‹ Traité d'électricité médicale [electronic resource]Chapitre 34 sur 173 · PE · texte numérisé non relu

PE

On cesse de prendre les températures ; on détache l’animal, qui reste Le

presque immobile ; il ne peut faire aucun mouvement et a perdu de sa sensibilité.

Au bout d’une demi-heure, les mouvements et la sensibilité reviennent, et en prenant les températures dans les oreilles, on obtient :

Oreille droite...,..... 330 Oreille gauche. ....... 309,7

On voit donc, par ces diverses expériences, que, lorsqu'on diminue l’action du ,cœur, la diflérence de température qui existait entre les parties saines et les parties où le sympathique avait été coupé, tend constamment à diminuer; que souvent les deux côtés finissent par avoir la même température. De plus, dans les cas où le cœur finit par être presque complétement paralysé, la température devient même plus grande du côté sain, où la contractilité des artères fait encore progresser le sang, que du côté où cette contractilité a été abolie.

De la circulation périphérique lorsqu'on agit sur la contractilité artérielle.

Dans les expériences suivantes, nous avons eu pour but d’agir directement sur la contractilité des artères. L'agent principal que nous avons employé pour produire cet effet, est l'électricité à courants interrompus et à courants constants et continus. Mais avant d’aborder cette série d'expériences, qui nous a fourni plusieurs faits importants, nous devons mentionner les résultats obtenus par d’autres procédés.

On sait que l’excitation du grand sympathique produit un resserrement des artérioles, la pâleur et le refroidissement des parties qui reçcoivent les filets sympathiques excités. Mais jusqu’à présent cette excitation du grand sympathique s’est toujours faite au moyen de courants interrompus qui, comme nous le verrons plus loin, déterminent une contraction spasmodique des fibres-cellules des vaisseaux. Nous avons cherché si d’autres excitations, qui ne font qu'irriter le système nerveux, ne pourraient pas augmenter la contraction physiologique des artérioles sans produire cette contraction tétanique, et qui, par conséquent, feraient accélérer la circulation au lieu de la ralentir.

Exp. XIIL. — Sur un lapin sain, on cherche le ganglion cervical supérieur à gauche. On passe sous ce ganglion un fil de soie, et on le lie sur le ganglion sans déterminer aucune solution de continuité de la masse

nerveuse, et en n’exerçant qu'une pression très-modérée.

Il n’y a pendant l'opération ni hémorrhagie ni aucune blessure de nerfs, d’artères ou de veines.

Une heure après l’opération, on constate à la main une différence de température entre les deux oreilles. Du côté opéré, la température est plus élevée que du côté sain.

déchu

Le lendemain, dix-huit heures après l'opération, on cherche les températures au moyen du thermomètre; l'oreille gauche donne à chaque mensuration de 2 à 2 degrés et demi de plus que l'oreille droite. Tandis que, du côté gauche {côté opéré), on trouve une température qui, selon les moments de la mensuration, varie entre 35°,5 et 36 degrés, celle du côté droit varie entre 32°,5 et 33°,5.

Ces variations de température pour un même côté dépendent surtout de l’excitatfon directe faite sur une oreille. En soulevant ou en maintenant un lapin par une oreille, celle-ci, au bout de peu d’instants, offre une vascularisation plus grande et une température plus élevée. Ge phénomène est très-important à connaître, car si l’on n’en tenait compte, il amènerait souvent de grandes erreurs. Mais dans ce fait même, que l’on retrouve également chez l’homme (tiraillement des oreilles), nous avons une expérience vulgaire, qui vient à l’appui de notre opinion, car il montre bien l’augmentation de la température sous l’influence d’une irritation. |

Exp. XIV. — Sur un lapin sain on isole le sympathique au cou du côté droit. L'opération a lieu sans hémorrhagie. On passe au-dessous du filet du sympathique une lame de liége et l’on fait tomber sur le nerf uve goutte de glycérine.

Quelques minutes après, l'oreille droite présente une turgescence énorme. Sa température est de 29°,5, tandis que celle du côté gauche est de 27°,5. |

On électrise alors le sympathique avec les courants continus pendant

deux minutes. La turgescence vasculaire semble diminuée, mais la différence de température à la main est toujours aussi accusée. Au thermomètre, on obtient : côté opéré, 29°,5; côté sain, 28 degrés. Il faut noter que la glycérine, mise sur la moelle ou sur le nerf sciatique, détermine presque aussitôt des contractions musculaires dans les membres inférieurs. Ces contractions ne sont nullement tétaniques ; elles ont lieu au contraire d’uné manière très-isolée, et consistent surtout en contractions fibrillaires. |

Get effet de la glycérine sur les muscles striés nous explique son action sur le sympathique, car elle ne paralyse point et détermine au contraire des contractions; mais ces contractions ne sont point spasmodiques.

Exp. XV. — Sur un cobaye sain, on découvre le sympathique à gauche et on le touche légèrement avec du nitrate d’argent. Au bout de cinq minutes, on constate une plus grande vascularisation dans l'oreille

gauche, et quelques instants après on prend la température au thermomètre :

Côté gauche (opéré).... 259,7

Côté droit (sain). ...... 220,8

On coupe alors le sympathique du côté opéré, et immédiatement - après on constate dans l’oreille correspondante une température de 26 degrés. Un quart d'heure après la section du sympathique, on recherche les températures :

Côté gauche (opéré).... 25° Côté droit (sain)....... 220

Exp. XVI. — En examinant au microscope la circulation chez une grenouille, on voit que l'administration de la caféine détermine une.accélération très-grande de la circulation. Partant de ce fait, et considérant la caféine comme un excitant de la contractilité artérielle, nous avons donné à un lapin de la caféine après lui avoir coupé le sympathique d’un côté.

Après la section du sympathique, on avait noté les températures suivantes :

Gé opéré. sis sise 349,3 Côté Bain. 2, 7e

Après l'administration de la caféine :

Côté sain. Côté opéré.

L'animal n'a pas succombé sous nos yeux ; mais le lendemain matin il était trouvé mort.

knfin, nous avons constaté une plus grande accélération de la circution sous l'influence de la strychnine et de la brucine.

A côté de ces expériences, nous pouvons placer celle de M. Schiff, relatée dans la thèse de M. Meuriot (1). Après avoir coupé le grand sympathique sur des chiens, il constata que la différence qui existait daus la température des deux oreilles, loin d'augmenter sous l'influence

(1) De la méthode physiologique en thérapeutique et de ses applications à l'étude de la belladone. Paris, 1868.

de l’atropine, diminuait, et que la température augmentait des deux côtés. Dans un cas, le thermomètre monta du côté du sympathique sectionné de neuf dixièmes de degré, et, du côté sain, de 3 degrés un dixième.

Les recherches de M. Meuriot lui ont fait admettre que l’atropine agissait sur la contractilité des artères et amenait une congestion active.

Certes, la liste des médicaments qui pourraient produire ce même phénomène de l'augmentation de la température du côté non paralysé est plus complète que nous ne l’indiquons. D'ailleurs, ce procédé opératoire, qui n'offre point de sérieuses difficultés, peut être employé chaque fois que l’on voudra étudier l’action d’un médicament quelconque sur la circulation. Notre seul but est, dans le moment, de montrer que, si l’on excite (non tétaniquement) la contractilité artérielle, on obtient, du côté où cette contractilité existe encore, une plus grande activité de la circulation, et que par conséquent cette contracülité a physiologiquement, entre autres fonctions, celle de faciliter le cours du sang.

Le fait essentiel qui ressort de ces expériences, c’est que la différence de contraction des artérioles influe sur les mouvements du sang. Lorsque cette contraction est spasmodique, il y a diminution de la circulation; lorsque, au contraire, elle se fait normalement, c’est-à-dire d’une facon vermiculaire, la quantité de sang qui arrive dans les tissus est augmentée.

On comprend ainsi que la circulation puisse être modiliée dans les organes périphériques indépendamment de l’action du cœur, et surtout qu'il puisse y avoir un plus grand afflux de sang, non parce que les fibres musculaires des vaisseaux sont paralysés, mais au contraire parce que leurs contractions normales sont augmentées. De même, lorsque le sang est arrêté en un point ou que son mouvement est très-ralenti, on pourra, en excitant les contractions autonomes des vaisseaux, en rétablir le cours, et par

conséquent agir sur la nutrition des tissus, et dans certains cas empêcher l'atrophie et la dégénérescence des éléments.

L'idée et les conclusions que nous cherchons à combattre et qui ont été généralement admises, veulent que toute congestion soit le résultat de la paralysie des nerfs vasomoteurs. Mais les expériences de Claude Bernard sur la corde du tympan, celles de Schiff et de Loven sur le nerf auriculo-temporal et en général sur la plupart des nerfs sensitifs, et celles de l’un de nous sur les tissus érectiles, démontrent d’une manière évidente qu'il y a, dans la plupart des congestions, une influence active, et non paralysante.

Que la paralysie des vaisseaux puisse, dans certains cas, amener de la congestion, cela ne fait aucun doute. L’expérience de M. Claude Bernard prouve tellement cette influence, que l'on semble soutenir un paradoxe en disant que la contraction de ces mêmes vaisseaux peut également amener de la congestion. Les mots paralysie et contraction paraissent si opposés, que l'esprit admet tout de suite que l’une de ces causes doit agir complétement en sens opposé de l'autre. — Et cependant, peut-on comprendre la rougeur qui survient, après un traumatisme, comme résultat de la paralysie des nerfs vaso-moteurs? La présence d'une épine dans le doigt aurait-elle pour résultat ae supprimer les fonctions normales? Ce serait là une remarquable exception à tout ce que l’on observe dans les organes munis de fibres musculaires de la vie organique dont l’activité est exagérée sous l'influence d’une excitation.

Un grain de sable pénètre entre les paupières, et, Immédiatement, il y a rougeur de la conjonctive, Détruisez les

filets du sympathique qui se rendent à la tête d'un animal, les vaisseaux seront paralvsés autant que possible, et le réseau vasculaire apparaîtra plus nettement, mais jamais vous n'aurez la congestion intense qui accompagne la pré- … sence de corps étrangers lorsque les nerfs vaso-moteurs | sont restés intacts. C'est que, dans ce dernier cas, le grain de sable a exagéré les contractions péristaltiques des artérioles et augmenté en un point l’afflux du sang.

M. À. Moreau a montre qu'en énervant certaines artères on modifiait leurs battements. Sur des chiens, il coupe les nerfs mésentériques qui se rendent à une anse Intestipale, et il observe que dès le début 1l y a absence de battements (due évidemment à la contracture des vaisseaux); puis au bout d’un temps variable, les batiements réapparaissent, mais ils n’ont plus le même type que ceux des artères voisines que possèdent leurs nerfs. Cette expérience vient à l'appui de ce que nous avons avancé, car elle démontre que la suppression de la contractilité dans les artères change la forme des battements, ou en d’autres termes que la contractilité des fibres lisses a une influence active sur les mouvements des artérioles.

Il est, du reste, à noter que les observateurs qui ont étudié l'inflammation à l’aide du microscope ont vu qu'ily avait, au début, des alternatives de resserrement et de dilatation des vaisseaux; c’est notre contraction autonome.

Plus tard, le sang s'arrête, et il s'arrête mécaniquement,

parce qu’il y a coagulation dans tous les capillaires; mais, «

dans les points voisins de la coagulation, on retrouve, à un haut degré, des alternatives de contraction et de resserrement des artérioles. Ces battements sont tellement accentués dans certaines inflammations, le panaris, par exemple,

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que le malade en à conscience, ct la sensation n’est pas due seulement à l'hyperesthésie des tissus malades, car la main du médecin, appliquée sur le phlegmon, percevra les pulsations des vaisseaux qui luttent contre l'obstacle.

Le cœur est un organe aveugle qui pourvoit aux besoins généraux de la circulation et qui ne peut venir en aide aux phénomènes isolés qui se passent dans l’organisme ; c’est aux vaisseaux de chaque organe qu'est dévolu le pouvoir de modifier la circulation suivant l’acte à accomplir. Aussi, qu'arrive-t-il lorsque les vaso-moteurs sont paralysés, soit par une maladie grave comme la fièvre typhoïde, soit par une paralysie des centres nerveux? On voit alors que le moindre obstacle à la circulation amène la formation d’es-

. chares. De même, chez les vieillards, la diunnution de l’influx nerveux et la dégénérescence athéromateuse des artères causent des gangrènes et des eschares dès qu'une pression prolongée agit sur une région quelconque du corps.

Dans les expériences sur la section du grand sympa-

thique, les animaux succombent souvent à la suite d’une in- flammation et de nombreux foyers purulents. La raison en est due, sans doute, à la paralysie des vaisseaux, qui ne peuvent plus réagir, lorsqu'en un point le sang vient à s'arrèler et à se coaguler. Une expérience de M. Claude Bernard est remarquable sous ce rapport. Sur un cheval, la section du grand sympathique n’amena aucun accident inflammatoire jusqu'au moment où une irritation mécanique vint agir sur la tête. Aussitôt il y eut inflammation. A l’état normal, cette irritation (frottement) n'eût pas déterminé de telles conséquences, car si le sang s'était arrêté un instant, la contraction des artérioles aurait surmonté l’obstacle et aurait pu rétablir le cours du sang. Mais cette contracti-

lité venant à être abolie, l'arrêt du sang, une fois déter-

miné, ne pouvait pas être modifié par l’action trop éloignée du cœur et devait entraîner les conséquences fatales qui succédérent à cette cause toute mécanique. D'ailleurs, la marche et les symptômes des congestions ou des inflammations par paralysie des vaisseaux (et ce ne sont pas les plus

fréquentes) différent beaucoup des congestions actives et

des inflammations franches. Les symptômes sont bien différents dans la pneumonie hypostatique, où 1l y a paralysie, et dans la pneumonie qui débute brusquement chez un

homme bien portant. Ici ce sont véritablement des phéno-

mèênes actifs qui tendent à limiter la lésion.

De même, dans la chlorose, le bruit de souffle et les battements artériels exagérés sont dus aux alternatives de resserrement et de dilatation qui sont bien plus marquées et qui, produisant à chaque pulsation de grandes inégalités de tension sur tout le trajet des vaisseaux, causent ces bruits

de souffle et ces battements violents (1). Quant au bruit de

souffle à double courant, au bruit de diable, il est bien cerain que le murmure continu est dû à la contraction des artérioles et le renforcement à l'impulsion cardiaque ; 1l est difficile d'admettre que le bruit continu se passe dans

les veines, où le courant est si faible et dont les parois peu

résistantes ne peuvent vibrer.

Ces quelques exemples, tirés de la FN montrent

(1) M. le docteur Peter a déjà indiqué, en 1867, une opinion qui se rapproche beaucoup de celle que nous émettons. «Le bruit de souffle, dit M. Peter (Gazette des hôpitaux, 80 avril 1867), ne tient pas exclusivement, Comme on l'a professé, à la quantité du sang en circulation, mais il dérive surtout, pour ne pas dire exclusivement, de l’état de la

paroi vasculaire, laquelle est vivante, contractile, nerveuse et soumise comme telle aux brusques modifications que la vie emporte avec elle.»

tbe né

bien qu'il n’y a, pas contradiction entre les résultats fournis par nos expériences sur les animaux et les symptômes observés au lit du malade, et que, parmi toutes les causes qui peuvent avoir de l'influence sur la circulation, on doit ne pas négliger les muscles vasculaires, dont l’action ne se borne pas à la paralysie ou à la contraction tétanique, mais qui, produisant des alternatives régulières de dilatation et de contraction semblables à celles que l’on observe dans tous les canaux pourvus de fibres musculaires lisses, servent à la progression du sang'et peuvent, en certains cas, amener dans les circulations locales des changements de pression considérables,

Comme nous l'avons dit au commencement, et comme nous l’avons fait remarquer plusieurs fois, la théorie de la contraction autonome ne contredit en rien toutes les expériences faites sur les nerfs vaso-moteurs. Loin d’être en opposition avec les faits qui démontrent l'influence de la contraction des vaisseaux périphériques, elle augmente encore celte influence. Si elle détruit quelques-unes des déductions, et, à notre avis, des exagérations de la théorie des vaso-moteurs, elle est, d’un autre côté, non pas son anlagoniste, mais bien son complément légitime.

Influence des courants électriques sur les nerfs sympathiques.

On connaît l’action des courants d’induction sur le sym pathique. Ils déterminent le resserrement du calibre des vaisseaux, et le refroidissement des parties dépendantes du filet sympathique. Nous n'avons pas besoin d’insister sur cette action.

Les courants continus déterminent une action tout 0p-

posée. On peut dire d’une maniëre générale qu'ils augmentent la circulation, comme le prouvent les expériences suivantes :

Exp. XVII. — Sur un lapin sain, on découvre le sympathique au cou. On l’isole des autres parties, et on l'entoure d’une anse de fil qui ne le comprime en aucun point, et qui n’a pour but que de permettre de le soulever légèrement.

On électrise le filet du sympathique pendant deux minutes avec des courants continus. Une demi-heure après l’électrisation, on prend les températures des oreilles : côté sain, 23°,5 ; côté électrisé, 26 degrés. Une heure après : côté sain, 27 degrés ; côté électrisé, 27°,5

Exp. XVIII — Sur un lapin sain, on met le sympathique gauche à nu, et on l’électrise pendant une minute avec des courants continus. Le pôle positif se trouve au-dessus du pôle négatif, en considérant le filet nerveux comme ayant son origine près du thorax et remontant vers la tête.

Une demi-heure après l’électrisation, on sent très-facilement à la main une différence de température entre les deux oreilles, et l'oreille gauche (côté électrisé) paraît plus injectée du sang.

Au thermomètre, on trouve les températures suivantes :

Côté électrisé. Côté sain.

Pendant qu'on électrisait, et quelques minutes après l'opération, on remnarqua que les battements de l'artère carotide étaient bien plus M marqués qu'auparavant et que quelque temps après. |

Ge fait de l’exagération des battements artériels se voit également dans d’autres circonstances. C’est ainsi que chaque fois qu’on à une artère aux environs d’une plaie, on voit, au bout de quelques instants, lorsque l'opération nécessite la présence prolongée des doigts ou des ! instruments, des artères devenir plus visibles et présenter des batte- | ments plus prononcés. |

Exp. XIX.—Sur un lapin sain, on examine les vaisseaux de l’orcille pendant l'électrisation du sympathique correspondant. |

Avec les courants d'induction, on voit les artères se rétrécir d’une

manière très-prononcée, tandis que les courants continus déterminent un élargissement des vaisseaux et une vascularité très-grande,

On pourrait peut-être objecter que dans ces expériences, où l’on applique directement les rhéopheres sur le sympathique, les courants continus, qui ont une action chimique assez prononcée, détruisent le nerf el amênent ainsi une paralysie des parois vasculaires. |

Nous verrons plus loin que cette action des courants continus n’est pas due, au moins le plus souvent, à une paralysie des nerfs vaso-moteurs, mais bien à une plus grande contractilité artérielle. D'ailleurs, s'il y avait eu une vraie paralysie, la température se serait maintenue toujours plus élevée du côté électrisé, et 1l n’y aurait pas eu souvent, une heure après l'opération, une différence de 0°,5 entre les deux oreilles, lorsque, quelque temps auparavant cette différence était de 2 à 3 degrés.

Enfin, nous avons fait la même expérience sans agir directement sur le sympathique, et nous avons obtenu les mêmes effets.

Néanmoins, 1l est évident que, si l’on employait un courant très-puissant (dans toutes nos expériences nous n'avons Jamais employé qu’un courant formé par 10 à 14 éléments Remak), et qu’on le fit agir pendant longtemps, on arriverait à détruire une portion du nerf. Mais nous n'avons Jamais procédé de cette manière, et la différence qui existe entre la direction des courants continus, différence que nous aurons à étudier bientôt, prouve encore que, dans ces circonstances, le courant agit directement et non indirectement en altérant le nerf sympathique.

Lorsqu'on répète sur un même animal plusieurs expé-

riences de ce genre en fort peu de temps, ilarrive presque

constamment que les phénomènes deviennent bien moins

nets, et cela, parce qu’on fatigue les fibres musculaires, et

qu'on épuise, pour ainsi dire, leur contractilité. L’expé-: rience*suivante montre bien ce résultat.

Exp. XX. — Sur un lapin sain, on découvre le sympathique au cou, du côté droit. On le soulève légèrement, au moyen d’un fil placé sous lui et on l’électrise, pendant deux à trois minutes, avec de forts courants d’induction. L’artère de l'oreille correspondante se rétrécit au « point de cesser d’être aperçue. En cessant l’électrisation, l'artère reparait peu à peu, et, finalement, elle est plus grosse qu'avant l’opération. Au bout d’un instant, la température de ce côté est plus élevée que “ celle du côté opposé. Côté droit (côté électrisé avec courants d’induction), 30°; côté gauche, 29°.

On électrise alors avec les courants continus, ct aussitôt la température devient égale des deux côtés.

Afin de bien constater que la plaie n’agit pas du côté opéré, on découvre également le sympathique à gauche, et la température étant égale des deux côtés, en électrise le sympathique gauche avec de forts courants d’induction. Les artères de l'oreille se rétrécissent de ce côté. On cesse l’électrisation ct, au bout de fort peu de temps, l'oreille gauche devient plus vasculaire que celle du côté droit et présente un” excès de température de près d’un degré.

Cette augmentation de température ne peut être expli= quée que par un affaiblissement dela contractilité artérielle; elle disparait d’ailleurs assez promptement. Nous voyons. donc toujours les mêmes phénomènes se produire : aug= mentalion de température, lorsque les fibres-cellules des artérioles sont affaiblies ou paralysées, parce que la press sion amène la dilatation des vaisseaux et, par conséquent, | facilite l'accès d’une plus grande quantité de sang ; aug | mentation de température, comme dans le cas précédent, ! lorsqu’au contraire la contractilité physiologique desartères

sa em

se trouve exagérée, et que, par suite, le sang circule plus rapidement; et, enfin, refroidissement quand la contraction des artères se fait en masse et d’une manière spasmodique, parce qu'alors le diamètre des vaisseaux est et reste considérablement diminué.

Ces différents phénomènes apparaissent bien nets dans les expériences décrites jusqu'à présent. Nous allons voir que l'examen microscopique confirme en tous points ces résüultats. Sous ce rapport, nos expériences ont été aussi nombreuses et aussi variées que possible, el si, dans nos premières observations, nous trouvons que les courants continus tantôt élargissent, tantôt resserrent le diamètre des artérioles, c’est que nous ne tenions point compte alors de la direction des courants et que nous n’avions pas encore découvert l’action différente des courants continus sien leur direction.

Remak avait beaucoup insisté sur l'augmentation de la circulation sous l'influence des courants continus ; seulement, il admettait une dilatation passive sans faire, à ce point de vue, d'expériences physiologiques.

M. Robin et Hiffelsheim ont vu « que le courant inter mittent contracte les éléments musculaires des capillaires, effet qui est suivi généralement, et par réaction, d’une grande activité dans la circulation capillaire, et que le Courant voltaique continu, une fois le circuit fermé, dilate au contraire les capillaires et semble établir en même temps une régulière et uniforme circulation du sang. » ( Des applications médicales de la pile de Volta, p. 11, 1864.)

Cette observation de M. Robin et Hiffelsheim va être en grande partie confirmée par nos expériences, et elle est

- complétement vraie, du moment que l’on ne tient compte que d’une seule direction des courants continus.

Exp. XXI. — On découvre, chez une grenouille, le nerf sciatique, et l’on examine au microscope une veine et une artère de la membrane interdigitale. La circulation est languissante ; on électrise alors avec les courants continus (10 piles Remak). La circulation s'accélère immédiatement l'artère semble diminuer de volume, mais le calibre de la veine augmente, Après avoir suspendu l'électrisation, l'accélération persiste pendant dix à quinze minutes, puis elle se ralentit.

En employant les courants d’induction, la circulation s'arrête complétement et presque immédiatement. On cesse l’électrisation avec les courants d’induction ; la circulation reprend. On emploie les courants continus, Ja circulation s'accélère.

Exp. XXII. —On examine au microscope la membrane palmaire d'une grenouille, et, sans découvrir le nerf sciatique, sans inciser la peau, on électrise la patte avec les courants continus, La circulation capillaire devient aussitôt plus active. On emploie la faradisation, et la circulation s'arrête aussitôt dans les artères et dans les veines.

L'arrêt de la circulation par les courants d’induction a lieu pour deux raisons; la contraction des artères, qui empêchel’arrivée du sang, et la contraction des muscles, qui arrête la circulation dans les veines. On obtient les mêmes phénomènes, lorsqu’au lieu de courants d’induction, on emploie des courants constants avec de rapides interruptions.

ExP. XXIIT. — Pour voir isolément l’action sur la circulation de la contraction des artères et de celle des muscles, nous avons empoisonné un membre par le curare, et, après avoir mis la membrane interdigitale sous le microscope, nous avons mis le nerf à découvert et nous l'avons électrisé avec les courants d’induction.

Dans ces conditions, la circulation finit également par s'arrêter, mais moins promptement. Tandis que, lorsque les muscles se contractent, la circulation s’arrête aussitôt dans les veines qui restent gorgées desang, elle continue pendant quelque temps dansles veines, mais très-lentement, lorsque l'animal est empoisonné par lecurare. Dans les artères, la circulation s’arrête plus tôt, le calibre se rétrécit peu à peu, les globules n’y passent plus qu’un à un, et Bientôt l’artère devient filiforme et ne reçoit plus de sang.

Exp. XXIV. — Nous avons déjà vu, dans des expériences précédentes, que la circulation ralentie ou arrêtée était activée par l’électrisation au

moyen des courants constants et continus. Lorsqu'on détermine en un : point de l’inflammation et que l’on constate l'arrêt de la circulation, on peut également la rétablir au moven des courants constants et conunus. |

En examinant la membrane interdigitale d’une grenouille au microscope, on irrite le point examiné avec un fer rouge ou une goutte d'acide ; on remarque tout d’abord que l'artère diminue de volume, mais que la circulation devient, pendant les premiers instants, bien plus active. Tout le réseau capillaire fonctionne, puis peu à peu il se gorge de sang, les globules circulent plus lentement et finissent par s’arrêter. L’artère augmente de diamètre, elle devient souvent près de deux fois plus volumineuse, et le sang y progresse très-lentement. En employant, dans ces cas, les courants d’induction, la circulation reste arrêtée après une accélération éphémère. Les courants constants et continus rélablissent la circulation et l’activent pendant tout le temps de leur action. Chaque fois que, dans des inflammations provoquées, la circulation est arrétée, on peut la rétablir par l’électrisation au moyen des courants constants ; pourvu toutefois que les globules rouges ne soient point encore agalutinés.

Toutes ces expériences ont été répétées un très-grand nombre de fois et en donnant constamment les mêmes résultats, non-seulement chez les animaux à sang froid, mais encore chez les animaux à sang chaud,

Mais, avant de rapporter les expériences faites sur les animaux à sang Chaud, nous croyons devoir mentionner encore l’iufluence des courants électriques sur le Naïs filiformis ; car, chez cet animal, les contractions des artères sont très-visibles, et on les voit, débutant à l’une des extrémités, s'étendre progressivement jusqu'à l’autre et imiter le mouvement péristaltique des intestins. ù

Chez cet animal, les courants interrompus rétrécissent l'artère et arrêtent la circulation et les battements de l’artère. En même temps tout le corps de l’animalse contracte et devient moniliforme. Les courants continus accélèrent

la circulation, de telle sorte que le nombre des battements, c’est-à-dire des contractions de l’artère, qui était de 24 à la minute, est de 3h pendant qu'on fait passer le courant.

Voici maintenant quelques expériences sur les animaux à sang chaud.

Exp. XXV.— On chloroformise un chat et l’on examine son péritoine au microscope. La circulation est activée par l’action des courants constants et continus. L’électrisation par les courants d’induction détermine d’abord une légère augmentation de la circulation, puis le calibre des artères diminue, et quelquefois se resserre complétement. Lorsque l'animal est épuisé, la circulation marchant très-faiblement, les courants interrompus l’arrêtent complétement. Plusicurs fois on détermine dans les artérioles des oscillations de la colonne sanguine.

Les courants continus, lorsque la circulation vient de s'arrêter dans une artère ou dans une veine, la rétablissent de nouveau. En cautérisant une anse intestinale au fer rouge, la circulation augmente tout d’abord, puis elle s'arrête complétement ; les courants continus la rétablissent pendant quelque temps.

ExP. XXVI.— En examinant le mésentère d’un rat au microscope, on constate que les courants continus activent beaucoup la circulation. Les courants interrompus rétrécissent les vaisseaux au point de les effacer presque complétement ; la circulation augmente dans le commencement, puis se ralentit et s’arrêté en plusieurs endroits. Les courants continus appliqués alors déterminent une grande activité de la circulation.

Exp. XXVII. — Sur le mésentère d’un cochon d'Inde, les courants continus accélèrent la circulation. Les courants d’induction font diminuer très-notablement le calibre des artères ; la circulation augmente d’abord, puis se ralentit beaucoup. Une goutte d’acide sulfurique est portée sur une anse intestinale ; la circulation, aux environs du point excité, s’accé-

lère rapidement, puis diminue et s’arrête complétement, Les courants continus font reparaître la circulation.

Toutes ces expériences montrent donc clairement que Îles courants d'induction ou les courants. interrompus, de quelque nature qu’ils soient, rétrécissent les vaisseaux, ralentissent et mème arrêtent complétement la circulation.

Dee qe ee

Ces phénomènes concordent parfaitement avec les expériences sur le grand sympathique, dans lesquelles la faradisation du ganglion cervical supérieur détermine le refroidissement de la partie correspondante de la tête.

Les courants constants et continus activent au contraire la circulation, et cela, pendant tout le temps de leur applhication. Ils rétablissent même la circulation lorsqu'elle est complétement arrêtée. Ce résultat est également le même

que celui que l’on obtient eu électrisant le grand sympa-

thique avec les courants continus, car la température augmente dans ce cas, au heu de diminuer. Dans ces dernières expériences, on ne peut pas supposer que l'application des courants continus détermine une altération du nerf, et, par suite, agit comme une section matérielle, car les rhéophores n'ont pas été appliqués directement sur les nerfs. Nous voyons donc, au microscope, la cause de ces différences d'action des courants interrompus et des courants continus. Les premiers rétrécissent les artères et tétanisent presque les fibres musculaires des parois, tandis que les autres, tout en agissant sur la contracülité des vaisseaux, ne déterminent point de contraction spasmodique, et par conséquent facilitent le cours du sang, au lieu de l’arrêter,

De l'influence de la direction des courants continus sur la circulation.

Jusqu'à présent, nous avons considéré la direction des courants continus comme indifférente à leur influence sur la circulation. Nous avons toujours supposé, pour ne pas com-

pliquer l’exposition des expériences, que nous employons la

même direction, et nous avons oinis d'ajouter que, quelquefois, les courants continus, loin d'augmenter la circulation,

la diminuaient. Cette différence d'action est due à la différence de direction, et il nous reste à déterminer ces divers phénomènes.

Dans un circuit fermé, on admet que le courant se transmet du pôle positif au pôle négatif; le courant est donc centrifuge ou centripète, descendant où ascendant, selon que le pôle positif est placé’près de la moelle et le pôle négatif à la périphérie, ou que le pôle positif est placé à la périphérie, et le pôle négatif près de la moelle,

Exp. XX VIII. — Grenouille, examen microscopique de la membrane palmaire pendant l’électrisation. Le courant centrifuge ou descendant ne détermine aucun resserrement des artérioles ; la circulation augmente, et au bout de peu d’instants, les artères ont augmenté de volume, et tout le réseau capillaire fonctionne avec rapidité. En changeant alors la direction des courants, les artères se rétrécissent ; il arrive moins de sang ; les globules circulent très-vite, mais presque un à un, et au bout de quelque temps, la circulation, sans s'arrêter complétement, est moins active. En employant alors de nouveau le courant centrifuge, la circulation s’accèlère immédiatement. Le diamètre d’une artériole mesurée au moyen du micromètre a 0,015 de millimètre. Avant l’électrisation par le courant centrifuge, son diamètre était de 0,008 de millimètre, Le courant centripète rétrécit l'artère, qui n’est plus que de 0,004 de millimètre.

Ces phénomènes se présentent identiques pendant une longue série d'observations et d’alternatives de courants. Au bout d’une heure et demie d'expériences, ils deviennent moins accentués, mais ils reparaissent si on laisse reposer l’animal pendant quelque temps.

Cette même expérience a été répétée un très-grand nombre de fois sur des grenouilles en donnant toujours les mêmes résultats. Elle a été présentée par nous à la Société de biologie, où la plupart des membres de cette Société l'ont constatée. Nous l’avons répétée sur le mésentère de la grenouille et sur celui des salamandres, et nous avons tou-

jours vu les mêmes phénomènes. Si nous ne relatons pas toutes ces expériences, c’est qu’elles se ressemblent toutes et qu’elles finiraient par encombrer l'exposition des résultats que nous avons obtenus. Nous ne tenons, par conséquent, qu'à mentionner les expériences types.

. Les conditions de cette expérience peuvent être variées selon que l’on agit sur des membres entiers ou sur des membres dont les nerfs ont été mutilés. Les résultats changent évidemment selon ces différents cas. |

Exp. XXIX,. — Sur une grenouille à laquelle, quatre jours auparavant, on avait coupé à gauche le nerf sciatique, et chez laquelle, dès le deuxième jour, il s'était formé dans cette jambe un œdème considérable, on constate l'absence de la sensibilité, La circulation, examinée au microscope, est assez active; elle n’est point ralentie par le courant centripète ; le courant centrifuge augmente la circulation, mais il n’existe pas de différence marquée entre les deux courants,

Exp, XXX. —Sur une grenouille chez laquelle on avait, quatre jours auparavant, coupé tous les filets qui se rencent du ganglion cœæliaque au nerf sciatique de la jambe gauche, on examine la circulation de la membrane palmaire. La circulation se fait très-lentement, mais les capillaires sont très-engorgés. La circulation est très-active dans la patte opposée.

Le courant centrifuge détermine dans la patte gauche une circulation plus active ; mais dans le commencement, le courant centripète augmente également la rapidité de la circulation. Les vaisseaux étant engorgés, se rétrécissent plus activement sous l'influence du courant centripète ; les globules circulent plus vite dans les artères, et en même temps le cours du sang s'accélère dans les veines. Cette première impulsion une fois donnée, le courant centrifuge détermine une circulation plus grande.

La sensibilité de la patte est parfaitement conservée. La grenouille pousse un cri chaque fois qu’on applique le courant centripète; elle reste calme pendant l’électrisation avec le courant centrifuge.

Exp. XXXI. — Sur une grenouille dont la moelle a été coupée il va six jours, et chez laquelle les mouvements réflexes sont très-prononcés, on examine la circulation de la membrane palmaire au microscope. La différence des courants est très-marquée ; toujours le courant centrifuge

augmente le diamètre des artères et accélère la circulation, tandis que le courant centripète rétrécit les artérioles et ralentit la circulation.

Dans ces différents cas, en électrisant un membre postérieur de grenouille, on n’agit point sur la contraction du cœur, comme nous nous en sommes assurés plusieurs fois en comptant le nombre des battements, avant l’électrisation et pendant l’électrisation. Ces phénomènes sont donc bien dus à l’action des vaisseaux périphériques ; on les retrouve d’ailleurs chez les animaux à sang chaud.

Exp. XXXII.— On examine au microscope le mésentère d’un rat. Le courant centrifuge (c’est-à-dire le pôle positif placé dans l’abdomen près des ganglions cœliaques, etle pôle négatif, placé sur l’anse intestinale) détermine une accélération de la circulation. Le courant inverse ou centripête (le pôle positif sur l’anse intestinale et le pôle négatif du côté des ganglions) rétrécit l'artère et ralentit la circulation sans jamais l'arrêter complétement.

En examinant une artériole à un fort grossissement, on voit parfaitement des mouvements et des alternatives de resserrement et de dilatation dans la paroi artérielle.

Exp. XXXIII, — Sur un cochon d’Inde, on rase les poils de l'oreille et l’on examine une artère de l'oreille à l'œil nu. Le courant centrifuge dilate l'artère et augmente la vascularité de toute l'oreille ; le courant centripète rétrécit l’artère et diminue la quantité de sang qui circule dans les vaisseaux de l'oreille,

Exp. XXXIV.—Sur un lapin albinos, on examine les vaisseaux de l’oreille qui paraissent très-transparents. À l’œil nu, on voit parfaitement des alternatives de dilatation et de resserrement des artérioles (de 5 à 10 par minute). En électrisant avec des courants continus et en mettant le pôle positif sous la peau du cou et le pôle négatif sur l’oreille, ce qui donne un courant centrifuge, on obtient une dilatation très-prononcée des ar- térioles et des capillaires. En même temps la température augmente du côté électrisé ; cette différence de température est même très-sensible à la main. En électrisant avec le courant opposé, c’est-à-dire avec un courant centripète, on observe un resserrement des artérioles et une grande pâleur de l'oreille. La température, primitivement plus élevée que celle du côté opposé, diminue peu à peu, et la différence de température entre les deux côtés finit par disparaître. En mettant le sympatique à nu et en plaçant directement un des pôles sur le nerf et l’autre à la périphérie, on obtient les mêmes résultats, c’est-à-dire une dilatation des vaisseaux avec le courant centrifuge, et un resserrement avec le courant centripète.

Cette expérience a été répétée plusieurs fois et sur plusieurs lapins, en donnant toujours les mêmes phénomènes. M. Longet a même pu la reproduire publiquement dans son cours.

On peut rapprocher de ces expériences, une expérience faite sur l’homme. Deux vésicatoires ayant été placés sur le bras et la sérosité s'étant écoulée, on place pendant quelques minutes le pôle positif sur l’un des vésicatoires et le pôle négatif sur l’autre. Dix minules après l’électisation, le vésicatoire en contact avec le pôle positif élait sec, tandis qu’il s'était formé une nouvelle ampoule pleine de sérosité pour celui en contact avec le pôle négatif. Ce dernier guérit également plus rapidement.

De l'influence des différents courants électriques sur la tension

artérielle ct sur la tension veineuse.

Il nous reste à examiner les variations de tension artérielle qu'exercent les différents courants électriques.

On sait, d’après de nombreuses expériences, que les courants d'induction élèvent brusquement et rapidement la tension artérielle, mais qu'au bout de quelque temps cette tension tend à baisser. Pour la tension veineuse, les courants d’induction, après une légère élévation, la font toujours baisser au-dessous du point primitif. L'influence des courants continus sur la tension artérielle et veineuse n’a pas encore élé faite, et elle présente dans son étude une complication plus grande, la direction des courants étant importante à examiner. Nous allons relater l’une après

l’autre les expériences que nous avons faites, sans y ajouler aucune considération théorique.

Les courants continus ont toujours été fournis par dix à quatorze éléments Remak.

ExP. XXXV. — Sur un lapin, on isole au cou le grand sympathique. On le fixe au moyen d'un fil passé au dessous de lui mais qui ne comprime point le nerf. On prend la tension artérielle dans la carotide, bout péri phérique. La pression est très-faible et les battements à peine appréciables. On électrise le grand sympathique avec des courants continus à direction centrifuge, et la pression augmente de 2 centimètres de mercure. Elle reste à ce niveau en oscillant entre une élévation de 4 à 2 centimétres. L’ascension s’est faite lentement, et l’augmentation de pression dure tout le temps de l’électrisation. Au moment où l’on cesse l'électrisation, il y a une légère ascension ; la pression se maintient encore pendant quelque temps, puis elle baisse lentement. Les courants continus, à direction centripète, déterminent au premier instant une augmentation de la pression, mais peu à peu elle descend d’un demicentimètre et se maintient à ce niveau.

EXP. XXXVI. — Sur deux lapins très-affaiblis par des opérations précédentes, on prend la pression artérielle dans la carotide. L’hémodynamètre est rempli d’eau, et Les oscillations sont peu apparentes. Les courants continus donnent au commencement, en électrisant le grand sympathique, une légère élévation de la pression ; mais bientôt ils n’ont plus d'action, et ne déterminent ni élévation, ni abaissement.

Les courants interrompus font chaque fois monter la pression de plusieurs centimètres; cette augmentation se maintient quelque temps, puis la pression diminue peu à peu.

ExP. XXX VIT. — Sur un lapin, on découvre le sympathique au cou du côté gauche, et l’on introduit la canule de l’hémodynamomètre dans la carotide du même côté, bout périphérique. En mettant les pôles sur le nerf et en faisant agir un courant centrifuge, on obtient une élération de tension de 2 à 3 centimètres de mercure. Le courant centripète, après une légère augmentation de tension, maintient le niveau qui existait avant son application. Au lieu de mettre les deux pôles sur le nerf sympathique, si l’on place le pôle positif sur le nerf et le pôle négatif dans la bouche, on obtient un abaissement de tension de 1 à 1 centimètre et demi de mercure.

Exp. XXX VIII. — Sur un lapin, on met le sympathique à découvert du côté gauche, et l’on prend la tension dans la carotide à droite, bout

périphérique. Eu électrisant le sympathique avec un courant centrifuge, on obtient une élévation de la tension de 2 à 3 centimètres. En cessant l’électrisation, le niveau du mercure baisse lentement. Le courant centripète fait baisser le mercure de près de 1 centimètre et le maintient tout le temps au même niveau. Le courant centrifuge, employé de nouveau, fait monter la pression ; le courant centripète la fait baisser légèrement. |

On laisse reposer l'animal un instant, et l’on électrise de nouveau. La différence entre les deux directions devient moins manifeste; le courant centripèle fait monter légèrement la tension. Le sang venant à se coaguler, on cesse l'expérience. |

ExP. XXXIX. — Sur un lapin, on met à découvert le sympathique, el la carotide du même côté. On prend la tension du bout périphérique de la carotide, et l’on électrise le sympathique. Le courant centripète fait d'abord monter la tension ; elle se maintient quelque temps à ce niveau supérieur, puis elle baisse peu à peu. Le courant centrifuge fait monter la tension progressivement ; elle s'élève de 3 à 4 centimètres. On cesse l’'électrisation ; la tension reprend son niveau primiuf ; le courant centripète, appliqué. de nouveau, fait monter la tension de 2 centimètres ; elle se maintient au même niveau pendant quelques instants, puis elle descend lentement.

Sur ce même lapin, on prend la tension de l'artère crurale, bout périphérique, et l’on électrise le membre au moyen de deux plaies faites, l’une à la partie supérieure, l’autre à la partie inférieure du membre. Le courant centrifuge détermine une élévation de la pression ; le courant centripète, après une légère élévation, fait baisser la pression lentement et progressivement. |

Exp. XL. — Sur un chien de petite taille, on isole le sympathique et le pneumogastrique réunis ; on place la canule de l’hémodynamomètre dons le bout périphérique de la carotide du même côté, et l’on prend la tension. En appliquant directement les deux pôles sur le nerf, et en employant un courant centrifuge, on produit une élévation de 1 centimètre et demi de mercure, Le courant centripète détermine un abaissement assez immédiat de la tension.

En plaçant le pôle positif sur le nerf et en mettant le pôle négatif dans la gueule, on obtient une diminution de pression. On obtient, au contraire, une augmentation de pression, lorsqu'on met le pôle négatif sur le nerf et le pôle positif dans la gueule.

Exp. XLI, — Sur un chien sain et d’assez petite taille, on met Île

sympathique et le pneumogastrique à nu; on prend la tension dans le bout phériphérique de la carotide. L'électrisation donne les mêmes phénomènes que dans l'expérience ci-dessus; c’est-à-dire qu’en appliquant les pôles directement sur le nerf, le courant centrifuge donne lieu à une élévation de tension, tandis que le courant centripète détermine une diminution de la tension.

Comme précédemment, si, au lieu de maintenir les deux pôles sur :

le nerfson laisse le pôle positif sur le nerf, et si l’on place le pôle négatif dans la gueule, au lieu d'obtenir uue élévation de tension, comme on pourrait le supposer (car, par rapport à la tête, ce courant semble être centrifuge), on obtient un abaissement de la pression. Le pôle négatif étant placé sur le nerf, et le pôle positif étant mis dans la gueule, on obtient une élévation de la pression.

Il est probable que, lorsqu'on met un des pôles dans la gueule, on électrise la base du cerveau et l’on obtient alors, par rapport aux nerfs, des directions différentes qu’en agissant directement au cou sur les nerfs sympathiques et pneumogastriques.

Exp. XLIL. — Sur un chien épuisé par une grande hémorrhagie, on met à nu le pneumogastrique et le sympathique, et l’on introduit la canule de l'hémodynamomètre dans le bout périphérique de la carotide.

Le niveau du mercure est de 130 millimètres. Le courant centrifuge le fait tout d'abord descendre à 125, puis il remonte peu à peu à 430, à 155, à 140 millimètres. Le courant centripète fait d’abord monter la pression à 140 millimètres, puis elle redescend peu à peu jusqu’à 125. En mettant le pôle positif sur le nerf et le pôle négatif dans la gueule, on fait monter la pression jusqu’à 145, puis peu à peu redescendre jusqu’à 130 millimètres.

On laisse reposer l'animal, et en électrisant de nouveau, on obtient les résultats suivants : le courant centrifuge fait monter la pression, qui était à 140 millimètres, à 150 millimètres; le courant centripète fait monter brusquement à 150 millimètres, puis la pression redescend à 135 millimètres.

Exr. XLIIT.— Sur un chien sain et robuste, on isole au cou la carotide droite et le sympathique du côté gauche. On parvient à séparer le sympathique du pueumogastrique auquel il est accolé, et l’on électrise le sympathique seul, La tension au manomètre du boat périphérique de l'artère carotide est de 110 millimètres. Les courants centrifuges, appliqués sur le sympathique du côté opposé, font monter la tension à, 125 millimètres, Les courants centripètes la font descendre à 102. En

électrisant le sympathique uni au preumogastrique du côté droit, les courants centrifuges font monter la pression à 430 millimètres. Les courants centripètes la font descendre à 95 millimètres.

Exp. XLIV. — Sur un chien sain, on introduit la canule du imanomètre dans le bout périphérique de la carotide droite. On coupe et l'on électrise le sympathique uni au pneumogastrique du côté opposé. La pression était, avant l’électrisation, de 128 millimètres. Les courants centrifuges la font monter à 138 millimètres. Les courants centripètes déterminent d’abord une élévation de tension qui va jusqu'à 142 millimètres, et qui peu à peu redescend à 425 millimètres; elle se maintient

à ce-niveau.

Cette expérience, répétée une seconde fois, donne les mêmes ré- sultats.

En plaçant le pôle positif dans la bouche et le pôle négatif sur la plaie du cou, la tension reste au même niveau. En plaçant le pôle positif sar la plaie du cou et le pôle négatif dans la bouche, la tension monte de 15 millimètres.

Exp. XLV. — Sur un chien de très-forte taille et auquel on a injecté dans la trachée 10 centigrammes de chlorhydrate de morphine, le manomètre est placé dans la carotide du côté du cœur.

La pression, avant l’empoisonnement, était de 250 millimètres au maximum et de 200 au minimum. Après l’empoisonnement, la pression est de 230, 200, 190 millimètres.

Le courant allant du bout coupé du pneumogastrique vers le cœur

. ©t déterminé par l’appareil de Remak, maintient la pression à 220 milli-

mètres. Les courants interrompus la font descendre à 205 millimètres,

et arrêtent les mouvements du cœur.

Chez le même chien, toujours sous l'influence de la morphine, on prend la pression dans le bout périphérique de l'artère fémorale, et l'on

électrise le membre par des plaies faites à la partie supérieure et

à la partie inférieure du membre. La pression normale est de 425 millimètres. Le courant centrifuge fait baisser à 115. Après la cessation de l’électrisation, la pression remonte à 135.

Le sang s'étant coagulé, on enlève l'appareil, que l’on remet au bout d'un quart d'heure. La pression normale est de 80 millimètres. Le courant centripète fait descendre la pression à 60 millimètres. On cesse lélectrisation, et la pression remonte à 70 millimètres.

Le courant centripète, appliqué de nouveau, fait monter la pression à95 millimètres. On cesse d’électriser, la pression revient à 75 milli- ONIMUS ET LEGROS, 15

mètres. Le courant centrifuge fait descendre la pression à 60 milli mètres, et après son action la pression revient à 75 millimètres. |

Ces expériences, répétées encore plusieurs fois, donnent toujours ll même résultat, et l’on voit qu'ici on obtient presque le contraire de ce que l’on observe ordinairement. Il est permis de supposer que la grande” quantité de morphine injectée a dû influer sur les résultats de l’électrisalion. #

Exp. XELVI.— Sur un chieu de forte taille, on prend la pression du« bout périphérique de l'artère fémorale ; elle est de 60 millimètres. ou électrise le membre avec des courants continus, et le courant à direction centrifuge fait monter leutement et progressivement la direction à 75 millimètres. Le courant à direction centripète fait monter brusque- 4 ment la pression à 80 millimètres; elle se maintient quelque temps à ce niveau, puis elle redescend à 79 millimètres, Les courants inter-* rompus font monter Ja pression très-rapidement, mais au bout de forts peu de temps, la pression redescend et arrive à un niveau assez bas. 4

L’électrisation du membre opposé ne produit aucune action sur l’hémodynamomètre, appliqué toujours dans la même artère fémorale. à

ExP. XLVIL -- Sur un chien de petite taille, on découvre la moellen

‘de 30 1 Rep Le courant, “disk de la coupe à la mali sa l partie supérieure, c’est-à-dire le pôle positif placé à la plaie faite à I { moelle et le pôle négatif placé plus haut sur la moelle saine, détermine . une À, ei de rl elle monte à 38 millimètres. he ;

nu.

Sur le bout inférieur de la moelle, le rôle positif placé sur la coupe | de la moelle et le pôle négatif placé plus bas sur la moelle saine, fait | monter la pression à 46 millimètres. Le courant en sens inverse déter=. mine ui léger amené 1e la pere On emploie alors les col r-

assez rapidement Pen un abaissement très-considérable. La de tion et le cœur s'arrêtent, ct l'animal meurt promptement. |

ExP. XLVIHT. — Sur un chien qui, précédemment, avait déjà subi une opération au cou, on introduit une canule dans l'artère erura le |

Te

pour prendre la tension. On enfonce un des pôles dans la moelle au niveau de la deuxième vertèbre lombaire, et l’on place l’autre pôle sur la plaie de la jambe.

Le pôle positif étant sur la moelle et le pôle négatif étant sur la plaie de la jambe, la tension baisse d’abord légèrement, puis elle s'élève de 20 à 30 millimètres de mercure. Le courant inverse, c’est-à-dire le pôle positif placé sur la jambe et le pôle négatif sur la moelle, détermine d’abord une légère élévation de la pression, puis il la fait descendre de 15 millimètres, Une seconde application donne les mêmes résultats ; mais l’abaissement déterminé par le courant centripète à été suivi pendant un instant d’une élévation bien marquée.

Les courants centripètes paraissent bien plus douloureux que les courants centrifuges.

Tension veineuse, — Ex. XLIX. — Sur un lapin, on sectionne le grand sympathique au cou du côté droit. Trois quarts d'heure après, on introduit la canule de l’hémedynamomètre dans la veine jugulaire. La tension veineuse est très-faible, elle oscille entre 30 et 40 millimètres d’eau. L’électrisation du grand sympathique détermine une ascension de 40 à 45 millimètres. Chaque fois que l’on cesse l’électrisation, la tension baisse, et elle remonte régulièrement quant où électrise le grand sympathique. Get animal avait perdu beaucoup de sang pendant l’opération.

Exp. L. — On met de grand sympathique à nu chez un lapin, sans le couper, et l’on prend la pression dans la veine jugulaire. En mettant le pôle positif sur le sympathique et le pôle négatif sur l'oreille du même côté, on chtient nne élévation constante et progressive de Ja tension. Toujours, dans les autres cas, la tension reste au niveau primitif ; elle ne monte ni ne descend.

Exp. LI. — Sur un lapin, on prend la tension de la veine jugulaire sans isoler le grand sympathique. En mettant le pôle positi£ dans la bouche etle pôle négatif sur la plaie du cou, on obtient une élévation de tension régulière de 60 millimètres d’eau. En mettant le pôle négatif dans la bouche et le pôle positif sur la plaie, la tension reste au même niveau, sans élévation ni abaissement.

Exp. LIL — Sur un lapin, on prend la tension de la veine jugulaire, et l’on met le sympathique à nu. L’électrisation directe du grand sympathique avec des courants continus à direction centrifuge détermine chaque fois une élévation de la tension veineuse. Le courant centripète n’apporte aucun changement. : À

ExP. LIIEL — Sur un chien, on introduit la canule de l’hémodynamomètre dans la veine crurale, et l'on met le nerf sciatique à nu.

La tension veineuse augmente chaque fois qu'on irrite mécaniquement le nerf Au commencement, élévation très-forte de la tension lorsqu'on électrise le nerf sciatique, soit avec des courants interrompus, soit avec des courants continus. L'animal crie beaucoup et se débat, quoiqu'il soit sous l'influence du chloroforme. L'eau monte dans le tube par secousses. Lorsque l'animal est plus tranquille et qu'il est un peu fatigué, on obtient avec les courants interrompus une augmentation de la tension, mais cette augmentation se fait par soubresauts. La tension se maintient plus élevée qu’à l’état normal.

Avec des courants continus, la tension augmente; mais, au lieu de se faire par secousses, elle à lieu lentement et graduellement, lanimal restant calme.

Exp. LIV. — Sur un chien jeune et robuste, on met le sympathique

uni au pneumogasirique à nu d’un côté, et on le sectionne. Hémorrhagie très-abondante en voulant introduire la canule dans la veine jugulaire. La tension veineuse est de 200 millimètres d’eau. Il y a des pulsations et une légère élévation de la tension à chaque expiration ; à chaque inspiration il y a un léger abaissement de la tension. . Lorsqu'on électrise, au moyen de courants continus, le grand sympathique, on obtient une élévation de tensio® qui varie de 20 à 70 millimètres d’eau. Gette élévation ne se fait pas tout d’un coup, mais progressivement. Souvent, au premier instant, il y a un léger abaissement, et la colonne d’eau continue encore à monter pendant quelque temps lorsqu'on a cessé l’électrisation; puis elle commence à baisser, mais elle se maintient toujours à un niveau plus élevé qu’au commencement de l’expérience.

Les pulsations sont plus prononcées pendant l’électrisation. Les mouvements et les cris font en général augmenter la tension ; mais le maximum obtenu par l’électrisation ne peut se maintenir lorsqu'on cesse l’électrisation, malgré les cris de l'animal et la contraction provoquée de plusieurs muscles. Le courant centrifuge détermine une élévation plus grande de la tension que le courant centripète. Ce dernier détermine même souvent un abaissement de la tension.

Exp. LV. — Sur une chienne âgée, on introduit la canule de l’hémodynamomètre dans la veine jeudis Le grand sympathique uni au pneumogastrique avait été conpé du même côté une heure empra

Ÿ Mi

vant. La pression veineuse est de 130 à 140 millimètres d’eau. On électrise le sympathique avec des courants continus, et la pression monte lentement. L'animal reste calme pendant cette élévation de pression. Le courant centrifuge fait monter la pression de 40 à 15 millimètres de plus que le courant centripète. Les courants d’induction déterminent d’abord une élévation de pression de 70 millimètres ; puis, en continuant l’électrisation, la pression diminue et tombe au-dessous de son niveau primitif.

En triturant le nerf entre les mors d’une pince, la pression monte rapidement; mais il faut noter qu’en même temps l’animal fait des mouvements très-violents.

ExP. LVI.—Chez un chien robuste, on trépane le crâne. £n mettant le pôle positif sur la portion du cerveau mise à nu et le pôle négatif sur la plaie du cou, on détermine un resserrement des vaisseaux, et le cerveau s’affaisse égèrement, mais d’une manière visible. En mettant le pôle positif sur la plaie du cou et le pôle négatif sur le cerveau, on observe une injection des capillaires cérébraux, et le cerveau fait hernie à travers l'ouverture pratiquée sur la voûte crdnienne.

On administre alors 4 centigrammes de chlorhydrate de morphine, et l’on reprend la pression dans la veine jugulaire, L’électrisation avec les courants continus n’influe que très-faiblement sur les changements de tension, et l’on obtient également des résultats nuls en prenant la tension dans les artères.

RECHERCHES CLINIQUES

Les expériences que nous venons de relater nous montrent, d’un côté, une différence essentielle dans la contraction des artérioles, selon que celte contraction est spasmodique, tétanique, ou qu’elle est péristaltique. Elles prouvent, d'un autre côté, qu’en déduisant de l’action des courants d'induction l’action physiologique des fibres-cellules des artérioles, on tombe dans une erreur inévitable qui a pour cause l’action toute spéciale de ce mode d’excitation.

Ces deux modes de contraction des vaisseaux périphéri-

que par un relâchement des fibres musculaires des arté-

198 RECHERCHES PHYSIOLOGIQUES ET CLINIQUE. À ques oft, dans la pathologie et dans la thérapeutique, leur

importance capitale, et donnent des phénomènes patholo-

giques une explication plus satisfaisante ( que la plüpart des hypothèses admises jusqu'ici.

Les Le interrompus peuvent étre employés chaque fois qu'il S'agira d'arrêter une hémorrhagie : c’est ainsi qu'ils ont été employés avec succès dans un cas d’hémorrhagie utérine. Dans bien d’autres circonstances du même genre, ils pourraient rendre de grands services. Mais 1l est important de se rappeler toujours que, dès qu’on cesse l’électrisation, la cireulation peut se faire plusabondamment, comme le prouve une expérience que nous avons relatée. Sous l’influence d’un courant d’induction appliqué sur le sympathique, les artères se rétrécissent et la température baisse. En cessant l’électrisation, les artères reparaissent peu à peu, et finalement, deviennent plus grosses qu'avant l’opération, en même temps la température s'élève.

Il ous paraît impossible d'expliquer ces faits autrement

rioles, relâchement qui succède toujours à une contraction violente et prolongée de ces mâmes fibres. Tout élargissement du calibre des vaisseaux amène toujours une plus grande quantité de saug dans les parties périphériques, et par couséquent en augmente la température.

M. Duchenne (de Boulogne) pour expliquer l'influence | des courants induits sur la cireulation a cherché à établir une théorie peu probable, Il part de cette hypothèse qu Al 1 y a des nerfs constricteurs des vaisseaux et des nerfs @ dilatateurs de ces mêmes vaisseaux, et il donne comme preuve cetle considération générale, que « toute action muscu

TA

laire doit avoir son antagonisine et que cette loi doit aussi

UN LAPAOS LES

exister pour les muscles à fibres lisses comme pour les muscles striés ». Cela est vrai, en général, pour les muscles des membres et du tronc, car les mouvements de l'animal peuvent se faire dans tous les sens, mais cela est complétement erroné pour les organes de vie végétative. Il n’v a pas de muscles antagonistes, n1 pour le cœur, ni pour la vessie, m1 pour les intestins, n1 pour les vaisseaux. Coinme nous le dirons en étudiant, d’une manière générale, les fibres lisses, la seule influence qui agisse en sens inverse dé la contraction de ces fibres lisses et qui. ramène les tubes à leur calibre normal, est celle du tissu élastique qui se trouve dans les parois.

Cette théorie des nerfs dilatateurs a été preposée pour la

première fois par M. Schiff. Mais nous ferons remarquer

tout d'abord que l'anatomie ne justifie en rien cette hypothèse ; aussi M. Schiff est le premier à dire qu’il y a quelque chose d'inexplicable dans cette théorie, et 1l ne sait donner une origine anatomique aux prétendus nerfs dilatateurs.

Cette hypothèse a eu surtout pour but de chercher à expli-

de 7

quer certains phénomènes de congestion active, qui ne pouvaient l'être dans la paralysie des nerfs vaso-moteurs. Dans le chapitre précédent, nous avons montré que plusieurs de ces phénomènes dépendaient non de l'action des nerfs dilatateurs, mais de la contraction autonome des artérioles.

On sait, par exemple, que la galvanisation de la corde du iympan produit dans la glande sous-maxillaire une augmen-

ton considérable de la circulation et de la sécrétion. L'’ex-

plication de ce fait est bien difficile d’après les théories

généralement admises : on a dit d'abord que l’irritation de

la corde du tympan agissait sur les cellules nerveuses disséminées dans la glande, et que ces cellules réagissaient par

action réflexe sur les nerfs vaso-moteurs en les paralysant; | puis on a prétendu que l’irritation de ce filet nerveux dila-k tait activement et directement les vaisseaux. 4

Au risque d’être accusés, nous aussi, de torturer les faits pour les accommoder à une théorie, nous dirons simplement que læfaradisation de la corde du iympan provoque, dans la glande sous-maxillaire, une excitation analogue à cellem que produit une goutte de vinaigre sur la langue, et par action réflexe une activité plus grande des contractions au- “ tonomes des artères, par conséquent un afflux de sang plus considérable; c'est pour la même raison que certames névralgies s’accompagnent de rougeur et d’une activité plus « grande de la creulation et des sécrétions. E

L'expérience principale sur laquelle insiste M. Schiff pour la démonstration de son hypothèse, ne nous semble pas remplir son but ; cet habile physiologiste, après avoir sec- « tionné d'un côté le sympathique cervical du lapin, place l’animal dans une étuve chauffée à 30 ou 40 degrés et constate, après quelque temps, que l'oreille du côté où le sympathique est intact est plus chaude que l’autre, c’est-à-dire M J’'interversion des phénomènes habituels. M. Schiff en tire des conclusions pour sa théorie des nerfs dilatateurs, dont « l’action serait surexcitée par la chaleur, du côté où le nerf n’est pas coupé (notons qu'ici il faut admettre que le sym- * pathique contient à la fois les nerfs constricteurs et dilata- | teurs) : mais nous ne voyons pas pourquoi chez ce lapin, la « chaleur exagérerait l'effet des nerfs dilatateurs aux dépens des constricteurs; la chaleur ne doit pas agir d’une façon sur « les premierset d’une autre facon sur les seconds, et de l’antagonisme de ces nerfs résulterait un état moyen de dilatation vasculaire sous l'influence du même excitant ; or, on.

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obtient une turgescence énorme. On peut donner à cette expérience une interprétation plus acceptable ; la chaleur de: l’étuve favorise les fonctions vaso-motrices etlescontractions successives des fibres-cellules ; comme celles-ci ne peuvent

s'exercer que sur l'oreille dont l’innervation est conservée,

la température s'élève de ce côté, et reste stationnaire du côté opéré ; 1} en est de même pour plusieurs autres causes d'excitation. A la suite de la section du sympathique, la température est augmentée, mais elle n’attemt pas le degré que l’on peut observer lorsque les fonctions vaso-motrices sont activées. 5

Nous pensons donc que les nerfs dilatateurs des vaisseaux n'existent pas plus que les dilatateurs de l'intestin ; en tous cas, 1l est certain que les tissus propres à la dilatation active des artérioles ont échappé à tous les anatomistes et n’ont été imaginés que pour les besoins de la théorie (1).

D'ailleurs, en supposant même que les nerfs dilatateurs existent, on ne. comprendrait pas encore comment il se fait que les courants d'induction aillent exciter uniquement les uerfs dilatateurs. Les nerfs constricteurs, les seuls qu’on ait démontrés jusqu’à présent, doivent done surtout être excilés par le passage des courants d'induction, et par conséquent il ne peut y avoir qu’un resserrement des vaisseaux. Cela est mis hors de doute par toutes les expériences faites sur l’homme et sur les animaux.

Il est donc impossible d'admettre que les courants d’induction puissent augmenter la circulation en élargissant le diamètre des vaisseaux d’une manière active. Le fait réel

(4) M.Schiff semble avoir abandonné, depuis quelque temps, la théorie À

des nerfs dilataleurs, et M. Duchenne seul défend encore cette hypothèse.

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est que, pendant tout letemps deleur passage, ils rétrécissent les ariérioles et diminuent la quantité de sang qui circule dans les tissus.

Mais si, au lieu de considérer l’action directe des courants d’induction, on étudie l'influence qu'ils exercent par la contraction musculaire et celle qu’ils produisent après leur passage, on voit qu’ils peuvent, en effet, augmenter endirectement la circulation.

On sait, eu effet, que la contraction musculaire est accompagnée d’une circulation plus grande dans l'intérieur du muscle. Mais, pour obtenir cet effet, il faut déterminer une succession de contractions et de repos ; il faut en un mot que le muscle, se relâchant, ne comprime plus les vaisseaux qu’il renferme. Le passage des courants induits ne doit pas être trop prolongé et continu, sans quoi on obtient la contraciure du muscle, et par suite, une compression des vaisseaux, et en même temps on agit sur les filets du sympathique et l’on détermine la contraction des artérioles par excitation des nerfs vaso-moteurs.

En second lieu, comme nous l’avons déjà dit, lorsque les courants induits viennent à être suspendus, les fibres musculaires des vaisseaux qui ont été contractées énergiquement, se relâchent, et aussitôt survient, comme dans J la paralysie des nerfs vaso-moteurs, une circulation plus abondante. Aussi, est-ce surtout immédiatement après la « cessation de l’électrisation que la température est plus « élevée pour les membres qui ont été traversés par des courants induits. 1

Nous ne nions donc nullement que les courants d’induction puissent augmenter la cireulation, mais cetle action n'est qu'indirecte. Cependant lorsqu'on agit uniquement sur. À

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