‹ Traité d'électricité médicale [electronic resource]Chapitre 8 sur 173 · CL LL · texte numérisé non relu

CL LL

Fig. 16. — Voltamètre.

pile. Cette décomposition de l’eau par l'électricité montre de plus, que les courants, en traversant un corps composé, peuvent le décomposer. Les résultats dépendent à la fois du nombre et de la grandeur des éléments de la pile; 1l en faut un certain nombre pour vaincre l’affinité chimique et pour que la décomposition commence, et une fois ce nombre réalisé, la décomposition est d'autant plus rapide que les éléments ont une plus grande surface. On ne peut donc chercher à diminuer les effets chimiques de la pile qu'en diminuant autant que possible la surface des éléments.

L'inconvénient des effets chimiques de la pile est la

désorganisation de la peau, ce qui est non-seulement trèsdouloureux, mais empêche en même temps d'appliquer plus tard le courant sur les régions électrisées dans les premières séances. De plus, la désorganisation que l’on a produite devient le siége et le point de départ de phénomènes d'inflammation.

Les effets chimiques de la pile sont utilisés en médecine, mais alors dans le seul but de détruire les tissus vivants. Nous y reviendrons nécessairement dans les applications de l'électricité à la chirurgie ; mais en dehors de ce cas spécial, il est important d'insister sur ce point: que les piles employées en médecine doivent avoir des effets chimiques trèsfaibles.

Il ne faut cependant pomt conclure de cette proposition que les effets chimiques n'aient qu’une influence défavorable ; car ils agissent également d’une manière avantageuse sur les phénomènes de nutrition. Ceux-ci étant dus à des échanges moléculaires, à des combinaisons et à des décombinaisons entre les diflérents principes organiques, 1l est évident que la propriété qu'ont les courants électriques de favoriser les actions chimiques peut avoir, sur l'organisme, dans beaucoup de cas, une influence très-salutaire. Mais il faut que ces effets chimiques de la pile ne soient que trèsfaibles, afin qu’ils ne puissent désorganiserl’épiderme quand on y applique les électrodes. |

Sans produire une désorganisation réelle, les courants continus employés en médecine provoquent très-souvent l'apparition de petites vésicules caractéristiques. Ces vésicules, d’un diamètre de 4 à 2 millimètres, sont formées par une pelite élévation, ronde, déprimée à son centre par une petite plaque grise. Souvent cette tache grise appa-

ÉLÉMENTS À COURANT CONSTANT ET CONTINU. h7

raît seule, elle forme alors une dépression dans la peau, s'infiltré d'un liquide sous-épithélal, et se transforme en une eschare brune.

Ces petites vésicules souvent disparaissent promptement, mais la plupart du temps elles donnent lieu à de petits centres inflammatoires, laissant une cicatrice rouge et assez lente à disparaître. Quelquelois, mais bien rarement, ces petites vésicules sont la cause de furoncles; nous n’avons observé ce fait que deux fois.

Ces vésicules apparaissent pendant l'électrisation même, mais seulement dans les points en contact direct avec le pôle négatif. Le tempérament ou plutôt la finesse de la peau ont une grande influence sur leur production, car elles apparaissent surtout chez les enfants et chez les femmes. Ce n’est pas là une action chimique proprement dite, mais cependant ce n’est qu'avec des courants continus que l’on observe la production de ces vésicules, ce qui fait supposer que les ellets chimiques de la pile peuvent en être la cause principale.

La tension d’une pile dépend de la force électro-motrice de l'élément et du nombre de ceux-ci. Plus la tension d'une pile est grande, plus facilement les courants pourront traverser des corps mauvais conducteurs, et plus facilement aussi 1ls pourront pénétrer ceux-ci profondément.Or, le corps étant mauvais conducteur de l'électricité, il est important que les courants électriques que l’on emploie en médecine aient une forte tension. Nous avons vu de plus que pour les courants d’induction, ceux qui possédaient la plus grande tension étaient également ceux qui déterminaient des contractions des muscles profonds ; il est donc nécessaire, si l’on veut agir sur les muscles ou sur les nerfs des parties

te APPAREILS ÉLECTRIQUES.

profondes, d’avoir des courants constants d’une haute ten- SION. si

Lois de Ohm. — La tension et les effets chimiques de la pile dépendent de son intensité ; les rapports de ces termes ont été indiqués pour la première fois par Oh, il les a résumés dans une formule très-simple.

Ces lois sont les suivantes :

L'intensité du courant d’une pile est en raison inverse des résistances du circuit. Pour démontrer cette loi, on prend un élément quelconque et l’on augmente les résistances intérieures, et l’on voit ainsi diminuer l'intensité du courant. En prenant, par exemple, un élément de Smée (fig. 17), formé

Fig. 17. — Élément de Smée.

Z, zinc amalgamé. — P, lame de platine dans la première position. — P’, lame de platine dans la deuxième position,

de deux lames, l'une de zinc amalgamé, et l’autre de platines” plongées dans de l'acide sulfurique étendu; en maint ant ces plaques à une certaine distance l’une de l'autr re et | fermant le circuit par une boussole des sinus, on obtient un certain angle de déviation. En éloignant les lames s de Da nière à rendre leur distance double, on observe ur second angle de déviation. Or, le rapport de ces deux eau igles de déviation au rapport des intensités des courants st juste 4 égal à 2, c’est-à-dire que la résistance intérieure de | la

Ah iv

ÉLÉMENTS À COURANT CONSTANT ET CONTINU. h9 pile étant devenue double, l'intensité du courant est devenue moitié.

La résistance qu'un fil métallique introduit dans un circuit oppose au passage de l'électricité, est en raison directe de sa longueur et en raison inverse de sa section. Ces lois qui ont également été vérifiées expérimentalement par Davy, etsurtout par M. Becquerel, peuvent encore s'énon cer de la manière suivante: la conductibilité d’un fil mé tallique est en raison inverse de sa longueur et en raison directe de sa section.

Ohm est arrivé par des considérations théoriques, vérifiées depuis expérimentalement, à représenter l'intensité 1 d’un courant par la formule 1 — = dans laquelle E représente la somme des forces électromotrices qui agissent dans le circuit, et R la somme des résistances qu'il oppose à la propagation de l'électricité. Comme la somme des résistances se compose à la fois des résistances intérieures de la pile, que l’on peut représenter par r, et de la résistance du fil ou du conducteur extérieur, que l’on peut désigner par E, la formule présente devient :

C'est-à-dire que l'intensité du courant est en raison in- : verse de la résistance extérieure augmentée d'une quantité

constantk > qui représente la résistance particulière de la pile. SL au lieu d'un seul couple, on emploie un nombre de

couples »,.la formule devient :

52 4 ire.

su 7 L+nr

Elle exprime que l'intensité du courant est proportion-- GNIMUS ET LEGROS. ui

nelle à la somme des forces électromotrices des couples, et en raison inverse de la résistance totale du circuit (1).

Outre l'intensité, il est un autre terme qu'il est utile de considérer, c’est la quantité. Celle-ci est proportionnelle à l'intensité. Matteucci avait cru reconnaître que l'étendue de la contraction est en rapport direct avec la quantité d'électricité fournie par une pile ; mais si cette influence est réelle, elle est cependant moins grande que celle qui résulte de la manière dont varie l'intensité du courant en traversant les nerfs, suivant que l'électricité est introduite plus ou moins brusquement.

Appareils à courants constants et continus,

Appareil de Remak. — L'appareil se compose de 50 à 60 éléments de Remak dont nous avons donné la description, page A0, et qui sont placés dans une grande boîte de bois. De ces éléments partent des fils de cuivre qui viennent aboutir à une plaque de bois verticale S, sur laquelle sont fixés des boutons métalliques correspondant aux éléments de la pile. Deux manettes métalliques que l'on peut faire mouvoir sur ces boutons permettent de recueillir le courant fourni par les différents éléments. De chaque côté de la planchette, se trouvent 5 boutons métalliques, à gauche ces boutons représentent les unités, et à droite les dizaines; c’est-à-dire qu’en mettant la manivelle de gauche, B, en contact avec le premier bouton, on recueille le courant de 2 éléments; avec le second bouton, le courant de 4; avec le troisième, le courant de 6 ;

(1) Voy. le Manuel de physique médicale, par N, Gréhant: Germer Baïllière éditeur. Paris, 1869.

avec le quatrième, de 8, et enfin le courant de 10 éléments avec le cinquième bouton métallique. A droite chaque bouton recueille ie courant de 10 éléments, comme cela est indiqué sur la figure ci-jointe.

Fic. 48. — Appareil de Remak.

La position des manettes telle qu’elle est représentée dans cette figure donne un courant de 42 éléments. On comprend qu'il est facile d'obtenir à volonté le courant de 1h, 16,22, 24, 26, etc., éléments. Lorsqu'on veut mettre l’ap- 5 pareil au repos, on amène les deux manettes au point O. CR . Pour pouvoir obtenir dans cet appareil le nombre d’éléments voulus, il faut absolument placer les fils de cuivre

q qui i relient les éléments d’après la disposition indiquée sur

Ra figure. On s'étonne souvent que cette disposition puisse

Ê ne donner que le courant de 2 éléments par exemple, tous les éléments étant réunis entre eux, et l’on croit volontiers que l’on doit ainsi avec un fil quelconque obtenir le

courant de tous les éléments. Mais il suffit, pour se rendre compte de cette action, de se rappeler que le courant électrique s'écoule toujours par les conducteurs qui présentent le moins de résistance. C’est ainsi qu'en mettant en contact un élément avec un bon conducteur, toute l'électricité qui est dégagée entre ce conducteur et l’autre pôle se combine dès que les pôles sont mis en communication. Quant à l’électricité qui se forme dans les autres éléments, elle ne peut

Fic, 19.

Pôle mobile.

être recueillie, car elle se trouve en dehors des deux conducteurs que l’on emploie.

Au lieu d'employer la disposition de l’appareil Remak, on peut également, pour recueillir le courant d’un nombre voulu d’éléments, avoir un pôle mobile que l'on plonge dans l'élément qui occupe le rang représentant le nombre d'éléments qu'on veut employer. Cette manière de procéder est employée par Benedikt. Toutes les piles étant réunies en tension, le pôle zinc est fixe, le pôle cuivre est mobile (fig. 49), et formé d’un morceau de cuivre qu’on plonge dans le sulfate de cuivre de l'élément qui est le 10", le 30°, etc., à partir du pôle zinc selon qu'on veut employer le courant de 10, 30 éléments.

Pour ne pas donner de secousses chaque fois qu’on veut augmenter ou diminuer l’intensité du courant, on a depuis quelque

temps ajouté à la manette un prolongement métallique qui se met en contact avec le bouton voisin, avant de quitter celui avec lequel elle est en communication. Cette dis-

ÉLÉMENTS A COURANT CONSTANT ET CONTINU. 5à

position est assez importante, Car on peut ainsi augmenter graduellement l'intensité du courant, sans donner la secousse de fermeture. IL en est de même lorsqu'on veut éviter la secousse d'ouverture.

Sur cette ième planchette, se trouvent encore placés un commutateur, qui sert à changer la direction du courant, et un galvanomëtre vertical C, qui indique l'intensité approximative du courant. Les fils conducteurs sont mamtenus par une vis aux points K et Z. Dans la figure ci-Jointe, Z représente le pôle négatif, et K le pôle positif.

De tous les appareils à courant constant et continu, l’appareil Remak est le meilleur en électrothérapie. Il offre une grande constance, une graduation facile, il fonctionne plusieurs mois de suite, jusqu'à dix mois, sans que le courant perde sensiblement de son intensité. Il se dérange difficilement, et possède une très-faible action chimique. Son seul défaut, et cet inconvénient est très-grand en pratique médicale, c’est qu’il n’est point transportable.

Appareil de Stohrer. — Cette batterie est composée de 21 ou 32 éléments dont le métal attaqué est le zinc. Pour que ce métal ne soit point usé pendant qu'on n’emploie pas l’appareil, et aussi pour pouvoir à volonté augmenter la quantité chimique, les lames de zinc sont suspendues à une tige de bois qu'on peut élever ou abaisser à volonté. Ces lames de zinc sont ainsi maintenues au-dessus de vases de verre remplis d’eau acidulée avec de l'acide sulfurique. Le pôle positif est représenté par un morceau de charbon rond et plus grand que les lames de zinc. Ce charbon est trèsporeux, el est creusé d’une cavité qui est remplie à moitié de sable sur lequel on verse quelques gouttes d'acide chromique concentré,

On peut également unir ensemble, soit pour 2, 5 ou h éléments, le zine avec le zinc, et le charbon avec le charbon. On obtient dans ces conditions des phénomènes

éu

FiG. 20. — Appareil de Stohrer.

chimiques excessivement énergiques. Toutes les quatre à six semaines on ajoute quelques gouttes d’acide chromique, et dans l’eau où plonge le zinc de l'acide sulfurique. Il faut également de temps en temps laver les charbons avec de l'eau tiède afin de dissoudre les incrustations qui se sont déposées à sa surface.

Un commutaieur, un interrupteur et un galvanomètre se trouvent disposés sur une planchette au-dessus des éléments.

Cet appareil, que nous avons eu occasion de voir, est d'une

ÉLÉMENTS A COURANT CONSTANT ET CONTINU. 59 grande énergie, et malgré la facilité de ne faire plonger qu'une très-petite portion du zinc, il donne toujours une grande quantité chimique. Il est d’un prix moins élevé que celui de Remak, mais par contre, son entretien est plus difficile et il peut se déranger bien plus facilement.

M. Stohrer a construit, d'après les mêmes principes, un appareil plus petit, et qui est presque portatif.

Appareil de Smée. — Cet appareil est composé de 36 éléments de Smée, disposés en trois rangs, dont chacun par

Fi, 21. — Appareil de Smée.

conséquent contient 12 éléments. Ces éléments, comme dans l’appareil de Stohrer, peuvent être maintenus, au moyen d'une manivelle et d’un axe commun, au-dessus des vases qui contiennent l’eau acidulée. |

On peut également les laisser plonger d’une quantité plus ou moins grande dans ces vases, ce qui fait varier la quantité chimique de la pile. La disposition de Rosenthal diffère . de la disposition primitive, parce qu’au lieu d’une lame d’argent platinée fixée entre deux grandes lames de zine, il y a deux lames de plomb bien platinées et fort minces qui renferment entre elles une lame de zine, dont elles sont séparées par des morceaux de gutta-percha.

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Cette disposition a l’avantage de réduire de moitié le poids de l’appareil et de diminuer les effets chimiques.

Le liquide acide, au lieu d’être conservé dans des vases de verre, est renfermé dans des vases de gutta-percha, ce qui rênd l'appareil, il est vrai, d’un prix élevé, mais par contre plus léger.

Benedikt a également construit un appareil dans ce genre ; il ne diffère que par des modifications peu ns lantes.

Appareil de Gaiffe. — Cet appareil a le grand avantage d’être très-portatif. Il est composé de à0, 40, etc; éléments au chlorure d'argent. Nous avons déjà donné la description de ces éléments; pour l'appareil à courant constant et continu, la surface du zinc est diminuée du tiers, car avec les éléments employés pour les courants d'induction la quantité chimique est trop grande. Cependant, même dans ces conditions, nous avons proposé à M. Gaiffe d’expérimenter son appareil, et dans le service de M. Dolbeau nous l’avons employé chez une femme i avait une Contracture de la vessie.

Or, un des pôles, et même le pôle négatif, étant introduit dans la vessie, nous n'avons eu aucun accident de cautérisation. Il est vrai que le courant passait toujours par une certaine quantité d’eau, car on avait soin d'en injecter dans la vessie.

Pour faire fonctionner l'appareil, il faut que les deux manettes soient en contact avec des boutons métalliques.

La force du courant est mesurée par la différence qu'il y a entre les nombres indiqués pour chaque manette.

Dans la figure ci-jointe le courant a donc la force de 26 —18 éléments = 8 éléments.

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Pour avoir le courant le plus fort il faut mettre une des manettes sur le bouton o et l’autre sur celui marqué 36.

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Fig. 22, — Appareil de Gaiffe,

Le pôle négatif est toujours représenté par le rhéophore du côté de la manette la plus proche du point P. Ainsi, dans la figure, B'et par conséquent le rhéophore E/, représentent le pôle positif, tandis que B et E donnent le pôle négatif. Si la manette M était par exemple placée sur o et que la manette M soit toujours maintenue sur 15, ce serait B et E qui seraient le pôle positif, tandis que Bet E/ représenteraient le pôle négatif. — Dans cette supposition la force du courant serait alors de 18 éléments.

F,F,F, flacons de caoutchouc contenant les piles (fig. 23).

F6. 23, — Disposition des piles.

R, R,R, H, H, H. ressorts et boules destinés à établir les communications entre les piles et le commutateur : chaque pièce des ressorts R est composée d’un ressort plein et d’un ressort percé; chaque flacon porte sur son couvercle deux boutons terminant les éléments zinc et argent de la pile qu’il renferme ; un des boutons est plat, l’autre a une tige un peu longue. Il faut avoir soin, en replaçant les piles dans les casiers, que les boutons plats communiquent avecles ressorts pleins, tandis que les boutons et tiges pénètrent dans les ressorts percés.

ÉLÉMENTS À COURANT CONSTANT ET CONTINU. 59 Appareil de Ruhmkorff (fig. 2h). — M. Ruhmkorf à

| également construit, tout récemment, un appareil à cou- | rant continu. Cet appareil se compose d’une boîte A | dans laquelle se trouvent 35 éléments placés sur cinq | rangées; chacun de ces éléments se compose d’un tube | de verre, à moitié rempli d’une dissolution de bisul-

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