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Nous n'avons trouvé nulle part la description de cette affec- Lion, que nous ne saurions mieux caractériser que par une sorie de parésie musculaire. Il semble en mème temps que lPinflux nerveux nécessaire pour produire la tonicité normale fait complétement défaut.
. Pathogéme. — M. Laborde est le premier qui ait fait avecsoin des recherches histologiques sur l’altération des centres nerveux dans la paralysie infantile. Il a trouvé, dans . deux cas qu'il a observés, une atrophie des tubes nerveux . des cordons antéro-latéraux; cette atrophie s’accompagnait . d’une augmentation du tissu conjonctif et d'un nombre . considérable de corpuscules amyloïdes. M. Cornil, de son côté, a trouvé plus tard, dans des cas analogues, une atrophie des faisceaux antéro-latéraux de la moelle et des cordons nerveux se rendant aux muscles atrophiés (4).
La lésion fondamentale a été observée pour la première bois par MM. Vulpian et Prévost; elle consiste dans l’atrophie et dans la destruction des cellules des cornes antérieures.
Depuis, L. Clarke et MM. Charcot et Joffroy ont con- . firmé ces mêmes faits. D’après ces auteurs, la lésion centrale est surtout bornée aux cornes antérieures. Elle s’ac- . cuse d’abord à l'œil par une diminution de tous les diamètres et par une déformation plus ou moins prononcée de la corne affectée. Un examen plus minutieux permet en même temps de reconnaître que des groupes entiers de cellules nerveuses, et parfois toutes les cellules nerveuses d'une même région, ont disparu sans laisser de traces, ei sont remplacés soit par une substance transparente, finc-
(1). Voy. Aug. Ollivier, Des atrophics musculaires. Thèse d'agrégalion.
. Paris, 1869.
66 RECHERCHES PHYSIOLOGIQUES ET CLINIQUES. L ment grenue, traversée çà et là par des fibrilles délicates, soit par un lacis très-dense formé par des fibrilles. A
«On pouvait suivre, sur une même coupe, les racines » antérieures des nerfs de chaque côté de la moelle, dans leur trajet à travers les cordonsantéro-latéraux, et constater que M les plus atrophiées de ces racines, correspondaient à celles 1 des cornes antérieures où la lésion se montrait le plus prononcée. »
« En ce qui concerne la substance blanche de la moelle . épinière, partout elle était beaucoup moins profondément w altérée que la substance grise. Les faisceaux postérieurs, « examinés dans toute la hauteur de la moelle, n’offraient 4 aucune altération appréciable. Quant aux faisceaux antéro- « latéraux, ils présentaient une atrophie manifeste, qui se. montrait surtout prononcée du côté de la moelle où la lésion de la substance grise était le plus fortement accen- . tuée (1). » .!
Ces lésions des centres nerveux ont de nouveau été ob=. servées dans un cas tout récent (2), par M. ner. et. M. Hallopeau. 1
Quant aux altérations des muscles, elle consiste, comme. 1 l’a indiqué M. Robin dès 1855, dans une substitution graisseuse ou adipeuse des muscles, et non dans une érans/orma-
don graisseuse. X ÿ a atrophie des faisceaux musculaires.
striés et remplacement par des vésicules adipeuses de nou« velle génération qui naissent à leur place. Les fibres per-" dent la régularité de leurs stries et se remplissent de granulations moléculaires bien longtemps avant d'avoir. diminué de volume de moitié : plus tard, les faisceaux se
(4) Charcot et Joffroy, Archives de physiologie. 1870. (2) Ibid.; n° 2, 1870,
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résorbent tout à fait, soit en offrant çà et là des interruptions, disparaissant comme des barres de plomb qui fondent par leurs bouts et devenant de plus en plus courtes sans perdre beaucoup de leur diamètre; soit en étant comprimés par les vésicules adipeuses voisines, Au fur et à mesure que des faisceaux disparaissent, des séries de vésicules adipeuses en prennent la place et se substituent ainsi aux éléments musculaires.
L’altération des muscles diffère donc de celle qu’on trouve dans l'atrophie musculaire progressive, mais la lésion een trale paraît être identique. L’atrophie des cellules nerveuses des cornes antérieures n’est donc pasla lésion pathognomonique de la paralysie spinale, car on la rencontre dans l’atrophie musculaire progressive.
Enfin, dans la paralysie glosso-labio-laryngée, c'est également une altération du même genre que l'on constate daus les cellules du bulbe.
Dans la paralysie glosso-labio-laryngée, l’atrophie musculaire progressive, la nature de la maladie et sa marche, paraissent être identiques, et les différences des symptômes ne sont que le résultat de la région qu'occupe lallération du système nerveux. Dans les deux cas en effet, c'est une atrophie progressive des cellules, avec paralysie et atrophie consécutives des muscles qui reçoivent leurs nerfs de ces centres.
Nous avons vu plus haut que dans l’atrophie museulaire progressive, les muscles atteints se contractaient mieux par les courants continus que par les courants induits. et nous avons également constaté, dans un cas de paralysie labioglosso-pharyngée, que les muscles de la face paralysés répondaient mieux à l'excitation galvanique qu’à l'excitation
faradique, ce qui est un argument de plus en faveur de l’analogie qu’offrent ces deux affections.
Il est impossible, par contre, d'identifier la paralysie spipale infantile et l’atrophie musculaire progressive, et pour concevoir comment la lésion des mêmes éléments nerveux peut donner lieu à des altérations et à des symptômes différents, il nous faut étudier les modifications trophiques qui peuvent survenir sous l'influence du système nerveux. Cette question est d’ailleurs des plus importantes, même au point de vue thérapeutique, et nous croyons devoir lui consacrer tout le paragraphe suivant.
Des troubles de nutrition consécutifs aux affections des nerfs, X a-t-il des nerfs (trophiques ?
Il est incontestable que les muscles ou les nerfs qui sont privés de l'influence centrale du système nerveux finissent par Saltérer et par s’atrophier. Il y a donc des troubles de nutrition qui surviennent chaque fois qu’un de ces éléments est soustrait à l’action du système nerveux. Mais la marche et le caractère de ces atrophies, ayant pour cause l’absence d'action du système nerveux, sont bien différents de ceux qu'on observe dans certains cas de compression et d’irritation des nerfs. La division suivante, faite par M. Brown-Séquard, est donc très-importante, et paraît fondamentale : «J'ai vu, dit cet illustre physiologiste, plusieurs centaines d'animaux survivre des mois entiers à la section de la moelle épinière, et ne présenter aucune lésion dans ces parties paralysées, si ce n’est une atrophie assez lente à se montrer. Dans deux cas, au contraire, où des exostoses se sont formées à l'endroit de la section de la moelle, il y a eu une atrophie considérable en cinq ou six jours, el une
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ulcération gangréneuse du sacrum et de quelques points à la cuisse. 77 faut donc distinquer les effets de l'irritation de la moelle épinière et des nerfs, el ceux de la paralysie ou simple cessation d'action ; en d'autres termes, il faut distinquer les effets de l'action morbide de ceux de l'absence d'aclon. »
Tout le mondeest d'accord sur ce point, que dans la simple absence d'action du système nerveux les troubles de nuirition proviennent du défaut d'activité des éléments. Dans tous les organes doués de propriétés de la vie animale, «il y à solidarité entre la nutrition et l'exercice de la propriété spéciale à l'élément anatomique, de telle sorte que lorsqu'on le met dans l'impossibilité de manifester celle-ci, la nutrition se modifie graduellement et entraîne peu à peu l'atrophie avec modification de structure.» (Robin.)
La divergence d'opinions entre les auteurs n’a lieu que dans l'explication des altérations actives à la suite de compression ou d'irritation des nerfs ou de la moelle, les uns admettant que les troubles de nutrition ne sont jamais que le résultat de changements vasculaires, les autres, au contraire, voulant que ces troubles de nutrition soient produits par l'ivritation de nerfs spéciaux appelés Anuériifs par Auguste Comte (1) et #ophiques par Samuel. Ces nerfs auraient une influence directe sur la nutrition et se ren-
(1) Cest en 1854 qu'Auguste Comte a parlé, pour la première fois, de nerfs nutritifs (Politique positive, t. IV, p. 237). « … Outre cette influence générale, le centre cérébral se rattache particulièrement au corps par les nerfs spéciaux de la nutrition. Ils remplissent envers elle, avec moins d'énergie, un office de perfectionnement analogue à celui des nerfs moteurs pour les fonctions musculaires. »
Dans une lettre au docteur Audiffrent, écrite en 1857 et publiée en 1862 dans l’Appel aux médecins, Aug. Comte dit : « Il n'existe réellement que trois classes de nerfs, nutritifs, sensitifs el moteurs, qui COn-
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draient sur les cellules mêmes ou sur les épithéliums, de la même manière que les tubes nerveux vont s'appliquer sur les faisceaux musculaires. |
La question revient donc à celle-c1: Le système nuerveux a-t-1l une influence directe sur la nutrition ?
Samuel et les partisans des nerfs trophiques admettent
que les animaux inférieurs ainsi que toutes les cellules se nourrissent d'après les lois générales, mais que, dans les organisations élevées, la nutrition reçoit une excitation spéciale à l’activité, par l'influence incessante des nerfs trophiques (4).
La suppression de cette influence trophique des nerfs n'arrête pas la nutrition ni les phénomènes qui reposent sur elle, mais elle l'affablit beaucoup, tandis que son augmentation exagère le mouvement nutritif.
Il y a donc un premier point qui est hors de toute discussion, c'est que chaque élément anatomique a son autonomie, et qu'il peut se nourrir en dehors de l'influence directe du système nerveux.
Ce fait une fois admis, il s’agit de savoir si dans certains cas, et 1ls sont très-nombreux et incontestables, le système nerveux exerce sur les phénomènes de nutrition une action directe ou si cette action n’est toujours qu'indirecte. stituent, si l'on veut, autant de systèmes respectivement subordonnés aux trois régions du cerveau.»
Cette théorie a été également développée par le docteur Audiffrent, dans son Traité du cerveau et de l’innervation.
Dans d’autres chapitres, au contraire, et antérieurs à ceux que nous venons de citer, Auguste Comte est loin d’être partisan des nerfs trophiques.
(1) Voyez la thèse de Mongeot : Recherches sur quelques troubles de nutrition consécutifs aux affections des nerfs. Paris, 1867; et la critique
qu’en à faite M, Robin dans le Journal d'anatomie et de physiologie. Mai,
La majorité des auteurs, CI. Bernard, Robin, Virchow, n'admettent qu'une action indirecte du système nerveux sur la nutrition, qui a lieu par l'intermédiaire des nerfs vaso-moteurs. Ceux-ci font resserrer ou dilater les vaiseaux, diminuent ou augmentent l’abord du sang, et, par conséquent, peuvent modifier la nutrition des tissus.
À cette théorie des nerfs vaso-moteurs, les partisans des nerfs trophiques (1) répondent, avec raison, que ni le resserrement, n1 la dilatation des vaisseaux ne produisent des troubles de nutrition, qu'il y a des exemples de paralysie des nerfs vaso-moteurs pendant des mois et des années, sans aucune modification trophique, et qu'au contraire la nutrition dans quelques-uns de ces cas semble augmenter.
Cette objection a cependant un côté spécieux, car s'il est vrai que la paralysie ou l'excitation des nerfs vasculaires est hors d'état de produire une inflammation, 1l faut cependant tenir compte de ce fait, mis hors de doute par les observations pathologiques et expérimentales, que lorsque les nerfs vaso-moteurs sont paralysés, la moindre cause produit de l’inflammation.
L'inflammation, en effet, ne consiste pas seulement dans des troubles de nutrition, mais elle débute par un arrêt de la circulation capillaire. Comme nous l’avons développé dans le chapitre sur la circulation, le plus léger obstacle à la circulation périphérique peut amener des stases sanguines considérables, lorsque les nerfs vaso-moteurs sont
() Nous profitons, dans l’étude de cette question, des intéressantes leçons faites, à l'hôpital de la Salpêtrière, par M. Charcot. — Voy. Mouvement médical, juin 4870. (Leçons de M. Charcot recueillies par M. Bourneville).