QUATRIÈME LEÇON
SoMMAiHK : Lois pliy8i(|iics de la dislrihulion du courant ni application de ces loi» à rLleclrollK'i'iipie. — Lois d'Ohm. —/''orc«f/i?coi/ra«/. Rcsistaiice des différenls conducteurs : rùnistance des (issus animaux particulièrement de l'épidermc. — DifTérences individuelles d'homme h. homme et leurs conséquences. Résistance matérielln et extra-uiaiérielle ; conclusions qu'on en lire pour la construction des appareils. — Densité du courant et lois de cette densité. Déductions pratiques poui' les différents besoins de l'électrothénipie. — Effelr, électroh/tir/ues et cataijkorifjues .
Dans la griinde pluralilé des cas, l'inlerition manifestée par le Ihérapeutisle est de Caire ayir le courant éieclrique sur des points isolés et déterminés du cgrps humain, sur les parties malades, dont la forme et le fonctionnement sont dérangés, de le faire agir avec une certaine force, densïlé et direclion, quelquefois même d'une manière prépondérante ayec l'un des deux pôles. C'est ainsi qu'on veut opérer pour ramener la sanlé.
Vous avez appris à connaître, dans les leçons précédentes, les sources du courant et les appareils servant à le manier commodément, lors de son introduction dans le corps. Aujourd'hui nous avons à examiner de quelle manière nous pouvons faire pénétrer le courant dans le corps humain et le localiser, comme nous le désirons, sur certains points déterminés. Il faut, à cet effet, nous rappeler les lois de la distribution du courant en différentes parties conductrices. Le corps humain n'est pas autre chose qu'une grande masse conductrice, présentant des résistances déterminées ; aussi peut-on lui appliquer d'une manière illimitée les lois qui président à la distribution de l'électricité dans de gcandes masses conductrices.
Or ces lois sont celles d'Ohm, bien connues ; leur parfaite connaissance importe extrêmement au médecin; ce n'est qu'en y obéissant constamment, en les étudiant à f jnd et en les utilisant avec habileté que vous serez à même d'appliquer le courant d'une manière rationnelle et scientifique. Je ne connais, en physique, rien de plus important, pour le thérapeutiste, que la connaissance exacte de ces mêmes lois; il faut qu'elles soient continuellement présentes à votre mémoire et que vous puissiez les utiliser dans toutes les directions. Je dois naturellement me borner ici à ne mentionner que les points essentiels et à laisser à vos réflexions la complète élucidalion de ces lois.
1° La force du courant (intensité = I) dépend en première ligne de la force électromotrice (= E), des combinaisons employées pour la produire, des métaux et liquides utilisés par la chaîne, de la place des métaux dans la série des tensions, de la force des aimants induisants ou du courant induisant, du nombre des torsions sur les rou-
LOIS d'ohm 43
leaux, elc. Si ensuite vous égalisez tous les autres rapports, parliculièrenieiit l'arc de fermeture, et la forme extérieure des diflérenles combinaisons, la force du couranl devient direclement proportionnelle à la force électromotrice d'une chaîne ou de toute autre source d'élettricité.
Il l'ésulte de là que les différents éléments et les différentes combinaisons peuvent avoir une valeur distincte et qu'en faisant un choix parmi eux, il faut tenir compte des ditTérences de leur force électromotrice. Si l'on veut obtenir une certaine force de courant, et elle doit être relativement assez considérable, dans l'électrothérapie, il faut choisir exclusivement des éléments d'une force électromotrice relativement assez considérable, des appareils d'induction d'une grandeur déterminée et d'un nombre suffisant de torsions. Du reste la pratique courante a suffisamment tranché ces questions.
2° Mais vous trouverez immédiatement qu'à égalité de force électromotrice, la qualité de l'arc de fermeture exerce une influence notable sur la force du courant (je suppose naturellement, à ce propos, que vous employez l'une ou l'autre des ressources que la phj'sique met à votre disposition pour mesurer la force du courant). En effet l'arc de fermeture oppose une certaine résistance [= R) à l'écoulement du courant ; des arcs de fermeture de constructions diverses provoquent des résistances plus ou moins grandes, mais suivant la diversité de ces résistances se produisent aussi des modifications dans la force du courant; la loi qui exprime ces corrélations, est ainsi conçue: la force du courant est inversement joroporiionnelle à la résistance de la chaîne de fermeture.
De la comparaison de ce paragraphe avec le précédent, se déduit immédiatement l'expression réelle de la force du courant dans une combinaison close : la force du couranl est égale à la force électromo-
trice divisée par la résistance, c'est-à-dire I = —
Ce théorème a une importance pratique considérable ; car, dans le corps humain, comme vous allez l'entendre, nous avons affaire à d'énormes résistances, qui entravent la direction; voilà pourquoi, dans certaines circonstances où dans un but thérapeutique, nous sommes obligés de choisir des combinaisons de force électromotrice relativement considérable, nous n'obtiendrons cependant que des courants d'une force relativement médiocre.
3° Mais des recherches ultérieures vous apprendront que la qualité du conducteur, dans l'arc de fermeture (qu'il s'agisse de difl"érenls métaux
* Nous rappelons une fois pour toutes que nous avons, conformément à la notalion adoptée par Erb, exprimé les formules par les lettres initiales des mois français qui en représentent les termes.
44 l'HÉAMBlJLK m l'IIVSIQL'E
OU liquides, de solutions Kalines, du tissus animaux, ou, n'importent quels autres), n'est pas seule à exercer de l'influence sur la résistance qu'il présente; la forme du conducteur oppose aussi di; la résistance. Prenez, par exemple, une quantité déterminée, 300 grammes d'un métal quelconque, comme le cuivre ; vous pourrez l'obtenir sous forme d'un cylindre court et épais ou sous forme d'un fil ayant cinquante mètres de louf^ueur ; vous ti'ouveroz que le fil de cuivre, intercalé dans l'arc de fermeture, oppose au courant une résistance toute autre que celle du petit cylindre en cuivre. En examinant de plus prés, on remarque que /a résistance d'un conducteur quelconque est direclemeni proportionnelle à. sa longueur (que, par conséquent, elle s'accroît quand la longueur s'accroîl) et, inversement proportionnelle à sa coupe transversale {(\u<i, par conséquent, elle s'accroît quand la coupe transversale décroît).
Il résulte de là immédiatement pour la source du courant, (d'après le théorème 2) que la force du courant diminue quand la longueur du conducteur augmente (c'est-à-dire qu'elle est inversement proportionnelle à la longueur du conducteur), mais que, par contre, elle augmente avec V augmentation de sa coupe transversale, (ce qui veut dire qu'elle est directement proportionnelle à la coupe transversale). Le courant sera donc (toutes choses d'ailleurs égales), d'autant plus fort que l'arc de fermeture sera plus court et plus épais et d'autant plus faible que cet arc sera plus long et plus mince. De ces théorèmes, qui sont presque les plus importants pour nos études, se déduisent immédiatement certaines conclusions, relatives à l'électrothérapie, nous devons les examiner de plus près, pour mettre en relief sur notre terrain spécial précisément ces importants détails.
Les différents corps conducteurs présentent au courant des obstacles divers : les métaux sont de beaucoup les meilleurs conducteurs ; mais entre tous, Vargefit pur est celui qui résiste le moins ; viennent ensuite le cuivre, l'or, le zinc, le fer, le platine, le palladium, etc. La plus forte résistance est présentée par le mercure (elle est environ cinquante fois plus forte que celle de, l'argent). Les deux métaux sont employés comme unités de mesure en fait de résistance
Des résistances bien plus grandes proviennent de divers liquides conducteurs tels que diverses solutions salines, des acides dilués, etc. Ils sont bien plus mauvais conducteurs que les métaux et offrent une résistance d 0,000 fois et même 300,000 fois plus grande que celle du mercure ; la plus mauvaise conductrice est l'eau pure distillée, dont la résislanceest 120 millions de foisplus grande que celle du mercure (Zcch). Mais une simple addition de sels ou d'acides suffit pour augmenter considérablement sa vertu conductrice.
i. L'unité la plus usuelle, celle de Siemens, est éjçale îi la résistance d'une colonne de mercure, d'un millimètre de diamètre et d'un mètre de longueur.
RÉSISTANCIi; DES TISSUS ANIMAUX 7(5
Parmi les mauvais conducteurs, offrant de grandes résistances, il faut aussi compter les tissus animaux ; en général on peut les regarder comme des solutions salines de différents degrés de concentration et leur vertu conductrice, dépend sans doute en grande partie, du sang qui les traverse abondamment et de la sérosité dont ils sont imbibés. Les différents essais, ayant pour but de déterminer la résistance de conductibilité (R. C.) des différents tissus entre eux (tissus musculaires, glanduleux, conjonctifs, osseux) ont abouti à des résultats très différents ; ainsi Eckard trouva que le muscle est le meilleur conducteur du corps ; que les nerfs, les tendons, les cartilages, n'ont que la moitié de la propriété conductrice du muscle, mais qu'entre eux ils offrent des résistances à peu près semblables ; par contre la substance compacte des canalicales osseux conduit de seize à vingt-deux fois plus mal que le muscle ; Eckard ajoute cependant que cette dernière détermination n'est pas très sûre.
Ces chiffres n'ont pas toujours été vérifiés; en effet, Ranke trouva que la résistance de conductibilité du muscle vivant est à peu près égale à celle des nerfs, mais que le muscle à l'élal de rigidité cadavérique est deux fois aussi bon conducteur et par conséquent ne présente que la moitié de la résistance du muscle vivant. Contrairement h. cela, Hermann a trouvé récemment la résistance de conductibilité du muscle vivant moindre que celle du nerf et des autres tissus. Harless trouva celle du nerf environ quinze fois plus petite que celle de l'eau distillée ; cette résistance de conductibilité correspond à peu près à celle du nerf imbibé par une solution saline et est regardée comme étant cent quinze millions de fois plus grande que celle du cuivre.
De tout cela il résulte que les différents tissus animaux ne présentent pas une différence bien notable dans leur résistance au courant et que, spécialement, les différents tissus qui se trouvent dans l'intérieur du corps chaud et vivant offrent à peu près les mêmes résistances au courant, résistances qui dépendent de leur imbibition par le sang et par le liquide des tissus et varient un peu avec cette imbibition. Quoi qu'il en soit, le tjssa musculaire paraît être le meilleur conducteur. Par contre le tissu osseux, qui, lui aussi, est traversé en tous sens par un réseau de vaisseaux sanguins très fins, est loin de ne posséder que la médiocre conductibilité qu'on lui a faussement attribuée. Il n'est pas en état, comme on l'a cru longtemps, d'opposer un obstacle sérieux à la pénétration du courant dans la cavité du crâne ou dans celle de la moelle épinière.
Il faut cependant noter que le tissu musculaire et le tissu nerveux opposent bien moins de résistance au courant électrique, quand il les traverse dans le sens de la longueur des fibres, que quand il les traverse dans le sens de la largeur. D'après L. Hermann, la résistance du
46 l'HÉAMBULIÎ DE l'IiysiQUE
tissu nerveux dam le sms de la largeur^ est cinq fois celle du tissu musculiiire, mômo noiif l'ois plus i^vnutht (jue celle dans le sens longitudinal. Il parail donc qUe la conductibilité ne dépend pas exclusivement de l'inibibilion par des solutions salines ; ce qu'il y a de certain, c'est qu'elle est gônée par la polarisation interne qui se produit immédiatement.
iîn éleclrolhérapie, Messieiiis, nous n'avons jamais allaire aux tissus animaux, dénudés, mais aux pai'ties recouvertes par la peau extérieure avec sa couche cornée, l'épiderme et c'est là un détail delà plus haute importance et dont on ne tient pas assez compte. En efi'et la principale résislance que l'on rencontre dans toutes les applications ordinaires du courant électrique sur le corps humain provient de l'épiderme ; cette résislance prime presque toutes les autres. En tout cas l'épiderme joue une inlluence considérable sur la force totale du courant et peut-être même sur la diffusion de tous les fils du courant dans l'intérieur du corps humain.
L'épiderme se compose de deux couches : la couche muqueuse et la couche cornée; la première, composée d'éléments mous et cellulaires présentera à peu près la même résistance que les autres tissus animaux. Il en est tout autrement de la couche cornée, composée de cellules sèches et cornées ; par elle-même, cette couche pourrait bien être regardée comme rîo?i conduclr/ce, opposant au courant une résistance très grande ou absolue, comme vous pourrez aisément le démontrer sur les épaisses couches cornées du talon, de la plante des pieds ou des mains couvertes de callosités. Une complète humectation, faite avec de l'eau chaude ou une solution saline, peut seule rétablir la conductibilité de la partie cornée de l'épiderme.
Si celte couche cornée recouvrait uniformément toute la surface du corps, l'application cutanée ordinaire de l'électricité serait réellement très difficile ; certes, nos appareils actuels n'y suffiraient pas ; mais même en faisant abstraction des lacunes microscopiques qui existent entre les différentes parties histologiques de la couche cornée, celle-ci est encore percée d'un grand nombre de trous plus ou moins rapprochés les uns des autres, des pores des glandes sébacées et sudoripares, des villosités, par conséquent, de petits canaux recouverts partout et abreuvés d'un liquide salin, ce qui donne aisément au courant l'accès du tissu cutané enfoncé plus profondément et, par suite, l'accès de l'intérieur du corps. C'estassurément de ces petits conduits, de leur nombre et de leur groupement plus ou moins condensé, que dépend la résistance de l'épidei-me au courant. On comprend donc aussi pourquoi Drosdoff, dans ses recherches, n'a pas trouvé de rapport déterminé entre l'épaisseur de la couche cornée et la conductibilité électrique en différentes parties du corps. C'est seulement sur les points où l'épiderme est très
DIFFÉRENCES DE RÉSISTANCE DE LA l'EAU 47
mince que Ica couche cornée, dûment humectée, peut prena-e ellemême une part essentielle à la conductibilité du courant.
Toujours est-il que les diirérences d'épaisseur et d'humectation de l'épiderme, que le nombre des villosités et des orifices glandulaires suffisent amplement à expliquer que l'épiderme, sur plusieurs parties du corps, puisse opposer des résistances difi'érentes au courant électrique et que, chez divers individus, on observe, aux mêiiics places, de notables difi'érences, en ce qui concerne la résistance au courant électrique.
Le sexe, Tàge, la race et le régime exercent ici la plus grande influence ; des portions de l'épiderme non recouvertes se comportent autrement que ces mêmes portions couvertes par les vêtements, exposées à de fréquentes pressions, autrement que celles qui n'y sont pas exposées; celles pourvues de beaucoup de pores de dégorgement autre- .ment que celles qui en ont moins ; les personnes qui transpirent souvent et beaucoup, se comportent autrement que celles qui ont la peau habituellement sèche; celles qui souvent se lavent, se savonnent, se frottent d'essences, etc., autrement que celles qui ne le font pas. De toutes ces conditions que l'électrothérapeute prudent ne doit jamais perdre de vue, résultent des diflerences extraordinaires dans la conductibilité de la peau, et il importe extrêmement d'en tenir compte. Permettezmoi de citer, comme exemples, quelques nombres qui prouvent énergiquement les différences individuelles et locales qui signalent la résistance de la peau au courant électrique.
Placez successivement, sur différentes parties symétriques du corps, les mêmes électrodes avec la même humectation, avec une eau également chaude, une durée égale de courant, en intercalant le même galvanomètre, le nombre des éléments restant toujours le même, vous obtiendrez aux parties du corps énoncées ci-dessous, les déviations sui- ) vantes de l'aiguille, à peu près proportionnelles à la force du courant :
Aux deux tempes, 40»
Aux deux joues, 50°
Aux deux surfaces parallèles du cou, 3o°
Aux deux omoplates, 20°
Aux deux muscles lombaires, 5°
Aux deux faces antérieures des cuisses, 3°
Aux deux articulations du genou, 26°
Aux deux faces externes de la jambe, 2°
Aux deux faces antérieures des bras, 23"
Aux deux faces externes des avant-bras, 22°
Aux deux paumes des mains, 20°
Vous trouverez que les mômes proportions existent chez toutes les personnes possibles. Les dilTércnces de résistance de conductibilité sur
-tS l'IlÉAMBL'LIJ hK l'IIYSIOU'E
les mêmes points de la peau clioz difréreiils individus sont souvent encore plus remarquables. Clio/, dix jeiuie.s gens bien portants, j'ai trouvé les déclinaisons suivantes de l'aiguille, eu suivant le même ordre dans mes expériences, anode sur le sternum, katbode sur le nerf cubital du bras droit :
Chez deux jeunes filles, j'obtins, avec une pile «le dix éléments, en plaçant l'anode sur la région lombaire, la katbode sur la nuque, chez l'une 33° de déclinaison de l'aiguille, chez l'autre o" seulement (pour cette dernière, il fallut treize éléments pour amener 33° de déclinaison de l'aiguille).
Chez deux hommes atteints de paralysie saturnine, que j'examinai simultanément et qui prirent tous deux des bains sulfureux, j'obtins les notables différences suivantes dans deux expériences :
1^ Expérience. Anode sur le sternum, Kalhode sur le deltoïde gauche. Cas A (âge de 44 ans) Cas B (âge de 26 ans)
Avec 6 éléments
31° comme déviation de l'aiguille 4° comme déviation de l'aiguille.
Avec 4 cléments 26° — 2" —
Avec 2 éléments 16° — 0' -
2<^ Expérience. Anode sur le sternum ; ICathode sur le nerf radial droit.
Avec 6 éléments
29° comme déviation de l'aiguille 7" comme déviation de l'aiguille.
Avec 4 éléments 24° — 3° —
Avec 2 éléments
Ainsi des différences énormes dont je pourrais encore multiplier les exemples.
Chez la même personne, à une seule et même place de la peau, la résistance au courant électrique subit de notables changements, avec l'augmention de la force du courant, avec une meilleure humectation, avec un afflux de sang plus considérable à la peau. Cela est extrêmement important, quand il s'agit de procéder à des épreuves quantitatives d'irritabilité et cela peut facilement se démontrer à chaque instant. Quand les électrodes sont bien fixes, la déviation initiale de l'aiguille augmente avec la durée de l'effet, malgré que le nombre des éléments reste le même; elle augmente avec toute nouvelle fermeture du courant, encore davantage à chaque commutation et elle s'arrête enfin à un chiffre bien plus élevé que le chiffre initial. Cette
HÉSlSTANCli; VAlUAlîI.K DE LA l'i;Af f ^\)
(liminiition de la résistance de conductibilité est encore plus remar- (|iiable, quand on fait agir successivement des courants |)lus forts et que l'on revient ensuite à des courants moins forts, c'est-à-dire à un moins grand nombre d'éléments. Je cite donc l'expérience suivante: les électrodes étant bien fixées et le nombre des éléments croissant (de 4 en 4), l'on détermine à chaque degré, des fermetures réitérées et inversions de courant, jusqu'à ce que, chaque fois, l'aiguille du galvanomètre soit arrivée au repos ; on trouve alors :
Avec 8 éléra. 0» déviai, d'aig. Avec20élém. 46° déviât, d'aig.
» 20 n 42° )) » 8 » 26° Il
„ 24 » oO° » " 4 » 12° »
Tci donc la résistance de conductibilité a baissé peu à peu, au point qu'à la fin, avec 4 éléments on obtenait de l'aiguille une indication plus forte qu'auparavant avec 12 éléments. Cette circonstance entrave bien des fois l'insinuation du courant, dont je vous parlerai plus tard. Les causes prochaines de cette diminution de la résistance de conductibilité par l'action du courant lui-même, ne sont pas encore bien claires. Il y a lieu de songer aux efJets cataphoriques du courant, à des modifications delà polarisation, mais tout particulièrement (E. Remak) à l'action du courant sur les vaisseaux sanguins de la peau, à leur élargissement et à l'humectation plus grande de la peau, ainsi provoquée, notamment aux alentours des parties velues, des glandes de la transpiration, etc. C'est sans doute pourquoi l'application d'une pâte de moutarde diminue considérablement la résistance de la peau.
Vous verrez souvent avec surprise combien est grande la résistance, i[ue présente la peau d'un enfant. Elle est encore bien plus grande dans un âge avancé; chez les vieillards, la résistance de conductibilité de la peau est extrêmement grande, de sorte que, chez ces personnes, vous pouvez, même sur la tête, monter impunément à des nombres d'éléments que des jeunes gens vigoureux ne peuvent absolument pas supporter. Vous trouverez, à l'aide du galvanomètre, que cette tolérance, cette torpeur du cerveau se réduit, en règle générale, à une résistance très haute de la peau. Ainsi une fois, pour un septuagénaire, souffrant de la tète, j'ai été forcé d'employer 24 éléments Stohrer,d'une batterie fonctionnant très bien ! pour obtenir la force de courant nécessaire (de 30 à 35° de déclinaison de l'aiguille). Vous pourrez rencontrer tous les jours dés faits semblables.
De là naît la règle impérieuse que voici : chez tout individu que l'on veut examiner ou traiter, il faut jufjer de la résistance de sa ))eau, par t/uelques opérations préliminaires faites avec le galoanomèlre.
Erb. — Éleclrothérapic. /,
l'HIvAMBULK UlC l'IlV.SlOtK
(iOniparalivcmenl à lu résistance do J'épidcrnie, la lonf/uew du corps liumnin n'a pas ou pr(!.s(|uo pas d'importance ; quelque considérable qu'elle soit, cela ni! jnodilie guère la l'orce du courant; celle-ci ne dépend que de l'action de l'épiderme aux points oii sont lixées les électrodes. Sous ce rapport, il importe d'étudier le fait suivant: quand on place les électrodes à la nuque et au creux poplité (c'est-à-dire sur un espace qui a plus d'un mètre de longueur), le courant est beaucoup plus Tort que si l'on pose les électrodes à 10 ou 15 cenlimètren de distance sur les deux omoplates ou dans la région des reins. L'expérience suivante fera connaître les détails de l'opération :
Homme bien portant, d'âge moyen. Deux électrodes « moyennes », A et H appliquées en différenls endroits, courant de 10 éléments, fermé jusqu'à ce que l'aiguille s'arrête au point de repos, puis commutation et deuxième lecture de la déclinaison de l'aiguille, galvanomètre. 130 de résistance. 1° Électrode A sur la nuque, B sur le creux poplité, distance 100 dm. Déclinaison de l'aiguille, lors de la première direction du courant, 19°.
« après le changement du courant, 24".
2° Électrode A à droite, B à gauche, sur le muscle des reins. Dist., 10 ctm. Déclinaison de l'aiguille lors de la première direction du courant, 10°.
« lors du changement, lii".
3° Électrode A sur le sternum, B sur la surf, int. de l'av.-bras.Dist, .SO ctm. Déclinaison de raiguille lors de la première direction du courant, i".
« après l'inversion, 8°.
4° Électrode A sur le sternum, B sur le muscle deltoïde. Dist. 21 ctm. Déclinaison de l'aiguille api'ès la première direction du courant, 11°.
« après le revirement, 15°.
0° Électrodes A et B sur la surface interne de l'avant-bras. Di.st. .ï ctm.
Déclinaison de l'aiguille lors de la première direction du courant, ^
« Après le revirement, 2°.
N' importe quelles variantes de cette expérience démontrent toujours l'indépendance de la force du courantpar rapport à la plus ou moins grande ou petite distance des électrodes.
Dans l'application ordinaire, la force du courant qui pénètre dans le corps même, dépend surtout de la résistance de répiderme ; tout le reste n'a qu'une importance secondaire. Et comme la longueur de ce conducteur (c'cst-à-dirc l'épaisseur de l'épiderme), n'éprouve nulle part de notables différences, il est naturel de penser que seule la coupe transversale, que Vonpeut modifier à volonté^ .joue un rôle décisif, dans l'introduction d'un fort courant dans le corps^ c est-à-dire que la grandeur de la surface épidermique servant h mlrodairele courant dans le corps (autrement dit la grandeur des électrodes appliquées sur l'épiderme), détermine en réalité la force du courant; quant à ce qui git sous cette couche épidermique, c'est assez indifférent.
lUisi.Sl'ANCli UH L'iîl'IDEHMl!; SI
Nous voyons dès lors quelles importanles conclusions se déduisent en pratique de ces données, en ce qui concerne la grandeur des électrodes à choisir. On les choisira, toutes choses égales d'ailleurs, d'autant phis grandes que l'on voudra introduire dans le corps des forces de courant plus intenses. (J'aurai bientôt à parler des restrictions qu'impose à ce théorème, le désir d'avoir une plus grande densité de courant.) On peut le démontrer très facilement, au moyen du galvanomètre, avec diverses variétés d'électrodes ; ainsi le même nombre d'éléments, employé sur un seul et même point du corps, donne :
Avecla plus petite électrode environ 4° de déclinaison de l'aiguille. Avec la petite électrode, 13°.
Avec la moyenne électrode, 20°.
Avec la grande électrode, 30°.
Mais naturellement la grandeur des électrodes usuelles a aussi ses limites; on a cherché à s'affranchir, jusqu'à un certain point, delà grandeur des électrodes métalliques ou carboniques, en posant, pardessous, des couches de papier buvard, de différentes grandeurs et trempées dans un liquide, au moyen desquelles on espérait faire pénétrer le courant à travers une plus grande surface d'épiderme. Mais ce procédé m'a paru, d'après des expériences dirigées dans ce sens, bien moins avantageux qu'on ne se l'était figuré au premier abord. Évidemment les traînées de courant qui, de l'électrode, doivent, à travers le papier buvard imbibé, s'étendre à des distances plus ou moins grandes, rencontrent ici une trop forte résistance pour permettre à des quantités considérables de traînées de courant, venant des points les plus éloignés, de pénétrer dans l'épiderme. En tous cas, un morceau de papier buvard humecté, à travers lequel on dirige le courant par une électrode à bouton ou une électrode (moyenne), est loin de rendre d'aussi bons services, pour l'augmentation de la force du courant, qu'une grande électrode métallique de la forme d'une plaque. Je dois donc déclarer cette méthode peu utile car elle présente de très grands inconvénients, à part quelques rares exceptions.
•4° Le courant, dans une chaîne fermée, parcourt naturellement l'arc de fermeture ainsi que l'élément lui-même, ses métaux et ses liquides et il y rencontre, cela se conçoit, suivant la nature de ces corps, une certaine résistance. Cette résistance qui existe dans la chaîne ellemême et que provoque sa structure s'appelle la résistance essentielle, tandis qu'on désigne ordinairement par le mot extra-essentielle, la résistance que la chaîne rencontre dans l'arc de fermeture. Toutes deux ne sont que des fractions de la résistance totale, qui existe dans la chaîne fermée et toutes deux sont soumises à des lois identiques. La résistance essentielle grandit donc en proportion do la longueur et
J'HKAMIlULK l)K l'IlYSIOUK
«liiMimic îivcc rîiugmonliition de la coupe transversale du conducteur "luo le courant doit traverser ; on d'autres termes, plus les deux métaux sont éloignés l'un de l'autre dans le licpiide, plus est Imy le chemin, à travers le liquide, d'un métal à l'autre, plus grande aussi est la résistance (et plus aussi le courant csL faible); et plus la surface métallique est grande, plus les métaux sont plongés profondément dans le liquide, plus la coupe Lransversale des couches liquides à parcourir est grande, plus la résistance es^ faible (et jjlus le courant est fort). Ainsi la résistance essentielle exerce aussi de l'influence sur la force du courant et la formule que je vous ai communiquée il y a
quelque temps, est en réalité conçue ainsi • 1= dans la-
(juelle R représente la résistance essentielle et le petit r' la résistance extra-essentielle.
Nous avons donc la possibilité d'inlluer sur la force du courant par le changement de trois facteurs : la force électro-motrice, la résistance essentielle et la résistance extra-essentielle. La grandeur qui existe chaque fois dans nos recherches et qui est immuable, c'est la résistance extra-essenlielle (le corps humain et ses parties dans l'arc de fermeture! ) ; ainsi, pour changer à volonté la force du courant dans l'arc de fermeture, pour l'augmenter ou la diminuer, nous sommes obligés d'opérer des modifications sur l'un des deux autres facteurs, ou bien en ajoutant une nouvelle force électromolrice, ou bien en l'enlevant, ou bien en augmentant ou diminuant la résistance essentielle. Une simple remarque démontrera que, dans de certaines circonstances, nous ne pouvons jamais faire que l'un ou l'autre et que les deux à la fois ne conviennent pas pour tous les cas.
Nous opérons pratiquement, en électrothérapie, sous deux conditions très différentes : dans l'emploi ordinaire^ percutané de l'électricité, on trouve, sur l'arc de fermeture, le corps humain, qui présente une résistance énorme, bien plus grande que celle de la chaîne ellemême ; par conséquent la résistance extra-essentielle est ici bien plus grande que la résistance essentielle.
Par contre, dans la galvanocaustique., un fil métallique, bon conducteur, forme l'arc de fermeture et celui-ci présente une résistance bien moindre que celle que l'on trouve dans la chaîne elle-même ; ici donc la résistance extra-essentielle est beaucoup moindre que la. résistance essentielle. Ce dernier cas, n'apas à nous occuper, nous pouvons le laisser de côté ; mais déjà il résulte de. la mention des faits que, dans le premier cas, une modification de la résistance essentielle reste sans influence notable sur la force du courant, tandis que, dans le deuxième cas, la résistance extra-essentielle est médiocre et la résistance
RÉSISTANCE KSSIÎNTIIÎLLIJ ET EXTltA-ESSENTIELLE 53
essentielle déterminera presque seule la force du courant. Si elle est modifiée, la force du courant doit nécessairement l'ôtre aussi.
Pour le premier cas, pour le nôtre, on montrera facilement que, si nous voulons par exemple augmenter la force du courant, ce qui nous arrive presque à chaque instant, nous ne pouvons pas le faire par une diminution de la résistance essentielle (augmentation ou submersion plus profonde des métaux, leur rapprochement, etc.), mais nous ne pouvons le faire que par l'addition d'une nouvelle force électromotrice, c'est-à-dire en augmentant le nombre des éléments.
Un simple calcul, avec les données les plus simples, montrera combien ces théorèmes sont exacts et irréfutables et quelle importance ils ont pour la confection pratique des appareils devant atteindre plusieurs buts différents. Pour notre cas, Vemploi percutané du courant, nous admettons que la résistance essentielle = 8, la résistance extra-essentielle = 200 ; nous avons alors,
Pour un élément I = ^-^^ = - —
Pour deux éléments I = ^^-^^ - = 2T^ = ÎÔ8
Pour quatre éléments 1 = — := 3^-^ = 232 = 4
C'est-à-dire que nous avons ainsi, en doublant le nombre des éléments, une force de courant presque double et, quand on quadruple le nombre des éléments, presque quadruple. Par contre, si nous grossissons l'élément, dans les mêmes circonstances, nous diminuerons la résistance essentielle ; si nous reprenons les chilfres qui précèdent, nous avons pour un élément deux fois
aussi f^rand, I = — — en se comportant ainsi,
la force totale du courant, n'a donc subi aucune modification.
Or, il en sera toujours ainsi, quand la résistance essentielle est grande, la
résistance exli'a-essentielle est petite, comme dans la galvanocaustique. Si,
pour simplifier, nous admettons que la R est maintenant égale à 200 et la
r à 8, nous avons de nouveau :
Pour un élément ï
Pour un élément double en grandeur I =
Pour un élém. de grand, quad. l = z — ^ — pIp
Vous voyez donc qu'ici, en augmentant les éléments, on augmente la force du courant ; mais par contre, elle ne peut pas être augmentée par l'élévation du nombre des éléments.
•'ï''' l'HKAMBULK DK IMIYSIOL'E
Il nîsiille de là, poiii- nolro but, celle simple conclusion, que dans l'emploi permlané du courant an ô.leclro-lhèi'apw, une aur/menlalion de la force du couranl (on supposant une combinaison éloclromo- Iricc donnée) ne peut être obtenue que par une mulliplicalion du nombre des éléments et non par un agrandissement des éléments distincts. Les grands éléments, soiivcnl employé» Jusqu'ici, sonl donc tout à fait superflus ; les éléments nécessaires à notre but, peuvent donc être aussi petits qu'on le désire et leur grandeur dépendra seulement de conditions techniques et des circonstances qui se produisent lors de l'emploi pratique.
Tout cela se rapporte seulement aux changements de la force du courant par une modification des sources du courant. Je vous ai parlé plus haut, à propos des rhéostats, de la possibilité de produire une semblable modification par le changement des résistances sur l'arc de fermeture, ou par une fermeture parallèle en relation avec lui.
5. Une importance toute particulière, pour l'intelligence des actions du courant et pour le maniement pratique et exact du courant électrique, appartient à l'idée de la densité du courant.
Les expériences des physiologistes nous apprennent qu'une irritation notable des systèmes nerveux de la périphérie et du centre, n'a lieu que quand le courant amené possède une certaine densité et fait irruption dans le système nerveux, avec une certaine densité. Il est, pour le moins, probable que le courant fonctionnant dans un but thérapeutique se comporte de la même façon ; qu'au moins une bonne partie de ces effets ne se produit que lorsque la partie malade est soumise à l'action d'un courant ayant une densité déterminée.
On entend aujourd'hui par densité du courant, le rapport qui existe entre la force du courant et l'unité de coupe transversale du conducteur traversé. Pour comprendre aisément ce rapport, vous devrez, je crois, vous imaginer le fait d'une manière pittoresque et vous figurer un courant électrique composé d'un grand nombre de fils de courants distincts et parallèles ; plus il y a de ces fils pour former un courant, plus ce courant est fort, plus sa force est considérable ; mais plus il y a de ces fils serrés sur l'unité de la coupe transversale, plus la densitr du cnujmnt est notable. Imaginez-vous par exemple, un courant d'environ mille fils de courants, amenés d'abord par un conducteur métallique ayant une coupe transversale de un centimètre carré, puis par un semblable conducteur ayant une coupe transversale de deux centimètres carrés, les mille fils se diviseront, dans le 2* cas, sur une coupe transversale d'une grandeur double et, par conséquent, le courant n'aura que la moitié de sa densité, bien que, dans les deux cas, il conserve exactement la même force. La figure 9 ci-jointe peut servir de schéma. Il en est du courant comme de la chevelure d'une jeune
DENSITK DU COUHANT
mie, chevclliro qui ressemble ù une crinière en
ou peut
désord re
tresser celle chevelure de manière à la convertir en une mince corde ou en une tresse peu touffue, sans que le nombre des cheveux soit modifié.
II nous semble que les actions physiologiques et thérapeutiques notables pour nous (et peut-être pas toutes), ne commencent que lorsque le nombre des fils du courant qui sont en contact avec la coupe transversale d'une partie animale, dépasse une certaine limite. Voilà pourquoi il importe de bien comprendre ces conditions et de se procurer les moyens de soumettre à l'action d'une densité de courant déterminée une partie quelconque du corps, pour peu qu'on puisse l'atteindre.
A cet effet, il faut vous figurer ce qu'il advient du courant et des fils du courant, quand nous les introduisons dans le corps de la façon ordinaire, c'est-àdire à partir de deux points de la superficie du corps, au moyen d'électrodes qui y sont fixées. Ici le nombre de fils de courant correspondant à sa force entre dans le corps pour s'y répandre immédiatement dans toutes les directions, d'après les lois d'Ohm. Tous les fils de courant pénètrent ensemble par la coupe transversale des électrodes, pour se répandre, aussitôt après, sur la coupe transversale, bien plus grande, du corps ou d'une partie du corps. La plus grande densité doit donc toujours se trouver dans le voisinage immédiat des électrodes. Quand celles-ci sont d'une grandeur égale, la densité du courant sera aussi la même dans les deux électrodes (voir la figure 10). Mais, si les électrodes sont de grandeurs différentes, laplus grande densité devra toujours se trouver sur la plus petite électrode, parce qu'ici le même nombre de fils de courant se trouve resserré sur un espace plus petit (Voir figure H).
Dans l'intérieur du corps, la plus grande force de courant se trouvera sur la ligne droite de communication entre les deux électrodes (parce que, d'après le théorème 3, celle-ci présente les plus faibles résistances). C'est donc là que la plupart des fils de courantse trouveront les uns à côté des autres ; c'est, par conséquent, encore là que se trouvera relativement la plus grande densité de courant. Assurément, vous ne devez pas vous la figurer comme très grande, attendu que la densité doil diminuer d'une manière notable, déjà très près des électrodes, à cause de la grande coupe transversale du corps et de la conductibilité
Pig-ure 9.
Scliémn des variations de la densitù du courant, la force du courant restant la même. Le mt^me nombre de llls do couraul dans rétumluo du condui'teur n nue h, mais resserré-^ de moitié dans l'espace ; par conséquent, dans l'espace h.
la densité du courant est double de ce qu'elle est dans l'espace a.
l'HÉAMUULI-; l'lIVSIOUK
assez grande de ses parties. Quoiqu'il on soit, sur des points parlioulièromoiil favorables, par exemple dans le courant transversal de la
Fig-ure 10.
Soliémn ilo la ilislriliutimi ilù conrnnl pt lie la ilonsilèilu l'iiuiiml. aven ileux i'iei linrlpf il é(;"lcs <liiiienfious ; leurs cleiifilés sont les mémos
Figure 1 1 .
Schéma ilc la ilcnsiti'; <1<' nonrnnt avec fies élect iodes *le ^landeuis flin'éreules, l'nnodc c.<l double de la katliode : la ilensité de la katliode esl douille de celle de l'anode.
téle, avec d'assez grandes électrodes, ou dans le courant transversal d'une extrémité, on trouvera, môme dans la profondeur, une densité
de courant encore assez considérable. Celte zone des plus grandes densités relatives de courant comprise entre les deux électrodes, se comporlera un peu différemment, suivant la position relative des électrodes. Lorsque le courant traversera obliquement le corps ou quelquesunes de ses parties, la zone aura la l'orme d'un cylindre ventru, qui s'étend d'une électrode à l'autre, à peu près comme l'indique la figure 12.
Mais si les deux électrodes sont placées l'une à côté de l'autre sur la surface du corps, la zone prendra plutôt la forme d'une boule ou d'une section cylindrique, dont la base répond à la surface du corps, à peu près comme l'indique la figure 13. Dans les deux figures, les hachures indiquent la zone de densité de courant relativement la plus grande ; leur étroilesse la plus grande répond à peu près à l'accroissement de la densité.
Huaiid lo
Figiirn 12
St.'liùma de la densllY' du coiicnnl.
conrnnl. est diilpA ' Iransversnlcincnl, à t.ravcr le corps, l.cs (Us de courant incrti's sont [loiictii/îf. Ka zone appr'oxiinntivo do la plus t;i-ntido ilensité est oiiilirée.
UENSn'IJ ou COUHANT
Les parties du corps situées en dehors de cette zone, quoique naturellement elles reçoivent toujours une certaine quantité de traînées de courant (en vertu des lois d'Ohm), se trouvent cependant sous une densité de courant si faible, qu'on peut les considérer comme n'étant pas ou presque pas traversées, et que, en tout cas, elles sont hors de cause dans l'appréciation des effets du courant.
Gravez, Messieurs, soigneusement, tous ces détails dans votre mémoire et tâchez de bien les comprendre en y réfléchissant, et en faisant les dessins schématiques de différents eus, car c'est en cela que consiste la quintessence de la technique électrothérapeutique. Quand nous nous occupons d'électrothérapie, nous avons presque toujours l'intention de localiser le courant, avec une certaine densité, sur telle ou telle partie du corps bien déterminée et vous ne pourrez le faire qu'en ayant toujours sous les yeux les faits que je viens d'élucider en ce qui concerne la force des courants et leurs densités. De tout cela dépend exclusivement le choix des électrodes ainsi que celui des parties du corps où elles doivent être appliquées pour les fins diverses que nous avons en vue. Permettez-moi de corroborer mes paroles par le récit d'exemples importants.
Si vous désirez (a) localiser sur un point délerminé pas trop éloigné de la surface, un courant d'une certaine force et d'une certaine densité, prenez deux électrodes de proportions différentes, rapprochez autant que possible, la plus petite du point en question et mettez la plus grande (que vous choisirez aussi grande que possible) à une dislance convenable et vous atteindrez certainement votre but, et cela d'autant plus certainement que la dift'érence de grandeur des deux électrodes sera plus considérable. (Si l'une d'elles est très petite, il faut naturellement augmenter le nombre des éléments pour obtenir la force de courant nécessau-e, parce que la surface rétrécie de l'électrode déterminera une résistance bien plus grande.) C'est là la méthode que vous employez ,)Ournellement pour l'analyse électrique de quelques nerfs et ramifications nerveuses, pour l'irritation locale de ces nerfs, ou de groupes de muscles moteurs, que vous faites dans un but thérapeutique
Mais s, vous désirez (b) localiser le courant sur de plus grands espaces, dans le ooùmage de la surface, choisissez des électrodes égales, dune grandeur médiocre et rapprochez-les l'une de l'autre, autant
li'ig-uro 13.
Seiiéma do lu ileiisilô flu couranl.
quand on iippliilUB los éloctrodc.'S sur In mémo surface, l'une près de l'anLi'e. i.es Mis do couianl inertes sonL ponelués. La zone de la plus grande densité est ombrco par des lignes obliques.
38 vnkmnuiK \m l'iiysiouE
tjiie possible, sur l'espace en question, de telle sorte rjue cette partie (lu corps tombe, autant que possil)ie, dans le domaine du sej^ment de la boule représentée ligure i'.i, de la densité relativement la plus grande. De la sorte, si vous voule/- électriser fortement, par exemple, le muscle deltoïde ou biceps, le vaste interne ou une tumeur blanclie, etc. vous emploierez cette métiiodo de préférence à toute autre.
Mais si vous voulez (c) localise?' le cowant sw des parties situées dans la profondeur, choisissez alors ou bien deux électrodes aussi grandes que possible et posez-les sur la partie] dont il s'agit, en les éloignant, le plus possible, l'une de l'autre; alors un nombre, relative-
Figure 14.
Sfrhùma (le la ili?tril)ulion ot île In densilï; dos fils du ^ouranl relativement à leur iii-nélrnllon dans la profondeur (ici iliins la moelle épinérel. a. quand les électrodes sont rapprochées l'une de l'autre j h, <|uaiid elles sont très éloignées l'une de l'autre.
ment considérable, de traînées du courant pénétrera dans la profondeur. Car, plus les électrodes seront rapprochées l'une de l'autre, plus les longueurs des traînées de courant delà surface et de la profondeur, allant d'une électrode à l'autre, différeront les unes des autres et plus il en restera dans le voisinage de la surface. Quand les électrodes seront bien éloignées l'une de l'autre, cette différence s'amoindrira, et un nombre, relativement plus grand, de traînées du courant pénétrera dans la profondeur; la figure '14 ci-jointe le démontre de la façon la plus simple. Cette méthode a surtout son importance quand il s'agit de la moelle épinière, qui est relativement fort éloignée de la surface ; ainsi de grandes électrodes et fort éloignées l'une de l autre, lelle est la règle.
Vous pouvez aussi choisir deux électrodes d'une grandeur égale et les disposer de telle sorte que la partie en question soit située, aussi exactement que possible, sur la ligne droite qui relie les deux électro-
DIVEHS MODES d'aPI'LICATION DU COUUANT 59
des c'cst-ù-diro dans la zone du cylindre esquissé page oG ligure 12, de'la densité de courant relativement la plus grande; cette méthode e^t bonne surtout pour le traitement d'affections cérébrales existant à une -rande profondeur comme l'indique la figure IS ci-jointe ; mais on peut aussi l'utiliser pour combattre des foyers pathologiques circonscrits dans la moelle épinièrc, pour le traitement de processus pathologiques ayant leur siège profondément dans les cavités du corps, etc.
En tout cas, vous pourrez vous tirer d'embarras avec ces trois méthodes d'application, dans toutes les occurrences ; seulement il faudra toujours vous rendre compte de laquelle de ces méthodes est la raeiUeure pour un cas isolé et pour le but que vous vous proposez.
Ajoutons, en peu de mots, que les conditions de distribution ici mentionnées, des courants électriques, dans le corps humain, concernent, à ce qu'il paraît, principalement les courants galvaniques, du moins en tant qu'il s'agit d'opérer sur de très grandes profondeurs. Le courant faradique parait, sur ce point, comme l'a démontré Helmholtz, se comporter un peu autremcntetne pas pénétrer dans les profondeurs aussi rapidement et aussi facilement que le courant galvanique. Ainsi s'expliqueraient différents phénomènes électrothérapeutiques, entre autres le fait que des nerfs placés dans la profondeur ainsi que des muscles peuvent être bien plus facilement excités par le courant galvanique que par le courant électrique, que le courant faradique ne présente pas l'eflîcacité, qu'on attend de lui, sur la moelle épinière, dans le cerveau, dans les cavités du corps, etc. C'est à quoi il faut bien faire attention dans la pratique.
Avant d'en finir avec ce chapitre, je dois encore mentionner brièvement deux effets physiques du courant, qui ne sont peut-être pas d'une médiocre importance pour l'électrothérapie et qui du moins se sont prêtés bien des fois à l'élaboration d'hypothèses sur les effeis thérapeutiques de l'électricité.
Le premier de ces effets est l'action électrolyiique des courants électriques. Vous en connaissez tous les détails et je puis me borner à cette courte réminiscence que, lorsque le courant traverse certains conducteurs composés (électrolytes), ceux-ci sont eux-mêmes décomposés dans leurs molécules et ces molécules se séparent vers les deux pôles, savoir à l'anode, les éléments dits électronégatifs, l'oxygène, l'iode, le chlore etc., ainsi que les acides ; par contre, à la kalhode les éléments dits électropositifs, tels que l'hydrogène, le potassium,
Figure lo.
Sfhrma (1r la meilleui-o nppliealioti (les élootrodes pour amnner un fnyer piitliolosii|uc situé dans la iirofoiuleur (le riiHiHispdôre cérébral de gaucho, dans la zone des (ils de eoaiânl, les lus denses et les plus actifs.
•jO I'Iiéamhui.k m i'iivsioue
le sodium, lo cuivre, etc., les alcalis et les bases. C'est ainsi que l'eau est décomposée en ses deux éléments, riiydiogùne se rend au pôle négatif; l'oxygène, au pùle positif; le chlorure de sodium, de telle façon que le chlore apitaraît à l'anode ; l'iodure de potassium de telle façon qui3 l'iode apparaît à l'anode, le potassium apparaît à la kathode, etc.
Un fait tout semblable peut se reproduire dans les liquides et tissus animaux; les phénomènes électrolytiques, comme l'ont démontré Dubois-Reymond, Hermaim et d'autres, se manifestent partout oii un courant, provenant d'un autre moteur, entre dans un électrolyte, ainsi que là où deux élecLrolytes confinent l'un à l'autre, comme aussi au sein des masses solides, qui sont imbibées par un électrolyte et traversées par un courant. Or c'est dans ce cas que se trouve l'organisme animal traversé par un courant électrique ; des effets électrolytiques se développeront donc aussi dans l'intérieur de cet organisme.
Mais on trouve aussi dans les chaînes, servant à la production des courants galvaniques, des liquides décomposables, des électrolytes. qui, ensuite, même pendant la fermeture de la chaîne, sont réellement sujets à l'électrolyse.' Ensuite, sur les deux plaques de métal, on sépare chaque fois les ions, sous la forme gazeuse ou solide ; mais par là naissent de nouveaux courants électriques dans la chaîne, qui affaiblissent le principal courant primitif. On appelle ce phénomène la polarisation du courant. C'est là la cause que les chaînes simples et ordinaires sont inconstantes, c'est-à-dire que leur force électromotrice décroit graduellement pendant la durée de la fermeture. Vous connaissez tous les expériences, que l'on a faites — et avec beaucoup de succès — pour empêcher la polarisation par la structure des éléments et pour créer ce qu'on appelle des éléments constants. Ce résultat a été obtenu d'une manière très ingénieuse et cependant très simple, par Daniell, Bunsen, Grove, Pincus, Leclanché et autres, dans les éléments qu'ils ont construits. Ce sont là des choses que vous connaissez tous et qui offrent le plus grand intérêt pour la physique et pour certaines opérations techniques.
On s'est aussi donné beaucoup de peine pour utiliser ces éléments dans un intérêt ôlcctrothérapentique et souvent on les a déclarés indispensables pour la construction de nos batteries. Je vous l'ai déjà dit une fois et je vous le répèle aujourd'hui pour ce que nous nous proposons de réahser, les éléments réellement constants sont un luxe tout à fait superflu ; car, d'une part, pour la courte durée d'application des courants, nous réussissons, tout aussi bien avec des chaînes inconstantes ; d'autre part, noire expérience nous apprend, par des faits journaliers que nous, ne pourrons jamais établir dans le corps humain,
ACTIONS KMOCTHOLYTlyUKS (31
avec les olémeiils Jos plus conslants, un courant d"une constance même approximative.
Naturellement cela n'empêche pas que certains éléments constants méritent à cause de la stabilité et de runilbrmilé du courant qu'ils l'ournissent, à cause de la facilité avec laquelle on les manie et. on les utilise, à cause des avantages et commodités qu'ils offrent, d'être préférés à tous les autres pour la construction de nos appareils. Toutefois, pour les applications thérapeutiques seules, il importe peu que les éléments aient une constance complète ou incomplète.
Les diflerentes espèces de courants produisent des actions électrolytiques très variées ; de beaucoup la plus grande est celle du courant galvanique; le courant d'induction magnéto-électrique en a déjà une bien moindre, et le courant d'induction volta-électrique, notre courant faradique en a une plus petite encore. L'on met ceci en rapport avec les durées diverses de ces courants et l'on a, de plus, voulu déduire de leurs valeurs électrolytiques leurs valeurs thérapeutiques, ce sur quoi je reviendrai plus tard.
L'autre action physique, que je veux encore mentionner, est l'action .(p dite mécanique ou calapliorique du courant électrique. Elle peut être très utile à la thérapie et consiste en ce fait que, lors de l'écoulement du courant à travers un élecLrolyte contenu dans des corps poreux [(argile plastique ou brûlée, tissus animaux ou végétaux), un liquide se meut d'un pôle à l'autre, dans la direction du courant positif, c'est-à-dire de l'anode à la kathode. La quantité de liquide, mue, dans l'unité de temps, à travers le corps poreux, est d'autant plus grande que le courant est plus fort et que le liquide est un moins bon conducteur. Les molécules solides, suspendues dans le liquide, doivent se mouvoir en sens inverse du liquide. Il est évident que la structure des tissus animaux est de nature à favoriser la production de ces effets cataphoriques.