CHAPITRE PREMIER
L'étude des phénomènes de la circulation et des modifications qu'y déterminent les différents agents, nous parait être la base fondamentale des recherches thérapeutiques. La plus ou moins grande quantité de sang dans un tissu, ses variations de tension et de mouvement, sont la cause première et souvent la seule cause des troubles pathologiques, et les médicaments les plus utiles et les plus efficaces sont ceux qui agissent sur les phénomènes circulatoires. Mais si cette étude est utile au point de vue thérapeutique, elle ne peut être faite d’une manière exacte qu’en s'appuyant sur les faits physiologiques, et dans ce cas, plus que dans tout autre, la méthode expérimentale seule peut nous guider et nous éclairer. C’est pour cela que nous croyons devoir nous étendre sur ce sujet, au risque même
de nous laisser entraîner hors de la question spéciale de l'influence des courants électriques sur la circulation.
Nous aurions peut-être dû remettre ce chapitre après celui où nous étudions l’action de l'électricité sur les fibres lisses, mais nous croyons qu’il eût été difficile de comprendre l'influence des courants électriques sur le système nerveux et sur le système musculaire, sans avoir déjà une connaissance exacte de cette influence sur la circulation. D'ailleurs, dans ce chapitre, nous examinerons surtout les questions de détail et les faits physiologiques, nous réservant d'indiquer les principes généraux en étudiant l’action de toutes les fibres lisses.
On peut distinguer pour les fibres-cellules que renferment les vaisseaux, comme pour toutes les fibres musculaires : la contration, la contracture et la paralysie. Dans les fibres striées, la contraction offre toujours le même type, elle se fait en masse et spasmodiquement. Dans les fibres lisses, au con-
traire, la contraction présente deux états, celui de contrac-
tion d'ensemble ou spasmodique, et celui de contraction lente, sucessive, ou vermiculaire. Jusqu'à présent, et sur tout dans ces dernières années, on n’a reconnu aux muscles des artérioles que la première forme de contraction, On admet en effet que les fibres musculaires que renferment les parois des vaisseaux sanguins ont pour unique but de s'opposer, par leur contraction en masse, à la progression du sang, et ne servent en rien à aider le cours du sang dans les parties périphériques. Autrefois cependant, des physiologistes avaient admis, théoriquement il est vrai, que l’action de ces fibres musculaires avait surtout pour résultat de faciliter le cours du sang, mais aujourd’hui ce rôle leur est complétement refusé, et c'est justement cette dernière
Opinion, trop exclusive à notreavis, dont nous avons cherché à démontrer l'erreur.
Lorsque, sur un animal, on coupe les filets du grand sympathique qui se rendent à une partie du corps, on détermine une paralysie des fibres musculaires des vaisseaux sanguins ; de là une dilatation de ces vaisseaux, un plus grand afflux de sang et une élévation de température. L'excitation Je ces mêmes filets du sympathique, au moyen de courants d’induction, détermine une contraction spasmodique de ces fibres musculaires ; par suite un resserrement de ces vaisseaux dont les parois deviennent rigides, une di- : minution daps la quantité de sang qui arrive, la pâleur et le refroidissement des parties.
Entre ces deux phénomènes, si opposés et si nets, il y a des états mtermédiaires dans lesquels on ne saurait admettre ni l’une ni l’autre cause. De plus, dans un grand nombre de cas, on voit la rougeur de la peau et la vascularisation succéder non plus à une paralysie des fibres musculaires, mais bien à une excitation. Pour ne citer dans ce moment que les exemples les plus communs, ne voit-on pas la lumière et une chaleur modérée augmenter la circulation? et cependant il est difficile d'admettre que ces agents aient une action paralysante.
Nous ferons remarquer qu'il est rare de voir les fibres musculaires lisses avoir des contractions spasmodiques; car, tandis que les fibres musculaires striées se contractent en masse et n’ont qu'une contraction passagère, les fibres lisses ont une action moins prompte qui s'effectue avec moins d'ensemble, mais avec plus de continuité, Si nous rappro- chons les parois des vaisseaux sanguins de celles de l’intestin qui, toutes deux, renferment des fibres musculaires
identiques, nous pouvons présumer que, hormis certains cas exceptionnels, l’action physiologique de ces fibres est continue et vermiculaire, et que, par conséquent, elle facilite la progression des liquides qui s’y trouvent renfermés.
Ce n’est point là une simple hypothèse fondée sur l’analogie anatomique; cette contraction péristaltique des vaisseaux peut être observée chez certains animaux et même chez l’homme.
Sur les annélides, on voit détient la contraction de l'artère principale être progressive.
En employant un fort grossissement, on voit assez nettement, sur la membrane interdigitale d’une grenouille, le calibre des artères changer d’un instant à l’autre; à une dilatation succède un resserrement relatif, et ice versd; il est vrai que la dilatation correspond à une pulsation cardiaque et c'est ce qui rend l’action propre de l'artère difficile à apercevoir. L’ondée sanguine produit donc de proche en proche, sur le trajet des artères, des dilatations ampullaires qui mettent en jeu non-seulement les éléments élastiques (1), mais'les élements musculaires qui entrent en contraction après avoir été distendus et qui réagissent sur le sang pour le faire progresser dans le sens où il rencontre moins de résistance. Il suffit que les contractions des artérioles soient progressives et qu'elles aient lieu sans devenir spasmodiques et sans obturer la lumière du vaisseau.
(4) Non-seulement le cœur, par ses contractions, imprime au sang artériel son cours centrifuge, mais les grosses artères viennent encore ajouter à cette action par leur élasticité ; l’élasticité, d’ailleurs, est une force purement passive el par cela d'antent plus précieuse, qu’elle agit
constamment, avec la même Leu: sans qu'aucun trouble organique puisse ufluer sur elle. |
On peut voir chez l’homme même une contraction périslaltique des artères. Lorsque l'artère centrale de la rétine est obturée par un caillot, on voit, à l’aide de l’ophthal- moscope, les artérioles qui établissent une circulation collaiérale avoir des mouvements péristaltiques très-marqués. Ce phénomène est d'autant plus remarquable que l'oblitération de l’artère principale montre immédiatement la relation qu'il y a entre la plus grande quantité de sang que doivent amener les autres artères et les mouvements péristaltiques qu'elles possèdent. Il y a certes peu de fails aussi concluants que celui-ci pour démontrer l'influence de la contractilité des artères sur le cours du sang.
Notons que ces contractions propres des parois vasculaires, qui sont d'autant plus fortes que ces parois sont plus riches en muscles, peuvent être aisément constatées à l'œil nu sur l'oreille du lapin, sur certains vaisseaux de l’anguille, sur les veines caves près du cœur, etc.
Ajoutons encore que, si les fibres-cellules des artères servaient uniquement à modérer le cours du sang, on Îles trouverait surtout dans les points où la circulation est plus directement soumise à l'influence du cœur, et l’on sait que c'est précisément le contraire. Ce sont les artères éloignées du cœur qui présentent la plus grande richesse musculaire, ce sont celles où le courant marche contre les lois de la pesanteur, comme à la tête par exemple, ou encore dans celles où l’action du cœur devient presque nulle, comme pour les vaisseaux ombilicaux.
Pour les tissus érectiles, comme l’un de nous l’a démontré (1), la paralysie des rameaux du sympathique, loin
… (4) Legros, Des tissus érectiles.
de déterminer une turgescence de ces tissus, produit au contraire une circulation moins active, et, par conséquent, l'impossibilité de l'érection. | : ‘4 Enfin, quoiqu'il soit difficile de séparer les nerfs moteurs des nerfs sensitifs, pour les appareils de la vie organique, w il est évident que tous possèdent ces deux sortes de nerfs. L'intestin a sa sensibilité, et ses contractions ne sont que l'effet d’une action réflexe, Chaque fois que sa partie interne se trouve excitée par le bol alimentaire, on observe une contraction en ce point, et celle contraction cesse dès qu'il n’y a plus de matière en contact pour reparaitre sous l'influence des mêmes causes. La même chose existe pour le cœur, où il semble que les deux sortes de nerfs (sensitifs et moteurs)sont plus isolés; et ici, comme pour l'intestin, les contractions semblent proportionnéesàl’excitation première. | Pour les vaisseaux sanguins, cette sensibilité inconsciente | doit également exister; physiologiquement, elle est indispeusable. D'ailleurs on trouve dans les filets du sympathique deux sortes de nerfs, des tubes et des fibres de Re-. mak. Dans certains organes (tissu spongieux du gland, par exemple), on ne trouve que les fibres de Remak% les tubes se rendent dans la muqueuse qui recouvre les aréoles ; c’est qu'en effet c'est de là que part l’action réflexe qui doit influencer les artérioles du gland et amener la turgescence; il semblerait par là que dans le sympathique les éléments tubulés servent à la sensibilité et les fibres de Remak aux mouvements. | = La contraction des muscles vasculaires est donc, comme la contraction de toutes les fibres musculaires lisses, consé-: cutive à une action réflexe. Dès que l’ondée sanguine a dilaté le vaisseau, les filets sensitifs du grand sympathique
transmettent l'impression aux ganglions, et les filets moteurs agissent sur la tunique contractile. |
Pour démontrer que la contraction des artères aide à la progression du sang, nous avons dû instituer deux sortes d'expériences. Dans la première série, nous avons cherché à supprimer ou à atténuer l'action du cœur pour étudier en même temps les phénomènes qui ont lieu du côté de Ja circulation périphérique ; dans la seconde série, nous avons essayé d’agir directement sur la contractilité des artères, sans influencer l'action du cœur.
Nous reproduisons ci-après les principales expériences que nous avons faites et sur lesquelles nous nous appuyons pour admettre la contraction péristaltique des artérioles.
La contractilité artérielle sert à la progression des liquides renfermés dansles artères,
* Si le cours du sang dans les artères n’est dû qu’à l’action du cœur à l’élasticité des artères, on doit, en supprimant l’action du cœur, n’avoir plus que l'influence seule de l’élasticité,
* Or, l’élasticité est une force passive et physique. Elle existe après la mort comme pendant la vie, et elle agit de même si l’on injecte les artères d’un cadavre où d’un animal vivant.
L'élasticité facilite la progression des liquides renfermés dans l’artère, et si, d'un autre côté, comme le soutiennent plusieurs physiologistes, la contractilité des artérioles a pour effet de ralentir et de modérer la circulation, l’élasticité aura d'autant plus d'influence sur la progression des liquides qu’elle n’aura plus à lutter contre la contractilité des vaisseaux périphériques.
Partant de ces idées théoriques, si, chez un animal, on vient à lier l'aorte afin de supprimer complétement, pour les artères des membres inférieurs, l’action du cœur, et si, au-dessous de la ligature, on injecte un liquide, celui-ci ne progressera que sous l'influence de l’élasticité, et pénétrera les tissus à la même profondeur sur un animal vivant ou sur un animal mort depuis quelque temps. Mais il devrait pénétrer plus profondément pour un cadavre, car la contractilité des artères est ae dans ce Cas.
foi
Mais tout le contraire a lieu, et la différence est même excessivement grande, Lorsque la contractilité des artères existe encore, comme dans le cas de vie, l'injection pénètre partout, et elle revient même par les veines pendant tout le temps que l'animal est en vie. Sur le cadavre, au contraire, il faut une force d’impulsion très-considérable et longtemps continuée pour faire arriver l'injection jusque dans les capillaires, et surtout dans les capillaires les plus fins, comme dans le cas précédent.
ExP, I. — Sur une chienne déjà épuisée par plusieurs expériences, on ouvre l’abdomen et l’on place une ligature sur l'aorte. Au-dessous de la ligature, on introduit une canule par laquelle on laisse couler de l’eau colorée par du bleu de Prusse. Ce liquide est maintenu, à 2 décimètres environ au-dessus de l'animal, dans un entonnoir de verre qui communique avec la canule au moyen d’un tube de caoutchouc.
Le liquide qui pénètre ainsi dans l'aorte abdominale ne supporte donc qu’une pression d’une colonne d’eau de 2 décimètres, pression insignifianie et qui n’a pour but que de laisser couler le liquide dans l'artère.
Malgré cette faible pression, le liquide pénètre dans les capillaires, et la muqueuse vaginale surtout se trouve très-finement injectée,
Dans cette expérience, le liquide ne revient point par les veines, comme dans les suivantes. Mais il faut remarquer que le liquide injecté était composé d'une grande quantité de bleu de Prusse, qui, à cette dose, n’est peut-être pas complétement inoffensif: qu’il y avait un peu de glycérine, et que, de plus, nous n’avions pas eu la précaution de chauffer l’eau, et enfin que l'animal était très-épuisé.
Exp. IL. — Sur un lapin, on ouvre l'abdomen, on lie l’aorte audessus des artères rénales et l’on introduit au-dessous une canule communiquant, au moyen d’un tube de caoutchouc, avec un entonnoir de verre dans lequel on verse du lait chauffé à environ 20 degrés. Le niveau du lait se trouve à 2 décimètre au- dessus de l’aorte. On coupe en même temps la veine iliaque. |
Au bout de deux minutes, on voit le sang qui s’écoule par les veines mélangé avec du lait, et, quelque temps après, les veines ne renfermeut plus que du lait. Le lendemain, au microscope, on constate que toutes les parties du corps situées au-dessous de la ligature de l'aorte sont complétement exsangues, et que les capillaires sont remplis de gouttelettes de lait.
ExP. IL. — Sur un lapin, on laisse couler dans l'aorte abdominale par le même procédé que ci-dessus, une solution de gélatine
colorée avec du carmin. Au bout de peu d’instants, le sang qui revient par les veines est mélangé avec du liquide injecté, et celui-ci finit par remplir seul les veines. Les membres inférieurs de l’animal sont complétement colorés en rouge. Au microscope, on constate que Îles capillaires les plus fins sont partout injectés; les reins, les intestins, situés au-dessous de la ligature, là moelle des os, etc., offrent des injections remarquables et que l’on ne pourrait aloi que très- diflicilement sur le cadavre, même avec des pressions très-fortes.
Ces expériences, qui démontrent clairement l'influence de la contractilité artérielle sur la progression des liquides dans les artères, conduisent également à ce fait important pour les recherches histologiques, qu'il est plus avantageux de faire les injections pendant que l’animal est encore en vieou peu de temps après la mort, que lorsqu'il a succombé depuis longtemps.
On peut rapprocher ces faits de ceux que nous avons également constatés sur des têtes de décapités. Chez trois suppliciés, nous avons vu de l’air mêlé au sang, non-seulement dans les vaisseaux du tronc, mais dans la tête, jusque dans les artérioles de la pie-mère. On pourrait admettre à la rigueur que le sang qui s'écoule brusquement des gros vaisseaux coupés est remplacé paf de l’air, malgré ce que l’on sait de leur rétraction rapide. Mais cette hypothèse est inadmissible pour les vaisseaux d’un calibre très-fin, et il nous paraît évident que l’ondée sanguine, au moment de la décapitation, a continué à progresser en partie du côté des capillaires, entraînant avec elle quelques bulles d’air. Dans la mort subite, la puissance contractile des vaisseaux ne doit pas, en ellet, disparaître immédiatement; elle persiste pendant quelque
temps, comme la plupart des mouvements dus aux fibres musculaires lisses.
De la circulation périphérique lorsqu'on arrête l’action du cœur.
Le meilleur moyen d'empêcher l’action du cœur sur la circulation périphérique est de placer une ligature sur l’aorte et d'examiner ce qui se passe dans les vaisseaux des membres inférieurs.
À l'œil nu, cette ligature est suivie de la pâleur des tissus et du refroidissement de ces parties; mais si l’on examine les vaisseaux périphériques au microscope, on peut constater encore, pendant quel -
‘que temps après la ligature de l'aorte, divers phénomènes qui ont ve cause la contractilité des artérioles. 3 ONIMUS ET LEGROS, | 11
CORRE M ‘ot
Exp. IV, — En liant, sur une grenouille, tous les vaisseaux qui se rendent au cœur ou quien partent, et en examinant au microscope les
artères et les veines du mésentère, on voit le sang circuler encore trèsrégulièrement pendant deux à trois minutes.
Au bout de ce temps, le courant sanguin s’arrête dans les veines, qui paraissent très-gonflées. Dans les artères, le courant sanguin se ralentit
beaucoup et ne se meut plus que par légères saccades. Après avoir eu
lieu dans le sens normal, le courant se fait de temps en temps en sens inverse, et surtout lorsqu'il a eu lieu précédemment dans le sens direct
avec plus d'énergie. Le sang renfermé dans les veines présente des os-
cillations assez régulières, comme intervalle de temps, mais variables comme intensité. Les plus grandes oscillations succèdent à un mouvement plus rapide de la colonne sanguine des artérioles. C’est également après cette circulation plus rapide dans les artérioles que le sang qui Y est renfermé prend, pendant un instant, une direction inverse, c’est-àdire des capillaires vers le cœur. Si l’on électrise alors, au moven de courants continus, les parties examinées au microscope, on voit le sang, dans les artérioles, prendre un mouvement plus rapide et les oscillations dans les veines devenir beaucoup plus prononcées.
Au bout de vingt minutes on ébupe le cœur, et aussitôt, par suite de l’hémorrhagie, les veines se dégonflent, le sang y prend un mouvement centripète, régulier, et l'on n’y remarque plus d’oscillations. Le sang renfermé dans les artérioles se meut également plus rapidement, et sa direction reste normale.
Enfin, le sang finit par s'arrêter complétement dans les veines. Les artérioles sont la plupart exsangues; dans quelques-unes on aperçoit encore quelques mouvements irréguliers que l’on peut augmenter légèrement par les céurants continus.
EXP. V. — On dispose pour l'examen microscopique la membrane interdigitale d’une grenouille. L’aorte est mise à nu, et au moyen d’une serre-fine on interrompt et l’on rétablit le courant à volonté.
Lorsque l’on comprime l'aorte, les globules sanguins s’écoulent lente-
* ment dans les artérioles. Par moment, il y a une sorte d’impulsion qui
les fait cheminer, surtout lorsqu'ils s'accumulent en un point.
Lorsque l'interruption du courant sanguin a duré quelque temps et qu'on rétablit le courant, la circulation acquiert immédiatement une activité incroyable.
En électrisant avec les courants continus (courant descendant), le calibre des artérioles semble augmenter. La circulation est en même
D OR RAR ” " * Ass. d & s "I !
temps accélérée dans les capillaires. La circulation venant à s'arrêter, les courants continus la rétablissent.
Exp. VI. — On examine au microscope le mésentère d’une grenouille, et l’on place une serre-fine au-dessus du cœur. Les premières minutes, le sang continue à progresser dans les artères ainsi que dans les veines. Il s'arrête d’abord dans les veines, et il continue à se mouvoir plus longtemps dans les artères, où souvent il se dirige en sens inverse.
On enlève la serre-fine, et aussitôt la circulation se rétablit complétement, et le sang prend dans les artères une très-grande vitesse.
On remet la serre-fine sur le cœur. Le cours du sang, dans les artérioles, continue assez longtemps, mais dans les veines on n’observe plus que des oscillations. En enlevant la serre-fine pour laisser le cœur se contracter trois fois, on voit le sang dans les artères augmenter de vitesse el de quantité ; mais ces contractions cardiaques n’influent que peu sur la circulation veineuse ; les oscillations deviennent plus fortés et plus fréquentes, mais le sang n'y avance point.
En enlevant complétement la serre-fine, le cours du savg reprend complétement dans les artérioles ; quelques-unes cependant restent contractées et imperméables. Dans les veines, au bout de quelque temps seulement, le sang recommence à se mouvoir, d’abord très-lentement et par saccades. Ces saccades ne correspondent nullement aux contractions du cœur, car on en compte, pendant une révolution se quatre ou cinq.
Exp. VII. — On examine au microscope la membrane interdigitale d’une grenouille. Après avoir lié l'artère crurale, on voit la circulation se ralentir, mais marcher pendant quelque temps assez régulièrement. Puis, le sang ne progresse plus que par saccades. Lorsque ces saccades ont déterminé un mouvement rapide, le sang, après avoir marché vers les capillaires, revient en sens inverse. Les courants continus, à direcüon centrifuge, augmentent la circulation. Au boût de trente secondes, le cours du sang qui avait cu lieu dans le sens direct se meut des capillaires vers le cœur, puis reprend sa direction normale, qu’il conserve aussi longtemps que le courant électrique passe à travers les tissus. En cessant l’électrisation, la circulation continue pendant quelque temps puis s'arrête après de nombreuses oscillations.
Les oscillations, dans les artérioles, consistent dans des mouvements en diverssens, et sans ordre, que la contractilité artérielle imprime aux globules sanguins. :
On voit en un point quelques globules s’entasser et distendre l’arté+
riole qui, réagissant contre cette pression, se contracte en ce point et chasse les globules dans toutes les directions. C’est surtout aux divisions des artérioles que ce phénomène est le plus apparent. Nous avons parfaitement vu, à l’éperon formé par une bifurcation, alors que l’artériole était très-rétrécie et presque exsangue, un globule s'arrêter à l’éperon, et déterminer par sa position l’arrêt des autres globules arrivant en ce : point. Peu à peu le vaisseau s’est laissé dilater par cette accumulation de globules, puis tout à coup il s’est rétréci et a imprimé aux globules immobiles auparavant différentes directions ; dans les deux branches situées au-dessous de l’endroit contracté, les globules se dirigèrent vers les capillaires, tandis qu’ils eurent un mouvement inverse dans le tronc primitif.
Ces expériences sont difficiles à faire sur des animaux à sang chaud, car il n’est possible d'examiner au microscope que les vaisseaux du mésentèrez et l’arrêt du cœur dans ces conditions détermine tellement de perturbation, que tout mouvement circulatoire est arrêté. Cependant nous avons pu observer les faits suivants sur un lapin et sur un cobaye. Sur un lapin très-épuisé par des expériences précédentes, et presque à l'agonie, on ouvre l’abdomen et l’on étend une partie du mésentère sous le champ du microscope. Dans la plupart des vaisseaux, la circulation est complétement arrêtée. Dans quelques artérioles, le sang progresse encore très-lentement ; il y à par moments des arrêts de la colonne sanguine suivis de mouvements très-prononcés. Ces saccades se succèdent assez régulièrement, mais elles ne coïncident nullement avec les mouvements cardiaques, ni avec ceux de la respiration. Les courants continus accélèrent légèrement la circulation.
EXP. VIIL — Sur un cochon d'Inde, après avoir ouvert l'abdomen et placé un fragment du péritoine sous le microscope, on coupe en travers la carotide gauche et on laisse l'animal mourir d'hémorrhagie.
On remarque pendant ce temps que la circulation dans les artérioles se ralentit, que le sang y arriveen moindre quantité, puis que les artères se rétrécissent considérablement, et lorsque le cœur a cessé de battre, on les voit encore se contracter à de rares intervalles pour chasser le sang qu’elles renferment.
Toutes ces expériences nous montrent clairement que lorsque l'arrêt du cœur vient à être produit, le sang, tout en diminuant de vitesse, continue pendant quelques instants à progresser régulièrement ; ce phénomène est dû sans doute en partie à l’action de l’élasticité des artères. Lors ue cette action cesse ou devient insuffisante, le sang perd son
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mouvement régulier, car il n’est plus mis en mouvement que par la contraction des artérioles. C’est alors que l’on voit apparaître ces saccades, et que dans les veines le sang ne fait plus qu’osciller sous l’influence de la pression déterminée par les contractions autonomes des artérioles. C’est alors aussi que le sang arrêté dans les veines détermine une tension très-forte et une résistance presque insurmontable, et que, chassé d’abord vers ies capillaires par la contraction des artérioles, il finit par se mouvoir en sens inverse.
Si, par une hémorrhagie veineuse, la pression diminue dans les veines, les oscillations cessent aussitôt, et dans {es artérioles on voit pendant tout ce temps le sang marcher dans le sens normal.
Ce reflux du sang des artérioles vers les artères plus volumineuses est la conséquence de la plus grande contractilité des vaisseaux périphériques, et elle doit avoir lieu également chez l’homme sain, lorsqu'une grande excitation du nerf sympathique vient à déterminer une contraction spasmodique des artérioles et une pâleur subite de la peau.
Quoi qu'il en soit, tous ces faits, que nous avons constatés plusieurs fois, prouvent bien qu’en dehors de l'influence du cœur et de l’élasticité des artères, le sang peut être mis en mouvement par l’action des fibrescellules des artérioles.
De la circulation périphérique lorsqu'on diminue l’action du cœur.
Lorsqu'on coupe un filet sympathique, l’afflux du sang dans les parties auxquelles se distribuait ce filet nerveux est tout entier sous l’influence du cœur. Les fibres musculaires des vaisseaux, étant paralysées, ne peuvent plus avoir aucune influence, ni sur l'arrêt du sang, ni sur sa progression. Si la force du cœur vient à diminuer, la circulation devra donc se ralentir beaucoup dans les vaisseaux paralysés. Elie devra également se ralentir, mais beaucoup moins, dans les parties saines, si la contractilité des artères contribue à la progression du sang. Donc, st la contraction des fibres musculaires des vaisseaux facilite la circulation dans les parties périphériques, la différence de température devra cesser entre le côté où le sympathique est coupé et le côté sain, lorsque l’on affaiblit les contractions cardiaques. Et si celles-ci perdent beaucoup de leur énergie, la différence de température devra même être à l'avantage du côté sain.
L'expérience ici encore vient démontrer qu’en effet la contraction physiologique des artérioles facilite la progression du sang dans les parties périphériques.
L'agent le plus énergique pour paralyser les fibres musculaires du cœur esi le chloroforme. Nous avons vu dans une autre série d’expériences que le chloroforme tuait les animaux, parce qu'il paralysait le cœur, En effet, lorsque le chloroforme agit pendant longtemps, le cœur est devenu incapable de se contracter, même sous l'influence des exci-
tants les plus énergiques.
Exe, IX. — Sur un chien chez lequel nous avions coupé à gauche le grand sympathique, nous avons constaté avant la chloroformisation les températures suivantes : côté opéré, 34 degrés ; côté sain, 30°,5.
Après lui avoir fait respirer du chloroforme, on constate que la température baisse très-vite du côté opéré. On laisse le chien se réveiller et l'on reprend les températures : côté opéré, 30 degrés ; côté sain, 29°,8.
On fait de nouveau respirer du chloroforme, et la température des-
cend du côté opéré à 26 degrés, 25 degrés, et enfin 24°,5, tandis qu’elle est de 27 degrés du côté sain. On suspend les inhalations de chloroforme et la température remonte peu à peu. Un quart d’heure après que le chien a été détaché, l'oreille du côté opéré est de nouveau plus chaude que celle du côté sain.
M. Claude Bernard avait déjà remarqué, il y a plusieurs années, que l’éther et le chloroforme produisent un abaissement de température du côté où le sympathique a été détruit.
Sur une chienne qui avait subi la section du filet sympathique dans le cou du côté droit, il observa que pendant qu’on chloroformait l'animal, l'oreille droite baissa rapidement de température, devint froide et pâle, tandis que celle du côté sain à gauche devint plus injectée et plus chaude. Le thermomètre indiquait à droite 36°,8, et à gauche 37°,2.
Une heure et demie après qu’on eut cessé les inspirations du chloroforme, on trouvait à droite (côté opéré) 37°,8, et à gauche 34°,4.
Dans une autre expérience faite sur une chienne, le thermomètre
métastatique à déversement, de M. Walferdin, indiquait avant les inhalations de chloroforme :
Côté gauche sain. vis. di eat 1659 Côté droit (sympathique coupé).. 1759,5
On chloroforma l’animal, et l’on mesura de nouveau la température des oreilles, qui fut trouvée :
Côté gauche sain..... montée de 165° à 1749 Côté droit, nerf coupé. baissée de 177°,5 à 1770 (1)
(1) Leçons sur le système nerveux. Paris, 1858, in-8, t. Il, p. 504.
Exp. X. — On injecte 40 grammes d'alcool dans l'estomac d’un chien qui, la veille, avait subi la section du sympathique droit. La différence de température était, avant l’opération, de 5 degrés centigrades en faveur de l'oreille du côté opéré.
Au bout de douze minutes, l’animal est ivre-mort, et les deux oreilles donnent au thermomètre la même température, 34 degrés. On observe
en même temps une contraction des deux pupilles, mais celle du côté opéré est plus contractée.
ExP. XI. — Sur un chien, après avoir coupé le sympathique et constaté la différence de température, nous injectâmes sous la peau de la digitaline.
Il y eut un léger ralentissement du pouls, lanimal ne parut guère incommodé, et la différence de température, entre le côté sain et le côté opéré ne subit aucune différence.
Nous répétâmes la même expérience sur un cochon d’Inde, mais en donnant la digitaline à dose toxique; après avoir coupé le sympathique à gauche, on mesure les températures des oreilles au bout de quelque temps :
A gauche (côté opéré).... 250 A droite (çôté sain) ...... 220
On injecte une forte dose de digitaline et l’on reprend les températures :
Areauelhes., 4: de: 4 s A CUAARS 9 AMD... SN 200
Deux minutes avant que l'animal expire, on trouve :
À gauche.............. 229,9 APardite 2h SALUE, : 230
Une minute après la mort :
A gauche (côté opéré)...,. 210 A droite (côté sain)..... 229
Exp. XIT. — Sur un lapin, on coupe le sympathique droit à neuf beures du matin. A une heure de Lapie -midi, on prend les tempéra- Lures des oreilles : :
Oreille droite (côté opéré).. 340 Oreille gauche (côté sain).. 31°
On applique sur le thorax, après avoir rasé les poils, une vessie pleine
d’un mélange réfrigéramx. Les battements du cœur et les mouvements respiratoires s’accélèrent d’abord légèrement. Au bout de dix minutes, le thermomètre indique :
Oreille droite, .:.... 300,5 Oreille gauche.:..,..., 29°
On retire la glace pendant un quart d'heure, et immédiatement après avoir suspendu son action, on note les températures suivantes :
Oreille. droite. .. 28973 Oreille gauche. .,..... he -
Puis, au bout d’un instant :
Oreille droite.....,.,.. 290,9 Oreille gauche........ 290,9
On applique de nouveau la glace ; on détermine un léger frisson au moment de l'application et une accélération de la respiration. On obtient les températures successives :
Oreille droite (côté opéré). Oreille gauche.
On retire alors la vessie pleine de glace et on la remplace par une autre renfermant de l’eau chaude. On trouve alors les températures suivantes :
Oreille droite. Oreille gauche.