‹ Traité d'électricité médicale [electronic resource]Chapitre 61 sur 173 · CATALEPSIE · texte numérisé non relu

CATALEPSIE

nous avons vu, chez des animaux en hibernation complète, les courants continus accélérer aussitôt les mouvements du thorax et du cœur et réveiller Panimal au bout de quelques minutes. De plus, ces animaux, quoique nous agissions au milieu de l'hiver, ne se sont plus rendormis. Ces expériences démontrent bien l'influence que les courants continus peuvent avoir dans les cas de catalepsie ou de léthargie.

Ces courants peuvent également être utilisés lorsqu'on veut constater la mort réelle, car lorsque leur action ne détermine plus aucune contraction musculaire, c’est que la vie générale a cessé depuis plusieurs heures.

Chez une jeune femme morte subitement quinze jours après avoir accouché (probablement à la suite d’une embolie), les parents avaient été tellement surpris de ce malheur si imprévu et si prompt, d'autant plus que l’étai général avait été très-satisfaisant, qu'ils ne purent croire à une mort réelle et voulurent que l’on employat électricité pour bien s'assurer de la vitalité des organes. M. le docteur Guéniot nous fit prier de faire ces recherches, et six heures après la mort, nous pûmes constater que sur aucun des muscles les courants induits, même très-forts, ne pouvaient déterminer la moindre contraction. Sur les muscles du cou et sur ceux du thorax, les courants continus (36 éléments . chlorure d'argent) furent également sans effet ; mais sur les muscles de la face et principalement sur le frontal et sur les muscles des paupières, 1ls délerminèérent des contractions encore très-énergiques. Ce fait est important, non-seulement au point de vue de la différence de contractilité des muscles sous l'influence des divers courants, mais encore comme signe ultime de la vitalité des tissus. C’est là sans contredit un des moyens les plus certains pour la constatation de la

mort réelle. On peut en effet affirmer que, lorsque les courants de la pile ne donnent plus de contraction, on est

en présence d'un cadavre, et qu'il est impossible de le ra- .

mener à la vie.

Tétanos, .

Les courants continus, d’après des expériences faites sur les animaux, ont toujours été considérés comme pouvant être utiles dans le tétanos. Nous avons déjà indiqué, dans les recherches physiologiques sur le système nerveux, qu'ils avaient été employés par Matteucci. Selon les ouvrages consultés, nous avons trouvé que ce savant les avait employés sous forme de courant ascendant allant des pieds à la moelle, ou sous forme de courant descendant allant de la moelle aux membres. Il est donc probable, quoique nous ne puissions rien cire de bien exact à ce sujet, que Maiteucci les a

employés dans deux cas de tétanos. Il n’a point obtenu de:

guérison, mais un grand soulagement dans les douleurs.

Nous ne croyons pas qu'il existe dans la science jusqu'à présent un seul cas de tétanos guéri par les courants continus. Aussi croyons-nous utile de donner in extenso l'observation suivante, où, avec MM. les docteurs Dubreuil et Lavaux, nous avons obtenu une guérison complète de télanos traumatique par l'emploi du chloral et des courants continus.

Le nommé Christophe Strasser, âgé de trente ans, ouvrier dans une scierie mécanique, a été blessé le 16 février 1870, à dix heures du matin, par une scie circulaire qui a atteint la main gauche et lui a ouvert l'articulation de la première avec la deuxième phalange du pouce; l'index a été légèrement atteint à la partie interne.

Le même jour, le blessé se rend chez un pharmacien du voisinage qui lui fait un pansement simple avec un onguent et un peu de charpie; il

TÉTANOS. | h09

conseille en outre au blessé de prendre tous les matins un bain de main d’une demi-heure-dans de l’eau de camomille; il paraît que, depuis, ce

pansement aurait été changé et que l’on aurait versé sur la plaie une

substance irritante qui aurait occasionné une assez vive douleur.

Pendant les dix jours qui suivirent l’accident, le blessé ne ressentit qu’une légère douleur au niveau de la blessure ; il restait levé, le bras en écharpe, mangeait et buvait comme à l'ordinaire; il dit n’avoir pas eu de fièvre.

Le samedi 26 février, en se réveillant, il s’aperçut qu'il ne pouvait que difficilement ouvrir la mâchoire ; il se plaignait en même temps de douleurs dans le dos, le long de la colonne vertébrale. Toutefois, comme il était plus préoccupé de la blessure que du reste, il ne s’alite pas.

Le dimanche 27 et le lundi 28 février, la raideur augmente, mais sans grande douleur ; il éprouve de la fièvre et une grande fatigue dans tous les membres. Il consulte un médecin qui lui fait faire une friction varcotique le long de la colonne vertébrale et lui prescrit une potion avec 50 centigrammes de calomel.

Le mercredi 2 mars, le malade, continuant à souffrir, appelle le doc teur Lavaux, médecin du bureau de bienfaisance, qui voit le blessé le mercredi, à cinq heures du soir. À son arrivée, il le trouva debout, le bras en écharpe; il constate l'existence des lésions rapportées plus haut,

articulation du pouce est ouverte, la deuxième phalange est presque détachée, la plaie, qui à été pansée avec un corps irritant, est rouge, sèche, et ne suppure presque pas.

Le blessé dit que depuis trois jours il ne peut ouvrir la bouche et “qu'il éprouve de la raideur et de la douleur le long de la colonne vertébrale et derrière le sternum. Les muscles de la région temporo-maxilaire, ainsi que les sterno-mastoïdiens, sont contracturés, les muscles (le la région antérieure de la poitrine et du ventre sont également dans un état de contraction permanente.

… Les muscles des membres thoraciques, ceux des jambes et du dos sont souples. Le blessé, au moment de l’examen, éprouve une fièvre très-intense, 120 Han dén par minute, Sueurs profuses. Le docteur Lavaux fait immédiatement coucher le blessé et examine avec le plus grand soin la blessure, afin de voir s’il ne resterait pas quelque éclat de bois ou d’os que l’on pût retirer. Cet examen ne révélant la présence d'aucun corps irritant, il fait recouvrir sur toute la main un large cataplasme. Prescription : — 4 grammes de bromure de potassium et D centigrammes d'extrait de belladone, Infusion chaude de chiendent,

avec recommandation de bien couvrir le blessé, afin de favoriser lan transpiration. | ue

Le soir même, le docteur Lavaux fit appeler en consultation M. | docteur Dubreuil.

Ces médecins prescrivirent le chloral, médicament qui avait dé donné des succès dans deux cas analogues, et observés par Langenbeck # et Verneuil. D |

A neuf heures, la fièvre est 5) Ms aussi vive, 120 pulsations par 4 minute; sueurs profuses; le malade n’éprouve que de la raideur sais s douleur appréciable dans les muscles contracteurs ; l'intelligence € nette et bien conservée. + |

Le docteur Lavaux injecte par la méthode hypodermique un gramme“ de chloral. 4

Le jeudi matin 3 mars, M. Dubreuil enlève un segment de la deuxième phalange, qui ne tenait plus que légèrement aux téguments.« La fièvre a continué. Pouls, 120 pulsations. Sueurs profuses. Contrac- à tures des muscles de la région antérieure; trismus. Respiration abdo- | minale. Potion avec 6 grammes de chloral et 4 pilules des centigrammess, | de poudre de digitale. L

Le jeudi soir 9 mars, à huit heures, le pouls est tombé à 92 pulsations, les sueurs ont un peu diminué, la contracture musculaire pers siste, la respiration continue à être abdominale. Le malade n'ayant pas" été à la selle depuis deux jours, on ordonne l'administration d’un lave ment huileux qui est suivi d'évacuation. {

Vendredi 4 mars, à huit heures du matin, le pouls est à 92. La con“ £ tracture des muscles de la région antérieure de la poitrine et de l’ahdo=n men persiste, ceux des membres thoraciques et pelviens sont soupless les muscles du cou sont un peu moins contracturés que la veille, le maz= À lade ouvre un peu plus la bouche.

L'administration de la digitale est supprimée et nous ordonnons unc« potion avec 8 grammes de chloral à prendre dans les vingt-quatre heures, bouillons et tisane de chiendent. : F0 ë

Le vendredi, à midi, le pouls est à 84, la contracture tonique ME muscles de la région antérieure du corps persiste, mais elle ne paraît pas avoir fait de progrès depuis la veille, le malade n'éprouve aucune douleur ni aucune secousse tétanique, il se plaint seulement d'être cass en deux Pen on l’aide à se mouvoir dans le lit. |

Vendredi, à onze heures du soir, le pouls est à 84, comme à à imidi ñ | il y a moins de sueurs, le malade est continuellement assoupi, état q di

TÉTANOS. hA1

dure depuis le commencement de l'administration du chloral; il a eu, paraît-il, un peu de délire dans la soirée, il voulait se lever et aller à son travail.

La contracture des muscles de la poitrine et de l’abdomen persiste ; “celle des sterno-mastoïdiens est un peu diminuée. C'est à ce moment que MM. Dubreuil et Lavaux nous prient de nous joindre à eux pour appliquer des courants continus, Le samedi 5 mars, à dix heures du matin, nous nous rendîmes chez “le malade, À notre arrivée, les muscles de la région antérieure du cou “sterno-mastoïdiens, scalènes, ceux de la poitrine et de l’abdomen sont fortement contracturés; la respiration est purement abdominale. Nous “appliquons pendant trois quarts d'heure le courant continu descendant sur la colonne vertébrale, et nous obtenons presque immédiatement la résolution des muscles contracturés ; la respiration qui n’était qu’abdo- … minale devient thoracique.

Le pouls, avant et après l'électrisation, est à 84. 5 grammes de chloral pour quatorze heures, bouillons et potages. A six heures du soir, nous revenons voir le malade. | La contracture musculaire s’est reproduite surtout dans les muscles de l'abdomen et de la poitrine ; les muscles de la région du cou sont un —peu plus souples que lors de la première application de l'électricité. Au moment où nous découvrons le malade, en touchant légèrement les muscles du ventre, nous provoquons une secousse tétanique avec … contraction momentanée; cette secousse ne s’est pas reproduite pendant … Pélectrisation.

Nous appliquons le courant pendant une demi-heure le long de la … colonne vertébrale ; une application directe est également faite pendant vingt minutes sur les muscles thoraciques. Au bout de trois quarts … l'heure, la résolution musculaire est obtenue. Le pouls, avant et après … l'opération, reste à 76. Le malade n’allant pas à la selle depuis la veille, F on ordonne un lavement simple. A dix heures et demie du soir, le pouls est toujours à 76; vingt-quatre respirations par minute. Pas de sueurs. Le malade ne se plaint d'aucune douleur, mais la contracture de tous munies muscles de la région antérieure de la poitrine et de l’abdomen s'est L reproduite, il n'existe aucune contracture des muscles des bras et des — jambes. Ceux du cou sont un peu plus souples que le matin. — Le malade est soumis pendant trois quarts d'heure à application du * courant continu sur la colonne vertébrale ; la résolution est obtenue encore une fois et la respiration soulève les côtes.

h12 RECHERCHES PHYSIOLOGIQUES ET CLINIQUES. æ.

Dimanche 6 mars, à dix heures du matin. La nuit a été bonne, le. malade, qui est toujours somnolent depuis l’administration du chloral, n’a pas eu de secousses tétaniques, les muscles de la mâchoire sont … moins contracturés, la langue sort plus facilement de la bouche, les muscles du cou sont souples, ceux de la poitrine et l’abdomen sont toujours contracturés. Pas de contracture des membres.

La plaie du doigt est en bon état, la suppuration s'effectue bien, on continue l'application des cataplasmes. Pouls, 76 pulsations. |

Il y a eu une évacuation à la suite du lavement administré la veille. Nouvelle application du courant continu sur la colonne vertébrale; tou-« jours même courant descendant. La résolution des muscles contracturés # est obtenue, le malade ouvre la bouche un peu plus que la veille, il } peut introduire la première phalange de l’index entre les dents. :

Le malade est dans un état de somnolence presque continue.

Nouvelle potion avec 5 grammes de chloral. nl

Le dimanche 6 mars, à onze heures du soir, le malade est de nouveau soumis pendant une heure à l'application du courant électrique appliqué « sur la colonne vertébrale. Soixante pulsations avant et après l’électri-« sation ; vingt-quatre respirations par minute, Le malade est dans un état de somnolence continue, il ne se plaint d'aucune douleur lorsqu'il reste i immobile ; s’il se retourne dans le lit, il dit qu’il lui semble que son corps esl cassé en deux au niveau.de la bäse de la poitrine. Au bout d’une heure d’électrisation, la résolution musculaire est obtenue, mais cet état ne persiste pas longtemps. Lorsque le malade se retourne dans | le lit, les muscles se contracturent de nouveau, toutefois ceux de [ns région du cou sont actuellement beaucoup plus souples qu’au début de la maladie. Légère épistaxis dans le courant de la journée. F

Le lundi 7 mars, à huit heures du matin, le malade à dormi tonte la nuit. Le pouls est encore à 60 et reste le même après la séance il d'électrisation qui est prolongée pendant une heure. Vingt-quatre res=« pirations par minute. st

La résolution est obtenue facilement, mais ne persiste que peu.de minutes après l’électrisation, environ un quart d'heure. Cependant les | muscles du cou demeurent souples relativement à leur état antérieur, M le malade peut ouvrir plus largement la bouche. Potion avec 5 grammes

de chloral. 3

Nr.

TÉTANOS. h1S

ilne se plaint que lorsqu'il est obligé de faire un mouvement dans le lit, il éprouve la sensation qu’il nous a déjà décrite : il lui semble qu'il est cassé en deux.

JL a éprouvé quelques nausées dans la journée, mais elles n’ont pas été suivies de vomissements.

L'application du courant fait cesser la contracture des muscles de la poitrine et de l’abdomen; la respiration, qui est toujours abdominale depuis le commencement de la maladie, se fait également par les muscles de la poitrine, le courant est maintenu sur la colonne vertébrale pen- ‘dant une heure et demie. Le malade à eu deux évacuations naturelles dans la matinée.

À onze heures du soir, la contracture musculaire s’est reproduite dans les muscles de la poitrine et de l’abdomen ; le malade est soumis à une unouvelle électrisation pendant une heure et demie. Le pouls examiné

avant et après est à 60.

Depuis le commencement de la maladie, l’alimentation a consisté en

bouillons, potages, eau rougie.

Mardi 8 mars, midi, le malade est agité depuis six heures du matin ; il veut se lever, demande du vin, etc. Cette agitation a duré jusques

wers midi. Le trismus persiste, les muscles du cou sont mous et relâchés,

ceux de la poitrine et de l’abdomen sont de nouveau contracturés. Le

pouls est à 64.

Le malade est soumis à l'application du courant continu appliqué sur

Ja ‘colonne vertébrale pendant trois quarts d'heure, la résolution des . muscles est obtenue. Le pouls, après la séance, est encore à 64.

… Potion : 6 grammes de chloral. |

… Il paraît que, quelques instants après la séance d’électrisation, le malade à été très-agité ; les muscles du cou, qui, relativement à ceux de la poitrine et de l’abdomen, étaient souples, ont été contracturés de

“nouveau ; le malade était très-gêné pour respirer.

: A quatre heures, il a été soumis à une nouvelle séance d’électrisation

-Péndant une heure et demie. A dix heures et demie du soir, le pouls

est à 60. Tous les muscles sont dans le relâchement ; il est somnolent.

On suspend l’électrisation, la potion au chloral est toujours continuée.

- Le sommeil a été paisible jusques vers une heure et demie du matin.

A ce moment, les parents nous racontent que Île malade s’est réveillé en sursaut, il a étendu convulsivement les bras et les jambes ; le malade “aurait, paraît-il, été dans un état de mort apparente pendant un instant. La face était pâle, il ne respirait plus, le pouls était très-lent et inter-

ha RECHERCHES PHYSIOLOGIQUES ET CLINIQUES.

mittent ; cet état de syncope se serait reproduit cinq fois environ à un: quart d'heure de distance, puis le malade serait retombé dans le som-. meil. À cinq heures du matin, il était calme. si

Mercredi 9 mars, huit heures du matin. Les muscles sont souples, il n’y a de contracture que lorsque le malade s’agite dans le lit. Pouls 60. Potion : 6 grammes chloral, Potages et bouillons. 1

Mercredi 9 mars, cinq heures du soir. Les muscles de la poitrine et de l'abdomen sont toujours relâchés et souples, ils ne se contractent que momentanément lorsque le malade fait quelques mouvements dans? le lit. Les parents nous racontent que vers trois heures de l'après-midi, il y a encore eu une syncope qui n’a duré que quelques secondes: Lorsque nous invitons le malade à ouvrir la bouche, il ne peut le faire qu’incomplétement. Toutefois il y a une légère amélioration : il peut introduire la deuxième phalange du pouce entre les incisives, mais par moment seulement. On suspend tout traitement électrique, la potion am chloral est continuée. Le malade a toujours uriné facilement, L’urine, examinée à l’aide des réactifs, ne renferme ni sucre ni albumine.

Jeudi 10 mars, à huit heures du matin. Pouls 62.

Le malade a passé une très-bonne nuit. Respiration calme et paisible; les muscles sont souples et relâchés ; il n’a pas été soumis au traitement électrique depuis le mardi 8 mars, à 4 heures. La plaie du doigt est en bon état et commence à bourgeonner. On continue les cataplasmes.

Potion avec 6 grammes de chloral; trois potages et’ bouillons.

Jeudi, 11 heures du soir. Pouls 64. Les muscles du cou, de la poi=| wine et l'abdomen sont souples comme dans l’état normal, le trismus persiste toujours ; par moment le malade ne peut desserrer les dents. | La matinée a été tranquille. À

Sommeil jusqu'à midi. De midi à trois heures, légère agitation, le malade à voulu se lever ; à quatre heures, il refuse le potage qu’on lui offre, continue à prendre la potion au chloral et reste endormi jusqu’à onze heures du soir. À ce moment, il venait d'y avoir une légère ‘Fseus bien qu'étant en résolution, le malade avait pâli, et la Ferro s'était. arrêtée pendant une demi-minute environ. 530

Au moment où nous le voyons, il est tout à fait calme, la respiration se fait naturellement, les côtes se soulèvent à chaque mouvement insf ratoire, 24 respirations par minute.

Le malade s’étant éveillé à pris une cuillerée de la potion au chloral

il ne peut que très-difficilement desserrer les dents, mais pendant le à ù sommeil la bouche reste souvent ouverte. DS.

Page 1