercurielle. Pour amener ces corps hors de l’organisme, 1l faudrait employer un courant d’une intensité telle qu'il serait impossible à supporter. D'ailleurs, le métal le plus répandu dars l’économie animale, le fer, serait également amené au dehors, et le remède serait ainsi pire que le mal. MM. Pélikan et Sawilief de Saint-Pétersbourg, qui se sont beaucoup occupés de ce sujet, nient complétement ce transport des métaux hors de l'organisme.
Cette action des courants électriques pourrait être utilisée en médecine légale dans les empoisonnements métalliques. Nous avons fait quelques recherches à ce sujet, mais l’expérience la plus saisissante pour montrer l'influence électro-chimique est celle que donne la décomposition de
l'iodure de potassium. Sôit qu'on le prenne à l'intérieur, ou qu’on en injecte une solution sous la peau, on constate au bout de quelques minutes, sur toutes les régions du corps, la présence de l’iode au pôle positif. Sur un rat, par exemple, presque aussitôt après avoir injecté sous la peau quelques gouttes d’une solution d’iodure de potassium, nous fiñes passer un courant de 15 éléments Remak, et dans toutes les parties du corps près du pôle positif l'eau amidonnée bleuissait par la formation d'iode. La coloration était d'autant plus rapide et plus prononcée que les pôles étaient plus rapprochés ou placés dans une région irès-vas-
culaire ; sur la queue, par exemple, il fallait plus longtemps
pour qu’elle apparût. Il est donc évident qu'un sel introduit dans l'organisme peut être décelé et décomposé par les courants électriques, mais plusieurs conditions et surtout la solubilité des sels amènent de grandes différences.
V. — Les courants électriques, en traversant le sang, en déterminent la coagulation à l’électrode positive. Il en est de même pour tous les corps albuminoïdes. Cette propriété a été utilisée par Pétrequin pour le traitement des anévrysmes. Nous n’avons pas à indiquer le mode opératoire, mais l'expérience a montré que pour coaguler le sang dans
le sac anévrysmal, 1l faut rechercher la tension du courant
et non son intensité. M. Ciniselli, qui a fait une étude complète de ce sujet (De la qalvano-puncture dans le traitement des anévrysmes de l'aorte thoracique), conseille d'employer toujours la pile de Volta ou d’autres analogues, c’est-à-dire des couples petits et sans trop d'intensité : « La pile de Volta, dit-il, appliquée trente fois dans vingt et un anévrysmes, donna quatorze guérisons et sept insuccès : dans cinq de ceux-ci il survint l’inflammation et la gangrène du