ÉLECTRODES
La grandeur des électrodes varie suivant l'usage que vous vous proposez d'en faire.
Pour diriger le mieux possible le courant sur tel ou tel point, peser sur une fine ramification nerveuse, sur des points moteurs, des muscles, etc., on se sert d'électrodes-boutons, dont la couverture spongieuse n'a pas plus d'un demi-centimètre de diamètre. Je les appellerai dorénavant électrodes fines ou les plus petites (fig. 6 A). Vient ensuite une forme un peu plus grande, pour irriter les muscles et les grandes ramifications nerveuses, pour appliquer le courant à l'œil, au visage,
Figui-e 6.
DilTéronles lilectiodes toutes de grandeur naturelle, à visser ?ur la manivelle de la figure 7. A. électrode line on la plus petite. B petite oloetiodo. C électrode moyenne très légèrement convexe à la surface ; les coins sont un peu courbés. Toutes le; électrodes sont eu métal nickelé. A et U sont recouvertes d éponge.=, de flanelle et de batiste.
au cou ; il faut alors donner à la couverture spongieuse un diamètre de l cent. 1/2 à 2 centimètres. Je l'appellerai désormais petite électrode (fig. 6B). Après cela, vient l'électrode, que j'ai employée avec prédilection pour toutes les applications du courant galvanique au visage et au cou, pour l'irritation galvanique locale 5es nerfs et des muscles, pour l'expérimentation de l'irritabilité galvanique quantitative, l'électrode en forme de plaque carrée, d'une longueur latérale de ■4 à 5 centimètres (fig. 6 C), que je désigne par l'épithète de « moyenne » Enfin la grande électrode, qui doit être employée indifl'éremment pour toutes les applications faites sur le dos dans les affections de la moelle épinière, la sciatique, dans les afiections des grandes articula-
38 l'Hl'iAMBULK UE l'IlYSIQUIi
lions. Celle grande électrode esl rectangulaire et concave, sa longueur est de 10 à 12 cenlimolres et sa largeur de 5 à 6. (Fig. 7 A et A').
On aura raromfiiit besoin d'i^lectrodes encore plus grandes, dites les « graudes électrodes » ; cependant jeti ai employé de pareilles, dont quelques-unes avaient des dimensions considérables, quand il s'agissait de personnes obèses ou de cas nettement déterminés. Depuis peu de temps, je me sers, pour galvaniser le cerveau, dans les maladies les plus diverses de cet organe, de grandes électrodes ayant la forme do
Figure 1.
A crnnile élcntrodn (<le 10 à 12 cnotimétics «le longueur sur 5 h G <!e largeur, : A. 1» mAme en coupe IniMSTcrsiile, pour indiiiupr la noarbure, It. mnnivelle il lai|nplle on peut visser toutes les elcctrodcf, aa point A. Longueur lotiile : environ 10 centimètres. C pinceau électrique.
plaques (sur une longueur de 14 centimètres et une largeur de 7), courbées exactement d'après la courbure du crâne et revêtues d'une molle et épaisse couche spongieuse ; elles s'adaptent très bien et me paraissent très utiles, je les désignerai sous le nom de grandes électrodes delà tête. [Fig. S).
La plupart de ces formes d'électrodes peuvent aussi être confectionnées avec du charbon à gaz comprimé ; mais je ne les trouve pas aussi élégantes que celles de métal ; d'ailleurs elles ne possèdent pas de propriétés spéciales dignes d'être remarquées ; les plus grandes formes, en
ÉLECTUODES 39
parliciilier, ne peuvent êlrc utilisées à cause de leur densité et de leur manque de flexibilité.
Il faut visser les électrodes à des manivelles bonnes et solides ; la forme et la grandeur de cette poignée dépendent, pour la plus grande partie, des habitudes et des caprices de l'électricien; les poignées grandes el fortes sont en général celles que je préfère (fig. 7), il importe peu que les cordons soient vissés en avant ou en arrière de la poignée. Pour moi, je trouve plus commode de les visser à l'arrière. Pour beaucoup de recherches, on se plaît à employer des poignées, munies dun appareil iPinlerruption de façon à ce que, pendant que l'on fixe l'élec- Irode, il suffise de la pression d'un doigt pour ouvrir ou fermer le courant. A cet égard, la plupart des mécaniciens sont approvisionnés d'appareils plus ou moins pratiques, plus ou moins simples.
Quand on les applique sur le corps, les électrodes doivent être bien humides, sans quoi elles ne trans-
^ Figure 8.
mettent pas du tout Giamle éleetioiln pour la une. l't penlimèties do long sur 7 de large. Vue de la coupe transversale, fle.xible. métalliiiue. reviMue d'une épaisse el molle
l'électricité ; il en couche d'épongé.
est de même quand l'épiderme est sec. Pour humecter, c'est surtout Teau chaude qu'il faut employer. L'eau froide est une conductrice beaucoup moins bonne; elle humecte l'épiderme bien plus difficilement et bien plus lentement; d'ailleurs elle affecte le plus souvent le malade d'une manière fort désagréable. L'eau salée, qui est assurément bien meilleure conductrice, présente tant d'inconvénients (destruction des électrodes par l'électrolyse, peau éprouvant une plus forte cuisson, taches répandues et restant sur les vêtements, etc.) que, depuis longtemps, j'ai renoncé à l'employer. Je ne m'en sers plus guère que lorsque la force de la batterie, rencontrant des résistances extraordinaires, n'est pas suffisante pour arriver au but désiré.
Hitzig a recommandé et employé à des opérations d'électrolhérapie des électrodes dont la polarisation était impossible; on prétend que ces appareils offrent l'avantage de causer peu de douleurs ; mais comme cet avantage est contrebalancé parla difficulté de les manœu-
40 l'IlRAMBULE DK VilYSlQVE
vrer el par celle de les maintenir intacts ils n'ont pas obtenu de vogue parmi les savants compétents.
Mais, Outre les appareils nommés ci-dessus, il vouh en faut d'autres encore, formant une véritable série, pour certains cas spéciaux ; tels sont, en particulier, une électrode métallique sèche, puis une autre (le pinceau électrique, fig.7 G) composée de quantité de fils mélalli<jues très lins ayant l'apparence d'un pinceau, puis des électrodes spéciales pour le traitement de l'urèlhre, de la vessie, de l'utérus, du rectum, du gosier, de la gorge et, récemment, même de l'estomac, etc. Ce sont en général des boutons métalliques, fixés à de longues tiges métalliques revêtues de caoutchouc, et d'épaisseur variée, suivant l'eflet que l'on veut produire et l'on en trouve généralement des assortiments chez les mécaniciens.
Voilà à peu près tous les appareils, dont vous aurez besoin pour résoudre tous les problèmes pratiques et même la plupart des questions scientifiques que présente l'éleclrothérapie. Naturellement, on fera bien de réunir tous ces appareils d'une façon commode et bien classée, de manière à ce qu'on puisse s'en servir facilement et promptemenl, sans perte de temps et suivant la maladie à traiter. L'on comprend la façon dont doivent être classés ces appareils sur.ce qu'on appelle une table électrique. Une table de ce genre est ordinairement élégante et complète, mais chère, coûtant, suivant les indications fournies par les savants aux mécaniciens, environ 500 el même 1,000 marcs ; les dernières renferment souvent des appareils plus encombrants qu'utiles et qui sont loin d'être indispensables. On peut toutefois recommander ces tables grandes el élégantes à des hôpitaux vastes et richement dotés ainsi qu'à des spécialistes qui se plaisent à posséder des appareils somptueux complets el coûtant cher.
Ce qu'il y a de certain, c'est que ces tables ne sont pas absolument nécessaires : pour ma part, je n'en ai jamais possédé de semblable et, malgré cela, j'ai toujours su me tirer d'affaire d'une façon bien plus simple. Je n'aime pas les appareils trop compliqués ; je crois qu'il vaut mieux atteindre avec des instruments moins dispendieux le même but que d'autres expérimentateurs avec des instruments plus compliqués. Souvent déjà, durant ma délégation à Heidelberg et ici, à Leipzig, dans la policlinique et dans mon parloir personnel, je me suis fait construire de simples tables parfaitement suffisantes pour presque tous les cas et spécialement pour ceux où peut se trouver le médecin pratiquant; ces tables sont bien plus simples el naturellement beaucoup moins chères que les autres.
Sur une table solide, dont la surface est en bois de chêne bien poli, s'élève une batterie Slohrer (à plaques ou à touches), de 30 éléments, un appareil d'induction à chariot avec une échelle et l'élément
DISTINCTION DES PÔLES Al
"■alvanique y appartenant, un galvanomètre, un rhéostat liquide ou à bouchon et un commutateur de courant, tout cela à portée de la main et disposé de manière à pouvoir être saisi sans quitter sa chaise, à être vu d'un coup d'oeil. Ajoutez-y un petit appareil avec un petit nombre de contacts de bouchons, par lequel il est possible, au moyen d'un simple bouchon, d'avoir, à son gré, un courant galvanique, un courant faradique primaire ou secondaire, qui peuvent tous dériver, pour les électrodes, de la seule paire de pinces qu'on a sous la main. Tous ces appareils se rehent entre eux à l'aide de conduits pratiqués sous la surface de la lable, laquelle peut être soulevée et enlevée sans peine. Un bouchon suffît pour extraire ou introduire un galvanomètre avec toute sa graduation ; un autre, pour l'introduction ou l'extraction du rhéostat. Sur l'avant de la table se trouve un récipient, où l'on doit poser le vase renfermant de l'eau chaude. Le tiroir de la table sert à recevoir les électrodes et les autres petits appareils accessoires. Le tout peut très bien être confectionné et disposé pour la somme de 300 à A50 marcs.
Avant de quitter ce sujet, permettez-moi seulement encore une courte observation sur la façon de distmguer les pôles, ce qui est souvent difficile quand on ne peut pas suivre directement les conduits du pôle positif et négatif ^ de la batterie jusqu'aux cordons indicateurs. Cela s'effectue de la manière la plus simple au moyen de l'électrolyse de l'iodure de potassium ; vous diluez un peu d'amidon dans une solution d'iodure de potassium et vous y introduisez les fils polaires ; alors se produit au pôle positif, par le dégagement de l'iode, une coloration bleue intense. Cette épreuve est ordinairement insuffisante pour le courant faradique, l'électrolyse n'est ici visible que grâce à des forces de courant énormes ou doit se manifester nécessairement par des procédés particuliers. Mais la détermination de ces pôles, d'après leur difl'érence physiologique est tout aussi positive que la détermination électrolytique ; lors de la fermeture du courant, la kathode produit des secousses musculaires bien plus fortes que l'anode, quand on l'applique sur un nerf moteur. L'anode provoque sur la langue, quand on applique les deux pôles sur les joues, une sensation de goût plus forte et plus distincte que ne le fait la kathode. Beaucoup de Ihérapeutistes peuvent aussi déterminer avec certitude les deux pôles, par la q^ualité et la couleur des éclairs lumineux, en se galvanisant près de l'œil. Vous voyez donc que nous avons assez de ressources pour pouvoir à chaque instant distinguer un pôle d'avec l'autre. Dans le courant faradique aussi, le pôle négatif (du courant d'ouverture), est facile à reconnaître par l'irritation plus forte qu'elle produit sur les nerfs moteurs et sensibles.