‹ Traité d'hygiène publique et privée [electronic resource]Chapitre 20 sur 149 · DES HABITUDES MORBIDES · texte numérisé non relu

DES HABITUDES MORBIDES

à une sorte d'habitude, ils emploieront avec avantage les lotions froides sur les parties génitales, les frictions et les douches d'eau froide sur les cuisses, les lombes et les reins, ainsi que les bains frais de rivière et les bains de mer ; ces moyens nous paraissent devoir nuire dans les cas d'excitation inflammatoire des parties et d'orgasme habituel. Il va sans dire que l'on aura combattu au préalable la cause accidentelle des pollutions, si elles proviennent de l'une des causes précitées et extérieures aux voix génitales.

Les femmes éprouvent, par l'excitation factice ou spontanée de leur appareil génital, des phénomènes semblables à ceux des pollutions viriles, moins la déperdition séminale. Mêmes sensations locales, mêmes rêves, même exaltation générale ; le tout se terminant par l'effusion d'une matière muqueuse, souvent assez abondante pour lubrifier les parties et souiller le linge. Ces pollutions sont familières à deux classes de femmes, les unes énergiques et continentes, les autres fatiguées parles excès et d'une sensibilité exagérée : elles sont utiles aux premières, dommageables aux autres ; l'affaiblissement qu'elles causent aux femmes résulte des ébranlements du système nerveux et de la dépense matérielle d'une sécrétion irrégulière.

4° Menstruation. — Cette fonction présente, suivant les individus, une foule cle particularités habituelles. Les principales portent sur l'époque de son établissement et de sa disparition, sur sa périodicité relative, sur sa durée, sur la quantité et sur la nature des fluides qu'elle élimine. Rien de variable comme le moment où les règles paraissent pour la première fois; et il n'y a lieu d'insister ici sur ce point : le climat, la constitution, le tempérament, le régime, 'éducation physique et morale, hâtent ou retardent la première menstruation; Il en est de même de la cessation de cet acte important. C'est en étudiant les modificateurs externes que nous aurons à noter l'influence qu'en reçoit l'utérus I ^our toutes les fonctions qui lui sont dévolues. Une seule observation doit I [rouver ici sa place, c'est qu'il est des dispositions individuelles qui annulent I 'action des agents extérieurs. Ainsi, quoique la précocité menstruelle appar- I ienne aux climats chauds et aux races méridionales, il s'en trouve dans nos I limats tempérés de nombreux exemples qui ne peuvent s'expliquer que par I ne disposition personnelle. Haller cite une jeune fille de Suisse qui accoucha | neuf ans. D'après les relevés de Marc d'Espine, le plus grand nombre de I îmmes sont réglées à Paris vers l'âge de quatorze ans (1); une statistique I ressée par Bouchacourt, et confirmative des résultats consignés dans la thèse I e Pétrequin, fixe, pour la grande majorité des femmes à Lyon, la première 1 îenstruation entre la quinzième et la seizième année; la quinzième année est idiquée dans un travail statistique de Roberton (2) comme l'époque la plus ï rdinaire des premières règles dans le nord de l'Angleterre ; la plupart des

| (1) Marc d'Espine, in Brierre de Boismont, De la menstruation [Mémoires de VAça-

(2) Roberton, Inquiry in to the natural Mstory oftlie menstrual fonction. (Edinburgh edical qnd surgical Journal '1832, t. XXXVIII.)

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autres données qui ont été publiées sur ce sujet pour différentes localités de la France placent entre quatorze et seize ans le moment de cette importante révolution d'âge chez la femme. Hors de cette limite moyenne, comme il existe des faits de précocité remarquable, il y a des exemples de tardivité et même d'absence totale de la menstruation, soit pendant tout le cours de la vie, soit jusqu'au mariage ou jusqu'après la première parturition . Linné a vu en Laponie des femmes qui n'avaient jamais été réglées. On connaît plusieurs exemples de femmes qui n'ont été réglées qu'après une ou plusieurs grossesses. Baudelocque mentionne des femmes qui ont déclaré n'avoir été menstruées que pendant le cours de leurs grossesses.

Quant à la durée de la menstruation, elle ne se rapporte pas plus au mois lunaire qu'au mois solaire. D'après Schweig, 500 observations répétées sur 60 femmes assignent à la période intermenstruelle une durée moyenne de 27,39 jours (1); Brierre de Boismont la fixe à 30 jours. Pour Ambroise Paré, les femmes les mieux réglées sont celles qui ont un écoulement sanguin de) quatre à cinq jours (2). Chez 562 femmes, les règles ont duré en moyenne entre un et 8 jours (3); le plus souvent elles anticipent de plusieurs jours sur l'époque suivante, et leur durée ordinaire est de cinq jours (Burdach). Seraitil vrai, comme le dit G ail, que les femmes se partagent, sous le rapport de l'excrétion menstruelle, en deux grandes classes, réglées l'une et l'autre dans un espace de huit jours, mais séparées par un intervalle de dix à douze jours pendant lequel on ne rencontre que très-peu de femmes réglées, de telle sorte que les femmes réglées dans la première ou dans la dernière huitaine du mois, tant qu'elles sont en santé, jouissent d'un répit de vingt et un, de vingt-cinq ou de vingt-six jours ? Gall admet que des femmes sont réglées accidentellement, hors des deux périodes qu'il assigne à la fonction; mais après un ou deux mois, elles se classent ; les irrégularités seraient fournies par les femmes valétudinaires, les jeunes filles en train de développement et les femmes sur le retour. Le même observateur affirme que les deux époques déterminées coïncident dans tous les pays, au moins en Europe, et qu'ainsi les règles commencent et finissent en même temps à Vienne, à Berlin, à Hambourg, à Paris, etc.] Les faits produits par d'autres médecins contrarient la loi physiologique de] Gall ; c'est un sujet à reprendre sur l'échelle d'une observation étendue, mi-| nutieuse et sévère. On voit très-fréquemment des femmes réglées tous les vingt J vingt-deux ou vingt-quatre jours ; quelques-unes le sont tous les quinze jours ;| mais nous pensons, avec Dugès, qu'il y a alors double menstruation.

La quantité de sang évacué pendant la période menstruelle varie suivant les] individus; elle est d'une évacuation difficile : tandis que de Haen la fixe, pourl

(1) Roser et Wunderlich, Medicinischer Vierteljahrsschrift, 1844, p. 1.

(2) Paré, Œuvres complètes, nouvelle édition, publiée par J. F. Malgaigne. Paris! 1840, t. II, p. 771.

(3) Brierre de Boismont, De la menstruation dans ses rapports physiologiques em pathologiques* Paris, 1842,

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le grand nombre de femmes, à trois, quatre ou cinq onces, et pour un trèspetit nombre à une demi-livre, Haller trouve une moyenne de six à douze onces. Dans les limites de l'état de santé, dit Dugès, la quantité de sang nécessaire ne doit pas être moindre d'une à deux onces, ni aller au delà d'une demilivre ; quatre onces sont, suivant lui, la moyenne de ces variations, comme trois jours font la moyenne de la durée de l'écoulement. Mais, sous le double rapport de la durée et de la quantité de l'écoulement, combien de différences individuelles qui constituent une habitude de l'organisme et qui se lient aux conditions relatives de la santé ! Telle femme a des menstrues abondantes et s'en trouve bien, tandis qu'elles atteindraient chez une autre le caractère d'une perte pathologique. La connaissance de la mesure et de la modalité de cette fonction chez les femmes dont on dirige le régime est d'une importance capitale en hygiène. Qui ne sait avec quelle facilité cette fonction oscille et se trouble par l'effet d'une émotion, par l'ingestion d'une boisson froide, par le plus léger changement dans les précautions usitées, etc.?

C'est à tort que, d'après les analyses de Lavagna et de Brande, on a cru à l'absence de la fibrine dans le sang des menstrues. Denis et Bouchardat l'y ont constatée: selon Brierrede Boismont et Raciborski (1), le sang cataménial ne diffère point du sang artériel. Pouchet y a reconnu, à l'aide du microscope : 1° de nombreux globules sanguins à l'état normal; 2° des globules muqueux; 3° des squames d'épithélium ; 4° du sérum du sang ; 5° du fluide muqueux. Séreux, fluide, peu coloré les premiers jours, il se rapproche les jours suivants du sang rendu par épistaxis. Quant à ses altérations, qui ont été décrites sous les dénominations de régies blanches, de menstrues brûlées, sanieuses, etc., elles proviennent d'une modification pathologique du sang menstruel, du mélange d'autres fluides sécrétés ou d'une affection de l'utérus. C'est à tort qu'elles seraient considérées comme une habitude innocente des parties génitales.

La menstruation, en tant que perte sanguine, est quelquefois suppléée ou remplacée par une hémorrhagie qui se fait jour par des points plus ou moins éloignés des voies naturelles et qui revient avec la même périodicité que les règles; c'est là l'exemple d'une habitude morbide substituée en partie à une fonction. Les auteurs rapportent les observations les plus étranges et cependant les mieux prouvées de déviation menstruelle. Nous avons été consulté nousmème en 1834, à Toulouse, par un servante affectée d'hémoptysie consécutive à la suppression des règles; depuis plus d'un an elle éprouvait tous les mois une attaque d'hémoptysie dont elle présageait le retour avec autant d'exactitude qu'elle faisait précédemment de ses règles; l'attaque durait deux à trois jours; les organes de la respiration m'ont paru intacts, et, dans l'intervalle des accidents mensuels, la malade, s'il faut l'appeler ainsi, se livrait impunément à ses travaux. « Sa sortie (du sang) de la poitrine n'est que trop fréquente et

(1) Raciborski, Traité de la menstruation, ses rapports avec Povulation, la fécondation. Paris, 1868.

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trop commune lorsque le sexe souffre de la suppression ou de la diminution de ces mois, sans pourtant qu'il soit dans un état fâcheux. Je n'en donnerai qu'un exemple parmi bien d'autres, à l'occasion d'une religieuse qui, n'ayant que très-peu et souvent point de règles, a craché du sang, tantôt plus, tantôt moins avec peu de relâche pendant près de vingt-cinq ans, sans aucune incommodité (1). » Toutefois il sera toujours avantageux de rappeler l'écoulement sanguin par les voies naturelles, et l'habitude morbide dont il s'agit ne doit être respectée que s'il est dangereux d'agir plus ou moins directement sur l'utérus pour rétablir la menstruation.

Leucorrhée. — Rien de plus fréquent, rien de plus habituel, rien de plus négligé que ces écoulements, dont l'origine est diverse, quoique confondus par le vulgaire sous la dénomination de flueurs blanches. Qu'elles qu'en soient la nature, la marche et l'ancienneté, nous sommes loin de souscrire à l'opinion de Raymond (p. 294) qui met les flueurs blanches au rang des évacuations qu'il ne faut pas toujours guérir; et si nous en parlons, c'est parce que le préjugé du monde, conforme à la doctrine du médecin marseillais, les place parmi les habitudes morbides qui se concilient avec une parfaite santé. Sans doute les leucorrhées critiques qui surviennent parfois à la fin d'inflammations viscérales avec symptômes graves, de varioles et de rougeoles, sont avantageuses, puisqu'elles résolvent ces états morbides, mais à la condition qu'elles n'acquièrent point droit de domicile ; sinon, pourquoi n'entretiendrait-on pas aussi ces otorrhées critiques qui se déclarent souvent chez les typhoïdes et qui présagent presque toujours une terminaison heureuse? La suppression naturelle ou accidentelle des menstrues, d'un flux hémorrhoï'dal, d'une diarrhée, des lochies, de la sécrétion laiteuse chez les femmes qui ne nourrissent point ou qui sèvrent trop brusquement, peut entraîner l'apparition d'une leucorrhée. Y a-t-il lieu de la respecter? Nullement. Si donc la leucorrhée critique et celle qu'on a appelée métastatique ou supplétive doivent être modérées d'abord et ensuite combattues jusqu'à guérison, quel est le médecin prévoyant qui laissera durer indéfiniment celle qui tient à la constitution même des femmes, celle que produisent la masturbation, les excès vénériens, les fausses couches, des usages vicieux de toilette, etc. ? Nous ne parlons pas des écoulements blancs, symptomatiques d'une lésion actuelle des voies génito-urinaires, telle que métrite, vaginite, polypes, tumeurs fibreuses de l'utérus, etc. Les pertes que nous avons en vue reconnaissent pour cause une irritation antérieure; mais celle-ci s'épuise, le symptôme reste; il finit par constituer toute la maladie, c'est-à-dire un flux passif, asthénique, une habitude catarrhale qui excite d'autant moins la sollicitude des malades qu'elle n'est accompagnée, le plus souvent, d'aucune souffrance et n'exige d'elles que des soins de propreté. Quelquefois l'écoulement s'est manifesté,

(1) Raymond, Traité des maladies quHlest dangereux de guérir, édition de M: Giraudy. Paris, 1816, p. 176.

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dès le principe, avec ces caractères d'atonie et de passivité : telle est la leucorhée des chlorotiques; telle encore celle dont l'apparition se lie à la constitution atmosphérique. Les climats humides et froids, les cités enveloppées pendant une partie de l'année par les brouillards et où les affections, par cette cause et par d'autres analogues, revêtent le plus ordinairement une forme catarrhale, sont en quelque sorte des foyers d'endémies leucorrhéiques. Des résumés statistiques publiés par Marc d'Espine et Girard sur Marseille et Paris, montrent que dans la première de ces villes les trois quarts des femmes sont pures de flueurs blanches, grâce à l'air vif du littoral méditerranéen et à l'élévation habituelle de la température, tandis qu'à Paris les deux tiers des femmes sont affligées de cette désolante infirmité, cause ou symptôme de leur étiolement. Il n'y a que deux espèces d'écoulement blanc que l'art se dispense de traiter : 1° Celui qui se manifeste chez quelques jeunes filles peu de temps avant leur première menstruation, et qui, simple effet de la turgescence vasculaire et de l'exubérante vitalité des organes, semble le prodrome physiologique d'une fonction nouvelle; cette leucorrhée cesse dans la grande majorité des cas par l'apparition même des règles; elle rappelle le nom de p/ilogose amoureuse, donné par Lecat à la période menstruelle. On sait d'ailleurs que normalement le mucus utéro-vaginal est sécrété avec plus d'abondance à l'approche des règles, et les recherches de Pouchet ont montré que les phénomènes de l'intermenstruation entraînent des variations de quantité et de qualité dans la sécrétion utéro-vaginale. 2° L'autre écoulement est celui des petites filles en travail de dentition. Il n'est pas sympathique de cette évolu-

| lion, comme on dit généralement ; mais il est un des phénomènes de cette évolution qui consiste dans l'accroissement rapide et simultané de tous les

i organes folliculeux : d'où la salivation, les diarrhées, la sécrétion vaginale. Nous avons observé ce dernier phénomène chez la petite fille d'un officier du

j 11e de ligne. Les parents s'en étaient effrayés; il dépendait manifestement de I la dentition, et cessa avec la fièvre qu'avait provoquée ce travail de formation.

II. Fonctions de la vie plastique. — 1. Digestion. — Quatre états ou plutôt quatre phénomènes morbides se convertissent aisément en habi- I tudes du système digestif et coexistent avec la santé : la pneumatose gastro- I intestinale, le vomissement, la diarrhée, la constipation.

Pneumatose. Les expériences de Girardin et Magendie (1) ont prouvé que les gaz ne sont pas seulement introduits dans les voies digestives par la 1 déglutition et dégagés par la chaleur ou par un mode quelconque de fermen- I tation des substances alimentaires, mais qu'ils se produisent dans ces organes I même auxquels ils contribuent à donner leur forme et leurs dimensions, comme l'exhalation muqueuse sert à les lubrifier, et l'exhalation séreuse de leur tunique péritonéale à prévenir leurs adhérences et à faciliter leurs ondu-

(1) Girardin, Recherches physiologiques sur les gaz intestinaux. Paris, 1814.

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lations. Compressibles, élastiques, ils préservent les autres viscères des chocs que détermine chaque oscillation produite dans la marche, dans la course, dans le saut; ils servent, en outre, à égaliser la pression alternativement exercée sur les organes digestifs par les parois abdominales et par le diaphragme (1). Les gaz que l'on rencontre dans les voies digestives sont : l'oxygène, l'azote, l'hydrogène, l'acide carbonique, l'hydrogène carboné et sulfuré. A part la petite quantité d'air mêlé ou dissous dans les aliments et la salive, qui est entraînée dans l'estomac par la déglutition, on ne sait d'où vient l'oxygène intestinal ; d'après Robin et Verdeil (2), le fait le plus probable est qu'il provient des gaz du sang, par une exosmose qui s'effectue suivant des circonstances non déterminées.

On trouve plus souvent l'oxygène clans l'estomac que dans l'intestin, toujours et partout mêlé à d'autres gaz. Chez l'homme malade, sa quantité a varié de 2 à 13 pour 100 dans l'estomac; dans le gros intestin, elle n'est que de 2 à 3 pour 100 ; ordinairement, il n'y en a pas dans l'intestin grêle. Chevreul a trouvé chez les suppliciés 71,45 d'azote dans l'estomac ; de 20,08 à 66,60 du même gaz dans l'intestin grêle; 67,50 dans le caecum ; 18,40 à 51,03 dans le côlon ; 45,96 dans le rectum : il était mêlé, dans l'intestin grêle, à de l'acide carbonique et à de l'hydrogène carboné ; dans les autres intestins, à ce mélange s'ajoutait de l'hydrogène. Dans l'état morbide, on trouve quelquefois jusqu'à 89 pour 100 d'azote dans les intestins, surtout chez les vieillards épuisés (3); il est alors mêlé d'hydrogène, de carbures et sulfures d'hydrogène, d'acide carbonique et d'oxygène. L'azote étant plus abondant, même en santé, clans le gros intestin que dans l'intestin grêle, on ne peut admettre qu'il est entraîné par la déglutition ; il est donc exhalé par les capillaires, ou fourni par des réactions chimiques qui se passent dans l'appareil digestif. Après ce gaz, l'acide carbonique est celui qui y domine, plus dans le gros intestin que clans l'intestin grêle, moins chez les individus morts d'affections aiguës que chez ceux qui ont succombé à des maladies chroniques. Chevreul en inclique, pour l'estomac 14,00, pour l'intestin grêle de 24,39 à 40,00, pour le gros intestin cle 43,50 à 70,00, pour le caecum 12,50, pour le rectum 42,86. Remarquons en passant que l'acide carbonique qui s'échappe par les voies respiratoires augmente sous l'influence des aliments féculents et des alcooliques. L'hydrogène fait partie des gaz normaux de l'estomac (3,55 pour 100), du côlon (5,4 à 11,6 pour 100) et du caecum (7,5). Le gaz hydrogène protocarboné n'existe que dans le gros intestin : 5,47 pour 100 à 11,00 dans cette portion du canal digestif, 12,50 dans le caecum et 11,18 clans le rectum. Le moins abondant des gaz intestinaux, c'est l'hydrogène sulfuré qui ne se rencontre aussi que dans le gros intestin ;

(1) Maissiat, Mém, de physique animale, 1841, p. 225 etsuiv.

(2) Robin et Verdeil, Traité de chimie anatomique et physiologique, normale et patholog. etc., 1853, t. II, p. 38.

(3; Robin et Verdeil, Traité de chimie anatomique et physiologique.

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Robin et Verdeil le font provenir des matières azotées ou des principes sulfurés de la bile (tels que la taurine) qui se décomposent, ou, de sulfures décomposés par les sucs acides du caecum et provenant eux-mêmes de sulfates qui, au contact des matières organiques, ont perdu l'oxygène de leur acide et de leur base. Il faut observer que s'il s'agissait des sulfures contenus dans les aliments, ils auraient dû être décomposés dans l'estomac par le suc gastrique. La quantité des gaz augmente dans le tube digestif sous l'emploi de diverses conditions, et varie suivant les individus. Il n'est point question ici de la pneurnatose symptomatique des lésions diverses et rattachée spécialement par les uns aux névroses, par les autres aux phlegmasies du tube digestif, et que Lobstein (1) considère comme un effet de l'action directe des organes ; mais nous avons en vue les personnes qui sont sujettes à cette incommodité sans qu'elle paraisse aucunement se rapporter à une altération pathologique des organes. La pneumatose à un degré moyen se rencontre très-fréquemment en l'absence de lésion organique ; on a vu même le ballonnement porté à un haut degré chez des individus dont l'intestin ne présentait, après la mort, aucun désordre matériel (2) : un refroidissement de pied cause des coliques venteuses aux personnes qui ont les premières voies absolument vides. Qui n'a été témoin des tympanites si remarquables qui se manifestent chez les femmes hystériques, tympanites qui ne peuvent être imputées qu'à une modification de l'innervation? Le même accident peut résulter de la réaction purement chimique des principes alimentaires introduits dans le canal digestif : les vétérinaires ont observé qu'une certaine nourriture donne lieu chez les moutons à un dégagement de gaz assez considérable pour les mettre en péril de suffocation, si on ne leur procure une prompte issue par une ouverture pratiquée à la panse même, à travers les parois abdominales. Une autre cause de pneumatose est le défaut de force tonique des intestins, que Reveillé-Parise a si bien signalé chez les convalescents (3), et beaucoup de gens; notamment ceux qui mènent une vie sédentaire et se livrent aux travaux de l'esprit, sont convalescents en ce point. L'ingestion habituelle d'une grande masse d'aliments, la disproportion de la nourriture avec l'énergie des organes digestifs, finissent aussi par l'occasionner; le tempérament nerveux et le tempérament lympathique y exposent davantage ; elle est plus commune chez la femme que chez l'homme, dans l'âge mûr et dans la vieillesse que dans l'adolescence et dans la jeunesse. L'état du cerveau a la plus grande influence sur le développement des gaz pendant le travail de la digestion ; les préoccupations morales, la contention d'esprit, les affections tristes, l'hypochondrie, la mélancolie, agissent ainsi : de là les flatulences ou collections de

(1) Lobstein, Anatomie pathologique. Paris, 1829-1833, t. I, p. 156.

(2) Andral, Anatomie pathologique. Paris, 1829, t. II, p. 148.

(3) Reveillé-Parise, Études de.Vhomme dans l'état de santé et de maladie. Paris, 1845, 1. 1, p. 193 et suiv.

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gaz clans l'estomac et les intestins; s'ils ne sont rendus à mesure de leur formation par la bouche ou par l'anus, ou par ces deux voies à la fois, ils produisent le bruit connu sous le nom de borborygmes, de gargouillement; s'ils s'accumulent en quantité considérable, ils donnent lieu au gonflement sonore du ventre, appelé météorisme, ballonnement; ils réagissent sur la digestion et causent souvent des coliques venteuses, avec alternatives de diarrhée et de constipation. Par la distension des organes digestifs, ils refoulent le diaphragme, les poumons, et donnent lieu à des dyspnées, à des lipothymies, à des oppressions passagères, à des intermittences du pouls : la gêne de la respiration pourrait être par erreur attribuée d'autant plus facilement à une lésion des poumons, que l'ascension simultanée du foie et du diaphragme peut rendre la percussion très-mate jusqu'au niveau du sein droit. On a constaté, parle spiromètre, que par suite de la pneumatose gastro-intestinale, la diminution de la capacité respiratoire vitale peut aller jusqu'à deux décilitres (1). En la dissipant au moyen d'un laxatif, Fabius a, tu la capacité respiratoire augmenter de deux litres et demi (2). La disposition à la pneumatose s'établit très-facilement et résiste souvent à tous les moyens thérapeutiques; l'hygiène seule réussit à l'affaiblir, à la dissiper : le choix, la proportion des aliments, la distribution des repas, adaptés aux conditions individuelles, telle est la base du traitement hygiénique. Manger peu, soumettre longtemps les aliments à la mastication, conserver au ventre et aux pieds une bonne chaleur pendant la digestion, entretenir la liberté du ventre, rompre les habitudes de vie sédentaire et de concentration intellectuelle, fortifier le système musculaire par l'exercice à l'air vif, etc., ce sera beaucoup faire contre le retour de la pneumatose, après qu'on aura favorisé ou provoqué par les moyens de l'art l'expulsion des gaz. Il importe surtout, dans la dispensation du régime, de s'assurer si la tendance à la supersécrétion gazeuse accuse une nuance d'asthénie ou d'irritation des voies digestives : une nourriture tonique dans le premier cas, et même l'emploi de quelques liqueurs aromatisées, une nourriture rafraîchissante dans le deuxième cas, rempliront le but de l'hygiéniste. Quoique l'accumulation habituelle des gaz dans le tube digestif ne soit pas toujours sans danger, il faut avouer que rien n'est plus commun, et qu'un grand nombre de personnes n'en éprouvent pas un dérangement dans leur santé ; les inconvénients qu'elle suscite, tels que dyspnée, accélération du pouls, céphalalgie, etc., sont passagers. Les rapports, les éructations gazeuses sont l'inévitable incommodité des mangeurs, des hypochondriaques, des hémorrhoïdaires, dont la plupart jouissent d'une santé suffisante, et l'on peut dire qu'il est moins urgent de la corriger que de se convaincre qu'elle est indépendante de toute lésion viscérale.

(1) L. E. Hecht, Thèse sur le spiromètre. Strasbourg, 1855, deuxième série, no 337, p. 16.

(2) Zeitschrift fur rationnelle Medicin. Heidelberg u. Leipzig, 1853, t. IV, p. 301.

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Vomissement. — Le vomissement habituel peut s'effectuer avec ou sans le concours de la volonté ; il est spontané, volontaire, provoqué.

1° Tout praticien a connu des personnes douées de toutes les apparences de la santé, et qui rendent tous les matins, par un vomissement facile, ou simplement par régurgitation, un liquide filant, visqueux, transparent comme du blanc d'œuf (glaires), ou légèrement coloré, tantôt insipide, tantôt aigrelet ou amer. Le nombre des vomissements, les époques de leur retour, la quantité de matière évacuée, sont variables : tel se soulage peu après son réveil par un seul vomissement; tel autre en éprouve plusieurs dans la matinée ou à différentes heures de la journée, et, chose remarquable, s'il vomit peu de temps après son repas, l'estomac se débarrasse d'un excédant de fluide muqueux et garde les aliments ; il est rare du moins que quelques débris d'aliments se mêlent au liquide expulsé dont la quantité peut s'élever de quelques onces à une ou plusieurs livres. L'évacuation s'opère presque sans effort, sans secousse; elle ne laisse à sa suite aucun trouble; tout au contraire, elle est suivie d'un sentiment de bien-être, de débarras; l'appétit ne tarde pas à se manifester, et il semble que la santé de chaque jour soit au prix de cette incommodité. Les personnes dont nous parlons présentent d'ailleurs tous les attributs d'une saine organisation : appétit, embonpoint, force, activité, rien ne leur fait défaut; on a même observé que le vomissement habituel, loin de déranger leurs fonctions, leur imprime une allure plus régulière, les préserve de maladies régnantes, et facilitent la guérison de celles qui les attaquent. Il est donc évident qu'il ne s'agit ici d'aucune lésion de l'estomac, que l'augmentation habituelle des sécrétions gastriques reste dans des limites compatibles avec la santé. Il en serait autrement si elle entraînait la fatigue, l'amaigrissement, l'anorexie, la dyspepsie, un état de langueur et de décoloration. Les faits démontrent que cette supersécrétion peut exister sans altération de l'estomac. Andral rapporte l'observation d'un sujet qui mourut après lavoir eu des vomissements de matières blanchâtres; nulle lésion appréciable ne s'est rencontrée dans l'estomac. Un de nos amis, orateur célèbre du barreau et du parlement, a éprouvé pendant nombre d'années, et malgré la régularité de son régime, des vomissements qui se répétaient journellement peu d'heures après ses repas, et sa constitution, qui était forte, ne s'en resssentait guère (1). « Un illustre et saint prélat, ayant accoutumé depuis quelque temps de vomir, le matin à jeun, des eaux, glaires, phlegmes sans goût et sans couleur, jet sur la fin quelque peu de bile jaune et amère, jouissait ainsi d'une parfaite santé ; mais s'étant trouvé à Paris, on lui persuada de quitter cette habitude. Il consentit à ne plus se provoquer le vomissement par le moyen d'un plumasseau qu'il portait et qu'il enfonçait dans son gosier. Il n'eut pas cessé quatre jours de faire la manœuvre qu'il avait accoutumé, que la fièvre, précédée de frissons, le prit; elle fut accompagnée de pesanteur et de douleur

,1) Michel (de Bourges), mort en 1853.

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de tète, et bientôt suivie d'un délire violent. Son valet de chambre, qui heureusement savait sa coutume, le voyant dans cet état, ne fit rien de plus que de lui avancer dans le gosier le plumasseau accoutumé, et il lui fit rendre par la bouche les eaux et les humeurs qu'il rendait auparavant, et par ce manège, la fièvre, le délire et la douleur de tête disparurent presque subitement. Depuis lors, ce très-digne et très- véridi que prélat n'a jamais cessé de se procurer tous les matins ce vomissement par le moyen de son plumasseau ; et l'on peut dire qu'il s'est procuré par là une parfaite santé et une très-longue vie, car il a poussé ses jours jusqu'à quatre-vingt-sept ans (1). « L'auteur auquel nous empruntons ce fait en cite beaucoup d'autres qui prouvent, nonseulement l'innocuité de certains vomissements habituels, mais encore le danger de les supprimer.

Il est des conditions qui les favorisent : tels sont les tempéraments nerveux et lymphatiques; mais chez les sujets nerveux le vomissement accompagne presque toujours la gastralgie, et il est alors le symptôme d'une maladie, non un épiphénomène de la santé. On observe le vomissement habituel chez les adultes et les vieillards plus que chez les enfants et chez les adolescents. Les variations dans la température, surtout un état électrique ou hygrométrique de l'air, les climats humides et froids y disposent ; il est occasionné chez quelques sujets par la polyphagie, par l'usage prolongé des aliments acres, des viandes salées, des fruits acides; les viandes fraîches, les substances toniques et stimulantes leur réussissent mieux que les fécules, les légumes, les aliments mous : l'ingestion du cale ou d'une liqueur prévient parfois le vomissement; le sucre, un peu cle magnésie, procurent le même effet. Quand il y a lieu de modérer ou de réprimer cette habitude d'évacuation, on y réussira souvent en prescrivant des aliments de facile digestion, pris en petite quantité à intervalles rapprochés, l'exercice, le mouvement à l'air libre, les eaux minérales gazeuses, les infusions théiformes, ou simplement l'usage de l'eau glacée aux repas, etc. Mais si le vomissement habituel ne détermine aucun trouble fonctionnel, s'il n'amaigrit ni ne débilite, si une investigation attentive a fait voir qu'il n'est ni symptomatique ni sympathique d'aucune affection morbide, il peut être considéré comme un accompagnement de la santé ; il y aura rarement avantage, parfois peut-être péril à le combattre.

2° L'acte du vomisssement exige, outre la contraction des parois abdominales et du diaphragme, celle de l'œsophage, qui n'est point sous l'influence de l'innervation volontaire; mais quelques personnes font exception à cette loi, et possèdent la faculté de vider leur estomac à volonté : on sait les données que des expérimentateurs doués de cette propriété singulière ont fournies à la physiologie expérimentale sur l'altération progressive de la matière alimentaire dans le tube digestif. Le vomissement volontaire n'est précédé par aucune sensation pénible; il n1 exige point les efforts convulsifs qui bouleversent toutes

(1) Raymond > op. cit., p. 241.

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les fonctions, il n'entraîne point la fatigue et l'espèce de collapsus qui succède ordinairement au vomissement spontané; mais s'il exempte des inconvénients de celui-ci, il n'en a pas non plus les avantages : le vomissement involontaire répond à un but de la nature, il satisfait à une indication physiologique; le vomissement volontaire sera souvent une erreur, parce qu'il ne sera pas commandé par l'instinct.

La simple titillation de la luette ou de l'entrée du pharynx suffit pour amener le vomissement ; l'action réflexe qu'elle produit donne lieu à la contraction spasmodique de l'œsophage, à laquelle s'associe presque aussitôt celle du diaphragme et des parois abdominales. C'est à ce moyen qu'avaient recours les Romains dégénérés pour désemplir leur estomac et rouvrir carrière à leur gourmandise. Cette pratique, appelée sirmaïsme existait, d'une manière presque générale parmi les classes opulentes de la société et livrées à la luxure la plus raffinée; il y avait dans leurs demeures un lieu réservé et dont la destination est indiquée par le nom : vomitorium. Observons, pour l'honneur de notre art, que ses interprètes désapprouvaient hautement un semblable abus : « Rejectum esse ab Asclepiade vomitum in eo volumine, quod de tuenda sanitate composirit, video; neque reprehendo, si offensus eoriim est consuetudine qui quotidie ejiciendo vorandi facultatem moliuntur (1) . »

Diarrhée. — « J'ai connu plusieurs personnes qui, accoutumées à pousser deux ou trois selles par jour, se trouvaient très-incommodées lorsque le nombre de ces déjections venait à diminuer ou à manquer; de sorte qu'il fallait y suppléer par des clystères ou par de doux purgatifs (2). » Il n'y a point là de diarrhée, mais une habitude qu'il faut respecter. D'autres individus n'ont que deux ou trois évacuations alvines dans les vingt-quatre heures, mais elles rendent des matières liquides et s'affaiblissent : il y a maladie, et maladie à combattre. Certaines gens sont dévoyées, deux ou trois fois par an, à des époques indéterminées, et cette indisposition passée, se portent mieux qu'auparavant; le rôle du médecin est négatif en ce cas, à moins que la diarrhée ne se complique de symptômes insolites ou ne se prolonge au delà du terme ordinaire. I Chez d'autres, c'est au printemps que surviennent des diarrhées éphémères, | ramenées par une sorte de périodicité annuelle, et vraiment salutaires par I leurs effets consécutifs : « Nous sommes des arbres ambulants, et comme la [J sève commence à circuler et à produire dans le printemps fleurs, feuilles et p fruits, il en est de môme chez nous : nos humeurs épaissies, engourdies, et I nos fibres resserrées, et raccourcies pendant l'hiver, reçoivent pJus de mouve- | ment et de chaleur dans le printemps, s'épanouissent et demandent beaucoup 1 plus d'espace qu'auparavant ; et, n'en trouvant pas un suffisant dans les vais- I seaux, elles s'échappent par la voie intestinale (3). » C'est sans doute l'heureuse

(1) Celse, op. cit., lib. I, cap. n, sect. xi, § 2. | (2) Raymond, op. cit., p. 263.

il (3) Raymond, op. cit., p. 255. .

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influence de ces évacuations spontanées qui a suggéré l'aphorisme : « C'est au printemps qu'il faut purger et saigner ceux à qui ces remèdes sont avantageux (1). » Unehabitude aussi ancienne, aussi populaire, aussi universelle que celle des purgations vernales, doit être fondée en partie sur l'observation des faits.

La fréquence et la nature des excrétions alvines dépendent des conditions suivantes : 1° l'état général des sujets (constitution, tempérament); 2° leurs idiosyncrasies viscérales; 3° l'action musculaire des intestins (mouvement péristaltique) qui dirige lentement toute les matières excrémentitielles vers l'anus ; 4° l'état des différentes portions du tube digestif qui concourent, soit à l'élaboration, soit à l'absorption de ces matières; 5° la quantité et la qualité des aliments solides ou liquides introduits dans l'estomac ; 6° la nature et la quantité des humeurs versées dans le tube alimentaire pour contribuer avec les intestins à la digestion. Chacune de ces conditions peut donner lieu à une diarrhée qui n'exige que des soins hygiéniques ou qu'il y aurait danger à guérir. L'ingestion habituelle d'une trop grande quantité d'aliments cause la diarrhée stercorale, familière aux gros mangeurs et surtout aux vieillards gloutons; elle est produite aussi par l'usage, même à dose modérée, de substances indigestes, et les susceptibilités individuelles déterminent seules le caractère des aliments : la substance indigeste est pour celui-ci la viande de porc, pour celui-là le gibier, etc. Ce genre de diarrhée résout chez d'autres une constipation de longue durée et qu'elle qu'en soit la cause, elle satisfait à une indication de la santé. « Mais, dit-on, elle affaiblit, elle ôte l'appétit.... N'importe, laissez-lui faire son chemin et obvier à la faiblesse par le repos, et surtout par celui du lit. Regardez le défaut d'appétit comme nécessaire ou comme indifférent, puisque, si vous mangiez dans cet état, les aliments vous seraient nuisibles. Soutenez donc avec patience et même avec joie cette heureuse indisposition qui vous préserve d'un mal qui peut-être vous aurait été funeste. » (Raymond.) Le tempérament nerveux rend sujet à la diarrhée dite nerveuse, que ne peuvent conjurer toujours ni la sobriété, ni les précautions de régime les plus strictes : une émotion, un chagrin, une frayeur, la sensation du froid, y donnent lieu; ses symptômes sont ceux de la diarrhée stercorale, mais elle ne cède ordinairement qu'à un régime substantiel et à l'usage de quelques stimulants. L'idiosyncrasie hépatique est souvent accompagnée d'une supersécrétion de bile (polycholie) qui s'échappe en selles jaunes, verdâtres ou porracées : ce sont les flux bilieux des auteurs, la fonte de bile des gens du monde; il est facile de reconnaître aux caractères de l'excrétion le fluide surabondamment sécrété par le foie. Cette diarrhée cesse spontanément au bout de quelques jours et tourne au profit de la santé; elle dissipe un malaise, un état de souffrance physique et morale, et si elle manque, c'est l'ictère qui survient.

(1) Hippocrate, Apïiorismes, 47, sect. vi.

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Il est d'autres diarrhées qu'il convient de respecter ; bornons-nous à énoncer celle qui se développe chez les enfants pendant la dentition, et dont l'imprudente suppression pourrait avoir pour effet l'explosion convulsive d'une phlegmasie cérébrale; les diarrhées supplémentaires d'un flux, d'un exanthème ou d'un exutoire habituel. Nous avons soigné une dame affectée de diarrhée légère, mais habituelle depuis l'âge critique; sa santé n'a éprouvé aucune perturbation, grâce à l'évacuation supplémentaire qu'elle a eue longtemps et qui se renouvelle encore par intervalles.

Pour constater si la diarrhée est ou non, comme on disait autrefois, bénéfice de nature, il faut prendre en considération : 1° toutes les conditions d'organisation individuelle ; 2° la durée et l'intensité de cette déperdition, les phénomènes qui l'accompagnent; 3° l'état des forces et l'embonpoint des sujets; 4° leur âge; 5° leurs antécédents. L'âge importe beaucoup à la conduite du praticien ; il y a une grande différence entre la diarrhée des enfants et des jeunes gens et celle des vieillards. Ceux-ci, de quelque espèce de diarrhée qu'ils soient atteints, s'en affaiblissent et en ressentent un dérangement fâcheux de tout leur ensemble et manière de vivre ; l'enfant à la mamelle exige aussi une surveillance sévère, et, dans les troubles qui lui aclviennent, le diagnostic se trouve par moitié en lui et dans sa nourrice.

Constipation. — • Elle a pour phénomènes la rareté des excrétions alvines, l'augmentation de leur consistance et quelquefois une sensation de plénitude et de tension abdominale. Une foule d'états morbides ayant leur siège dans un point du canal alimentaire ou hors de ce canal produisent la constipation; mais il n'est question ici que de celle qui dépend d'une disposition individuelle et n'exige que l'intervention de l'hygiène. Ce genre de constipation constitue une incommodité extrêmement fréquente, souvent rebelle à tous les moyens, et ne laisse pas que d'entraîner, quand elle se prolonge, une série de perturbations fonctionnelles (1). La durée de la constipation est relative aux idiosyncrasies individuelles : celui qui va régulièrement à la selle deux ou trois fois par jour èst constipé s'il n'y va plus qu'une fois ; le dévoiement commence pour qui éprouve une évacuation alvine tous les deux jours, si d'ordinaire elle ne lui survenait que de quatre en quatre jours. Ces particularités doivent être scrutées. Quand la constipation ne dépasse pas deux, quatre et même cinq ou six jours, et ne dérange en rien la santé, elle doit être supportée comme une disposition naturelle; la limite de l'expectation hygiénique est marquée par l' apparition d'un trouble fonctionnel. Il est beaucoup de personnes qui sont sujettes lia rareté des garderobes, et ne jouissent pas moins d'une excellente santé. La constipation est en rapport avec les conditions d'âge, de sexe, de régime, îtc., et certains états transitoires de l'économie. On l'observe à l'époque où la

(1) Voyez dans Haller (Blementa physiologiœ, t. VII, lib. XXIV, sect. iv, § x, lier I "œcum) une longue série d'exemples de constipation à durée variable, depuis trois H purs jusqu'à plusieurs mois.

m lévy. Hygiène, 6e èdit. I. — 1*

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menstruation tend à s'établir, à l'époque où elle commence à disparaître, les congestions qui s'opèrent alors sur l'utérus déterminant la plénitude vasculaire du rectum et de la vessie ; elle est aussi l'incommodité inévitable de la grossesse, par suite de la compression que le développement considérable de l'utérus exerce sur le rectum. Chez les femmes en couches, elle est due à une circonstance opposée : le rectum se laisse distendre par les fèces accumulées, les parties contenues dans l'abdomen et dans l'excavation pelvienne ne résistant plus à cette dilatation, et les muscles de la paroi abdominale ayant perdu de leur ressort par suite de leur ampliation. L'atrophie de la tunique musculeuse des intestins explique la constipation des vieillards ; la prépondérance de la sensibilité sur la contractilité, prépondérance qui est en quelque sorte la loi physiologique de l'autre sexe, fait comprendre pourquoi les femmes y sont particulièrement exposées, et d'autant plus qu'elles sont plus nerveuses. La même observation s'applique aux hommes d'un tempérament nerveux ; et comme ceux-ci appartiennent en général aux professions intellectuelles, et par conséquent sédentaires, cette condition de vie achève de les assimiler sous ce rapport aux femmes; en outre, celles-ci mangent peu : aussi n'est-il pas rare de voir des femmes délicates, et vivant dans un état habituel de repos, supporter sans inconvénient une constipation de six à huit jours. Renauldin (1) cite une dame qui subit une constipation naturelle d'une semaine et quelquefois de dix à quinze jours ; une de mes parentes a offert le même phénomène. Un régime succulent y dispose les hommes de l'âge mûr. Elle peut devenir chez eux, comme chez les jeunes gens, une cause occasionnelle de spermatorrhée, les vésicules séminales étant placées, pendant la défécation, entre la vessie refoulée au fond du bassin et le rectum distendu par les fèces ; à cette action mécanique s'ajoute l'influence que les contractions du rectum et de la vessie exercent sur celle des vésicules séminales, en vertu des connexions qui existent entre ces parties animées par le même réseau nerveux.

2. Circulations. — Palpitations. — Les contractions fortes, fréquentes, désordonnées qui agitent parfois le cœur, sont loin d'accuser une lésion constante de cet organe ou des gros vaisseaux. Des causes fugitives peuvent y donner lieu, comme les veilles, les émotions morales; d'autre fois elles sont le résultat passager de causes qui ont agi plus longtemps, comme les excès vénériens, l'abus des alcooliques; elles ne sont pas rares dans la période aiguë de la croissance, dans les premiers temps de la menstruation, alors surtout que cette fonction tarde à se consolider ; l'augmentation des globules (pléthore) ou leur diminution dans le sang (anémie) s'accompagnent aussi de ce phénomène» en général plus familier aux adultes et aux femmes. Les palpitations de cette nature ont peu de violence, débutent brusquement, cessent et reviennent d'une manière irrégulière, capricieuse. Dans les intervalles de leurs accès, on constate la régularité fonctionnelle des organes de la circulation, et même pen-

( J) Renauldin, Dictionnaire des sciences médicales, t. VI, p. 254.

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dant les palpitations, l'exploration la plus sévère ne dénote que la fréquence des battements, parfois un trouble rhythmique passager et des bruits plus clairs, plus timbrés. On les observe le plus ordinairement chez les sujets nerveux, sans qu'ils exercent sur leur santé aucune influence fâcheuse; les femmes hystériques, celles qui sont affectées de leucorrhée, de dysménorrhée ou d'aménorrhée, les hypochondriaques, les nostalgiques, en éprouvent souvent ainsi que les jeunes gens adonnés aux travaux de l'esprit avec un zèle trop soutenu : de là ce qu'on appelle la maladie de cœur des étudiants. Le caractère qui distingue essentiellement ces palpitations inconstantes des palpitations par cause organique, c'est qu'elles cèdent aux moyens qui exaspèrent et aggravent ces dernières : l'exercice, les distractions, un régime fortifiant, excepté le cas de pléthore. Quand même elles résistent à l'emploi des modificateurs hygiéniques, elles ne compromettent ni par leur durée ni par leur intensité l'état de santé général ; cependant certains individus qui s'alarment aisément et qui attribuent faussement leurs palpitations à une lésion cardiaque, finiraient par se ressentir des inquiétudes qu'ils puisent dans une erreur aussi tenace qu'exagérée, si le traitement moral n'y portait remède. Nous avons soigné un officier supérieur d'une pleur ody nie fixée sur la région précordiale et qu'il avait prise pour le signe certain d'une lésion du cœur; quoique toute inquiétude de ce côté nous fut ôtée par le résultat de l'auscultation et de la percussion, le malade résistait à notre conviction, se tourmentait, s'absorbait dans sa chimérique appréhension ; et comme il commençait à maigrir sous [l'influence d'une incessante préoccupation, une consultation eut lieu, et c'est à peine si le praticien célèbre qui fut appelé réussit à réveiller en lui la conjseience de la santé. Que si les palpitations se répètent ou se prolongent, il ne jfaut plus s'arrêter avec une entière sécurité à l'idée d'une hyperdynamie cardiaque, et se rappeler, d'une part, que tout organe longtemps modifié dans son action finit par l'être dans sa nutrition, et, d'autre part, que les maladies du coeur, notamment les hypertrophies simples et compliquées, donnent lieu à des palpitations longtemps avant de se manifester par des signes moins équivoques.

Epistaxis. — Incrédule ou fidèle au principe hippocratique de la nature médicatrice, on ne saurait nier que les hémorrhagies ne soient une des voies de solution les plus usitées et les plus heureuses, non-seulement pour les affections aiguës, mais encore pour les troubles passagers qui ébranlent l'organisme sans l'amener à la maladie. Une foule de souffrances mal dessinées, d'incommodités,de perturbations fonctionnelles, disparaissent aprèsunehémorrhagie spontanée. Que de congestions imminentes ont avorté par là! Combien de menaces de localisation morbide se sont évanouies avec ies premières gouttes d'une salutaire épistaxis! Dans les cas de pléthore, de réparation disproportionnée avec la dépense; clans les cas de contention intellectuelle opiniâtre chez les jeunes filles dont les règles coulent mal, l'épistaxis est le visible effort de la nature pour la réduction de la masse sanguine qui distend les vaisseaux, et Ton dirait,

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d'après la vascularité si prononcée de la pituitaire et la richesse de ses houppes presque érectiles, qu'elle a voulu faciliter les conditions productrices d'un phénomène dont dépendent si souvent la solution des maladies et la régularité de la santé. L'épistaxis semble avoir surtout pour but la déplétion de l'encéphale, point de mire de tant d'agents morbifiques, et pour lequel existent, dans l'économie et hors de l'économie, tant de causes incessantes d'hypérémie: les travaux de l'esprit, les préoccupations morales, les passions, l'insomnie prolongée, les exercices de voix considérables et fréquents, les cris (1), les digestions copieuses ou difficiles, les efforts de défécation laborieuse et toute contraction musculaire violente, le séjour prolongé dans un milieu échauffé par une grande réunion d'hommes, l'insolation, l'action d'un froid intense, etc. , sont autant de circonstances habituelles de la vie qui prédisposent à l'hypérémie cérébrale; l'épistaxis, la plus fréquente des hémorrhagies, en est le correctif naturel. On n'en saurait douter en se rappelant que les principales artères de la membrane pituitaire sont de simples rameaux des troncs artériels qui appartiennent aux organes intra-crâniens, et que les veines olfactives, en particulier, s'épanchent dans le sinus longitudinal à l'aide de la veine émissaire du trou borgne; d'où il suit, comme le fait observer Blandin, d'une part, que l'hypérémie des organes encéphaliques entraîne celle de la pituitaire, et, d'autre part, que le dégorgement spontané ou artificiel de la pituitaire dans un cas de maladie encéphalique, est suivi nécessairement d'un dégorgement assez prompt des sinus méningiens, un courant sanguin pouvant s'établir de ceux-ci vers la pituitaire à la faveur de la veine fronto-ethmoïdale heureusement dépourvue de valvules. L'enfance, qui jouit d'une sorte d'immunité des hémorrhagies, est sujette à l'épistaxis; on l'observe particulièrement vers l'époque de la puberté et dans les premières années qui la suivent. Hippocrate a émis à cet égard une opinion souvent reproduite, à savoir, que l'épistaxis habituelle, et remplacée plus tard par l'hémoptysie, expose ultérieurement à la pneumonie, à la pleurésie, à la phthisie; que dans un âge plus avancé, ceux qui l'ont éprouvée contractent des hémorrhoïdes, des affections rhumatismales, arthritiques, etc. Les éléments d'une vérification rigoureuse de cette assertion manquent à la science; mais tout praticien a remarqué la disposition aux épistaxis chez les sujets entachés d'une présomption d'hérédité tuberculeuse. Pour notre compte, nous possédons par devers nous des faits de ce genre; reste à établir s'ils sont liés par un rapport de coïncidence ou de causalité.

En thèse générale, l'épistaxis doit être respectée, à moins qu'elle n'ait lieu chez les sujets lymphatiques, débilités, incapables de supporter sans détriment une évacuation sanguine ; mais quelles que soient les conditions individuelles, il faut tenir compte du sentiment de bien-être ou de faiblesse qu'elle laisse à sa suite, et la contenir dans la mesure que nulle déperdition ne peut excéder sans inconvénient ou sans danger pour l'organisme.

(1) Gendrin, Traité philosophique de médecine 'pratique, t. 1, p. 117.

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Hémorrhoïdes. — Les auteurs, depuis Hippocrate (1) jusqu'à nos jours, ont célébré le bénéfice des hémorrhoïdes, soit pour le maintien de la santé, soit Dour l'issue favorable d'un certain nombre de maladies. L'espèce de régularité ivec laquelle se répètent, chez beaucoup de personnes, les congestions hémor- .-hoïdales et l'écoulement sanguin qui en est la suite, les troubles variés qui les Drécèdent, le bien-être qui se déclare après leur apparition, le soulagement )u la guérison d'une foule de maladies qui a souvent coïncidé avec le flux îémorrhoïdal, les conséquences fâcheuses que sa suppression a paru entraîner, 7oilà ce qui explique et justifie en apparence le préjugé protecteur d'une ncommodité dont les modernes et surtout l'école de Stahl ont encore exagéré 'importance. Les anciens avaient surtout égard à l'écoulement sanguin par equel l'économie se débarrassait, à leurs yeux de l'atrabile, élément imagilaire et capital de leur pathogénie; cette évacuation leur paraissait analogue | celle des menstrues et favorable à l'intégrité de la santé. Leur opinion, ion sur la nature du fluide éliminé, mais sur les effets du flux hémorrhoïdal, subsiste encore presque universellement ; les hémorrhoïdes sont envisagées lans le plus grand nombre des cas comme une fonction accessoire qu'il importe de respecter, de favoriser; on admet la nécessité de les provoquer parais ; les supprimer serait toujours un péril.

Il existe à ce sujet une grande confusion de faits et de raisonnements ; il lut s'entendre d'abord sur les conditions matérielles de l'affection hémor- ^hoïdaire. Celle-ci est constituée par des varices rectales; la description que on a faite des phénomènes de la congestion hémorrhoïdaireetde l'écoulement mi la termine se rapporte exclusivement aux hémorrhoïdes dues à un état )léthorique ; l'hémorrhagie anale résout la pléthore comme fait ailleurs l'épistaxis; avec elle disparaît la congestion du rectum, si ses veines n'ont subi en nême temps une dilatation ou n'étaient dilatées antérieurement. D'autres fois a pléthore ne va point jusqu'à produire une rectorrhagie; mais la congestion m'elle détermine dans les veines hémorrhoïdaires suffit pour les distendre; la ;ause dissipée, l'effet persiste, et désormais il y a varices rectales ou hémorroïdes; celles-ci ne se développent souvent que par suite de congestions rectales réitérées, la pléthore locale se renouvelant. Ce sont les varices rectales, liées à a plénitude sanguine générale, qui s'accompagnent presque constamment d'un Lux sanguin intermittent, quelquefois périodique : flux qui présente tous les :aractères des hémorrhagies actives par pléthore, et, comme elles, produit lans certaines circonstances une spoliation utile, une détente générale ; c'est e genre d'hémorrhoïdes qui a donné lieu à l'opinion des anciens, et dont les ffets ont été faussement attribués k toutes les varices rectales, quelle qu'en oit la cause productrice. Nous admettons l'influence bénigne des hémorrhoïdes ar pléthore ; des fluxions rectales produites par d'autres causes ont pu xercer également une action préservatrice ou curative; mais ni la congestion

(1) Hippoçrate? Àphorismes, trad? de Littré, sect. vi, aph. 11, 12, 21.

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intermittente des veines rectales, ni leur dilatation permanente, ni l'hémorrhagie qui raccompagne, ne peuvent être considérées toujours comme le résultat d'une crise avantageuse pour l'état de santé ou de maladie. 1° Beaucoup de pléthoriques n'ont point d' hémorrhoïdes ou en ont sans flux sanguin; 2° dans beaucoup de cas, ces deux phénomènes n'ont point préservé de la maladie ou n'ont exercé aucune influence sur elle; 3° les congestions hémorrhoïdales, avec ou sans écoulement, ont disparu sans qu'il en soit résulté aucun accident fâcheux ; 4° quand le retour à la santé ou une simple amélioration a coïncidé avec la congestion ou l'hémorrhagie du rectum , il n'a pas été possible de joindre ces deux faits par un rapport de causalité, le premier s'étant reproduit chez d'autres dans les mêmes circonstances sans l'intervention du second.

Quand au flux sanguin qu'éprouvent les sujets affectés de varices rectales, il faut en discerner l'origine pour en évaluer les effets. 1° Il peut être entièrement étranger aux varices rectales et aux causes qui les ont déterminées; l'ulcération, le cancer du rectum, une foule d'affections graves, locales et générales s'accompagnent en effet de ce symptôme ; 2° il peut succéder à une violente congestion du rectum, produite par une cause locale; 3° une lésion survenue dans les parois des veines dilatées peut y donner lieu ; 4° il est la solution critique d'un embarras de la circulation veineuse abdominale.

Que si l'on remonte aux causes prédisposantes et aux causes déterminantes des hémorrhoïdes, on ne saurait en déduire un bénéfice constant de nature : nous renvoyons aux ouvrages de pathologie pour ces détails ; mais si l'on réfléchit que la dilatation des veines hémorrhoï'daires peut reconnaître pour causes toutes les altérations qui produisent leur ramollissement, leur amincissement, l'hypertrophie de leurs parois, leur inflammation chronique (Jobert), etc., on aura quelque défiance de l'opinion absolue des anciens touchant le rôle préservatif des hémorrhoïdes. On finira même par les classer parmi les incommodités les plus fâcheuses, en considérant les effets qu'elles développent habituellement et d'une manière directe, abstraction faite des états morbides dont elles sont elles-mêmes le résultat. Pour peu que les tumeurs hémorrhoïd aires soient multiples, considérables, persistantes, elles entraînent des accidents variés qui se manifestent surtout aux époques de congestion rectale: sensation de gêne et de plénitude abdominale, resserrement spasmodiquc des sphincters, fissures anales, épreintes, ténesme, parfois des tranchées ; la station assise, la marche, les efforts de défécation, exaspèrent les douleurs,

La constipation, fléau des hémorrhoï'daires, est due à l'obstacle mécaniqu( des tumeurs ou à la volonté du malade qui retarde l'instant de la garderobe, par crainte des angoisses qui en sont inséparables; la constipation opiniâtre amène d'autres symptômes, céphalalgie gravât ive et presque continuelle, ano rexie, dérangements des digestions, tension et météorisme de l'abdomen. I n'est pas rare de voir les tumeurs hémorrhoïdaires s'enflammer par la contraction des sphincters, par la rétention des fèces dans l'intestin, et ensuit< i

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par le violent labeur de leur expulsion; cette inflammation est presque toujours lente, chronique; elle a pour conséquences la formation d'abcès, de fistules annales, différentes altérations des parois, des tumeurs, des hémorrhagïes copieuses et réitérées qui épuisent le malade et qui créent un état anémique, autre principe d'hémorrhagies ultérieures. L'inflammation produit encore l'épaississement des parois veineuses, l'induration du tissu cellulaire qui les recouvre, l'oblitération des veinés dilatées, ce qui transforme les varices rectales en tumeurs rénitentes, indolores, d'un volume invariable (tubercules hémorrhoïdaux), disposées à s'ulcérer et à suppurer (leucorrhée anale), etc. Il est superflu de dérouler dans leur série extrême les phénomènes consécutifs aux hémorrhoïdes pour montrer la nocuité de cette lésion. Sans doute, elle ne les détermine que d'une manière exceptionnelle, et elle peut exister longtemps sans occasionner d'autres symptômes qu'une gène passagère de la défécation; mais le plus souvent elle est le point de départ de dérangements variés et dont les malades ne se préoccupent point, imbus qu'ils sont du préjugé favorable à l'existences des hémorrhoïdes.

Au demeurant, les varices rectales, car c'est ainsi qu'il convient d'appeler cette infirmité, avec Haller qui l'a bien appréciée (1), ne sont point une fonction accessoire, une habitude inviolable de l'organisme; préparées par des congestions qui traduisent elles-mêmes la gène de la circulation abdominale, elles consistent dans l'ampliation des veines du rectum, souvent accompagnée ou compliquée d'hémorrhagie. Les expressions inexactes de fluxion, mouvement fluxionnaire, flux hémorrhoïdal, ont contribué à l'erreur qui leur attribue une salutaire efficacité pour la préservation ou la solution des maladies ; souvent graves par leur étiologie, elles ne tardent point à devenir par leurs suites inévitables une incommodité, une cause de perturbations et de souffrances. Si donc il convient de ne pas les supprimer légèrement, nous ne donnons pas le conseil de les provoquer, comme on le fait si fréquemment par routine et courte logique.

3. Respiration. — Les organes de la respiration présentent plus d'une lésion qui ne s'oppose point à la longévité ni à l'exercice régulier des autres fonctions. Nous ne ferons que mentionner les productions de différente nature que l'on rencontre enkystées ou .seulement adhérentes au tissu pulmonaire chez les sujets qui n'ont offert pendant la vie aucun signe d'affection de poitrine (concrétions crétacées, mélaniques, cartilagineuses, ossiformes), les adhérences pleuro-costales si fréquentes et si inoffensives, etc. Mais l'attention de l'hygiéniste doit s'attacher à deux habitudes morbides des organes de l'héma-

(1) Op. cit., t. VII, cap. xxiv, sect. iv, § xn : « Id primum volo, non esse ejusmodi naturse opus, uti sunt menstruae purgationes, neque generi liumano prsescriptum, ex ejus communi fabricasequi, aut sani liomînis esse functionem. — Ipse demum Stahlius magmis hemorrhoiclum laudator, fassus est non esse in consuetudinem recipiendas, quarum dubius successus sit. Qtise jam invaluerint, eas quidem retinendas esse suadet. 5?

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tosc en faveur desquelles existe, dans l'esprit des gens du monde, une prévention d'innocuité ; l'asthme et ce qu'ils appellent le rhume (catarrhe bronchique).

isthme. — On désigne aujourd'hui par ce mot une affection caractérisée par La fréquence et la gêne de la respiration, et par la convulsion des muscles respirateurs, affection presque toujours exempte de fièvre, intermittente, apparaissant sous forme d'accès qui reviennent à des époques irrégulières, souvent fort éloignées, dans les intervalles desquelles la santé semble parfaite. Regardez autour de vous dans le monde : rien de plus commun que l'asthme; sur trois familles, une au moins a son asthmatique. Interrogez les cliniques, les emphithéâtres; consultez l'expérience des observateurs célèbres : rien de plus rare que l'asthme essentiel, à tel point que beaucoup d'entre eux en ont nié l'existence. Il est certain que la plupart des prétendus cas d'asthme ne sont autre chose que des dyspnées symptomatiques d'affections diverses du cœur, des gros vaisseaux, des poumons, des plèvres, etc. Les altérations valvulaires, suite d'endocardite, l'hydropéricarde, l'emphysème pulmonaire, des affections de la moelle, etc., donnent lieu à des attaques de dyspnée confondues autrefois avec l'asthme avant les perfectionnements qu'a reçus la séméiotique : or les erreurs populaires à l'endroit des maladies et des remèdes ne sont que l'écho prolongé des erreurs scientifiques d'une époque antérieure. C'en est une que celle qui fait de l'asthme un brevet de longévité. Floyer dit, à la vérité, avoir connu des asthmatiques dont le mal datait de cinquante ans(l) ; et Sauvages appelle l'asthme une maladie de longue durée, plutôt qu'une maladie chronique (2). Mais ces assertions ne sont peut-être pas appuyées par un seul fait suivi attentivement pendant la vie, confirmé par l'ouverture cadavérique, et duquel il ressortirait que l'asthme pût exister en l'absence de tout lésion organique agissant par voie directe ou indirecte sur la respiration : « Je ne craindrais pas d'avouer, dit Ferrus, que vingt-cinq années d'exercice presque entièrement passées dans les hôpitaux n'ont pu me fournir une seule observation de ce genre. Comme mon expérience pourrait paraître insuffisante, j'ajouterai que Corvisart, Leroux, Lerminier, Béclard, Rostan., n'en ont jamais rencontré (3). « Et avec une loyauté digne de son talent, Ferrus informe les lecteurs que les deux cas d'asthme essentiel qu'il avait rapportés dans la première édition du recueil où il écrit n'en étaient point : le premier des deux sujets dont il a donné l'histoire est sujet depuis son enfance à des fluxions opiniâtres sur la pituitaire; le second a succombé à la tuberculisation pulmonaire (4). Toutefois la science possède des faits qui, bien que dépourvus de la

(1) l 'loyer, Traité de Vasthme. Paris, 1761, p. 22.

(2) Sauvages, Nosologie méthodique. 1. 1, p. 94.

(3 Ferrus, Dictionnaire de médecine, 2« éditâ t, IV, p. 274. Voyez aussi l'article Asthmk de Germain Sée, Nouveau Dict. de méd. et de chir.prat. (4) Broussais., (Cours de pathologie, t. V, p. 102) dit avoir éprouvé plusieurs accès.

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sanction nécroscopique, rendent probable l'existence de l'asthme essentiel. Un de nos parents, aujourd'hui presque octogénaire, est sujet depuis l'âge de vingtcinq ans à des accès d'asthme, surtout nocturnes, qui depuis ces dix dernières années vont jusqu'à l'orthopnée : comme l'un des malades de Ferrus, il a de fréquentes atteintes de coryza, avec écoulement considérable de mucus nasal. Un observateur dont nous connaissons personnellement la véracité, le directeur A. Lefèvre (de Brest) (1) a décrit les accidents qu'il éprouve lui-même de manière à entraîner la conviction. L'asthme idiopathique, c'est-à-dire dû à une simple perversion de l'action nerveuse, ne suggère pas sans doute un pronostic fâcheux; mais à quel titre en ferait-on un gage de longévité, un bénéfice de nature. Chaque accès est un péril pour l'économie ; plus les accès se rapprochent, plus la situation s'aggrave, parce que des lésions ne tarderont pas à se développer. Pour les asthmatiques de cette rare catégorie, les drogues ne sont rien; l'hygiène seule réussit à les soulager et même à les guérir. Un certain degré de chaleur, de pesanteur et d'humidité de l'air leur est nécessaire (Lefèvre) ; chacun d'eux a pour ainsi dire sa sphère extérieure de respiration qu'il ne peut franchir sans s'exposer à des attaques de dyspnée : pour l'un c'est la ville, pour l'autre la campagne ; l'air agité par les vents les incommode et les climats chauds leur conviennent. Lefèvre leur défend, de par son expérience, la navigation. En général, ils ont besoin de lumière, de calorique et d'une certaine quantité de vapeur aqueuse dans l'atmosphère où ils doivent vivre. Une nourriture simple, uniforme, de facile digestion, l'abstinence des alcooliques, l'usage des boissons théiformes et du café, dont beaucoup d'asthmatiques ne voudraient pas se passer, la fumée du tabac, des vêtements chauds, des frictions au soleil ou devant le feu (Celse), les bains d'étuves humides (Lefèvre), un exercice modéré, l'équitation, l'éloignement de tout ce qui peut surexciter le cerveau intellectuellement et moralement, surexcitation qui réagit d'une si notable façon sur la respiration : tel est le régime hygiénique qui profitera aux rares sujets atteints d'asthme idiopathique, bien mieux que les chimériques panacées qu'ils recherchent.

Rhumes. — Les bronchites plus ou moins subaiguës, plus ou moins chroniques, que l'on désigne dans le monde par le mot rhumes, doivent être combattues. Il est vrai que la bronchite chronique, dès le début ou par transition, coexiste très-fréquemment avec un état de santé rassurant, et persévère des années entières sans porter atteinte à la constitution : mais comme on n'en peut espérer la résolution franche et complète que par une exception dont il ne faut point leurrer le malade, tôt ou tard des accidents graves surviennent, et ce que l'on a considéré comme une incommodité tolérable devient une cause de mort.

d'asthme pour avoir écouté avec une attention soutenue les leçons d'un professeur qui s'exprimait en phrases prolixes. — L'autopsie a fait voir en ses poumons quelques concrétions crétacées.

(1) Lefèvre, De V asthme. Paris, 1847,

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Quels que soient les rapports de causalité entre les inflammations des voies aériennes et la production des tubercules, la prudence exige que tout rhume Boil Surveillé, et, s'il se peut, arrêté; s'il devient habituel, on doit craindre qu'il ne se lie à une tuberculisation préexistante. Les adversaires de BrousgaiS ont trop insisté sur les différences qui existent entre la formation et les éléments de la tuberculose, et ceux des produits phlegmasiques ; nier àhêM Lument leur influence réciproque, c'est s'abuser aux dépens des malades et s'exposer à fausser leur hygiène. L'école micrographique allemande fait retour à la pathogénie inflammatoire du tubercule. Suivant Reinhardt, il résulte de la transformation de produits inflammatoires. Virchow (1), tout en démêlant avec plus de précision les éléments propres à « cette néopiasie » , et les produits inflammatoires qui ont été confondus avec elle, la fait dériver, par une métamorphose analogue, d'anciens éléments organiques, cellules ou noyaux, selon la grosseur des tubercules. Au reste, le simple catarrhe bronchique peut entraîner des suites fâcheuses, telles que dyspnée par accès ou continue, dilatation vésiculaire, etc. Il existe même une phthisie catarrhale comme il y a une phthisie tuberculeuse. Andraî (2) mentionne un cas de bronchite chronique simulant une phthisie pulmonaire et terminée par la mort. Rare dans la jeunesse, la phthisie catarrhale est commune chez les vieillards : à la Salpétrière, Beau a rencontré 15 cas de phthisie catarrhale confirmée pour 9 cas de phthisie tuberculeuse, et sa fréquence est en raison de Fàge (3).

4. Sécrétions. — Peau. — Les sueurs excessives sont le fléau des obèses, des lymphatiques, des faibles, des valétudinaires, des convalescents, des tabescents par onanisme ou spermatorrhée, etc. La marche, l'exercice, les provoquent chez les gens de cabinet. Souvent elles sont l'expression d'un état dyspnéique, d'un obstacle à l'hématose ou à la circulation centrale ; les porteurs d'emphysème et d'hypertrophies cardiaques y sont très-sujets. En l'absence de toute lésion interne, elles peuvent être coercées sans inconvénient. Les moyens diffèrent : à l'un il faut refuser les stimulants et les toniques, à l'autre il faut les prescrire. La sobriété convient aux obèses pour réduire leur transpiration ; le valétudinaire évitera les exercices prolongés ; l'homme de vie sédentaire devra s'y adonner, au risque d'accroître passagèrement les sueurs. Les bains froids, les lotions et les affusions froides, pratiquées d'après le mode hydrolhérapique, les bains de mer, en fortifiant la constitution, tendent à restreindre la déperdition sudorale de la peau. L'abus ou la surcharge des vêtements mauvais conducteurs du calorique contribue â l'entretenir. C'est par le changement graduel des habitudes que l'on réussira à modifier sans danger l'activité cutanée; de graves maladies menaceraient l'organisme

(1) Virchow j Pathologie cellulaire, 4e édition. Paris, 1874. (2] Amiral, ('Unique méd., 1829, 1. 1. p. 176.

(3) Beau, Journ. de méd., octobre 1843, p. 330. — Traité clinique et expérimental $ auscultation, Paris, 1856.

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brusquement affranchi de ces pertes cutanées. Quant aux transpirations partielles, limitées aux pieds, aux aisselles, etc., nous ne conseillerons point de les combattre ni de les diminuer; fétides, il y aurait plus de péril encore à les supprimer : Mondière a rapporté des faits qui le prouvent. L'usage des chaussettes de fil et des chaussures légères, des lotions fréquentes avec de l'eau chlorurée, voilà pour la propreté et l'aisance du membre affecté. En cas de suppression des sueurs partielles, on s'empresserait de les rappeler en entourant le pied de flanelle recouverte d'un taffetas gommé.

Au point de vue de l'hygiène, on pourrait classer ainsi les éruptions cutanées : 1° Éruptions qui surviennent avant la puberté et qui sont le plus souvent enlevées par cette révolution d'âge, quand elles ont persisté jusque-là. 2° Eruptions qti se déclarent vers l'âge critique pour suppléer une fonction qui s'éteint. 3° Eruptions qui se manifestent à toutes les époques de la vie, mais non permanentes, et qui reparaissent parfois avec une périodicité remarquable : nous avons traité au Val-de-Grâce un jeune soldat atteint tous les mois d'un érypsipèle sans gravité, et dont le seul inconvénient était de l'obliger à interrompre périodiquement son service. 4° Enfin, les affections constitutionnelles de la peau, souvent héréditaires, toujours dangereuses à guérir, qui, loin de compromettre la santé, sont pour ceux qui les portent une condition de l'harmonie physiologique. L'ichthyose générale est dans ce cas, et nous en avons observé plusieurs exemples, soit dans les hôpitaux de l'armée, soit dans les visites des conseils de recrutement auxquels nous avons participé. Quand on est appelé à prononcer si une maladie aiguë ou chronique de la peau doit être respectée ou combattue, il importe de rechercher les liaisons qu'elle peut avoir avec les différentes phases de l'évolution organique, avec une fonction augmentée, diminuée ou supprimée, avec un état morbide antérieur dont elle serait l'heureuse terminaison, avec un état morbide coexistant qu'elle soulage ou modère dans une juste limite.

Les érythèmes qui accompagnent le travail de la dentition, et qui ne sont parfois qu'une extension de la turgescence buccale (feux de dents), disparaissent avec la cause qui les a produits ; il en est de même de l'intertrigo, résultat du frottement des parties amples et molles de l'enfant nouveau-né ; l'eczéma est aussi l'un des accompagnements fréquents de la dentition, et ne se dissipe guère que vers la puberté. Mais chez les enfants on voit la plupart des inflammations chroniques de la peau, excepté le favus, le lupus et la gale, guérir spontanément après un laps de temps plus ou moins considérable, et souvent, ajoute Rayer (1), elles sont salutaires. Sous le nom de gourmes, on a désigné un grand nombre de formes éruptives dont les unes relèvent de la diathèse dartreuse (lichen, psoriasis, eczéma rubrum, pityriasis, favus), et les autres de la diathèse pyogénique (impétigo, ecthyma, eczéma impétigineux, etc.). Se développent-elles chez un enfant bien portant, il faut les com-

(1) Rayer, Traité des maladies de la peau, Paris, 1835, 1. 1, p. 40.

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battre, les arrêter au début, besogne non aisée; si elles se sont installées chez lui sans altérer sa santé, on s'appliquera à les guérir, mais lentement et avec de grandes précautions. Chez les enfants dont la santé ne s'est affermie que depuis l'apparition des gourmes, respectez-les, sauf à en essayer prudemment la guérison après un laps de temps nécessaire à la consolidation organique de ces enfants. La violence de l'inflammation, l'excès des suppurations qu'elles déterminent quelquefois, doivent toujours être modérés par l'art, comme il importe toujours de disputer à leur extension les parties importantes, telles que les yeux, les fosses nasales, le conduit auditif. Les éruptions dartreuses sont provoquées, suivant quelques auteurs, par l'abus du coït. Lorry assure que la continence et la chasteté produisent le même effet. Les dartres préputiale et anale (prurigo, psoriasis ani), ont été signalées récemment dans l'étiologie de la spermatorrhée : la première propageant l'excitation de l'orifice du canal excréteur à l'organe de la sécrétion; la seconde déterminant, par le resserrement des sphincters et la contraction spasmodique du rectum, l'accumulation des fèces et l'irritation consécutive de l'intestin, laquelle amène la disposition des vésicules séminales à se contracter (1). Qui ne connaît le rapport qui s'établit entre la menstruation et certaines inflammations chroniques de la peau, tour à tour augmentées ou diminuées par la cessation ou le retour des règles! On a vu l'eczéma impétigineux, le prurigo, etc., cesser complètement à l'apparition des premières règles, se reproduire plus tard, par suite de leur suppression accidentelle ou naturelle. La grossesse et la lactation exercent une influence anclogue. On a donné anciennement le nom de dartres laiteuses aux phlegmasies cutanées qui surviennent chez les femmes condamnées, par la mort de leur enfant ou par tout autre motif, à la brusque cessation de l'allaitement. La vieillesse a ses phlegmasies eutanées (prurigo senilis, pemphigus pruriginosus, etc.), qu'il est difficile de guérir, même quand on peut l'entreprendre sans danger; on ne tenterait pas impunément la curation de celles qui, nées durant l'âge adulte, ne cèdent point à l'âge de retour et persistent dans la vieillesse en perdant d'ailleurs tout caractère d'acuité, comme font la plupart des maladies de cet âge. Ce sont alors des infirmités habituelles avec lesquelles il faut vivre; l'organisme n'a plus assez de mobilité pour se façonner à de nouvelles conditions d'équilibre; celles-ci d'ailleurs exigent, pour se produire, une activité fonctionnelle qui n'existe plus. Aussi Rayer a-t-il pu dire avec raison : « Chez les vieillards, les inflammations chroniques de la peau, indépendantes des causes externes, doivent être souvent respectées, quelquefois modérées, rarement guéries (2). »

On peut lire dans les auteurs une multitude d'observations de maladies aiguës et chroniques, jugées par l'apparition d'une phlegmasie cutanée; il n'est point de praticien qui n'ait été témoin de ces substitutions morbides. Un

(1) Kaula, thèse citée, p. 128.

(2) Rayer, op. cit., t. I, p. 40.

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infirmier du Val-de-Gràce, placé dans notre service, affecté d'une conjonctivite chronique avec perte des cils, a éprouvé sous nos yeux l'influence différente de deux phlegmasies cutanées. Par suite d'une variole confluente, l'ophthalmie s'était exaspérée au point de faire craindre pour la conservation de la vue ; les moyens les plus variés et les mieux dirigés n'avaient pu en atténuer la gravité. Survint chez notre homme convalescent de variole unérysipèle qui envahit rapidement face, cou et poitrine, et la conjonctive oculopalpébrale se calma comme par enchantement. Aujourd'hui ce malade n'a plus qu'une légère suppuration des bords des paupières inférieures qui restent dégarnis de cils (1843). Andral cite le cas d'une pneumonie désespérée que dissipa l'éruption d'une variole. Pierre Frank a vu une inflammation du cerveau guérie; par un érysipèle. Nous renvoyons aux traités ex professo pour les exemples nombreux d'affections diverses jugées par une détermination cutanée, et qui justifient le précepte donné par les maîtres, de respecter toutes phlegmasies de la peau survenant dans le cours ou au déclin d'une maladie : phénomènes critiques de la maladie, elles deviennent souvent des conditions de la santé, et ne peuvent être supprimées sans rappeler l'affection interne. D'autres phlegmasies cutanées coexistent avec des états morbides chroniques et en atténuent les souffrances. Alph. Cazenave (1) a donné des soins à un malade atteint d'asthme avec emphysème, qui depuis sept ans n'avait point passé une seule nuit dans son lit, et à qui un eczéma aux jambes, avec suintement assez abondant, procura un soulagement inespéré. Rayer rapporte des faits analogues; et récemment nous avons vu une dyspnée qui datait de trois mois, déjà soulagée par un vésicatoire.se dissiper complètement à la suite d'une éruption lichénoïde qui envahit le bras.

La guérison ou l'amendement d'un grand nombre de maladies par le bénéfice de phlegmasies cutanées a fait considérer celles-ci à bon droit comme des dérivatifs salutaires, mais ne justifie pas toutes les craintes qu'inspire leur répercussion. Quand il s'agit de rétrocession, il faut avant tout établir le rapport de causalité entre deux coïncidences ; une gastro-entérite, des convulsions, une phthisie, se manifestent en même temps ou peu après qu'une éruption a disparu. S'il y a simultanéité, ce qu'on prend pour l'effet peut être la cause; une inflammation aiguë de la muqueuse digestive entraîne la suppression d'une phlegmasie cutanée plus fréquemment que la rétrocession de celleci ne donne lieu à la gastro-entérite : si un intervalle se passe entre les deux faits, dira-t-on : Post hoc, ergo propter hoc? Nous n'avons garde de nier l'importance des habitudes morbides qui résultent des inflammations anciennes de la peau ; mais malgré le classique amas de faits qui prouvent le danger de leur suppression, nous pensons que ce danger a été exagéré, et que beaucoup d'observations consignées dans les auteurs manquent de valeur et de sévérité. On ne croit plus à la répercussion de la gale ni à tous les acci-

il) Alph. Cazenave, Dictionnaire de médecine, 2e édit., t. XXIII, p. 358, art.

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dents qu'on a fait découler si longtemps de saguérison intempestive. Admettons le principe, résistons à l'exagération : toute affection cutanée qui, par sa durée indéfinie, a accoutumé l'économie, à sa présence et s'est ajoutée aux conditions de l'équilibre fonctionnel, veut être respectée. Quand à celles-là même qui ne se sont pas prolongées à ce point, une grande circonspection doit présider à leur curation.

Les suppurations externes, provoquées artificiellement par les exutoires, tels que vésicatoire, cautère, séton, etc., deviennent également des habitudes morbides; soit qu'on les ait établis dans un but thérapeutique ou simplement de préservation, les supprimer n'est pas toujours sans danger : c'est une raison de plus pour les prescrire sobrement ; l'incommodité qui en résulte, les soins qu'ils exigent, le prurit, les rougeurs érjthémateuses, les furoncles, les phlegmons, les engorgements ganglionnaires qui en sont quelquefois les effets locaux, l'excitation générale qu'ils occasionnent aux sujets nerveux, irritables, sont déjà des motifs suffisants pour ne les infliger que sous le coup d'indications non équivoques. Il n'est que trop dans les habitudes de beaucoup de médecins de les prodiguer outre mesure. Quand on songe à les supprimer, il faut tenir compte de leur état qui dénote assez bien leur degré d'utilité ; les exutoires qui sont indolents et qui ne suppurent que difficilement n'exercent plus d'action utile ; nul risque à les supprimer. Les exutoires qui rendent service sont le siège d'une certaine irritation sécrétoire et se font sentir au malade. Plus ils sont anciens, plus il faut apporter de précaution à leur suppression : cette règle s'applique à tous les genres d'exutoires, quoique en général on craigne moins de faire taire un vésicatoire qu'un cautère. On diminuera lentement et par degré l'étendue ou la profondeur de l'ulcération artificielle; la prudence veut que l'on supplée à l'excrétion qui va cesser en activant celle des surfaces d'excrétion naturelle, non au moyen d'un ou deux laxatifs une fois administrés, mais surtout par les frictions sur la peau et par l'usage de plusieurs bains. Sous le rapport de la prophylaxie, les exutoires sont une ressource douteuse ; ils peuvent contrarier le développement d'une lésion encore commençante et circonscrite, obvier aux atteintes légères, mais ils n'ont jamais protégé efficacement contre les causes générales des épidémies et des endémies.

Glandes salivaires. — L'appareil salivaire et folliculaire de la bouche verse souvent avec abondance les fluides qu'il sécrète, et qui, affluant dans cette cavité hors le temps de la mastication, nécessitent une fréquente expuition (i'tyalisme). Il n'y a ni rougeur, ni chaleur, ni tuméfaction des glandes salivaires ni d'aucune partie de la, bouche; seulement la salive et le fluide mu- <|ueu\ qui s'y mêle sont sécrétés copieusement, sans qu'ils éprouvent la moindre altération dans leur nature et dans leur aspect; tout au plus leur densité est-elle diminuée, On observe le ptyalisme chez les hypochondriaques, chez Les femmes hystériques, et en général chez les sujets atteints d'affections nerveuses; il existe, comme phénomène transitoire, dans beaucoup de grossesses,

privée] DES HABITUDES MORBIDES. 175

chez les enfants aux époques d'odontogénie, chez ceux qui ont des vers intestinaux, etc. Les fumeurs, les personnes qui mâchent du tabac ou qui font un usage habituel des épices, des boissons fortes, les parleurs, éprouvent le besoin de cracher fréquemment, et n'en sont pas autrement incommodés, à moins que la sécrétion ne soit suractivée au point de donner lieu à une déperdition sensible. Dans ce dernier cas, les digestions se troublent, la faiblesse et l'amaigrissement surviennent, la vie même finit par être menacée, comme on l'a vu chez des individus atteints d'une perte de substance des lèvres ou des joues. Haller cite son propre maître comme ayant éprouvé les mauvais effets de la sputation habituelle et excessive : c'est que la salive ne sert pas seulement à favoriser la mastication et la déglutition. Mais, quelles que soient les divergences des rechercher expérimentales de Mialhe, Lassaigne, Magendie, Bouchardat, Sandras, et Cl. Bernard, etc. (1), comment refuser un rôle important à ce liquide quand il est démontré, d'une part, que la conversion de la fécule en dextrine et en glycose est le phénomène fondamental de la digestion des amylacés, et, d'autre part que la salive buccale a la propriété d'opérer cette transmutation sans en être le seul agent?

Pleins et vessie. — L'urine présente des caractères différents suivant l'époque de la journée où on l'examine (urines de la boisson, de la digestion, du sang ou du matin); elle est en outre modifiée par l'influence des âges, des saisons et des troubles pathologiques qui surviennent dans l'économie. Il ne saurait être question ici des altérations de ce fluide excrémentitiel, parce qu'aucune d'elles ne peut constituer un état morbide habituel et compatible avec la santé. La quantité de l'urine dépasse un peu celle des boissons ingérées et diffère beaucoup, non-seulement suivant la saison et le régime, mais encore suivant le degré d'activité des autres surfaces ou appareils d'élimination; la sécrétion des reins est liée par ses vicissitudes à l'action physiologique de la peau, rare en été, copieuse en hiver. Les individus qui, par l'effet d'une idiosyncrasie, transpirent peu ou point, versent plus d'urine, etc. Nous n'insistons point sur ces faits de physiologie banale. La pondération des actes fonctionnels se fait, non par une juste proportion d'activité de chaque organe en particulier et de tous ensemble, mais par la résultante des inégalités : qui dit pondération ne dit pas harmonie. Quant à l'excrétion des urines, autres différences individuelles : il y a des vessies paresseuses, comme on dit, et des vessies d'une contractibilité énergique; la constipation, l'âge, interviennent ici autant que l'habitude. Celle-ci nous permet de retarder le moment de l'excré-

(1) Mialhe, Chimie appliquée a la plvysiol. et a la thérap. Paris, 1855, p. 39 et suiv. — Cl. Bernard, De la salive [Leçons de physiologie expérimentale. Paris, 1856, t. II, p. 44 et suiv.). — Leçons sur les liquides de Vorganisme. Paris, 1859, t. II, p. 239. — Lassaigne, Journal de chim. méd., 1845, p. 472. — Magendie, Note sur la présence normale du sucre dans le sang [Comptes rendus de V Académie des sciences, 1846'. — Bouchardat et Sandras, Gaz. méd., 1845, p. 61.

i7G DE L'HABITUDE. [hygiène

tion urinaire, de comprimer d'abord avec souffrance, ensuite sans peine, le besoin que réveille la distension du réservoir ou l'impression d'un liquide concentré sur sa membrane muqueuse : fâcheuse exercitation de la volonté aux dépens d'un viscère dont on ne peut contrarier la fonctiou sans se préparer des infirmités précoces.

III. Fonctions de relation. — 1° Sens. — Les organes des sens sont susceptibles de contracter des dispositions morbides qui deviennent habituelles, sans exercer aucune action sur la santé : la myopie, la presbytie, la dysécée ou surdité incomplète, l'abolition de l'odorat, en sont des exemples. Nous supposons que ces infirmités ne dépendent d'aucune lésion grave et capable de réagir sur l'état général de l'économie ; l'hygiéniste n'aurait plus la même sécurité si l'affaiblissement de la vue avait succédé à des congestions répétées verslatéte, ou coïncidait avec la polyurie et l'amaigrissement général, si celui de l'ouïe se montrait en même temps que la perte de la mémoire, etc. Quand la perte de la vision ou de Fouie est complète, la santé générale des individus en est diversement affectée, suivant que l'infirmité est acquise ou congénitale. L'homme qui devient accidentellement aveugle ou sourd subit une perturbation profonde dans sa manière de vivre, dans ses relations, dans le mouvement de ses idées, clans tous les actes de la vie physique et morale : privé de la vue, c'est-à-dire de la faculté de régler ses gestes et de communiquer spontanément avec le monde extérieur, il est refoulé dans une sphère étroite de mouvements; ses muscles ne sont plus sollicités que par un exercice précaire; ses besoins ne s'aiguisent plus par l'impression visuelle des objets qui leur correspondent; en un mot, il est sevré de toutes les stimulations que les organes reçoivent par l'intermède de la lumière et de l'appareil sensorial dont elle est le stimulant. La surdité, véritable anticipation du silence de la mort, brise ou relâche autant de liens, détruit autant de jouissances; même isolement au milieu de la société, même concentration de l'activité morale et intellectuelle. Il y a dans ces deux états : 1° les effets directs de l'abolition d'un sens; 2° les effets secondaires et généraux, le cerveau étant frustré d'un ordre de sensations et ne disséminant plus dans la totalité de l'organisme l'excitation spéciale dont le sens aboli lui fournissait le principe. Les aveuglesnés, les sourds-muets, au contraire, forment une variété de l'espèce humaine, avant ses conditions particulières de santé comme elle a ses conditions d'éducabilité, son mode de vie, de relation. Le sourd-muet qui constate les éclats «In tonnerre par le frémissement que perçoit sa main appliquée sur les vitres d'une fenêtre; le sourd-muet qui se réveille le matin par la vibration qu'il seni dans les mollets pendant le roulement du tambonr (1), s'est toujours réglé par ces perceptions. L'aveugle de naissance, qui devine la direction et l'en

( 1 ) Nous tenons ces détails du vénérable M. Désiré Ordinaire, ancien directeur de L'InstituI royal des sourds et muets, auteur d'un excellent livre sur l'éducation de cette classe d'infortunés.

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branchement des mes par les courants atmosphériques qu'elles conduisent, n'a jamais connu d'autre moyen de s'orienter. Pour eux, il n'y a point privation, mais ignorance d'une autre manière d'être; ils ne connaissent pas la torture intime des regrets impuissants et des souvenirs désespérés.

2° Encéphale. — Ce serait ici le lieu d'examiner jusqu'à quel point certaines affections de l'encéphale comportent l'intégrité et la stabilité des principales fonctions de l'économie ; mais nous nous exposerions à dépasser les bornes de l'hygiène et celles de ce livre. Les fous ont leur santé, si par ce mot on entend l'ensemble plus ou moins régulier des actes de la vie végétative et ceux de la vie de relation, moins la juste coordination de ces derniers; les fous, excepté un certain nombre de monomanes ou de furieux, mangent, boivent, digèrent; ils ont des forces et de l'embonpoint; leurs sécrétions et excrétions offrent quelques irrégularités; ils dorment peu; ils bravent, téte nue, avec une apparente impunité, l'excès du froid et les ardeurs du soleil ; on a remarqué encore qu'il réagissent autrement que les individus sains d'esprit à l'action des médicaments dont ils supportent des doses considérables.

L'hypochondrie, dans ses degrés moyens, ne conduit ni à l'hôpital, ni clans les maisons de santé; elle vit dans le monde, hante les salons, s'assied à nos côtés. Protée fatal, elle revêt toutes les formes de la pathologie : à son début, simple perversion de la faculté de perception et de jugement; plus tard, développant par une sorte d'incubation incessante des états morbides locaux et variés, aboutissant au marasme, à la folie, au suicide, curable seulement par voie de modifications hygiéniques, il convient d'autant plus d'en dire un mot qu'elle se présente plus fréquemment à l'observation des praticiens. Ceux qu'elle affecte sont appelés tour à tour mélancoliques, malades imaginaires, etc. Certains médecins les traitent de spasmes, de vapeurs, de palpitations, de gastrite chronique, etc. Nous reconnaissons que des maladies très-différentes peuvent engendrer le simulacre symptomatique de l'hippochondrie, et nous plaçons en première ligne, parmi les maladies qui ont cette forme de réaction morale, les phlegmasies chroniques du tube digestif, du foie, de la vessie, et chez les femmes, les lésions du col de l'utérus, les irrégularités de la menstruation, chez les hommes les pertes séminales involontaires, l'albuminurie débutant sous forme chronique et longtemps stationnaire à un degré léger; mais il existe une hypochondrie essentielle. Névrose de l'encéphale, source des sensations les plus pénibles et les plus étranges, elle présente souvent le contraste d'une santé florissante et de souffrances aussi mobiles par leur siège que difficiles à caractériser; elle est la mère du spleen britannique, le grain de sable dont parle Pascal; elle s'ajoute aux hémorrhoïdes de Charles-Quint et de Richelieu. Familière aux sujets nerveux, elle leur suscite des terreurs paniques, elle les attache tremblants à l'oracle du médecin ou les jette dans le scepticisme et le désespoir; ils se plaignent tantôt de la téte, tantôt du ventre; ils ont des battements qui soulèvent la région précordiale, des intumescences abdominales qui se résolvent en éructations ; l'incrédulité qu'on leur témoigne m. lévy. Hygiène, 6e édit. ' ~"

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exaspère leur irritabilité, etc. Georget a tracé, avec vérité, tous les traits de leur individualité, nous renvoyons à sa description. Mais remarquons que la multiplicité des souffrances qu'ils accusent en l'absence d'altérations locales, la versatilité de leurs sensations et de leurs volontés, les céphalalgies, les signes d'afflux sanguin qu'ils offrent fréquemment vers la tète, suggèrent à priori l'idée d'une affection cérébrale. Cette présomption est confirmée par la nature des causes qui favorisent le développement de l'hypochondrie ; elles tendent presque toutes à surexciter l'encéphale; aussi l'hypochondrie est-elle. la maladie des gens de lettres, des savants (1), des artistes, des hommes politiques; elle se développe surtout à l'âge des passions, dans les rangs les plus aisés de la société, où circulent plus d'émotions et d'idées; elle fait les génies incompris, les touristes ennuyés, et toutes ces âmes blasées qui s'agitent, prisonnières à l'étroit, dans la sphère de leurs destinées, dans l'horizon de la vie commune; elle est à notre sexe ce que l'hystérie est aux femmes (2). Beaucoup d'hypochondriaques conservent pendant de longues années l'intégrité des fonctions nutritives et la vigueur de leur constitution ; leur intelligence, souvent embarrassée, prompte à se fatiguer, suffit cependant à la direction de leurs intérêts matériels ou de leurs travaux ; mais à la longue des altérations trèsréelles surviennent dans les organes, particulièrement dans le cerveau et dans les organes digestifs. Il convient donc de ne pas trop compter sur leurs apparences de santé ; au lieu de tourner leurs souffrances en ridicule et de les harceler d'inutiles exhortations, il faut songer à supprimer les causes qui ont provoqué ce mode spécial d'innervation encéphalique. N'attendez pas que la maladie, d'abord mentale, je le veux bien, ait allumé dans les viscères, des foyers de réaction qui doubleront son intensité. Le traitement doit être hygiénique et moral dans la période où il n'existe encore aucune complication. L'éloignement des causes en est la première base, elles sont inhérentes souvent à la profession, aux occupations journalières, à l'entourage, etc. Malheureusement toutes ne peuvent être écartées; les chagrins, les sollicitudes de l'àme ne se déplacent point mécaniquement. Il est utile d'acquérir sur ces malades assez d'ascendant, assez d'autorité pour les diriger dans leurs actes, dans leur régime, pour les amener à modifier leurs habitudes, etc., le tout sans violence ni froissement. La patience, la charité, lacondoléance la plus affectueuse, doivent présider aux rapports qu'on établit avec eux; et, pour mieux sonder

(1) « Quin imô non pauci ex iis viris qui vitam degentes sedentariam, chartis soient împallescere, eodem morbo tentantur. „ (Sydenham, Dissertatio epistolaris de ohservat Honibus nuperis. Genevse, 1749, p. 256.)

(2) •• Et iûamiibet omnis retrô antifoiUô symptomata illa, adfectibus hystericis al nascentia, utero ramper vitio verteret, si tamen aâfedionès liypochondriacas vulgo dictas, quas splenie aut viscerum nescio quorum obstruction! imputamus, cum mu- Uerum hystericarùm symptomatis conferamus, vix ovum ovo similius quam sunt utrpbique phsenomena, deprehendemus. „ (Sydenham, opère citato, Dissertatio epistolaris, etc. Genevœ, 1749, p. 256.)

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l'énergie de leurs souffrances, pour mieux en asseoir le traitement, ayez soin d'abonder en leurs dires, de croire à la réalité de leurs sensations. Vêtement, nourriture, exercice ou repos, isolement ou fréquentation du monde, voyage et bains, tout cela sera prescrit diversement suivant les nuances de l'état moral et les conditions physiques de chaque individualité. Les drogues n'y peuvent rien, et c'est parce que l'hygiène a seule mission de guérir ou de soulager l'hypochondrie que nous avons dû en faire cette courte mention. La nostalgie (de vo'<rroç, retour, et aÀyoç, souffrance),

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C'est ce dégoût d'un sol que voudraient fuir nos pas ; C'est ce vague besoin des lieux où l'on n'est pas, Ce souvenir qui tue ; oui, cette fièvre lente Qui fait rêver le ciel de la patrie absente ; C'est ce mal du pays dont rien ne peut guérir, Dont tous les jours on meurt sans jamais en mourir.

(Casimir Delavigne, Marino Faliero, acte I, scène ii.)

Le poëte se trompe, on meurt de la nostalgie, bien qu'elle soit moins une maladie qu'une habitude cérébrale ; mais par sa persistance et par son exaltation, elle finit par amener des désordres fonctionnels et des localisations morbides. Dans ses nuances moyennes, elle n'altère pas sensiblement la santé; mais si elle ne cède pas au bout d'un certain temps, si elle absorbe de plus en plus les facultés cérébrales, les troubles se déclarent et s'aggravent promptement jusqu'à la mort. L'effet qu'elle produit le plus rapidement, c'est l'émaciation générale, véritable consomption nerveuse, sans symptômes morbides bien saillants, et qui prouve à quel point le cerveau et le système nerveux agissent sur la nutrition et sur l'assimilation (1). Quel est le médecin militaire qui n'a observé les ravages de la nostalgie, soit qu'elle existât seule, soit qu'elle se fût développée dans le cours d'une maladie aiguë ou chronique? Peu de nos jeunes soldats échappent aux atteintes de cette souffrance inexprimable; elle s'empare surtout avec facilité des Bretons, des Vendéens, des Corses, et en général de ceux qui ont vécu dans l'isolement ou dans les montagnes. En 1831, le 21e régiment d'infanterie légère, alors en Morée, reçut un grand nombre de recrues corses dont plusieurs ont succombé à la nostalgie à l'hôpital de Navarin, quoique la Grèce leur offrît le climat, les sites pittoresques et presque le langage de leur île natale. Je n'oublierai jamais un jeune militaire qu'une incurable nostalgie avait frappé au cœur : promesses de congé ni sympathiques assurances ne purent tempérer sa tristesse, soutenir son courage; cette mer qu'il avait mise entre lui et la France lui semblait infranchissable pour le retour : poniurfi aspectabant fientes. Il tomba dans le marasme et s'éteignit, serrant clans ses mains décharnées la dernière lettre qu'il avait reçue

(1) Lobstein, A natomie pathologique, t. I, p. 78-79.

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de sa famille. Ce ne sont pas seulement les jeunes hommes à leur début que sollicite l'amour du sol natal, le souvenir du clocher ; l'adversité le réveille dans c< ux que l'âgé et l'expérience de la vie semblaient avoir aguerris. J . D.Larrey raconte (1) qu'au milieu des horreurs de la peste, le regret de la France saisit les glorieux soldats de Saint-Jean-d'Acre, et accéléra les ravages du fléau. J'ai été témoin des mêmes effets sur le littoral de la Bulgarie en 1854, en présence d'une des épidémies les plus foudroyantes qui aient décimé les armées. Dans les dernières et néfastes campagnes de l'empire, Bégin (2) a vu des militaires dont le moral avait été soutenu d'abord par la prospérité de nos armes, tomber, sous le coup de nos désastres, clans une nostalgie profonde. Les navigateurs ont remarqué de même parmi leurs équipages l'influence que les vicissitudes des voyages de long cours exercent sur la production de la nostalgie (3). C'est clans les grands rassemblements de troupes, et parmi les soldats d'un même département, qu'on la voit sévir sous forme épidémique, comme à l'armée du Rhin, en l'an II; à celle des Alpes, pendant les premiers mois de l'an VIII ; à la grande armée, à Mayence, en 1813, etc. Toutefois elle est plus rare chez les hommes éprouvés par les événements que chez les jeunes gens ignorants des dures conditions de la vie et ayant encore la religion des souvenirs et des affections dans toute sa naïve ferveur. Si les femmes y paraissent moins sujettes, c'est que leur existence n'entraîne pas une aussi grande variété de sensations que celle de l'homme ; quelles que soient leurs migrations, leur manière de vivre en est moins changée, et comme les anciens, fugitifs du sol natal, elles emportent avec elles leurs dieux lares, c'est-à-dire les ressources de leur nature, les magiques ressorts de leur intimité, tout ce monde intérieur qu'elles se bâtissent et dans lequel elles existent plus réellement que dans le monde extérieur. La culture de l'esprit, sans exempter absolument des attaques de nostalgie, augmente la force de résistance cérébrale, dilate la sphère d'activité intellectuelle et permet ainsi plus de consolation, plus d'espérance, plus d'efficace dérivation. La société familière du nouveau venu peut beaucoup pour lui épargner ou lui alléger le regret de la patrie. On a remarqué que la nostalgie sévit plus particulièrement dans les régiments où le commandement revêt des formes acerbes, où la discipline se fait inexorable et prétend passer son niveau jusque sur les affections du cœur; l'état militaire se montre alors aux jeunes soldats comme une servitude sans compensation, et ils comparent avec amertume la liberté du foyer domestique, les soins de la famille avec cette sévérité brutale qui repousse la confiance et l'attachement.

La nostalgie naissante se révèle par une attitude réservée et taciturne qui contraste avec les expansions franches et hardies du jeune âge; les travaux que

(1) J. D. Larrey, Mémoires et campagnes, expédition oVÉgypte et de Syrie, 1. 1.

(2) Bégin, Dictionnaire de médecine et de chirurgie pratiques, t. XII, p. 78.

(3) Fonssagrives, Traité d'hygiène navale. 2« édition. Paris, 1877. — H. Rey, Nouv. Dict. de méd. et de chirurgie prat., art. Nostalgie.

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le malade n'accomplissait pas sans quelque plaisir n'excitent plus en lui que tiédeur et dégoût ; sa pensée s'attache avec une fixité de plus en plus opiniâtre aux tableaux que son imagination lui retrace de son pays natal, de l'intérieur de sa famille ; ils le suivent dans le sommeil ; sa lèvre épelle dans les rêves les syllabes des noms chéris ; au désir de revoir ceux qui les portent s'ajoute la crainte de n'en pas obtenir la faculté, de ne pas vivre jusqu'à l'époque marquée pour le retour. Sous l'influence de ses préoccupations accablantes, insurmontables, la nutrition s'altère, l'appétit diminue, la maigreur fait des progrès ; la pâleur du visage contraste avec le feu concentré des yeux qui s'enfoncent dans les orbites ; une sorte de fausse honte, une sollicitude navrante et mystérieuse y respire; les mouvements sont lents, embarrassés; l'impulsion cérébrale qui les coordonne fait défaut. Parfois le nostalgique gît inerte dans son lit, et n'est tiré qu'à peine de sa concentration douloureuse par les interrogations du médecin ; mais si vous venez à lui parler avec éloge de son pays et de ses compatriotes, si vous lui faites entrevoir, sans trop dévoiler sa nostalgie à l'assistance, une prochaine espérance de renvoi en ses foyers, vous verrez sa face pâlir et rougir alternativement, un éclair de joie mal comprimée passer dans ses yeux; l'émoi de l'encéphale se communique, comme par une secousse électrique, à toutes les parties du corps, et votre doigt, posé sur son pouls pendant cet entretien, l'a senti s'animer et bondir soudainement. Voilà l'aveu ou plutôt l'explosion spontanée de la nostalgie vraie. L'habitus extérieur tout entier l'a confessée à vos regards ; le malade lui-même ne vous l'aurait pas si explicitement déclarée, et, tout au contraire du simulateur qui devance vos interrogations par l'élégie de ses regrets lacrymatoires, le vrai nostalgique se défend, quoique à voix basse, de la faiblesse que vous lui attribuez, et n'aspire, à l'en croire, qu'à reprendre son service ou ses occupations. Le plus sûr moyen de le guérir, c'est de lui rendre ses affections, ses habitudes, l'air natal, le toit domestique ; le seul espoir de les retrouver bientôt le soulage efficacement et le soutient dans les épreuves qu'il lui reste à subir ; aussi ne manquet-on pas de l'offrir aux jeunes militaires qui, malades dans les hôpitaux, se souviennent de leur Argos (1) avec une anxieuse intensité de vœux et de regrets. Une promesse de congé a sauvé plus d'un de ces malheureux; la certitudede l'obtenir apaise comme par enchantement les effets delà complication morale, et quand la convalescence est confirmée, quand avec les forces reviennent la gaieté et l'activité, il leur arrive parfois de renoncer spontanément à la faveur promise; le cerveau, stimulé par un sang plus riche et plus abondant, sollicité par des impressions nouvelles, se détache de la série d'idées nostalgiques. D'autres fois celles-ci s'exaltent : l'excitation encéphalique va croissant, le délire éclate et peut aller jusqu'à l'aliénation; les consolations, ies assurances les plus positives de retour au foyer, demeurent sans influence; il my a qu'une ressource, c'est le renvoi immédiat du malade dans sa famille ;

Pulces moriens reminiscitur Argos. (Virgile,)

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sinon la mort survient dans quelques semaines et moins. J. D. Larrey a observé ce genre de nostalgie; nous en avons eu clans notre service au Val-de- Gràce un exemple terrible : le malade nous répétait tous les matins, avec les transports du plus profond désespoir : « Renvoyez-moi dans mon pays, ou je mourrai. » Et l'ensemble des symptômes ne nous prouvait que trop qu'il réaliserait son lugubre augure. Quand la nostalgie ne s'est pas encore développée avec force et qu'il y a lieu de la combattre ou de la prévenir, c'est aux modificateurs de l'encéphale qu'il faut recourir; c'est au moral qu'il faut s'adresser, non au corps, par voie de persuasion et d'affectueux égards, non par intimidation ni par raillerie. Dans les réunions d'hommes, comme les collèges, les écoles de l'État, les régiments, une sage combinaison d'exercices physiques, de récréations et de travaux peut obvier au mal ou remédier à ses premières manifestations ; la musique, la danse, la gymnastique, les jeux communs, ont défendu contre l'invasion de la nostalgie plus d'un régiment, plus d'un équipage embarqué pour une lointaine expédition. Ces exercices créent des associations d'abord forcées, mêlent les caractères, développent les affinités, suggèrent des séries d'idées nouvelles ; l'oisiveté de l'esprit est la condition qui favorise le plus le développement de la nostalgie : que l'on s'empresse de remédier à cette cause d'énervation morale. C'est par des jeux que Desgenettes, en Egypte, parvint à distraire l'armée que décimait la peste.

Enfin les plus difficiles à distraire se soulagent dans les entretiens qu'on leur offre sur le sujet même de leurs mélancoliques préoccupations; toute cause s'épuise par ses manifestations; et, à force de parler du sol natal, de leurs parents, de leurs amis, ils s'aperçoivent moins de la distance qui les en sépare; les larmes qu'ils répandent dans un cœur compatissant leur procurent une sorte de détente intime; ils sentent faiblir par degrés la douleur qui, cachée avec une sorte de pudeur, refoulée par l'indifférence de leur entourage, pesait sur leurs âmes d'un indicible poids.

Il est une nostalgie pour ainsi dire physique qu'il serait dangereux de confondre avec celle que nous rangeons parmi les habitudes morbides : c'est la nostalgie des individus qui, jetés sur une terre lointaine, ne possèdent point dans leur organisation les ressources nécessaires pour l'acclimatement. Doués d'une médiocre réaction, ils fléchissent lentement sous l'influence d'un milieu avec lequel ils ne peuvent s'équilibrer ; l'état de langueur où ils tombent résulte de leur inaptitude organique à vivre dans les conditions du climat nouveau : leur nostalgie, comme l'a dit Thévenot, n'est alors qu'un besoin vital (1).

3° Appareil locomoteur. — Le système musculaire est le siège d'affections diverses qui. ne compromettent point la santé; les rhumatismes, myodynies, contractures, etc., n'agissent sur l'économie que par l'intensité de la douleur et (a privation passagère ou prolongée du mouvement, soit d'une partie, soit

(I) Thévenotj Traité des maladies des Européens dans les pays chauds, 1840, p. 78;

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de la totalité du corps. Toutefois la mobilité des affections rhumatismales est une menace pour les organes profonds qui n'échappent point à leurs métastases. L'appareil fibro-séreux est tributaire de deux maladies dont les rapports avec la santé générale ne sont pas également appréciés par tous les médecins : le rhumatisme articulaire ancien, ses récidives sans éclat ni force, arrêtent à peine l'attention de beaucoup d'entre eux. La goutte n'effraye pas davantage, et, dans l'impuissance de la guérir, on en a fait un brevet de longue vie, une rassurante incommodité plutôt qu'une maladie. Le rhumatisme articulaire non fébrile a une marche indéterminée, s'épuise spontanément; mais ces récidives sont inévitables, sans détriment pour la longévité. Quand il donne lieu à des réactions fébriles, le retentissement sympathique qui les accompagne, les accidents qui sont à redouter vers le cœur (endocardite rhumatismale), ne permettent point de ranger cette affection parmi les habitudes morbides plus ou moins inoffensives pour le fond de la constitution et la durée de la vie. La goutte, qui s'attaque de préférence à l'aristocratie de la fortune et de l'intelligence, comme pour justifier le système des compensations (1), et dont Lucien a dit :

Cognoscat unusquisque, me solam deûm Non deliniri pharmacis, non obsequi,

la goutte ne répond guère, par les accidents qu'elle entraîne, à la sécurité proverbiale des médecins et des malades : une attaque de goutte qui ne revient pas ne préjudicie point à la longévité; le danger n'est pas immédiat, et tant qu'il ne survient pas de complication, une bonne constitution triomphe des atteintes de la goutte aiguë. Mais chronique, elle produit des effets généraux et locaux qui, de loin ou de près, menacent l'existence du malade. Le trouble de la nutrition et de l'hématose résulte en partie de l'immobilité à laquelle sont condamnés les goutteux par les lésions profondes de leurs articulations, et produit ce qu'on a appelé la cachexie goutteuse; la sécrétion excessive d'acide urique qui caractérise la goutte prend issue non-seulement par les tissus qui environnent les articulations, mais encore par les reins : de là cette néphrite goutteuse décrite par Rayer (2), et qu'Érasme déjà, sous le nom de néphrétique, appelait la sœur de la goutte. Une foule d'autres accidents graves, sont dus à la rétrocession de la goutte (goutte interne), soit qu'on envisage les affections viscérales consécutives à la disparition de la goutte comme des déterminations analogues à celles qu'elle opère vers les

(1) « .... Verbo dicam, articularis hicce morbus (quod vis de quovis alio adfirmaveris) divites plures interemit quam pauperes, plures sapientes quam fatuos... quse boni atque mali contemperatio, fragilitati nostrae et mortalitati ita propria nobis fortasse adprimeconducit. » (Thomas Sydenham, Opéra universel. Lugduni Batavorum, H26, p. 443.)

(2) Rayer, Traités des maladies des reins. Paris, 1840, t. II, p. 500.

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jointures et qui consistent en des concrétions d'urate de soude et de chaux, soil qu'on les explique par la loi de la solidarité physiologique des organes (1). Il ne faudrait pourtant pas ne voir dans la goutte qu'un effet d'oxydation plus ou moins complète des matières albuminoïdes qui servent à la nutrition de nos tissus ; il y a des goutteux sans excès d'urates dans le sang, et des individus qui rendent beaucoup d'acide urique dans leurs urines sans avoir jamais souffert d'accidents goutteux. De là quelque incertitude sur l'influence effective de l'alimentation, à moins d'une prédisposition individuelle et spécifique qu'il ne faut pas confondre avec la diathèse urique.

Les difformités du système osseux, quelle qu'en soit i'étiologie, créent une variété de l'espèce humaine qui a ses conditions spéciales de santé et de pathogénie, d'hygiène et de thérapeutique; elles ont été approfondies de nos jours, et les faits, les principes généraux, les applications pratiques qui sont sortis de cette investigation, composent une branche nouvelle de la médecine et de l'hygiène, l'orthopédie. Rappelons seulement que le rachitisme est une affection essentiellement différente des scrofules ou de l'affection tuberculeuse des os, ainsi que de toutes les espèces de ramollissements des os qu'on observe chez les adultes ; le rachitisme est une maladie générale de l'enfance caractérisée par l'altération ou la perversion, ou même la suspension du travail de développement et de réparation de l'organisme, et principalement du système osseux. Nous empruntons cette définition à J. Guérin. Cet observateur, qui a contribué à la constitution scientifique de l'orthopédie, émet encore cette conclusion que les difformités de l'épine qui surviennent vers l'âge de la puberté, et toutes celles qui n'ont pas été précédées de déformation des membres inférieurs, ne sont point de nature rachitique. Il est important que l'hygiéniste soit éclairé sur l'origine, la nature et la marche des altérations multiples et diverses qui ont pour effet la déformation du squelette : appelé à les prévenir par une juste combinaison des moyens hygiéniques, le premier besoin qu'il éprouve est d'assigner aux aberrations de la plasticité leur signification étiologique. La considération des causes qui provoquent le rachitisme peut seule déterminer le régime qui convient aux enfants menacés ou déjà frappés dans leur nutrition ou dans leur développement. L'ossification étant retardée, les os des membres se courbent, se raccourcissent, les côtes s'affaissent, le sternum se soulève, la région dorso-lombaire fait saillie, la colonne vertébrale et lo thorax se déforment; d'où gibbosités antérieures et postérieures, avec géne de la respiration et du jeu du cœur. La station et la marche que l'enfant sain exécute à douze ou quinze mois ne deviennent possibles aux rachitiques qu'entre deux et trois ans; l'évolution dentaire, liée au travail d'ossification générale, est ralentie comme elle, et contrarie l'usage d'une nourriture plus substantielle que réclame l'économie, déjà débilitée par le défaut d'exercice et de mouvement. Les bruits du souffle céphalique et des vaisseaux du cou

(1) Boerhaave, Aphor., 1273,

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révèlent, chez les rachitiques, une altération du sang, indice de la détérioration de leur organisme (1).

Nous ne terminerons pas cette revue incomplète des différents états de l'organisme qui lui font une santé relative, sans dire un mot de la santé des amputés. On a dit d'eux qu'ils sont dans le cas d'un arbre auquel on a coupé l'une de ses branches principales ; les fluides nourriciers qui se rendaient au membre retranché, continuant d'être fabriqués et élaborés par les agents de la digestion et de l'hématose, refluent sur les autres parties et contribuent à leur accroissement ; la même quantité de matériaux alibiles répartis sur une moindre surface d'assimilation donne lieu à une rapide augmentation de force et de volume : c'est merveille que de voir des opérés qui ont perdu un bras ou une jambe acquérir, dans un court espace de temps, un embonpoint et une exubérance sanguine que ne promettait nullement leur constitution primitive. Il faut tenir compte, il est vrai, de la suppression du foyer morbide qui donnait lieu à une déperdition fâcheuse, et réagissait, par le travail d'une vaste suppuration, sur l'état des viscères ; l'amputation a détruit une cause incessante d'épuisement et d'infection, rendu l'essor à la nutrition. Mais il arrive que la nature dépasse les bornes de la réparation, la pléthore est imminente ; des sujets qui étaient tombés dans un état voisin du marasme acquièrent une vigueur et une plénitude vasculaire telles, que des congestions vers la tète, vers la poitrine, les menacent habituellement, et que l'établissement d'un exutoire est indiqué pour compenser l'exagération presque soudaine du mouvement nutritif : à ce moyen de dérivation il faut préférer l'usage intermittent des laxatifs. Mais c'est par le régime que l'on réussit surtout à prévenir les effets de la mutation accidentelle que subit l'organisme : on songera à faciliter aux amputés l'exercice dont ils ont été plus ou moins longtemps privés par la maladie qui a nécessité une opération. Malheureusement celle-ci a pour résultat de rendre la locomotion moins aisée, moins spontanée. La mécanique vient au secours de la nature, mais ne la remplace point. Les moyens de sustentation et de progression, que les amputés doivent à une ingénieuse industrie, ont été perfectionnés de nos jours ; nous nous contenterons de rappeler ici la condition essentielle de leur utilité : ils doivent être construits de manière que le point d'appui principal qu'ils présentent au moignon soit le plus large possible, sans porter sur la cicatrice; que leur application au moignon n'entraîne aucune compression fâcheuse; que la machine entière ait assez de poids pour lester le moignon et pas trop pour exiger une action musculaire excesssive : ce qui donnerait à la simple locomotion le caractère d'un exercice violent et la restreindrait à de rares et courtes promenades.

(1) H. Roger, Généralités sur la médecine infantile {Union méd., 1868, p. 68).

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