‹ Traité d'électricité médicale [electronic resource]Chapitre 73 sur 173 · VIS · texte numérisé non relu

VIS

accumulés par la nutrition, et détruit pour ainsi dire l’œuvre des actes nutritifs qui ont lieu pendant le repos fonctionnel. Le rôle du système nerveux est destructeur des principes assimilés, et non réparateur. Il emploie et use les matériaux fournis par le mouvement normal d’endosmose ; aussi à l'état normal son action n’est jamais continue, et même pour les organes de la vie végétative 1l y a nécessairement des intervalles de repos (1).

Cette étude a des conséquences des plus importantes, et nous allons voir combien elle nous permet de mieux comprendre les troubles trophiques qui succèdent à l’erritaion des nerfs, et en même temps de mieux définir ce mot d'érritation qui a été si souvent employé d'une manière vague et métaphysique.

Dans la théorie des nerfs trophiques, les auteurs arrivent à une conclusion qui, à elle seule, suffit à démontrer combien leur théorie part d’un principe faux. R

Pour eux, les troubles nutritifs qui surviennent à lasuite d’une irritation sont dus à l’exagération de l’action des nerfs trophiques. « L'accroissement subit de l'influence des nerfs trophiques au-delà de sa mesure physiologique produit un développement très-rapide de tout le processus nutritif dans toute l'étendue de leur domaine. L’irritation aiguë de ces nerfs donne naissance à une série de produits anormaux, précisément parce qu'elle accélère au plus haut degré le processus nutritif. Les tissus s'enflent subitement, les cellules croissent rapidement ; elles se divisent ; d’où for mations nouvelles ne ressemblant plus au type mère. Nous

(4) Voy. Revue des cours scientifiques, 12 février 1870; Onimus, Des forces en tension et des forces vives dans l'organisme animal.

asie

sommes habitués à appeler tout cet ensemble de phénomènes du nom d'erflammation aiquë. » (Samuel, Die trophischen Nerven.)

Ainsi, voilà l’inflammation qui n’est qu’une nutrition exagérée ! L'action de ces nerfs qui président à la nutrition, 1 elle vient à être augmentée, produit non des phénomènes nutritifs normaux plus considérables, mais des troubles considérables de la nutrition et la destruction rapide des éléments! Exagérer la nutrition d’un organe, c’est donc en amener la destruction complète en deux ou trois jours! Cette héorie ressemble fort à l’ancien préjugé qui admettait des maladies par excès de santé. Il est vrai qu’une école histologique dit également que l’inflammation n’est qu'une exagération de la nutrition normale.

Mais c’est vraiment se faire une idée peu nette des conditions de milieux qu’exige la nutrition normale. Dans un hssu enflammé, le sang oxygéné fait défaut, les produits de désassimilation restent slagnants, et l'assimilation ne rouve plus les matériaux nécessaires à la vie des éléments ; la composition des principes immédiats ne peut rester la même et l'élément s’allère et se détruit parce que a composition est changée et que les mieux qui lui sont nécessaires sont modifiés. Si quelques éléments prolifeent, c’est qu'ils ont trouvé leurs conditions d'existence ; Mais les autres éléments, tels que la fibre musculaire ou le tube nerveux, non-seulement n'ont pas une nutrition éxacérée, mais ils ne se nourrissent plus du tout, et s'alêrent rapidement.

D'un autre côté, chez l'enfant, chez l'embryon où le proessus nutritif se fait plus rapidement que chez l'adulte, on ie voit aucun des phénomènes de l’inflammation, que Îles

défenseurs des nerfs trophiques prétendent être le fait caractéristique de l’augmentation de la nutrition.

Dans certaines conditions, on voit également un tissu où toute une région du corps avoir une nutrition exagérée, el cependant dans tous ces cas 1l n’y a qu'une hypertrophie normale. Aucun fait ne permet donc d'admettre cette assi= lation entre inflammation et une nutrition exagérée,

D'ailleurs, la théorie des partisans des nerfs trophiques se réduit à cette proposition : «Il existe des nerfs qui agis: sent sur ja nutrition ; à l’état normal, leur action est presque nulle et leur suppression n'arrête pas la nutrition, mais leur moindre excitation produit très-rapidement des troubles de nutrition et la destruction complète des tissus. »

Voilà des nerfs dont l'utilité est vraiment tres-contes: table ; quand ils agissent, ce n’est que pour amener conséculivement la destruction des tissus! Cependant on les 4 déclarés nécessaires; un peu plus, on les aurait appelés providentiels, etM. Duchenne ne doute pas que « si les nerfk trophiques n’existaient pas, il faudrait les inventer » !

SI, par contre, nous nous reportons aux principes exposés plus haut, nous savons que l’action des filets nerveux est tour jours la mise en activité des éléments avec lesquels ils sont en communication, et que cette influence entraine une oxydation plus rapide des principes immédiats contenus dans chaque élément. Nous avonsdit, de plus, qu’en raison de cette énergie de combinaison des matériaux, l’action du système nerveux n'était jamais continue, et qu'il y avait, à l’éta normal, des instants de repos pour permettre à la nutrition de réparer les usures moléculaires faites pendant la mise er activité.

Pour que la conslitution immédiate d’un élément ne soi

as changée, pour que la nutrition normale puisse s’effecer, 1l est donc nécessaire que l'influence du système nereux ne s'exerce pas d’une manière constante ; il faut, en un ot, qu'en un point quelconque du trajet des nerfs, il ny It pas une cause d'irritation permanente. — Cette irritaon, c'est-à-dire une suite non interrompue d’excitation lus où moins faibles, amène une succession rapide d'oxydaons dans les éléments, modifie par conséquent leur comosition chimique et empêche la nutrition normale, — Cela st vrai pour toute espèce de nerfs, aussi bien pour les nerfs nsitifs que pour les nerfs moteurs, et les cellules sensives peuvent subir des altérations trophiques à la suite d’irtation des fibres sensitives aussi facilement que les muscles rsque les cellules motrices ou les filets musculaires sont rités. — Dans tous les cas, il n’est nullement besoin de apposer une nouvelle espèce de nerfs dont l'action ne exercerait pour ainsi dire que dans ces cas pathologiques.

On comprend facilement d’après ces faits physiologiques omment l'absence du système nerveux ne détermine aucun rouble de nutrition, tandis que toute cause qui produit une xcitation non interrompue, comme la compression, l’inammation aiguë, etc., amènent rapidement des altéraons trophiques. Toute excitation prolongée, toute irritation artielle dépassant la durée normale du fonctionnement, ffaiblit les éléments, y accumule les produits d'oxydation t produit conséculivement des troubles de nutrition.

En effet, dans tous les faits cliniques et anatomo-pathopiques qui ont été cités en faveur de l’existence des nerfs rophiques, on trouve toujours soit une Inflanimation aiguë n un point quelconque du système nerveux, soit une COMression (myélite; luxations et fractures de la colonne vertc-

ASO RECHERCHES PHYSIOLOGIQUES ET CLINIQUES. he

brale, cas de MM. Baerensprug et Charcot où l'adhérencedes ganglions spinaux à la paroi du canal intervertébral donna lieu à un zona, etc.) (1).

En général, si la compression ou linflammation des nerfs périphériques reste limitée, les troubles trophiques ne se produisent que lentement. Il n’en est plus de même lorsque le$ causes d'irritation ont lieu du côté des centres, et surtout du côté des régions qui renferment les cellules nerveuses.

Mais pour les filets nerveux, comme pour les cellules, 1l y a deux sortes d’altérations; et c’est pour établir cette division importante au point de vue clinique que nous nous sommes laissés entraîner dans celte discussion sur les nerfs trophiques. |

Dans un premier groupe d'affections, la destruction des cellules nerveuses se fait lentement et progressivement, par une sorte d'atrophie simple ; dans le second groupe, la destruction est rapide, l'irritation est continue, et amène aussitôt pour les cellules nerveuses et les éléments qui en dépendent des troubles trophiques très-graves.

Les affections de la moelle du premier groupe n’entrainent que peu à peu la destruction des muscles ou des autres éléments nerveux avec lesquels correspondent les régions lésées. C’est par une atrophie lentement progressive, et au bout de mois et d'années que les lésions trophiques appa-

(4) La fièvre et les phénomènes généraux qui succèdent à une inflammation locale sont dus, selon nous, à la même cause, L’'irritation des nerfs périphériques produite par la compres$ion ou la tension de l’engorgement détermine une excitation continue des centres nerveux, leur fonctionnement constant, et, par conséquent, un plus grand nombre d’ erduti NA Jo les tissus

+ ee É ss 6e LT

DES NERFS DITS TROPHIQUES. RSA

raissent ; dans ce cas, les altérations anatomiques sont presque toujours celles qu’amènent le repos absolu et la perte du fonctionnement.

Dans le second groupe, les lésions trophiques sont presque immédiates et présentent des altérations anatomiques différentes selon les régions, mais qui ont néanmoins beaucoup d’analogie, quelle que soit la cause qui produise lirritation rapide et continue de la moelle. En effet, les lésions traumatiques, les compressions ou l’inflammation aiguë de la moelle amenent souvent les mêmes lésions trophiques. On comprend également, et c'est un point sur lequel M. Charcot a beaucoup imsisté, que la lésion des mêmes éléments nerveux puisse donner l'eu à des symptômes diférents. C'est ainsi que dans la paraivsie spnale infantile et dans l’atrophie musculaire progressive, l'examen histologique indique ia même lésion, consistant dans l’altération et la destruction des cellules nerveuses des cornes antérieures. Seulement, dans la paralysie spinale, l'affection à une marche rapide, et consiste dans une inflammation aiguë, la conséquence est une altération tropbique considérable et immédiate dans les muscles. Dans l'atrophie musculaire progressive, au contraire, les cellules nerveuses mont été détruites que lentement et sans irritation propreient dite, le contre-coup de cette lésion n'a donc pu être immédiat sur les organes périphériques, et les lésions tro- Phiques ne se produisent que peu à peu et indirectement.

… Nous ajouterons qu’il est facile de comprendre, par les lièmes raisons, pourquoi dans la même affection on peut quelquefois trouver deux formes de légions anatomiques ; Car, même dans les affections à marche lente et progres- Sive, il peut survenir à certaines périodes. des poussées

Page 1