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RECHERCHES CLINIQUES SUR LE SYSTÈME NERVEUX

Système nerveux périphérique.

Nous allons suivre dans l'exposé des faits cliniques l’ordre que nous avons suivi dans la partie physiologique. Nous commencerons donc par étudier la pathologie du système nerveux périphérique, puis celle des centres nerveux. Nous ne nous occuperons pas des nerfs du grand sympathique, car leur étude a été faite en partie dans le chapitre sur la circulation et le sera également dans le chapitre qui traitera des lésions des organes de la vie végétative. | * Dans le système nerveux périphérique, nous ayons deux sortes de filets nerveux au point de vue fonctionnel : les nerfs sensitifs et les nerfs moteurs. Nousdistinguerons pour chacun de ces nerfs deux états pathologiques différents : l’un dans lequel leur action fonctionnelle ‘est augmentée, l’autre dans lequel elle est diminuée.

Augmentation de la sensibilité. Névralgies.

Les nerfs sensitifs présentent dans bien des cas une hyperesthésie tres-considérable, mais cette augmentation de

la sensibilité est due presque toujours à une cause générale; c’est ainsi que dans l’hystérie on observe souvent une sensibilité extrème de certaines régions. Dans quelques affections musculaires, on rencontre également des hyperesthésies très-marquées, et l’on pourrait même faire rentrer dans ce chapitre tous les cas où existe le phénomène douleur. Comme nous n’avons pas pris pour base de notre classification l’étude des symptômes, nous n'avons pas à nous occuper 1c1 de cette augmentation de la sensibilité, due à des causes générales. Il ne nous reste donc à étudier que l'influence de l'électricité sur les différentes espèces de névralgies.

Courants induits. — Les courants Imduits sont employés de deux manières différentes, dans les névralgies. Un de ces modes, imaginé par À. Becquerel, a été appelé méthode hyposthénisante. Il consiste dans l'emploi de courants induits très-forts et à intermittences trèes-rapides. On se sert de l’extra-courant de manière à avoir toujours un courant dirigé dans le même sens. On emploie comme électrodes deux éponges humides ; on applique l'une, la positive, sur le point du nerf le plus rapproché du centre nerveux ; on promène l’autre, la négative, successivement . sur les branches du nerf qui sont douloureuses.

D'après les faits physiologiques que nous avons étudiés, on comprend aisément que ces courants doivent, au bout de quelque temps, diminuer l’excitabilité du nerf ainsi électrisé et par conséquent faire disparaître la douleur. C'est en effet ce qui arrive; dans les premiers instants, la douleur est très-vive, mais elle est bientôt remplacée par un engourdissement qui augmente peu à peu et finit par être complet. Mais quand- on cesse l’électrisation, le nerf

recouvre peu à peu son excitabilité, et par conséquent les douleurs peuvent reparaitre.

La durée de la séance est en général de cinq minutes, M. Becquerel a expérimenté ce mode de traitement dans plusieurs cas de névralgies et surtout dans les sciatiques, et il en a obtenu de bons résultats, car voilà les chiffres qu'il donne. Sur dix-sept malades traités à l'hôpital, deux seule-

ment eurent besoin, pour faire disparaître complétement la

maladie, d’un aulre traitement. Tous les autres furent complétement guéris par la méthode hyposthénisante. Le nombre le plus grand des séances fut de onze; le plus faible de trois.

M. Duchenne emploie dans le traitement des névralgies la méthode dite révulsive, qui consiste dans l’électrisation cutanée. On pratique sur la peau sèche une fustigation électrique énergique, ou bien on promène les conducteurs métalliques pleins sur la région douloureuse, en même temps que l'appareil marche avec des intermittences trèsrapides ; l'intensité du courant est proportionnée au degré d'énergie et d’excitabilité du malade; l'opération doit durer de deux à cinq minutes.

Ce mode de traitement, qui FR quelquefois de bons résultats, peut également s'expliquer au point de vue physiologique. Nous savons, en effet, que l’électrisation des nerfs sensitifs détermine un plus grand afflux de sang, et comme les névralgies sont dues la plupart du temps à une stase du sang dans les capillaires des tissus nerveax , on comprend que l’augmentation et laccélération de la circulation dans ces vaisseaux puisse faire disparaitre les phénomènes douloureux.

Ce que l’on peut reprocher à ces deux méthodes de

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traitement, cest qu'elles sont irès-douloureuses et qu’elles offrent quelque danger à cause de leur excitation trèsvive. Il nous paraît en effet imprudent d'employer soit la méthode hyposthénisante, soit l'électrisation cutanée dans d’autres névralgies que la sciatique, et d’un autre côté, on risque d'augmenter les douleurs lorsqu'on n’a pas la chance de trouver un cas favorable. Aussi, dans presque tous les cas de névralgies, nous croyons qu'il est préférable d’avoir recours aux Courants continus.

Niemeyer, dans son Traité de pathologie interne, résume - ainsi les résultats qu'il a obtenus dans le traitement des né- » vralgies par les courants induits :

” «4° Il est préférable d'employer des électrodes métal- -liques, connus sous le nom de pinceaux métalliques (électrisation culanée).

» 2° Beaucoup de névralgies traitées auparavant sans “succès par les remèdes les plus variés sont guéries définiti- | vement après douze ou vingt de ces séances et quelquesunes encore plus rapidement. Dans d’autres cas, on n’ob-

ent ni guérison ni amélioration,

» 3° Dès la première séance, on peut savoir si le iraitement par l’électricité d’induction guérira ou ne guérira

pas la névralgie. En effet, ce n’est que dans les cas où immédiatement après l’électrisation les douleurs sont considérablement améliorées ou totalement dissipées, ne serait-ce que pour trés-peu de temps, que l’on est en droit d'espérer la réussite; si ce premier effet palliatif n’a pas | lieu, la continuation du traitement n’amêne aucun résultat. L'application du courant induit est très-douloureuse.... » QUn moyen qui rend beaucoup plus de services dans les » névralqies que le courant induit, c’est l'emploi du courant

constant. Bien des cas traités sans succès à l'aide du courant induit ont été quéris à l'aide du courant constant, tandis que jusqu'a présent je n'ai jamais constaté l'inverse. »

Nous avons essayé deux fois chez des malades où la scia- | tique ne cédait pas rapidement au traitement par des COurants continus, l'emploi des courants induits par la méthode révulsive et par la méthode hyposthénisante, et dans aucun cas nous n'avons pu obtenir un effet plus favorable qu'avec les courants induits. Nous devons à l obligeance de M. Dally la communication d'une observation dans laquelle 1l a pu essayer comparalivement les courants induits et les courants continus. * 4

M. B..., cinquante-six ans, sans antécédents morbides notables, fat atteint pour la seconde fois, en novembre 1863, d’un accès de sciatique rhumatismalé extrêmement intense, dont la guérison, lors de la première attaque, avait demandé deux mois. On avait fait, à ce premier accès, usage des préparations opiacées et belladonées, entès et extra, suivi d’un M vésicatoire. L’intervalle entre les deux premières attaques avait été de b dix-huit mois. Le 18 novembre 1863, le malade vint me trouver et je : lui appliquai, à la suite de manipulations, un courant d’induction assez « intense, qui parut améliorer son état ; mais le lendemain la douleur ayant Ÿ reparu plus vive, le malade fut forcé de prendre le lit, et je le trouvai en M proie aux douleurs les plus intenses. Je renouvelai les’ manipulations et M le courant induit, avec l’intention de déterminer une forte révulsion; le « soulagement produit ne dura que deux heures. Pendant dix jours, la M douleur empêcha le malade de dormir, malgré l'emploi du sulfate de « quinine et de l'essence de térébenthine ; l’amélioration qui se montrait chaque jour après les séances ne durait que deux ou trois heures ; à. partir du onzième jour, elle fut définitive, mais le malade ne put sortir | en voiture qu’au vingt-deuxième jour. Six ans plus tard, M. B... fut pris d’un accès qui se présentait avec les mêmes caractères ; il fat traité par les manipulations associées au courant continu ; le 9 novembre, première. | séance (courants centrifuges), le pôle positif humide est appliqué sur les vertèbres lombaires, puis sur le sacrum; le pôle négatif est promené sur Ja région fessière, l’échancrure ischiatique et le long du trajet du à:

. nerf sciatique; il est laissé pendant cinq minutes à demeure sur le creux poplité, de 20 à 5 éléments en décroissant d'intensité. L'amélioration est manifeste dès la première séance ; elle persiste, et dès le quatrième jour le malade peut venir à pied à mon cabinet. Dix séances ont été données en tout; et M. X... se trouve aujourd’hui (mai 1870) mieux que dans l'intervalle des six années qui sépare les deux derniers accès. Aucun traitement interne.

Courants continus. — Magendie employait dans les né- -vralgies les courants de la pile, mais il se servait de l’électro-puncture. Il introduisait dans les tissus deux aiguilles de platine, lune à l’origine du nerf ou dans son voisinage, . l’autre vers sa terminaison. Le courant continu d’une pile passait d'une aiguille à l’autre en parcourant le nerf et toutes ses divisions. Magendie a également employé les courants d'induction, mais il à remarqué qu’on obtenait de meilleurs résultats avec un courant continu.

Ce procédé de Magendie est très-douloureux, et nous ne le citons ici qu’au point de vue historique.

Il vaut toujours mieux employer des courants continus à lorte tension, et à action chimique faible, afin de ne pas trop exciter la peau. Dans ce dernier but, nous nous ser- . vons toujours de tampons très-larges et humectés avec de leau’simple et non avec de l’eau salée. Pour les névralgies, . comme pour toutes les hyperesthésies, 11 faut toujours re-

Jeter les courants continus à action chimique un peu intense. Les pilés de Bunsen ou au bisulfate de mercure

sont détestables dans ces cas, et même le courant fourni par la pile au chlorure d'argent possède encore trop d'action chimique. Nous lPavons déjà dit, et nous croyons utile F de le répéter, ilne suftit pas qu’ un courant soit continu, C'est-à-dire qu'il provienne directement de la pile, pour

qu'il agisse de la même façon qu'un autre courant également continu mais provenant d’une autre pile. Il y a sous ce rapport de grandes différences, elelles sont presque aussi tranchées et aussi importantes à connaître que celles « qui existent entre les diverses sources électriques. Certes, l'électricité est une seule et même force, mais elle possède M plusieurs propriétés et dans tous les cas plusieurs effets, La M chaleur aussi est une, malgré ses diverses origines, mais en restant dans les faits biologiques, que de différence d’action selon son mode de production ou d'action!

Nous devons donc toujours, au point de vue médical, à non-seulement distinguer, dans. un courant continu proveuant de la même pile : l'intensité, la durée d’action et l’'in- « fluence de la direction, mais il nous faut avant tout choisir M entre les différents courants continus, celui qui doit être préféré pour telle ou telle affection. C’est ainsi que dans « les hyperesthésies 1l est important d’avoir des courants con- * tinus à tension élevée, mais à action chimique très-faible. «

Nous allons maintenant examiner les autres ue É que nécessite l'emploi des courants continus.

En ce qui concerne la direction du courant, presque tous les auteurs (Remak, Becquerel, Namias, Rosenthal, « Meyer, etc.) recommandent dans la plupart des cas un4 courant centrifuge ou descendant, et placent le pôle po-m sitif sur les centres nerveux ou dans leur voisinage, et le pôle négatif à la périphérie. |

Mais même ces auteurs se déparlissent souvent de ce principe, car la plupart ne sont préoccupés que de l'in- FA fluence hyposthénisante du pôle positif, et cherchent | constamment à placer ce pôle sur les points les plus dou. loureux. Remak et surtout Benedikt, agissent ainsi. Mais

il y a des névralgies où ces points sont difficiles à déterminer, et lorsqu'ils existent, ils sont dus la plupart du temps à des conditions locales, telles que le trajet dans un canal osseux ou dans une aponévrose.

Budge a trouvé, ilest vrai, sur les nerfs moteurs des greuouilles, examinés point par point, quelques places douées d'une très-grande excitabilité à côté d'autres où l'excita-

. bilité était très-faible ; mais cela n'implique pas que ces - mêmes points deviennent douloureux dans les névralgies, . etsurtout que la douleur accusée dans ces cas soit due à une . cause locale. L’hyperesthésie est la conséquence de lirritation générale du nerf, et, par suite, nous croyons logique Ad agir sur le nerf tout entier, au lieu de borner les appli- . cations électriques à certains points déterminés. D'ailleurs, dans la névralgie essentielle, c’est la douleur, la transmission au cerveau d'une excitation des nerfs sensitifs que l’on doit diminuer, et les expériences physiologiques nous ont . démontré que pour obtenir ce résultat il fallait agir avec un courant descendant sur la plus longue portion possible du nerf, et que ce n'était pas là une action locale de tel - ou tel pôle, mais l'influence exercée d'ordinaire par la direction des courants.

Que dans un cas de névrite, de gonflement ou de com- … pression du nerf en un point, on mette le pôle positif sur le pointdouloureux, nous le comprenons et nous agissons ainsi. Dans ces conditions, en effet, l'affection est locale et pars. faitement circonscrite, et l'on doit chercher à déterminer ï une action locale sur la circulation et sur les phénomènes Ld eudosmose. Tandis qu'il n’en est nullement de même dans une névralsie qui s'étend sur tout le trajet d’un nerf. & Dans les névralgies anciennes cependant , les douleurs

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