ACTION LOCALE SUR LA PEAU
effet, ce qu'on obtient dans plusieurs cas, lorsqu’en irritant les vaisseaux lymphatiques, on les fait se contracter et chasser la lymphe qu'ils renferment.
Lorsqu'on promène vivement l’ongle sur la peau, on obtient, au premier instant, une ligne blanche qui, aussitôt après, apparaît rouge. On a expliqué ce phénomène en admettant que les vaisseaux sont paralysés à la suite de cette excitation et après s'être contractés très-fortement. Tout en admettant une partie de celte explication, nous sommes persuadés que la coloration rouge est due également à l'absence de Ilymphe en ce point, car de même que les vaisseaux sanguins, les vaisseaux lymphatiques ont été irrités et ont dû se contracter, et comme la circulation de la lymphe est bien plus lente que celle du sang, le sang est déjà revenu dans les capillaires avant que le réseau lymphatique ne soit de nouveau rempli. La meilleure preuve de l'exactitude de celte explication, c’est que des deux côtés de la ligne rouge, il se forme deux lignes blanches un peu soulevées, et qui sont dues à l’aceumulation en ces points de la lymphe chassée des parties voisines. Comme pour les vaisseaux sanguins, à une irritation très-forte et à une contraction longtemps prolongée, peut succéder la paralysie des vaisseaux lymiphatiques, et alors, surtout dans certains cas pathologiques, 1l survient aux points irrités une accumulation de lymphe qui peut même produire des vésicules.
. C'est à notre ami M. le docteur Kœæberlé que nous devons
cette explication, qui nous paraît très-exacie. Il nous a en même temps, à l’appui de cette théorie, communiqué l’observation suivante qui montre bien l'influence sur le système lymphatique des irritations faites sur la peau.
A ffection curieuse de la peau, par Heusinger, de Marburg. — Un
jeune paysan, âgé de seize ans, originaire de Niederasphe, souffrait pres que continuellement d’épistaxis pendant les travaux de la campagne. Santé bonne, développement normal, fraîcheur, constitution un peu délicate, sensibilité. Épistaxis quelques jours après son entrée à l'hôpital, qui eut lieu en 1863. Ce qu’il y a de remarquable chez cet individu, c’est qu'il se forme des plaques sur toutes les parties du corps sur lesquelles onbexerce une pression. Lorsqu' on dessine avec le doigt des figures sur la peau, elles apparaissent aussitôt avec des contours bien arrêtés. Emploie-t-on, par exemple, une clef pour tracer des caractères, l'écriture est visible au bout d’une demi-minute en rouge, et la peau reste unie. Bientôt après, on aperçoit des élévations blanches sur les plaques rouges, et, deux à trois minutes après, l'écriture est aussi nette que si elle avait été tracée par le ciseau d’un sculpteur. Les lettres disparaissent au bout de trente à quarante minutes et ne laissent pas de traces. À l'apparition des caractères, la température de la peau s'élève environ d’un degré Réaumur. Les élévations ressemblent d’une manière frappante aux plaques urticulaires, et laissent suinter une goutte de sérum lorsqu'on les ouvre avec une aiguille.
Le malade présenta le même phénomène en 1865 et en 1866. La température s’éleva alors de 1 4/2 à 2 degrés 1/2 centigrades. L’épistaxis qui accompagnait l'affection fit penser à un morbus maculosus Werlhofir.
La cause de ce singulier phénomène résiderait-elle peut-être dans une modification de l’innervation cutanée ?:
(Union médicale de la Ciné )
On peut, dans beaucoup d’autres cas pathologiques, constater le même phénomène, et l’action du vésicatoire ne peut s'expliquer que par ce mécanisme. fi
Nous le répétons, il est évident que dans ces cas, il faut avant tout, qu'il y ait du sang en grande quantité dans les capillaires sanguins, sans quoi la couleur rouge n’apparaiirait pas. Mais nous croyons que cette couleur ne serait ni si prononcée, ni si persistante, si, en même temps, les vaisseaux lymphatiques de la région cutanée sur laquelle on agit, n'étaient contracturés et vides de lymphe. Dans tous les cas, cette rubéfaction locale ne peut, en aucune façon,
L CHAN s | k,
ACTION DES COURANTS SUR LA CIRCULATION UTÉRINE. 209. servir à démontrer l'influence directe d’un agent quelconque sur la circulation périphérique.
Influence des courants électriques sur certains phénomènes vasculaires et principalement sur ceux de la matrice.
Quoi qu'il en soit de toutes ces théories, il y a un fait certain, c'est que les courants intermittents, à moins d'agir uuiquement sur les nerfs sensitifs, déterminent le rétrécissement des artérioles. Dans la plupart des cas, 1ls produisent donc l'arrêt ou la diminution de la circulation, et ils ne peuvent augmenter la circulation qu'en agissant par action réflexe sur les nerfs sensitifs, ou indirectement par la contraction des muscles striés. Enfin, après leur cessation, les fibres musculaires des artérioles. après avoir été contraclées, éprouvent un relâchement momentané et permettent ainsi un plus grand afflux de sang.
I ne faut donc pas songer, en général, à employer Îles courants induits lorsqu'on veut augmenter uniquement les phénomènes circulatoires, et il sera toujours préférable, dans ce cas, d’avoir recours aux courants continus. Ainsi, dans l'aménorrhée, malgré l'avis de quelques médecins et entre autres de M. Duchenne, les courants induits ont peu d’influence et mème présentent quelque danger. A. Becquerel rapporte le cas d’une jeuue femme à laquelle on appliqua l'électricité pour une névralgie à l’époque de ses règles, et celles-ci furent aussitôt supprimées. Des accidents opposés peuvent, par contre, être redoutés dans l’emploi des courants continus. |
L'observation suivante, due à Hiffelsheim (L), est très-1mportante sous ce rapport :
(1) Des applications médicales de la pile de Volta. 4861, p. 15. ONIMUS ET LEGROS, 11
RO |: CUT IAE
Je soignais, dit Hiffelsheim, une jeune dame atteinte de ramollissement cérébral. Tous les traitements avaient échoué; je fus invité à tenter ce que les courants continus pourraient modifier. Je lui appliquai une pile de trente éléments larges, un quart vinaigre, sur la tête, du front à la nuque, Comme cela l’importunait beaucoup, je lui plaçai la pile sum le dos. Depuis huit mois elle était aménorrhéique. Elle dépérissait à vue d'œil. Un jour, elle fut prise d’une métrorrhagie inquiétante ; pendant qu'on me chercha, on eut l’idée de lui retirer la pile, la métrorrhagie cessa aussitôt. |
Cette femme avait un souverain mépris de la vie et ne se soignait que malgré elle. Alors, voulant avoir « le cœur net » quant à l’interprétation de cette perte, elle remit la pile de son propre chef, lesurlendemain. Nouvelle perte. On la retira ; le phénomène cessa.
M. Hiffelsheim cite en même temps un certain nombre | de cas de dyménorrhées qui ont été guéris par les courants continus. Nous avons observé les mêmes faits, et chez plusieurs femmes en traitement, nous avons souvent vu les « règles apparaître plus abondantes et de quelques jours en avance. Dans quelques cas, Fapparition de la menstruation est précédée de coliques.
Chez une jeune fille de dix-sept ans, chlorotique et anémique au plus haut point, et qui, depuis einq mois, n'avait plus ses règles, nous avons ramené, au hout de six séances * d'électrisation, la menstraation. Nous avons employé un 4 courant descendant de vingt à vingt-six éléments et qui était « appliqué sur la portion lombaire de la moelle.
Cette influence des courants de la pile sur les menstrues à été observée dès les premières années de la découverte du galvanisme. Al « fin du siècle dernier, on trouve dans la plupart des ouvrages des observations sur Ce sujet ; nous citercns Ja suivante, due au docteur de Molle, surtout à cause de la direction du courant. Une demoiselle, âgée de: dix-neuf ans, dont les règles étaient suspendues depuis plusieurs mois, fut traitée par les courants de la pile, en plaçant le pôle positif sur les reins
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et le pôle négatif sur les jambes. Au bout de trois séances, les menstrues reparurent, durérent deux jours et furent peu abondantes. Pendant ce temps, la malade ressentit des coliques assez fortes ; un mois après, on
se disposait à employer le même moyen, lorsque l'évacuation menstruelle eut lieu naturellement (1),
La direction du courant dans l'observation précédente est centrifuge; C'est certainement celle qu'il est préférable d'employer.
Nous ajoutons de plus qu'il n'est nullement nécessaire, pour traiter les cas d'aménorrhée, de placer un des pôles sur le col utérim, procédé souvent impraticable d’abord parce qu'il s’agit, la plupartdu temps, de jeunes filles, et en second lieu, parce que ce moyen répugne à beaucoup de femmes. Il suffit, et c’est en procédant ainsi que nous avons eu des cas de succès, d’électriser la colonne vertébrale avec un courant descendant. Cela est même préférable que de placer un des pôles sur la paroi abdomirale.
C’est en employant ce mode d’électrisation que, sansle vouloir, nous avons, chez des femmes électrisées pour d’autres affections, fait apparaître -les règles uu peu plus tôt et
quelquefois plus abondantes.
= Nous ne ferons que mentionner ici combien il est la plupart du temps plus utile d'appliquer les courants continus sur les centres nerveux et non sur les parties périphériques malades ; cela est surtont vrai pour les cas où l’on veut agir sur la cireulation d’un organe. Nous venons de dire comment, en agissant sur la partie lombaire de la moelle, nous pouvions augmenter la cireulation, et il nous paraît utile, pour bien démontrer la vérité de ce que nous avançons, de
(1) Histoire du galvanisme, par Sue, professeur à la Faculté de Paris, 1806, 3 volumes.
Pr
rapprocher de ce fait, une observation faite par Remak dans un cas de névralgie à la suite d’une affection de la
matrice.
L'action antinévralgique, dit-il (4), des courants constants la plus curieuse ‘est celle qui résulte de l'application directe du courant constant sur certains points des centres nerveux, sans relation apparente de ces points avec la partie des membres frappés de névralgie.
Pour donner une idée de cet effet, je citerai l'exemple d’une dame de trente-deux ans, mariée depuis dix ans à un médecin et restée stérile. Après avoir souffert pendant quelques années d’une métrite chronique qui fut traitée par cautérisation locale, laquelle laissa un. endurcissement de l’utérus assez notable, elle fut saisie peu à peu d’accès névralgiques dans les deux jambes, localisés chacun sur de petites surfaces : rondes de quelques centimètres de diamètre. Au plus léger toucher de ses habits, cette dame ressentait une douleur insupportable qui l'empêchait de marcher, en sorte que pendant le maximun d'intensité des accès, elle était quasi paralysée. Ces accès duraient quelquefois quarante -huit heures. La malade se plaignait elle-même d'un malaise dans le dos qui l'obligeait à se tenir un peu courbée. En examinant de près le dos, je pus reconnaître que, pendant les accès les plus violents de Ja névralgie, il existait entre la quatrième vertèbre dorsale et la troisième vertèbre lombaire un point particulier situé quelquefois sur la colonne vertébrale, et plus souvent sur le trajet d’un nerf intercostal. En mettant le pôle positif sur le point de la colonne vertébrale correspondant à l’origine de ce nerf intercostal, j'eus la satisfaction d'observer foujours la cessation subite de l'accès névralgique. Le traitement de là maladie dura trois à quatre mois, pendant lesquels je fis l'expérience 25 à 30 fois. On observe souvent le même effet sur des hommes, qui, à la suite d’une paralepsie cervicale ({abes cervicalis), souffrent de névralgies excentriques dans les membres, qui souvent sont confondues avec des douleurs rhumatismales.
L'influence des courants continus sur la circulation, si elle a des avantages, peut aussi avoir quelques inconvénients. Nous avons cité plus haut le fait observé par Hiffelsheim, et
(4) Application du courant Constant au traitement des névroses. 1865.
INFLUENCE DES COURANTS DANS L'IMPUISSANCE. 213 il nous enseigne qu'il faut agir avec prudence chez les femmes sujettes à des pertes utérines. Il en sera de même dans les cas de grossesse.
Nous n’avons cependant jamais observé que deux accidents sans importance.
Dans un cas d'ataxie locomotrice dans le service de M. Béhier, remplacé alors par M. le docteur Ball, nous avions appliqué les courants continus. Les courants étaient dirigés sur la moelle, et ils étaient d’une mtensité assez grande. Au bout de quelques séances, la malade fut prise subitement d’un crachement de sang. Jamais, auparavant, elle n'avait eu d'hémoptysie, et certes, quoiqu’on puisse admettre une coïncidence, nous croyons volontiers que l'électrisation fut cause de cet accident.
Chez un autre malade amaurotique, nous appliquions les pôles sur le sympathique du cou, et, les trois preunères séances, 1} lui survenait quelque temps après l'électrisation des saignements du nez qui, d’ailleurs, n’ont jamais présenté la moindre gravité.
Influcnec des courants dans l'impuissance.
Nous avons vu que Pérection était un phénomène essenüellement vasculaire, et qu'il était dù à un plus grand aflux de sang artériel. Les expériences de l’un de nous ont démontré d’une manière incontestable que cette plus grande quantité de sang qui arrivait danses tissus érectiles n’était pas le résultat d’une paralysie des nerfs vaso-moteurs, mais bien d’une excitation de ces nerfs. |
En coupant, chez les dindons, les nerfs sympathiques d'un côlé du cou, le tissu érectile de la crête de ce côté ne peut
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21h RECHERCHES PHYSIOLOGIQUES ET CLINIQUES.
plus entrer en turgescence, il reste mou et violacé, tandis
que la partie correspondante du côté sain se gonfle, s'injecte de sang rouge et entre en érection chaque fois qu'on excite l'animal. Chez les chiens, en coupant les nerfs vasomoteurs qui se rendent aux organes génitaux, on abolit complétement l'érection du pénis ; on la détermine, au contraire, en passant un fil sur ces nerfs, de manière à ne pas les endommager, mais à maintenir une légère compression.
Nous avons essayé expérimentalement de déterminer, au moyen des courants électriques, de$ érections chez des chiens. Avec les courants continus, nous avons obtenu une légère turgescence, mais jamais nous n'avons réussi à produire une érection. Les chiens étaient chloroformisés afin de diminuer l'influence psychique, mais on comprend, d’un autre côté, que le chloroforme et les dissections que l’on est obligé de faire pour mettre les nerfs à découvert sont autant de causes défavorables.
Chez l’homme, quelques personnes ont accusé, à la suite d’électrisation de la tête par des courants continus, des
érections très-fortes la nuit suivante. Il faut ajouter que ces |
personnes étaient. fort peu malades, et elles comparaient
l'excitation éprouvée à celle que leur donnaient les premiers |
bains de mer. Quant à l'impuissance proprement dite, estelle guérissable par les courants électriques? Et quels sont les courants qu'il faut préférer?
On peut distinguer plusieurs cas d’impuissance. Benedikt en admet trois formes : celle par habitude d’onanisme, celle par abus d’excès vénériens, consistant dans une turgescence plus ou moins grande du pénis, mais avec éjaculation ante introitum in vaginam, et enfin, celle dans laquelle 1l n° 54 plus d’érection ni de désirs sexuels,
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Nous préférons n’admettre que deux formes et ne pas tenir compte de l’étiologie : dans l’une, les érections existent encore, surtout pendant la nuit, mais elles sont très-faibles ou nulles au moment du coit. De plus, presque toujours l’éjaculation a lieu ante enti'oitum in vaginam. En un mot, il n'y à pas impuissance complète, mais affaiblissement des organes génitaux (1). |
Dans la seconde forme, il y a, en général, eu une lésion organique de la moelle, qui à amené une atonie complète des organes génitaux. Il n'y a plus aucune érection même la nuit et plus aucun désir sexuel. Dans ces cas, 1l y a presque toujours, en même temps, une affection de la vessie.
Dans la première forme, la guérison est possible ; dans la seconde, elle est bien rare.
Les causes qui produisent la première forme d’impuissance sont nombreuses; ce sont principalement les abus vénériens et surtout ceux contre nature, une sorte d’atonie plus ou moins. congénitale, les pertes séminales, et l’anesthésie cutanée de toute cette région. |
C'est dans cette dernière forme seulement qu’il est avantageux d'employer les courants induits. M. Duchenne cite un cas de ce genre accompagné d’anesthésie vésicale, et qu’il guérit par cemoyen. Schultz (Wiener mediz. Wochenschrift,
1854 et 1861) à également employé l'électrisation cutanée dans des cas d’impuissance avec anesthési& On comprend, en effet, que dans ces conditions on agisse plus énergique-
(4) M. le docteur Pelisari, de Florence, nous a rapporté un cas trèscurieux d’'impuissance qu’il a observé dans sa clientèle. Ce cas se rapproche des paralysies hystériques. Un jeune homme, surpris au moment du coït par le mari, éprouva ume telle émotion qu'à partir de cette époque, et il y a de cela plüsieurs années, il est toujours resté complétement impuissant. *
ment avec les courants induits qu'avec les courants continus. Mais cette forme d’impuissance est assez rare.
Les pertes séminales sont aussi souvent la cause de l'impuissance , et nous renvoyons le traitement de cette forme, dans le chapitre où nous étudions d’une manière générale les modifications des fibres lisses sous l'influence des courants électriques.
Nous avons traité avec succès deux cas d'impuissance ne présentant, en dehors de cette affection, aucun autre symptôme, soit du côté de la moelle, soit du côté des organes génitaux.
Dans un cas, un jeune homme de trente-deux ans s'était aperçu depuis près de deux ans, d’abord d’érections assez faibles et d’éjaculations dès les premiers attouchements, puis depuis plusieurs mois les érections avaient complétement disparu. Il avait eu autrefois des blennorrhagies et des accidents syphilitiques, mais toutes ces affections étaient complétement guéries et il n’en restait aucune trace.
Nous appliquâmes, à chaque séance, sur la région lombaire de la moelle un courant ascendant de quarante à cinquante, éléments Remak pendant près de dix minutes, ct pendant cinq à dix minutes, nous placions ensuite les rhéophores près de l'anneau inguinal afin d’agir sur les nerfs du cordon.
Au bout d’une dizaine de séances, les érections reparurent pendant la nuit, el au bout d’un mois et demi de traitement, le malade nous assura qu'il avait complétement retrouvé ses facultés génésiques. Nous revimes ce malade neuf mois après, et sa guérison s’était parfaitement maintenue. Ce cas est d'autant plus instructif que les autres traitements, tels que l’hydrothérapie, les’bains de mer, etc., avaient échoué, et qu'il n’y avait aucune circonstance qui puisse faire admettre une influence morale, M. le professeur Broca et M. le docteur Tenneson nous avaient adressé ce malade, et ont constaté le succès des courants continus.
— Chez un autre jeune homme de vingt-neafans où les érections vo- Jontaires étaient presque nulles, mais où elles existaient encore pendant la nuit, par süite de la réplétion de la vessie, nous sommes également parvenu, en électrisant la moeile et les régions génitales, à ramener des érections naturelles, Dès les premières séances, ce résultat avantageux
A OR PP CO PE 9 ET RS TÉ * Le AN 3 À FUN
fut obtenu. Il est à noter que dans ces deux cas il n’y avait pas ou presque pas de pertes séminales.
Lorsque les désirs sexuels sont éteints et que l'impuissance est due à une lésion ancienne de la moelle, on ne peut espérer aucun succés.
Nous avons soigné, sans résultat, pendant deux mois, un jeune homme de vingt-six ans qui, depuis cinq ans, avait une atonie de la vessie etune impuissance complète à la suite d’une affection de la moeile. Voici les renseignements qu’il nous a donnés : à l’âge de vingt et un ans, avant une blennorrhagie assez forte, il eut les pieds exposés à l'humidité dans une partie de chasse. Il fut pris le même jour de frissons, et deux jours après, il ressentit subitement une douleur très-aiguë dans la région des reins. En peu d’instants, les membres inférieurs furent paralysés et entièrement insensibles. En même temps il perdit la vue presque complétement. L’estomac ne pouvait presque rien supporter.
On lui apptiqua tout le long de la colonne vertébrale un vésicatoire large de 10 centimètres. À partir de ce moment, il commença à être soulagé. Les yeux se ressentirent d’abord de l'amélioration. La vue revint graduellement avec la sensibilité dans les membres inférieurs, et enfin au bout de trois mois environ, il put se lever et faire quelques pas. Au bout de six mois il marchait assez bien, sans être bien solide, mais il conservait une grande faiblesse de la vessie, des organes génitaux et du rectum. A partir de ce moment, il n’y a plus eu d'amélioration.
C’est dans cet état, et après avoir essayé divers traitements, que le malade nous fut adressé par M. le docteur Reliquet, pour essayer l’emploi des courants continus. Au bout d’une trentaine de séances, en appliquant les courants sur la moelle et du côté des organes génitaux, les membres inférieurs avaient repris leur force, la vessie conservait les urines assez bien, mais il restait toujours des envies fréquentes d’uriner, de la constipation et même un peu de paralysie du rectum, et enfin une perte absolue d’érections.
Cette observation, très-intéressante sous le rapport du début de la maladie, nous montre en même temps combien, dans les lésions organiques anciennes, il est toujours dificile d'obtenir des effets bien marqués et des résultats satis-
faisants, Mais en dehors des cas de ce-genre, comme le prouvent les deux observations que nous avons citées en premier lieu, les courants continus agissent très-efficacement. Nous verrons dans le chapitre IV combien :l est important d’électriser la moelle lorsqu'on emploie les courants coutinus, car ce procédé détermine, dans les organes, une augmentation de circulation bien plus grande que lorsqu'on agit localement. C’est surtout pour les phénomènes qui dépendent essentiellement des nerfs vaso-moteurs que cette action sur les centres est logique au point de vue phystologique et efficace en thérapeutique.
Observations cliniques sur linfluence de la direction des courants
continus,
Comme nous l'avons découvert dans nos expériences physiologiques, la direction des courants continus à une grande influence sur la circulation. Nous avons vu, en effet, que le courant centrifuge ou descendant dilate les vaisseaux, et que le courant centripète ou ascendant resserre les vaisseaux. Nous avons eu l’occasion d’observer plusieurs cas pathologiques où cette loi s’est confirmée et nous a conduit à des résultats très-curieux. Parmi ces cas, le suivant est d'autant plus instructif que c’est la malade elle-même qui. nous à rendu attentif aux différences d’action des courants continus, selon leur direction.
M°° N.., trente-huit ans, fit, il y a dix ans, une fausse couche,
sortit dix jours après et fit une course assez longue. Le lendemain elle M4 ressentit des douleurs dans le bas- vehtre, fut obligée de garder lelit 4
pendant quelques | Jours, et à partir de ce moment elle ressent des douleurs très-violentes à l’époque derses règles. Ces douleurs, limitées d’abord au bas-ventre, se propagèrent bientôt sur tout le côté droit et, depuis quatre ans, elle en souffre presque constamment. Depuis trois
ans, elle est prise, presque toutes les semaines, de névralgies de la tête très-intenses qui s’accompagnent de vomissements et d’une prostration très-forte.
Il y a deux ans, elle a suivi un traitement pour ses douleurs de matrice ; on lui cautérisa le col avec du nitrate d'argent, ce qui a contribué à diminuer pendant quelque temps la leucorrhée dont elle se plaignait depuis quelques années. Mais les douleurs et l’état général ne furent nullement amendés, et au bout de fort peu de semaines les flueurs blanches reparurent aussi abondantes.
Lorsque cette malade nous fut adressée (1866), elle était dans an état d’anémie et d'irritabilité nerveuse des plus prononcés; lappétit était presque nul, les forces et l’embonpoint avaient beaucoup diminué depuis quelque temps, tout le côté droit était d’une sensibité extrême, et le moindre contact, surtout sur la peau du ventre du côté droit, était très-douloureux. A côté de ces phénomènes , il y en avait d’autres de nature hystérique, tels que la sensation d’une boule remontant de l'estomac vers le larynx, des pertes momentanées de connaissance avec mouvements désordonnés, pleurs, etc.
Nous appliquâmes d’abord sur la moelle un courant descendant trèsfaible (huit à dix éléments), éar la malade ne pouvait pas supporter un courant de douze à quinze éléments. Nous faisions des séances assez prolongées de vingt-cinq à trente minutes, et les trois premières fois, la malade avait une syncope qui ne survenait jamais pendant l’électrisation, mais toujours immédiatement après.
Au bout de six séances nous pûmes augmenter la force du courant, et nous avons employé à la fin jusqu’à trente éléments. Nous électrisions toujours la partie dorsale et lombaire de la moelle avec un courant descendant.
Au bout de quinze séances, l’état général s'était déjà amélioré, et au bout de cinq mois de traitement (trois séances par semaine), les douleurs névralgiques ne reparaissaient plus que de loin en loin et bien moins violentes ; l'appétit avait reparu, la malade avait engraissé et l’hyperesthésie de la pean avait beaucoup diminué.
Une seule chose persistait toujours, c’étaient les douleurs du basventre et une leucorrhée très-abondante. Les injections au tannin faites pendant plusieurs semaines n’avaient pas eu grand succès ; le fer et le vin de quiñquina prescrits en même temps n'avaient pas amélioré ces Symptômes. À l’examen de la matrice, on trouve le col très-haut, et la matrice assez fortement recourbée en arrière. Ce qui frappe en même temps c’est une sensibilité très-grande du col.
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MS : «TER . LR Te.
Nous essavâmes alors, surtout pour combattre lexcitabilité de ces organes, de placer un des pôles sur la matrice, et l’autre sur le plexus lombaire. Nous n'avions, à cette époque, aucune notion bien exacte sur l'influence de la direction des courants, et cherchant en même temps à trouver empiriquement lequel des pôles agirait localement plus avantageusement, nous placions sur le col tantôt le pôle positif et tantôt le pôle négatif.
Au bout de quelques séances, et c’est là le fait intéressant de cette observation, la malade nous dit qu'après avoir été électrisée, ses flueurs blanches tantôt semblaient augmenter, tantôt, au contraire, diminuaient très-notablement pendant quelque temps. A partir de ce jour, nous fimes attention au mode d’électrisation qui pouvait amener ces différences, et nous eûmes bientôtla conviction gue les flueurs blanches étaient diminuées chaque fois que nous mettions le pôle positif sur le col de la matrice, et le pôle négatif sur la région lombaire ; elles étaient, au contraire, plus abondantes lorsque nous placions le pôle positif sur la région lombaire et le pôle négatif sur le col.
Ce fait pathologique concorde avec nos observations physiologiques, et il s'explique très-facilement. Nous savons que le courant ascendant resserre les vaisseaux sans produire, comme les courants induits, un rétrécissement complet, tandis que le courant descendant augmente l’afflux du sang. Dans le premier cas, nous produisions donc la décongestion de la matrice; dans le cas contraire, nous augmentions la congestion existant d’une manière chronique. De là, la diminution ou l'augmentation du flux leucorrhéique.
Nous n’avons pas besoin d’insister sur l’iiportance de ce fait, qui non-seulement vient démontrer l'utilité des études physiologiques, mais encore les avantages que l’on peut ürer des courants continus, et leur différence d'action selon le mode d'emploi.
Frappé du résultat obtenu dans ce cas par les courants : continus, nous avons essayé ce lraitement dans deux au-
tres cas, où les malades, présentant plusieurs phénomènes hystériques, se plaignaient en même temps de flueurs blanches abondantes.
L'une de ces malades, âgée de trente-cinq ans, confectionneuse, avait eu six enfants, mais depuis ses dernières couches qui dataient de cinq mois, elle était devenue très anémique, ct à côté de symptômes hystériques très-marqués, elle avait depuis cette époque un écoulement leucorrhéique très-fort et d’une couleur jaune. Dès la première séance d'application des courants continus (pô'e positif sur le col), l’écouicment fut diminué pendant près d’un jour. Mais le surlendemain, il redevint aussi abondant. De nouvelles séances firent de nouveau diminuer le catarrhe, et en même temps les phénomènes hystériques disparurent. Cette malade ne vint nous trouver que cinq fois pendant le traitement, les flueurs blanches avaient diminué, mais nous ne savons si l’amélioration s’est maintenue.
— L'autre observation est plus complète, en ce sens que nous avons pu mieux suivre la malade. M"° R..., âgée de vingt-quaire ans, mariée depuis trois ans, et n’ayant pas eu d'enfant, se plaint de douleurs dans les reins et d’une pesanteur dans le bas-ventre; elle a en même temps des flueurs blanches abondantes. Elle a été soignée antérieurement par un médecin qui a pratiqué plusieurs fois des cautérisations au nitrate d'argent sur le col de la matrice. A l'examen, au moyen du spéculum, nous constatons, à gauche du museau de tanche, une cicatrice assez grande due probablement aux cautérisations ; il n’y a pas d’ulcération, mais l’ouverture du col est rouge et couverte d’un mucus épais et jaunûtre.
Depuis plusieurs mois la malade suivait un traitement tonique, fer, vin de quinquina. Elle prenait en même temps des injections au tannin et avec de l’eau alcoolisée, sans que la plupart des phénomènes fussent notablement amendés.
Nous essayàmes l'emploi des courants continus en mettant le pôle positif sur le col de la matrice, et le pôle négatif sur la région lombaire. L'excitateur que nous mettions eur le col n’était pas celui que l'on emploie d'ordinaire et qui se termine par une olive très-grosse ; nous avions préféré nous servir d’un excitateur terminé par une olive moins épaisse, afin de pouvoir mieux la fixer sur l'ouverture du col. Le courant employé était de vingt- cinq éléments Remak, et la durée de chaque séance de quinze minutes. |
Au bout de huit séances, les flucurs blanches avaient disparu, ou au moins avaient tellement diminué que la malade se considéra comme guérie. Il y a deux mois (au moment où nous écrivons) que le traitement a été suspendu et l'amélioration s’est maintenue jusqu'à présent. Ajoutons de plus que ce traitement n’est pas du tont douloureux.
influence des courants électriques sur les sécrétions.
Nous n'avons étudié jusqu'à présent que les phénomènes vasculaires qui se passent du côté de la matrice, parce que ce sont les plus simples et les plus nets à observer au pont de vue des changements de vascularité ; mais, dans toutes les affections, il est certain que l'influence des courants sur la circulation doit être la cause principale de la modification des tissus, et de l'amélioration des symptômes pathologiques. On pourrait presque faire rentrer dans cette étude toutes les affections traitées avantageusement par l’électricité, mais nous nous bornerons à signaler encore comme . rentrant plus particulièrement dans ce chapitre l'influence des courants électriques sur les sécrétions.
Les sécrétions sont d'autant plus abondantes que les glandes reçoivent une plus grande quantité de sang; on comprend donc que tout agent qui peut augmenter la
circulation dans les glandes, parviendra par cela seul à agir
sur les sécrétions.
L'expérience de M. Claude Bernard, sur la glande sous
maxillaire, démontre très-nettement l'influence des courants *
électriques sur la sécrétion de la salive, Après avoir découvert cette glande, M. Claude Bernard électrise toute la glande avec des courants induits et ne constate aucune augmentation de la sécrétion de la salive ; il électrise les filets du sym-
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pathique, et les vaisseaux se rétrécissant, l'afflux du sang diminue et par suite la sécrétion. Tandis qu’en électrisant la corde du tympan, le sang arrive avec abondance dans les vaisseaux, 1l passe rouge et avec des battements des artères dans les veines, et la sécrétion salivaire devient excessivement abondante. La corde du tympan est un nerf sensitif et l’action sur la circulation est la même dans ce cas que celle que l’on détermine en électrisant le nerf auriculo-temporal; c'est une action réflexe. Cet effet est également obtenu par les courants continus, mais dans une moindre proportion. En mettant à nu le nerf auriculo-temporal et en électrisant le bout central avec un courant continu, nous avons obtenu également une hypérémie vasculaire dans l'oreille du même côté. Mais ce qui montre à la fois que cefte action est réflexe et que la direction des courants est d'une grande importance, c'est que cet effet n’est produit qu'avec un courant centripète. Nous n'avons jamais observé dans cette expé- : rience une congestion aussi forte que dans le cas où l’on électrise le nerf avec les courants interrompus.
Chez un chien de forte taille, nous avons mis à nu la glande sous-maxillaire. Après avoir isolé la corde du tympan et introduit une canule dans le canal excréteur, nous avons fait passer par toute la glande un courant induit, et comme M. CI. Bernard l'avait déjà observé, la sécrétion sous cette influence n’a point été augmentée. Dans les mêmes conditions, les courants continus, au contraire, rendent la sécrétiou plus abondante. En portant les courants électriques directement sur la corde du tympan, les courants continus
augmentent encore la sécrétion salivaire, mais dans aucun cas elle n’est aussi abondante que lorsqu'on électrise ce nerf avec des courants induits.
L'effet prodait par les courants interrompus est instantané et disparaît dès qu’on cesse leur application. Avec les cou rants continus, l'effet est plus lent, mais dure encore quelque temps après leur application.
La différence d’action des courants induits et des courants continus est donc la suivante : eu agissant sur tous les tissus (ce qui est le cas ordinaire chez l’homme, où l'on
peut très-difficilement limiter l’action sur un nerf), on ne 4 détermine pas d'augmentation de sécrétion avec les cou- M rants induits, mais cet effet a lieu avec les courants con= üinus. Dans les applications électro-thérapeutiques sur
l'homme. ces différences d’action sont très-nettes.
Cette action des courants continus sur la sécrétion sali-
vaire a été observée depuis longtemps. À la fin du siècle dernier, dans le Journal du galvanisme, on trouve, en effet, la relation suivante : «Si l’on fait passer la commotion de
la pile à travers lesglandes parotides, il en résulte une abon- .
dante sécrélion salivaire, comme le prouve lobservation
faite récemment à Gênes, sur la tête de deux bœufs, par les
professeurs Brugnatelli et G. Mojon. Aldini avait lui-même fait la remarque d’un pareil phénomène dans ses expériences sur les décapités. »
La saïvation déterminée par les courants continus dure souvent vingt-quatre à quarante-huit heures après l'électrisation. |
Nous avons vu un cas où, à la suite de l'emploi de ces courants pour une contracture des muscles du cou, ül est survenu une salivation tellement abondante qu'il fallut interrompre le traitement pendant quelque temps.
On peut donc dire qu'en agissant d’une manière générale et non directement sur les nerfs sensitifs, les courants con-