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CHAPITRE VIII

DE L'IMMINENCE MORBIDE

La réaction organique est en raison composée de la constitution et des influences qu'elle reçoit ; la mesure de cette réaction se trouve donc d'une part dans les qualités et la quantité des influences, d'autre part dans les éléments de la constitution. Toutes les fois que la réaction devient irrégulière, on doit en chercher la raison dans l'homme ou dans les modificateurs, et plus souvent encore dans l'homme seulement. Ce sont là les deux foyers de l'étiologie des maladies; et s'il faut leur assigner une importance relative, nous appellerons en première ligne l'attention du médecin sur le rôle que joue la spontanéité organique dans la production des troubles fonctionnels et des états morbides. Nous pensons avec tant d'autres observateurs, que la cause initiale de la plupart des affections non traumatiques réside encore plus dans les conditions de l'organisation individuelle que dans les influences du dehors ; celles-ci n'acquièrent l'efficacité nécessaire pour la réalisation de l'état morbide qu'autant qu'elles sont favorisées, quelquefois de très-loin, par les prédispositions personnelles. Les prédispositions relèvent de tous les éléments de la constitution précédement étudiés; plus ou moins nombreuses, c'est fortune qu'elles se balancent entre elles et se neutralisent par l'antagonisme des actions physiologiques. Bien des santés ne durent qu'au prix de cette pacification précaire des éléments de maladie que recèle l'organisme : trêve de quelques années que vient rompre tôt ou tard la prépondérance d'une partie. Mais le plus souvent cet équilibre incertain n'existe même point; sous l'impulsion des moindres causes, l'organisme éprouve des déviations que ne suit pas toujours un retour complet à la santé, ainsi que nous l'avons dit plus haut, et qui accusent en lui l'exagération ou l'insuffisance de l'un des agents mêmes de la constitution. Combien est-il d'hommes qui n'aient point, suivant l'expression vulgaire, un organe faible, c'est-à-dire plus sujet à ressentir l'atteinte des influences morbifères ? L'école physiologique appliquait à cette disposition la dénomination de diathèse, et elle admettait ainsi autant de diathèses qu'il y a

(1) Lucas, Traité physiologique de l'hérédité naturelle dans les états de santé et de maladie. Paris, 1850, 2 vol. in-8.

M. lévy. Hygiène, 6e édit.

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d'organes et de viscères (1). Mais diathèse ou prédisposition latente (Chomel), ce n'est qu'un mot ; et sans repousser l'idée « d'une modification spéciale, » entièrement inconnue clans son essence, soit de toute l'économie, soit d'une » ou de plusieurs des parties qui la constituent » (2), interrogeons l'économie dans ses conditions propres; rattachons, s'il se peut, tout phénomène à son principe matériel. Alors 'il apparaîtra que ces diathèses, ces dispositions inconnues dans leur essence qui penchent l'homme vers la maladie, qui lui circonscrivent une sphère particulière d'imminence morbide, se déduisent des éléments de chaque organisation individuelle, et sont en quelque sorte la végétation spontanée du fonds humain.

| 1 , — De l'imminence morbide suivant; les tempéraments et les idiosyncrasies.

On a dit que le tempérament est le premier pas vers la maladie : cet axiome est rigoureusement vrai. Et c'est ici que la doctrine des tempéraments révèle toute son importance pratique ; ils interviennent non-seulement dans la génération des maladies, mais dans leur forme, leur marche et leur terminaison : ces rapports sont tous les jours saisis au lit des malades par les regards du praticien, et il puise dans la conscience de son observation la sanction d'une vérité traditionnelle, vainement attaquée ou niée par des adversaires plus exigeants que l'expérience des siècles. C'est à l'âge surtout où les tempéraments se prononcent jusqu'à l'évidence, qu'il est facile d'en apprécier les liaisons avec l'étiologie, la pathogénie et la thérapeutique. Les hôpitaux militaires présentent les meilleures conditions de cette étude : les malades qui s'y rendent ont, pour la plupart, acquis leur développement ; ils n'ont plus les formes indécises du premier âge, les apparences transitoires de l'adolescence ; ils n'ont pas encore subi d'altération dans leur aspect extérieur par le progrès des années : aussi nulle part la médecine pratique n'est commandée plus sévèrement par la considération des différences individuelles qui ressortent des tempéraments. Dire que le tempérament sanguin est disposé aux congestions, aux hémorrhagies, aux inflammations, qu'il enveloppe en général les affections morbides d'une phénoménalité active, bruyante, qu'il leur imprime une progression rapide et les précipite vers une solution promptement heureuse ou fatale, c'est répéter des faits vulgaires, mais exacts. Exagéré passagèrement ou par l'effet de l'organisation primordiale, il donne lieu aux accidents connus de L'état pléthorique. Si les sujets sanguins se trouvent, par la mobilité de leur

(I) L'idée de diathèse a trouvé sa formule la plus nette sous la plume de Littré et de- Etôbïn : « Disposition générale en vertu de laquelle un individu est atteint de plusieur affections dumême genre, de même espèce. » [Dictionnaire de médecine, 14e édition Paris, 1878, p. 453.)

(2; Chomel, Pathologie générale*, 3e édition, p. 89.

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I système vasculaire, sous l'imminence incessante de maladies fébriles, aiguës, I phlegmasiques, ils sont aussi doués pour y réagir avec efficacité : ils forment I cette élite de malades qui prêtent aux traitements énergiques, et plus souvent I encore s'en passent par la brusque spontanéité de leur guérison : c'est chez I eux que l'on voit survenir, soit par la peau, soit par la surface muqueuse, I soit par l'office d'un appareil spécial d'élimination (rein, foie), ces spoliations

■ abondantes qui, suivies d'une détente soudaine, ont mérité le nom de crise;

■ quelles que soient leurs déperditions, ils les réparent avec facilité.

Les gens nerveux, mais avec un développement médiocre du système mus- Iculaire, sont condamnés à des précautions pour se garantir des grandes vicis- Isitudes; ils ne sauraient les braver avec les mêmes chances d'impunité que Iles sujets sanguins : des causes qui glissent sur ces derniers leur suscitent des I dérangements; leur santé est toujours menacée de perturbations, mais elles «sont peu profondes, quoique accompagnées d'un vif émoi de sympathies; leurs ■maladies tendent moins à l'inflammation; elles déterminent des douleurs in- Htenses, mais compromettent rarement la vie. À un degré plus prononcé du [«tempérament nerveux, la réaction devient plus caractéristique; elle peut ■simuler l'appareil symptomatique d'une affection des plus graves, quoique [légère en elle-même et produite par une cause insignifiante. L'organisation ■■frêle et vibratile de ces êtres délicats qui s'abritent moelleusement dans les llboudoirs et s'exaltent par les romans, les spectacles, les bals, celle des littéra fleurs et des artistes chez qui la vie semble concentrée sur le système nerveux, ■«'ébranlent avec une déplorable facilité à tout souffle du dehors, et éclatent en Réactions désordonnées; ils sont pour ainsi dire habituellement dans un état ïfc'imminence spasmodique, convulsive, ataxique. Qu'une lésion survienne, ! lu'une irritation frappe un de leurs organes, toute l'économie en retentit dou- ! loureusement, quand ailleurs elle resterait confinée dans sa localité d'ori- [line, sans trouble ni souffrance; leurs maladies n'ont ni marche régulière ni I lolution critique. La forme intermittente ataxique, nerveuse, qu'elles revêtent, I leut donner le change sur leur nature, et il faut une sagacité exercée pour Baisir, derrière le masque d'une phénoménalité trompeuse, la cause réelle, le loint d'irradiation. Les névralgies, les viscéralgies,les palpitations nerveuses, fcystérie, l'épilepsie, l'hypochondrie, les hallucinations, les diverses formes

I ïaliénation, sont les éléments de l'imminence morbide qui résulte de ce temïlérament; elle doit être amortie par la dispensation graduelle des influences \ lygiéniques, par l'éloignement de tout ce qui peut exciter de fortes émotions, [ lurtout par l'augmentation de la vigueur musculaire au moyen des exercices

I I d'une alimentation solide. Quant aux médicaments dits antispasmodiques lu narcotiques que tant de médecins emploient même à titre de préservatifs,

i' l comme ils disent, pour éteindre la sensibilité, c'est à peine s'ils méritent | •Infiance pour les cas de maladie : ils doivent être bannis, comme toute [ ipèce de drogue, du domaine de l'hygiène. I Quand on sonde les prédispositions morbides que récèle le tempérament

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lymphatique, on reconnaît qu'elles correspondent, d'une part, à l'activité exagérée du système lymphatico-connectif, d'autre part à l'atonie des systèmes musculaire et nerveux : aux lymphatiques les engorgements glanduleux, les tumeurs articulaires, les scrofules, les supersécrétions séreuses et muqueuses, les ophthalmies tenaces, en un mot, toutes les maladies sans fin qui semblent l'apanage des constitutions molles et humides. Ce n'est pas qu'ils échappent aux phlegmasies, aux névroses; mais celles-ci ne se montrent guère que chez les lymphatiques avec prédominance de l'axe cérébro-spinal. Quant aux phlegmasies, elles revêtent chez eux des caractères spécifiques : point d'acuité ni de franche allure ; point ou peu de troubles généraux ni de guérisons spontanées. On observe plus fréquemment chez eux les congestions sanguines passives clans les poumons, le foie et la rate, le goitre et le crétinisme. Les femmes lymphatiques sont plus sujettes que les autres aux engorgements et aux déviations de l'utérus, au catarrhe vaginal et utérin; la lenteur de la circulation, la paresse du système nerveux, rendent les réactions difficiles, les sympathies obscures, le processus languissant, la terminaison incertaine. L'exhalation des surfaces affectées augmente ; de là cette forme muqueuse ou pituiteuse qui fixait presque exclusivement l'attention des anciens, et servait àclasserles maladies; celles-ci ont, dans le tempérament lymphatique, une tendance visible à la chronicité, les sujets prêtant peu au déploiement des médications énergiques et l'organisme étant frappé d'une sorte d'impuissance radicale.

Nous avons dit (page 68) qu'il existe une affinité entre les tempéraments et les idiosyncrasies; l'étude de l'imminence morbide confirme cette proposition. Chez les sujets sanguins ce sont le cœur et les poumons, souvent aussi le foie, qui reçoivent plus particulièrement l'atteinte des causes morbifiques; le cœur surtout semble être chez eux le viscère le plus actif. Toutefois les relevés nunu Tiques que nous donnons plus bas, et dans lesquels entre une forte proportion d'individus sanguins, tendraient à établir en faveur de cet organe une exception à la loi des idiosyncrasies; pour être plus activé dans ses fonctions, le cœur ne paraît point plus exposé à la maladie. La prédominance de l'appareil hépatique n'est parfois qu'une idiosyncrasie transitoire liée aux phases sumudles de la grande fonction à laquelle il concourt : « L'état des organes digestifs change avec les saisons » (1) ; mais elle s'observe aussi comme un< condition permanente de l'organisme : dans le premier cas, elle influe sur lî forraedes maladies régnantes et détermine ces épidémies à localisations diver les, mais scellées d'un signe commun, épidémies si bien caractérisées paij Stoll et Tissot; dans le second cas, elle centralise l'influence des agents morbifiques dans l'appareil sécréteur de la bile, ou colore pour ainsi dire les maniestations pathologiques desautres organes. C'est ici le lieu derappeler la distmc ion déjà faite des idiosyncrasies en actives et passives, et d'expliqué] cette dernière expression. En effet, tandis que les tempéraments résultent d<

0 ) Hippocrate, trad. Littré, Les eaux, des airs et des lieux, t. II,

privée] RAPPORTS DE L'IMMliNENCE MORBIDE AVEC LES AGES. 213 l'exagération anatomique ou physiologique de l'un des systèmes généraux, l'idiosyncrasie peut dépendre de la faiblesse relative d'un viscère, d'un appareil d'organes. Ce qui rend un organe vulnérable aux influences morbifères, c'est tantôt l'excès de son activité, tantôt son inertie ; robuste, capable d'une résistance prolongée, presque toujours il est exercé jusqu'à l'abus qui engendre la maladie ; délicat par je ne sais quelles nuances de sa texture, et d'une mobilité plus grande, il se fatigue pjus vite, réagit moins énergiquement,et s'altère par action de faibles causes ; en un mot, les mêmes différences que nous avons nalées entre la force individuelle des organisations se répètent entre la force l'elative des organes et des viscères du même individu : de là double pente à état morbide par ce que l'on peut appeler les idiosyncrasies actives et les idiosyncrasies passives.

Si le tempérament est un pas vers la maladie, l'idiosyncrasie en est la halte; elle commande, elle détermine en effet le siège de la maladie comme le tempérament lui imprime son allure et sa forme; c'est vers l'organe prépondérant par sa vitalité ou désarmé par sa faiblesse relative que convergent les mouvcents organiques dans l'état de santé comme dans l'état de maladie. Cette proosition a presque la valeur d'une loi que vérifie l'observation quotidienne, pposons que trois individus appartenant aux trois tempéraments que nous ons admis, mais doués de l'idiosyncrasie pulmonaire, subissent l'action proongée d'une cause morbifique, telle que le froid humide : le sanguin sera rappéde pleuro-pneumonie, le lympathique de catarrhe bronchique, le nereux éprouvera un accès d'asthme. Trois femmes à idiosyncrasie génitale, soumses à la même stimulation, présenteront, chacune suivant son tempérament anguin, lymphatique ou nerveux, des accidents de métrite, de leucorrhée ou hystérie. Diversifiez l'idiosyncrasie sous l'empire du même tempérament, et ous verrez une forte émotion ressentie par trois personnes à la fois produire, hez l'une un ictère, chez l'autre des palpitations, chez la troisième une diarhée. Le rôle que jouent les idiosyncrasies dans la production des maladies est constant, si décisif, que Chomel Qoc. cit.), qui a émis une théorie assez rague des prédispositions, a proposé d'appeler celles-ci des idiostjncrasies norbifiques; ce qui équivaudrait à qualifier le tempérament sanguin de tempérament morbifique, parce qu'il favorise plus particulièrement le développeront des affections inflammatoires.

§ ». — »es rapports de l'imminence morbide avec les âges.

Chaque âge a ses conditions anatomiques et physiologiques : il doit donc voir ses maladies; ce qui implique une spécialité relative de l'hygiène et delà érapeutique. Les modifications que subissent les tempéraments aux difféentes époques de la vie, le déclassement des idiosyncrasies par les vicissitudes e l'accroissement et du décaissement des organes, expliquent déjà pourquoi âge est tour à tour cause prédisposante ou cause efficiente de maladie. L'âge

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modifie la marche et la phénoménalité de certaines affections ; il en est d'au très qu'il empêche par un véritable antagonisme; enfin, des affections plus ou moins graves se développent exclusivement à certaines époques de la vie, ou ne peuvent se produire alors que sous une forme déterminée : aussi les a-t-on appelées maladies des âges. L'influence de l'âge se résume donc en ceci : préparer, déterminer, modifier ou bien empêcher le développement d'une maladie (1).

I. Age fœtal et naissance. — Nous avons signalé (page 120) la solidaj rité qui existe entre la mère et l'enfant; s'il est des déviations organiques et des maladies congénitales qui, inconnues dans leurs origines, échappent à nos moyens prophylactiques (hydrocéphale, hydrorachis, hernies, encéphalocèles, ichthyose), d'autres peuvent être éludées, prévenues. Les violences extérieures ont occassionné chez le fœtus des fractures, des luxations; les excès de régime, les abus alcooliques, commis pendant la grossesse, ne paraissent pas étrangers à la production de gastrites, de ramollissements gélatineux de la muqueuse stomacale chez quelques nouveau-nés. Vogel, Grucrsant et Blache ont rencontré la rougeole, la scarlatine, chez des nouveau-nés dont les mères avaient contracté ces affections peu de jours avant l'accouchement. La variole congénitale, niée par Cotugno et par Serres, n'est plus à démontrer. Husson, Clark, Valleix et Fleury ont observé la tuberculose congénitale. La femme enceinte évitera donc et les influences pathogéniques qui peuvent compromettre, troubler ou frapper d'irrégularité le développement du fœtus, et celles qui peuvent l'associer avec sa mère à un état morbide, propre au moins diminuer sa force et sa santé. Le choléra, la variole, la fièvre typhoïde, la syphilis, sont plus à redouter. Les fièvres éruptives peuvent épargner la mère et atteindre le fœtus; au moins, sous l'empire de certaines constitutions médicales, des mères saines ont mis des enfants au monde qui avaient la rougeole, la variole ou la scarlatine.

La viabilité du nouveau-né est d'autant mieux assurée que l'accouchemeni est plus rapproché du terme naturel, si l'accouchement est long et pénible; les pressions exercées par les parties osseuses du bassin, ou par les branchée du forceps, peuvent occasionner un céphalématome épicrânien ou sus-péjl crânien (P. Dubois), une hémiplégie faciale (Vernois, P. Dubois, Landouzy) une paralysie du deltoïde (Daguemier), l'asphyxie ou l'apoplexie, une fractur< du crâne. Une mère infectée de blennorrhagie ou de chancres vénérien! donne au passage une ophthalmie purulente à son enfant. Mentionnons en core l'enroulement du cordon ombilical autour du cou, et par suite de ligature et de la chute de ce cordon, la phlébite ombilicale, l'inflammation de; artères hypogastriques (Hodgson), un érysipèle, un phlegmon des paroi abdominales, des hémorrhagies. N'omettons pas l'ictère normal des premier joui s, bien étudié par Hervieux. C'est de la naissance au cinquième jou

(!) Gendrin, De Vinfiueme des âges, thèse de concours, p. 9,

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(Auvity), et jusqu'au douzième jour (Gardien), que se développe le sclérème, quelquefois lié à une lésion des reins, le plus souvent dû à l'impression des agents atmosphériques, car il est deux fois plus fréquent en automne et en hiver qu'en été, et empruntant ses caractères à ces deux conditions simultanées de la peau, hypérémie physiologique et infiltration séreuse.

II. Enfance. — L'injection très-prononcée des tissus membraneux chez les enfants facilite les hémorrhagies ; celles de l'intestin grêle et même de toute la muqueuse digestive affectent les nouveau-nés ; ce n'est guère que chez les enfants qu'on observe l'apoplexie méningienne dans laquelle le sangest épanché à la face du cerveau, dans les mailles de la pie-mère ou à l'extrémité inférieure et postérieure du rachis; les hémorrhoïcles ne surviennent à cet âge que sous l'influence de l'hérédité. Toutefois les hémorrhagies primitives ou secondaires aiguës sont rares chez les très-jeunes enfants ; les premières, plus fréquentes à l'âge de dix à quatorze ans, paraissent se lier aux approches de la puberté et s'observent surtout chez les filles. Les hémorrhagies cachectiques et chroniques sont beaucoup plus fréquentes à l'âge d'un à cinq ans (1). C'est aussi presque exclusivement dans l'enfance qu'on observe la forme d'hémorrhagie appelée constitutionnelle, et qui dépend de l'hérédité. Sur 65 cas de cette maladie, on l'a notée 46 fois dans la première année. Grandidier a compté 88 cas de mort à la suite d'hémorrhagies ombilicales chez les enfants issus de familles où règne l'hémophilie (2). Les lésions de sécrétion se lient encore chez l'enfant à l'activité de la circulation capillaire dans les téguments et à la turgescence des cryptes mucipares du tégument interne et des cryptes sébacés de la peau : de là l'ichthyose des nouveau-nés, produit d'une sécrétion épidermique anormale qui s'opère en même temps que la desquamation du premier épiderme; de là les concrétions de matière brunâtre et comme adipocireuse sur le front et les tempes du nouveau-né ; les diarrhées muqueuses qui accompagnent la première dentition, et qu'il ne faut pas confondre avec les diarrhées lientériques produites avant la dentition, par la disproportion de la nourriture avec l'état des organes digestifs. L'inliltration séreuse du tissu cellulaire, notée par Rilliet et Barthez chez plus du huitième de leurs malades, se montre plus souvent entre deux et cinq ans qu'au delà de six ans. L'hydrocéphalie, presque toujours consécutive, est aussi plus rare après l'âge de six ans : liée souvent à l'anasarque, au? fiçvres léruptives, à la néphrite, etc., elle est plus souvent encore Tune des cou- quences de l'infiltration tuberculeuse du tissu sous-arachnoïdicn. L'hyd] ritonie, primitive et secondaire, atteint plutôt les garçons que les filles, e1 postérieurement à l'âge de six ans; la forme primitive, comme l'ascUe secondaire aiguë, affecte de préférence les enfants forts et bien constitués, tandis

(1) Rilliet et Barthez, Traité des maladies des enfants, etc., t. II, p. 7.

(2) B Schnepf, Recherches historiques sur l'hémophilie (Gazette médicale de P$ • novembre 1855).

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que la forme chronique ou cachectique appartient aux enfants débilités. L'œdème du poumon est une des hydropisies les plus fréquentes de l'enfance; mais presque toujours terminal et à symptômes obscurs, il se rattache à la pneumonie lobaire ou tabulaire, à la gangrène du poumon, au croup, à l'entéro-colite, surtout à l'albuminurie et aux fièvres éruptives, la scarlatine en tête ; à l'état chronique, c'est la tuberculisation qui coïncide le plus souvent avec l'œdème pulmonaire.

L'incontinence des urines, si fréquente dans le premier âge, provient de ce que la vessie se contracte instinctivement par l'impression stimulante du liquide qu'elle contient; plus tard ce viscère subit l'influence cérébrale; mais sitôt que l'action du cerveau sur les organes contractiles est interrompue par le sommeil, l'incontinence se reproduit jusqu'à ce que les rapports du système nerveux cérébro-spinal et du système musculaire soient bien consolidés. La fréquence des mictions ne permet pas à l'urine de s'accumuler dans le réservoir et de former un courant assez fort pour entraîner les concrétions naissantes ou descendues des reins ; le petit diamètre de l'urèthre gêne d'ailleurs l'élimination de ces dépôts; retenus dans la vessie, ils augmentent par l'accumulation des matières salines de l'urine, accumulation qui s'opère d'autant plus facilement que, suivant l'observation de Prout, de un ou deux ans à sept, l'urine a une grande tendance à laisser précipiter les sédiments. La composition des urines influe nécessairement sur la production des calculs aux différents âges; aussi sont-ils rares pendant la première année, où les urines sont principalement aqueuses. Civiale a reconnu que la moitié des calculeux est impubère, et l'autre moitié âgée de quarante ans et plus.

La délicatesse des tissus tégumentaires, la richesse de leurs réseaux capillaires, l'activité de la circulation sanguine, l'irritabilité générale, placent les enfants sous l'imminence des phlegmasies internes et externes : aux enfants les plus jeunes, les plus délicats, aux filles, les phlegmasies à formes cachectiques et chroniques; aux plus âgés, aux robustes, aux garçons, les inflammations aiguës et franches. Inutile de rappeler celles qui se développent à leur peau, soit par l'effet des circonstances extérieures, soit par l'extension des irritations des muqueuses (érythèmes de la face, de l'anus, des fesses, lichen, porrigo, etc.) Jusqu'à la deuxième dentition, les inflammations des organes digestifs sont les maladies les plus ordinaires de l'enfance, qu'elles soient idiopathiques ou le résultat d'une complication; celle de l'œsophage paraît propre aux enfants (Billiard) comme affection spontanée, et se rattache à la vascularité physiologiquement exagérée de ce conduit. Les stomatites, avec turgescence gingivale, les stomatites aphtheuses simples, les coryzas si fréquents chez les nouveau-nés, sont les préludes ou les accompagnements de la première dentition, et coïncident avec l'évolution des dents, des os maxillaires, des glandes salivaires et des voies nasales : ce sont autant de maladies à surveiller plutôt qu'à traiter, car elles résultent de l'exaltation passagère d'actes physiologiques. — Un groupe spécial de maladies domine dans l'enfance, sans

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lui appartenir exclusivement : ce sont celles qui donnent lieu à la formation de pseudo-membranes et dont les plus fréquentes sont le croup et l'angine couenneusc; elles sont rares chez les adultes et s'observent exceptionnellement chez les vieillards, comme si elles trouvaient une des conditions les plus favorables à leur production dans la plasticité des fluides et dans la richesse des systèmes capillaires sanguins des enfants. Rilliet, Barthez et Blache ont noté, chez la plupart des enfants atteints de croup, la fermeté des chairs et la force de la constitution; c'est à l'âge de deux à sept ans que cette maladie se développe le plus fréquemment; le muguet survient entre cinq et dix ans, comme épiphénomène des fièvres éruptives, de la fièvre typhoïde, des entéro-coîites, etc., plus qu'à titre idiopathique ; il attaque surtout les enfants mal soignés et affaiblis. Ceux-ci payent un ample tribut aux inflammations de l'appareil respiratoire; ils sont sujets à des trachéo-bronchites, promptement fatales par l'engouement des bronches que l'expectoration ne vide point; les pneumonies les frappent à la mamelle; plus dangereuses encore par la dissémination de la phlogose (pneumonies lobulaires), elles sont fréquentes depuis la première dentition jusqu'à la puberté. Valleix (1) a recueilli luimême quatorze observations de pneumonie présentées par des enfants presque naissants ; l'âge de un à cinq ans y prédispose efficacement : sur 245 petits pneumoniques, 172 n'avaient pas dépassé l'âge de cinq ans, et 73 étaient âgés de plus de cinq ans. Chez les enfants de moins de cinq ans, Gerhardt et Rufz avaient nié l'existence de la pneumonie idiopathique ; sur les 245 malades précités, Barthez et Rilliet ont constaté vingt-quatre fois cette forme de la pneumonie avant l'âge de cinq ans, et dans ces conditions elle se termine presque toujours par la guérison. La bronchite est d'autant plus rare que les enfants sont plus jeunes : sur 115 atteints de cette affection, 37 avaient de un à cinq ans; 78 de six à quinze ans. La coqueluche, si fréquemment associée à la bronchite, se montre surtout de un à sept ans ; sur 130 cas observés par Blache, 106 appartenaient à cette période. On a cru que la néphrite n'existait guère chez les enfants que liée à l'état calculeux; les recherches récentes l'ont montrée assez fréquente, surtout avec albuminurie, et sous la dépendance de fièvres éruptives, intermittentes, typhoïdes, de l'affection tuberculeuse. Les organes génito-urinaires s'enflamment rarement; nous avons déjà signalé la vaginite qui survient parfois chez les petites filles entre deux dentitions. Il arrive quelquefois que l'inflammation oblitératrice de la veine ombilicale outre-passe ses limites et s'étend à la veine porte, comme ferait une phlébite ordinaire : Breschet et "Villermé, en faisant des recherches sur les cadavres de nouveau-nés, ont trouvé sur plusieurs, dont l'ombilic n'était point cicatrisé, la veine ombilicale manifestement enflammée, rouge, épaissie dans ses parois et contenant du pus (2). Quant aux méningites et aux encéphalites, qui sont fré-

(1) Valleix, Chronique des maladies des enfants nouveau-nés. Paris, 1838, p. 42.

(2) « La première enfance est sujette aux insomnies, aux aphtes, aux vomissements,

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quentes dans l'enfance, elles dépendent des mêmes conditions physiologiques que les hydrocéphales aiguës et les apoplexies méningiennes. Les inflammar tions exanthématiques, excepté les contagieuses , se montrent rarement avant la première dentition.

Les affections d'origine miasmatique sont à redouter pour les enfants, en raison de l'activité de leur absorption et de la perméabilité de leurs tissus; on sait la remarque faite par Villermé (1), que les enfants au-dessous de dix ans meurent en plus grand nombre, dans les contrées marécageuses, à l'époque de l'année où l'évaporation des eaux stagnantes a son maximum d'intensité. Le grand nombre d'enfants atteints de fièvre typhoïde, que reçoit habituellement l'hôpital des Enfants malades de Paris, confirme aussi sur ce point l'induction physiologique. Rare dans les premières années de la vie, moins rare entre cinq et huit ans, la fièvre typhoïde sévit avec le plus de fréquence sur les enfants de neuf à quatorze ans. Abercrombie l'a observée chez des enfants de six à sept mois ; Marc d'Espine, chez un enfant de sept mois ; Charcellay, chez des nouveau-nés.

Nous avons vu combien l'enfant est accessible aux impressions du dehors; transmises au cerveau, elles déterminent facilement une excitation trop vive qui donne lieu aux mouvements convulsifs : c'est à cette susceptibilité extrême du système nerveux qu'il faut rapporter les accidents convulsifs que font naître par réflectivité la dentition, la présence de vers dans le tube digestif, le prurigo de l'eczéma, etc. « Vers la dentition viennent le prurit et l'irritation des gencives, les fièvres, les convulsions, les diarrhées, surtout à la sortie des dents canines et chez les enfants qui ont beaucoup d'embonpoint et une constipation opiniâtre (2). » La chorée, qui consiste dans la discordance d'action entre le système nerveux et le système musculaire, et qui se caractérise par la rapidité extrême, le manque de précision et de fixité dans les mouvements, la chorée est une maladie plus familière à l'enfance qu'à tout autre âge; mais elle n'est ni rare, ni très-commune, car sur 32976 malades admis à l'hôpital des Enfants pendant dix ans, 189 seulement étaient affectés de chorée, = 1 sur 377 (Rufz). G. Sée a fait ressortir la liaison delà chorée avec le rhumatisme articulaire (3), et Henri Roger celle qu'elle a, non-seulement avec le vice rhumatismal, mais avec les inflammations de la membrane interne et externe du coeur (chorée cardiaque) (4). L'épilepsie a été appelée mal des enfants; on l'a vue se développer dès les premiers jours et dans les premiers mois de la vie : « Vel primo

» aux toux, aux inflammations ombilicales, aux suintements des oreilles. » (Hippocrate, Aphorismes, 24, sect. m.)

(1) Villermé, De Vinfluence des marais sur la vie {Annales d'hygiène publique et de médecine légale, t. XI, p. 345, Ire série. Paris, 1834).

(2) Hippocrate, Aphorismes, 25, sect. ni, traduction Littré.

(3) Germain Sée, De la chorée, rapports du rhumatisme et des maladies du cœur avec les affections nerveuses [Mémoires de V Académie de méd., t. XV);

(4) Henri Roger, Archives gén* de méd^ 1868.

privée] RAPPORTS DE L'IMMINENCE MORBIDE AVEC LES AGES. 219

mense aclgreditiir... vel circa dentitionis tempus a septimo ad decimam mensem (1)... » Cependant c'est surtout vers la puberté qu'elle se développe, Les convulsions primitives et sympathiques se manifestent d'habitude avant l'âge de sept ans; les convulsions symptomatiques, quoique plus fréquentes à la même période de la vie, ne sont pas rares entre six et quinze ans.

La cachexie scrofuleuse est due à une modification inconnue du sang", source commune des dépôts morbides multiples qui s'opèrent sur des organes éloignés les uns' des autres, et qui n'ont guère de liaisons sympathiques; elle a pour expressions locales la tuméfaction inflammatoire des ganglions lymphatiques, l'inflammation chronique des muqueuses oculaires, palpébrales, nasales, des arthropathies, la carie des os courts, etc. Le système lymphaticoconnectif est le siège de prédilection des manifestations scrofuleuses auxquelles il donne lieu, et comme il a une prépondérance marquée dans l'enfance, on comprend la fréquence des scrofules à cet âge : sur 537 scrofuleux, 210 sont compris entre un et dix ans. Scrofules et tubercules présentent sous ce rapport une grande divergence : ceux-ci sont beaucoup plus fréquents entre vingt et quarante-cinq ans qu'avant vingt ans; celles-là augmentent de fréquence jusqu'à l'âge de quinze ans, se montrent encore chez beaucoup d'individus entre quinze et vingt ans, deviennent plus rares entre vingt et trente ans, et disparaissent à peu près à mesure que l'homme avance vers la vieillesse. Nous empruntons à Lebert (2) le tableau suivant, plein d'intérêt pour l'hygiène :

Age. Tub reuleux pour 1000. Scrofuleux pour 1000.

On a noté depuis longtemps la fréquence plus grande des tubercules dans les centres nerveux, dans les ganglions bronchiques et dans les glandes mésentériques (carreau), chez l'enfant que chez l'adulte. Toutefois nous rencontrons souvent ces deux dernières localisations de la maladie tuberculeuse chez nos jeunes soldats, et c'est à tort que Gendrin considère comme une exception la tuberculisation des ganglions abdominaux après la puberté (loc. cit., p. 58). La méningite tuberculeuse appartient encore à l'enfance, en raison de la pré-

(1) Sydenham, op. cit., p. 620.

(2) Lebert, Traité pratique des maladies scrofuleuses et tuberculeuses, Paris, 1849, p. 60.

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