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PREMIÈRE LEÇON

Sommaire. — Introduction. — Coup d'œil rapide sur l'histoire de l'électrothérapie. — Thérapeutique électrique dans l'antiquité. — Machine électrique. — Électricité de tension. — Découverte de Galvani. Courants électriques, — l" période : Expériences galvanothérapeutiques au commencement du siècle. — Courants d'induction. — 2" période : Faradisation. Duchenne, Froriep. — 3^ période: Le courant galvauique est de nouveau introduit par Remak-Brenner. — L'électrothérapie de nos jours. But. Recherches. Travaux. Développements. — L'électrothérapie en France, en Angleterre, en Amérique, en Italie.

Messieurs,

Le développement considérable qu'ont pris de nos jours les sciences médicales force les savants à la division du travail. La spécialisation devenait inévitable en raison même de la nature des choses. A l'époque actuelle, il est impo3.sible à l'intelligence même la plus richement douée, d'embrasser d'un coup d'œil tous les détails de la science et à plus forte raison de se les assimiler. C'est ainsi qu'il a fallu limiter peu à peu le champ de certaines parties de la science ; c'est ce qui était arrivé depuis longtemps pour la médecine interne, pour la chirurgie,

iNTunnccrioN

pour l'obstétri(|iio, cl c'est ce que nous avons vu se produire sous nos veux pour la gynécologie, ropiilalniologie, l'otologie, la dermatologie et pour les maladies nerveuses.

L'application de certains moyens thérapeutiques, exigeantdes études, une habileté particulière, des appareils spéciaux et compliqués, beaucoup d'habitude et d'expérience dans les détails, celte application, disons-nous, est devenue une spécialité. Avouons-le, ni la science, ni le malade n'en ont souffert : seul peut-élre le spécialiste souffre-l-il des limites imposées à son cadre.

Mais il fallait se rendre à 1 évidence. La spécialisation en thérapeutique devenait également nécessaire.

Aux spécialités Ihéi'apeuliques appartiennent l'hydrothérapie, l'orthopédie, le massage, la gymnastique, la balnéothérapie, l'aérolhérapie et, en première ligne, l'électrothérapie, c'est-à-dire le traitement des maladies au moyen des courants électriques. Messieurs, dans ces leçons, nous ne nous occuperons d'une manière exclusive que d'un seul médicament, l'électricité, le courant électrique dans toutes ses modifications. L'électricité joue un rôle si prépondérant dans la pathologie et dans la thérapeutique actuelles ; on l'a étudiée sous tant d'aspects et de points de vue diflerents, dans son action sur le corps animal ; elle est considérée dans des cas nombreux et divers, comme si efficace et si indispenso.ble, que s'occuper d'elle et de son action est non seulement intéressant, mais encore absolument obligatoire pour le médecin qui tient à prouver que le but suprême de ses efforts est de guérir les maladies.

Vous savez tous quel élan gigantesque la névropathologie a pris, dans ces dix dernières années ; il est inutile d'en énumérer ici les causes nombreuses ; mais il est entendu que l'électrothérapie se relie de la manière la plus intime à ces progrès, que, d'une part, la névropathologie est redevable de grandes et importantes acquisitions aux travaux des électrothérapeutes et que, de l'autre côté, l'extension et l'approfondissement de nos connaissances, en fait de névropathologie, ont réagi de la manière la plus heureuse sur l'électrothérapie ellemême.

Nous avons trouvé, dans l'utilisation de l'électricité basée sur des faits physiologiques importants, comme moyen de sonder différentes parties excitables du corps, un auxiliaire de diagnostic imporisinl, indispensable, dans bien des cas, pour certaines séries d'affections du système nerveux. Dans un grand nombre de cas, nous pouvons au moyen de l'investigation électrique, établir le pronostic avec une exactitude auparavant inespérée. Le nombre des affections nerveuses, dans la société moderne, croissant, à ce qu'il paraît, avec une rapidité extrême, nous sommes tenus d'une manière de plus en plus urgente.

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à utiliser un médicamenl qui a conquis, depuis longtemps, une place éminenle dans le traitement des maladies nerveuses, d'un m(';dicament que nul autre, à nous contui, n'a surpass-6, en ce qui regarde la multiplicité, l'énergie et la certitude.

C'est ainsi qu'aujourd'hui, tout névropathologiste est tenu de s'occuper de l'électricité et de son action sur le corps, soit sain, soit malade ; ce doit être un desolijets principaux de ses éludes.

Quel est d'ailleurs le médecin qui ne soit pas forcé, de nos jours, d'Être en même temps névropathologiste? Les névroses ne jouent-elles pas aujourd'hui un rAle prépondérant d<ans la clientèle de presque chaque médecin? Chacun est donc intéressé à acquérir des notions d'électrothérapie, mais nous sommes loin de prétendre que tout médecin doit savoir diriger et pratiquer l'emploi des courants électriques, ce serait vouloir imposer à ses épaules un fardeau bien lourd, sans compter qu'il en porte déjà un bien pesant sans cela. Nous croyons cependant pouvoir exiger que chaque médecin possède une vue d'ensemble des théories et des pratiques de l'éleclrothérapie et sache utiliser, dans les maladies graves, les principales indications du traitement électrique. C'est ainsi seulement qu'il pourra, en temps opportun, donner à ses malades les soins que leur état réclamera.

Permettez-moi maintenant de jeter un coup d'oeil rapide sur le développement de l'électrothé7'apie depuis sa naissance jusqu'à nos jours.

L'antiquité, il est vrai, ne nous a pas transmis grand'chose à cet égard. Tant que les hommes n'ont pas été à même de produire de l'électricité en quantité suffisante, il n'a pas pu être question de l'utilisation régulière de ce remède. Nous apprenons cependant que, dès les temps anciens, les abondantes sources d'électricité existant dans la nature furent utilisées dans un but thérapeutique. Ainsi l'on aurait mis des paralytiques, des goutteux et d'autres patients, dans de l'eau où se trouvaient des torpilles, pour que les décharges électriques amenassent la guérison. Voilà ce que l'on rapporte concernant d'anciens médecins romains.

Après que la machine électrique eut été inventée, l'emploi de l'électricité fut considérablement facilité et pratiqué ; mais nous n'avons pas appris que ce mode de traitement ait eu des résultats dignes d'être mentionnés. Ainsi, dans le XVIIP siècle, Haën, Kratzenstein etKriiger, en Allemagne ; en France, particulièrement Jalabert, Sigaud de la Fond, Bertholon et Mauduyt employèrent la machine électrique au service de la médecine. Ce dernier publia, en 1773 et en 1778, sur cette matière, des rapports qui promettaient beaucoup.

Ce ne fut qu'après la grande découverte de Galvani, en 1786 et 1791, que l'éleclrothérapie reçut une impulsion énergique et durable. Ainsi commença, pour cette science, une ère nouvelle, datant de

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la fin du XVIII" siècle et se prolongeant jusqu'aux années 1820-1830. Il est vrai que l'invention de la pile de Volta, en 1800, mit le sceau à la découverte de Galvani en permettant de l'utiliser d'une manière plus pratique.

Peu de temps auparavant (1797), Alexandre de Humboldt avait publié sou ouvrage, bien des fois mentionné « sur l'excitation de la fibre musculaire et nerveuse », et il avait de la sorte frayé la voie pour l'étude physiologique de l'action des courants électriques, voie dans laquelle on entra plus tard avec tant de succès.

Les médecins les plus célèbres de cette époque-là: Hufeland, Reil, Sômmering, PfafF, etc., tournèrent leur attention vers cette puissance merveilleuse, nouvellement découverte et bientôt après parurent des livres écrits par des médecins allemands (Grapengiesser, Augustin, Loder etBischoff, Jacobi, Ph. Fr. Walther, etc.) qui s'occupèrent des vertus curatives du Galvanisme et en vantèrent l'efficacité dans un grand nombre de maladies nerveuses et autres, telles que l'asphyxie, la paralysie, la faiblesse nerveuse, la myopie, la presbytie, la cataracte, la surdité, l'aphonie, les rhumatismes chroniques, les maux de dents, etc. En France et aussi en Italie, on fît alors diverses expériences sur le Galvanisme.

Malgré cela, l'éleclrothérapie ne se développa point d'une manière durable ; elle tomba au contraire bientôt en désuétude, sans doute à cause du prix élevé des appareils, de la difficulté de les manier et de les conserver, des notions défectueuses que l'on avait sur différents états morbides, de l'invasion d'un grand nombre de charlatans, enfin de la prévention qui voyait, dans l'éleclrothérapie, une parente ou plutôt une complice du magnétisme animal et du Mesmérisme, ce qui lui fit perdre une partie de son crédit.

En 1823, Most tenta en vain de réhabiliter le Galvanisme et de le réconcilier avec la thérapeutique.

Bientôt après commença une nouvelle période pour l'éleclrothérapie, lors de la découverte des phénomènes magnélo-éléctriques, faite par Oersted (1820), bientôt suiviede celle des actions d'induction par Faraday (1831). On peut appeler celle période celle du courant induit ou de la Faradisation.

Vers 1830-1835, on construisit les premiers appareils, qui fournirent des courants d'induction magnéto-électriques et volta-éleclriques. Ces appareils produisaient aisément et à chaque instant des courants intenses et très énergiques au point de vue physiologique ; ils n'exigeaient pas de soins continuels et dispendieux, et des améhorations efficaces (telles que la pose d'interrupteurs automatiques et autres), les rendirent bientôt maniables et commodes pour les médecins et leurs clients. Comme ils donnaient des effets physiologiques fort accentués

HISTOIHK DK I/KI.KCTROTHI^IHAI'IE

et commn on prol'ossaiL l'opinion, non encore ('ibranlôe par des faits palholof,Mque.s, que tons Jus courants électriques sont à )jeu près Identiques dans leur action, sauf environ un degré de différence, les médecins choisissaient naturellement les appareils qui fournissaient ces courants de la manière la plus commode et la plus facile. Tels étaient entre autres les appareils de rotation el d'induction, qui furent bientôt universellement recherchés et sous le bruit et le bourdonnement desquels l'électrothérapie prit un nouvel et vigoureux élan.

Il y a, avant tout, un nom auquel se relie cet élan et qui domine tous les autres, aussi bien ceux de Marshall Hal et de Golding Bird que celui de Froriep, qui s'adonna en Allemagne à l'étude des appareils de rotation magnéto-électrique et en recommanda l'emploi; ce nom est celui de Duchenne (de Boulogne), qui fit en France avec l'appareil d'induction volta-électrique ses fameuses recherches à si longue portée.

C'est au nom de cet homme émincnt que se rattachent les plus grands progrès de cette époque-ci. On peut regarder Duchenne comme le principal fondateur et propagateur de l'électrothérapie actuelle. Son mérite toutefois n'est pas concentré sur le domaine spécial de l'électrothérapie. Ce qui immortalisera son nom, ce sont d'abord ses recherches électro-physiologiques puis, avant tout, les services qu'il a rendus sur le terrain de la névropathologie. C'était un observateur extraordinairement perspicace ; son œil perçant examinait avec le plus grand soin et avec la plus minutieuse exactitude. Ses descriptions de maladies sont tout simplement incomparables (voir ses articles sur l'ataxie locomotrice, la paralysie bulbaire, l'atrophie progressive des muscles, la paralysie spinale des enfants, les paralysies partielles de certains muscles et groupes de muscles, etc.).

Dans ses recherches, il se servait surtout du courant faradique ; (Duchenne lui-môme désigna plus tard, son procédé sous la nom de « Faradisation »). Il partait de ce fait que l'on peut localiser le courant faradique sur certaines parties placées sous la peau, jusqu'à une certaine profondeur, au moyen de méthodes d'application appropriées. C'est là dessus qu'il établit sa méthode de la Faradisation localisée, dont il se servit surtout dans ses recherches sur le système musculaire, à l'état physiologique et pathologique. En thérapeutique, la conséquence de ses théories et de ses méthodes, était qu'il fallait, aussi bien pour obtenir des effets physiologiques déterminés que pour opérer des cures avec succès, localiser le courant sur les parties malades seules.

La série de ses publications commença en 1847-1850 ; il s'occupa tout d'abord de l'exposé de sa méthode, de la galvanisation localisée comme il l'appelait dans le principe ; il y joignit ensuite ses recherches

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pliysiologiques sur le fonctionnement de certains muscles, qui s'étendirent peu à peu jusqu'à une complète « Eleclro-phjsioloc/ie des mouvements (18ol). » Il y donne des notions très exactes sur le fonctionnement de tous les muscles du corps, accessibles à sa méthode et il en déduit quantité de conclusions pratiques pour la pathologie.

A cela s'ajoute un grand nombre de recherches électro-diagnostiques, particulièrement sur les paralysies Iraumatiques périphériques, la paralysie spinale des enfants, l'atrophie musculaire progressive, les paralysies partielles des muscles, etc. Tous ces travaux furent ensuite réunis avec les résultats thérapeutiques dans le principal ouvrage de Duchenne, sous le titre de V Électrisation localisée, dont la première édition parut en 1855.

Les recherches thérapeutiques et leurs résultats s'étendirent également d'abord aux formes de paralysies que nous venons de mentionner, aux paralysies mimiques de la face, puis aux névralgies et anesthésies, à la surdi-mutité, etc. Par contre, Duchenne fut assez sincère pour avouer que le courant faradique n'avait pas donné d'elTet notable dans les maladies du système nerveux central.

Les travaux de Duchenne, malgré de nombreuses erreurs en physique et maintes illusions en thérapeutique, euren-t un grand succès dans le monde médical, non seulement en France, mais encore en Allemagne. Erdmann publia une traduction avec commentaires de l'ouvrage de Duchenne ; Meyer, Baierlacher, Althaus, Schulz, etc. trouvèrent dans ses œuvres une impulsion fructueuse à publier les leurs qui parurent coup sur coup.

La méthode Duchenne, bien que déclarée empirique par l'auteur, en ce qui concerne les points capitaux, fut adoptée généralement et trouva partout des adeptes à cause de sa simplicité et de la facilité de son emploi. Duchenne avait trouvé que l'on pouvait exciter plus facilement et amener à une contraction complète les muscles par une faradisalion directe, mais non indirecte, en prenant pour points de départ les troncs des nerfs, en un ou plusieurs points de la surface, appelés par lui les points d'élection.

R. Remak démontra que ces points d'élection n'étaient ^autre chose que les points où les nerfs moteurs entraient dans les muscles et qu'en règle générale il valait mieux exciter les muscles par leurs nerfs moteurs que directement. Ainsi s'éleva entre Duchenne et Remak une polémique assez aigre, mais dont le résultat fut d'élucider la question et de fixer les principes de la faradisalion localisée. Ziemssen reprit l'idée de Remak fit une étude très soigneuse de ces points moteurs aussi bien sur des cadavres que sur des hommes vivants, il constata que c'étaient toujours des points, auxquels le rameau du nerf moteur en question, en dehors ou au dedans du muscle correspondant, était

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assez rapproclic'i de la Hurlace de la peau pour pouvoir être alleinl parlecourunt laradiqiie. L'ensemijle des résultais obtenus à l'aide de ces recherches y fut \nsMi dans une publication très importante dont les éditions postérieures n'ont pas contribué nnédiocreinent aux progrès de l'éleclrothéraple,

La méthode Duchenno, appiij'ée par le zèle et les travaux de nombreux investigateurs, devint promptement d'un usage commun parmi les médecins et partout l'on traita, particulièrement les maladies des muscles et les paralysies, ainsi qu'une partie des névralgies et des crampes, à l'aide du courant faradique.

C'est vers ce temps (1850-1855) que commencèrent les travaux grandioses et faisant époque, des physiologistes, qui avaient pour but d'étu dier l'électricité animale dans le nerf et dans le muscle vivant et de constater l'action des courants galvaniques sur ces parties du corps animal. Les noms de Duboi5-Reymond,Eckhard, Pfliiger, etc., suftiront pour rappeler à votre souvenir tous les faits importants, qui concernent le courant nerveux et musculaire, la théorie de l'électrolonus, la loi des commotions motrices, etc.

Un fait découvert par Eckhard, dans lequel une action para- Ij'sante sur les muscles et les nerfs était attribuée au courant galvanique, détermina Remak en décembre 1855, à diriger ce courant sur les nerfs et les muscles d'un homme vivant ; cela donna lieu à toute une série d'expériences préparatoires physiologiques, sur lesquelles on s'appuya pour faire, le 22 juin 1855, la première expérience thérapeutique, dans le but de faire, disparaître une contracture ; le résultat fut surprenant et se reproduisit bientôt après dans d'autres expériences thérapeutiques, de même nature et différentes. L'on venait ainsi de faire le premier pas pour réintégrer le courant galvanique dans la thé- 7'apeutique ; et c'est ainsi que commence la nouvelle période de l'électrothérapie, période dans laquelle nous nous trouvons en ce moment.

Remak aura eu le mérite impérissable d'avoir continué ses expériences avec une énergie infatigable et une ardeur exceptionnelle sur de nombreux malades et d'avoir ainsi déterminé pour l'emploi du courant galvanique une base forte et large qu'il ne perdra plus. Remak publia, en 1858, un premier compte rendu de ses recherches multiples, sous le titre de « G al vano thérapie des maladies des nerfs el des muscles. » Ce livre contient outre des notices historiques détaillées, des recherches physiologiques, pathologiques cl thérapeutiques, et avant tout, un exposé approfondi des elfels du courant que Remak a nommés catalytiques, de son action contre des états inflammatoires et autres qui, d'après lui, auront la plus grande utilité et le plus bel avenir ; les effets « antiparalytiquos » et «antispasmodiques »

REINTitORATION nu GALVANIS.ME PAR REMAIv \\

se Irouvenl sous ce point de vue élucidées par lui d'une façon très approfondie.

(délivre qui contient les résultats d'observations innombrables et péniblement effectuées, quantité de faits et particularités du plus grand intérêt ; ce livre, qui a ouvert au courant galvanique une sphère d'activité presque illimitée, fut accueilli par le public 'médical avec une défiance incompréhensible.

Le renom que Remak avait acquis sur différents autres terrains de la science médicale grâce à d'importants travaux, ne le préserva pas d'une désapprobation et d'un accueil qu'auraient dû lui éviter ses recherches antérieures en fait d'éleclrothérapie. Ce qu'il y a de certain, c'est que l'enthousiasme un peu excessif, auquel Remak s'était laissé entraîner, à la suite de ses brillants succès, l'invraisemblance apparente de beaucoup de ses résultats, les farts incroyables qu'il raconta, l'audace de ses essais d'explications physiologiques, enfin de ses hypothèses diagnostiques et thérapeutiques, contribuèrent beaucoup à diminuer la vogue de Remak et à susciter des obstacles à la science, dont il était le représentant.

Malheureusement, depuis la publication de ce livre, Remak n'a plus offert au public d'ouvrage considérable, bien qu'il se soit adonné avec constance e( avec le plus grand zèle à la galvanothérapie ; de courtes communications sur cette science et de petites dissertations furent les seuls opuscules qu'il publia. En 1864, il fit des conférences à Paris qui parurent en français, et renfermaient les plus importantes de ses idées sous une forme brève, mais par trop fragmentaire ; on y trouve cependant le germe de maints faits importants et de conceptions nouvelles. Une mort prématurée enleva Remak à la science, dans l'année 1865. Une lui fut pas donné de vivre assez longtemps pour voir justice complète rendue à ses efforts et à ses services sur ce terrain. Toutefois, dans les dernières années de sa vie, il vit du moins une partie de ses assertions confirmée par d'autres investigateurs et s'évanouir peu à peu l'injuste prévention dont il avait été victime. Il lui fallut, il est vrai, pour arriver à ce résultat, un temps relativement long. Il n'y eut d'abord que quelques électrothérapeutes pur-sang, qui poursuivirent les travaux de Remak, si non sans défiance, du moins avec quelque intérêt, qui en firent des analyses et procédèrent même à quelques expériences originales. Tels furent Baierlacher, Mor, Meyer, Erdmann etSchulz.

D'une manière plus large et en se tenant entièrement sur le terrain de la doctrine de Remak, Benedikt, à Vienne, s'adonnait à l'emploi du courant galvanique ; ses premiers ouvrages parurent en 1861-1862. Plus tard, il déposa dans un gros volume le résumé de ses études (1 868) ; ce livre était intitulé r Électrothérapie ; mais il contenait beaucoup de

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passages oxcliisivomoiiL n(ivr()palliologif|ii(.'p. Ce livre a vivement étiiu le public pai- l'abondance exliiiordinairr- des faits qu'il renf'ernne, par ses hypothèses et assertions audacieuses et spirituelles, par la quantité des poinlR de vue et des perspectives qu'il montrait : mais incontestablement il a fait du mal à l'électrothérapie par le nombre assez considérable d'erreurs et de contradictions qu'il renferme, par ses diagnostics souvent plus que téméraires, par ses récits très incomplets de maladies, par ses conclusions souvent très risquées et par ses assertions appuyées d'une manière insulïisante. Il a ainsi provoqué une critique sévère, mais juste, delà part de Brenner. Malgré cela, on ne peut pas lui refuser le mérite d'avoir quelque peu contribué au développement de l'éleclrothérapie.

A peu près vers le même temps, un médecin Saint-Pétersbourg, Brenner, savant indépendant, libre et original, s'est occupé du courant galvanique et de son utilisation thérapeutique; il a publié une série d'ouvrages sur cette matière et ses écrits se distinguent par une rare fidélité d'observation, par la rigueur et la précision des conclusions qu'il en tire et par l'importance des résultats pratiques qu'il obtint.

En 18G2, Brenner publia une dissertation, qui fonda la méthode polaij'e d'investigation et de traitement et s'éleva victorieusement contre la méthode de direction^ choisie principalement par Remak et adoptée parBenedikt ainsi que par d'autres ; Brenner prouva que sa théorie s'appuyait avec plus de certitude sur la physique et la physiologie et faisait faire à la nouvelle électrothérapie un progrès très réel. Il est vrai que les bases physiologiques de cette méthode avaient déjà été jetées, un peu plus tôt, par les travaux de Baierlacher et de Chauveau. Le premier s'était même déjà servi, sur un homme, de la méthode unipolaire de l'excitation galvanique et il en avait fixé les faits essentiels avec une parfaite clarté ; mais Brenner est le premier qui ait reconnu et apprécié exactement l'importance et la nécessité de cette méthode dans l'intérêt de la diagnose et de la thérapeutique. Dans l'année 1808-1869, Brenner publia un ouvrage volumineux et important sur différentes parties de l'électrothérapie qu'il avait élaboré avec une grande habileté et avec beaucoup de succès, un ouvrage qui appartient aux publications les plus importantes de notre littérature, et qui est un modèle d'observation sagace et de valeur scientifique, comme d'une brillante exposition.

Mais ce qui a peut-être le plus contribué à la propagation du courant galvanique, c'est la constatation d'une série de faits intéressants, que l'on observa dans certaines paralysies phériphériques et qui provoquèrent à l'égard du courant galvanique un jugement favorable, non justifié en partie, comme on le constata plus tard, mais qui fit

BENEDIKT, BKENNEH, ZIKMSSEN 13

croire à une grande supériorilé du courant galvanique sur le courant faradique. Ce sont les phénomènes de la réaction de dégémircscence que vous apprendrez plus tard à connaître en détail à qui causèrent une sensation générale, lorsqu'ils furent publiés, pour la première fois, par Baierlacher 1839, Schulz, Brenner, Von Griinewaldt, Neumann, Mor, Meyer, etc. La réunion et l'élucidalion scrupuleuse de ces faits, ainsi que la juste et exacte appréciation du courant galvanique dans la troisième édition de l'ouvrage de Ziemssen, mentionné plus haut, n'ont pas peu contribué ensuite à exciter un intérêt général en faveur du courant galvanique et à déterminer toute une série d'observateurs à s'en occuper d'une manière expérimentale et thérapeutique.

Nous voyons donc, depuis 1865 environ, sur tous les points, de zélés disciples de l'électrothérapie occupés à en fonder et à en construire le naissant édifice. Moi-môme, j'ai commencé, en 1863, à me livrer à ce travail, à peu près à la même époque que Hitzig, A. Eulenburg, Seeligmûller, et plus tard, Burckhardt, Filehne, 0. Berger, Bcrnhardt, E. Remak (fils), G. Fischer, etc., etc. De 1867 à 1876, c'est-à-dire dans l'espace de dix ans parurent de nombreux ouvrages relatifs à l'électrothérapie, les uns amples et volumineux, les autres constituant des éditions nouvelles et révisées d'ouvrages déjà publiés, d'autres enfin, résumant la question, comme les œuvres de M. Meyer, Benedikt, Erdmann, M. Rosenthal, etc., mes dissertations, celles de Seeligmûller, Barwinkel, etc. Il y eut de plus un grand nombre d'écrits spéciaux, qui élargirent et approfondirent le domaine de l'électrothérapie, dans tous les sens. Ce que j'ai de mieux à faire, c'est de signaler et de grouper ces ouvrages spéciaux, que, pour le moment, je ne puis que mentionner brièvement.

Citons d'abord les notions physiques (|ui élucidèrent l'excitabilité, par le courant, des difl'érenles parties du corps, notamment, celle dont on doutait, du cerveau et de la moelle épinière (Erb, 1867 ; Burckhardt, 1870; Von Ziemssen, 1872); de plus, des ouvrages qui donnèrent de précieuses indications sur l'écoulement et la direction ainsi que sur la distribution du courant dans le corps suivant les diverses applications des pôles (Helmholtz-Erb, 1867; Burckhardt, 1870; Filehne, 1870; Von Ziemssen, 1872). Parlons aussi, incidemment de l'introduction d'utiles appareils auxiliaires, aujourd'hui généralement employés, dans lapratique électrothérapeutique, par cxcmiDle: du commutateur de courants, du rhéostat, d'un galvanomètre exact et suffisamment sensible, de la construction et du perfectionnement des batteries galvaniques ; de la confection d'appareils faciles à transporter et donnant des indications précises, etc., section dans laquelle on a fait des progrès incroyables, depuis l'époque de Remak, qui était forcé de faire démonter et nettoyer tous les jours sa batterie Daniell.

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