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DE L'IMMINENCE MORBIDE. [hygiène

dominance encéphalique, si prononcée à cet âge. Enfin, c'est à cette même époque de la vie que le rachitisme se développe fréquemment sous l'influence d'une alimentation trop forte ou insuffisante, par la direction vicieuse de la plasticité.

III. Puberté, âge adulte. — L'épistaxis est l'hémorrhagie des muqueuses dans l'adolescence et dans l'âge mûr. Chez les femmes, les hémorrhagies utérines s'observent à l'époque où la menstruation s'établit, et pendant la période d'existence de cette fonction; rares avant la puberté et après la ménopause, elles sont de source incertaine dans le premier cas, et presque toujours le symptôme d'une lésion matérielle dans le second, témoignant ainsi de l'influence de l'âge sur la vitalité et le développement des organes. Entre trente et trente-cinq ans s'opèrent des congestions vers le rectum, cause productrice des hémorrhoïdes dont les attaques, comme on dit, se répéteront plus ou moins fréquentes, avec ou sans effusion sanguine, jusque vers cinquante à soixante ans.

Parmi les lésions de sécrétion, il en est qui résultent en partie de causes spéciales, en partie des conditions physiologiques de l'âge : on ne saurait nier qu'une mastication incomplète, une sorte d'état suburral habituel qui se manifeste par les vomissements, les diarrhées, les coliques favorisent chez l'enfant la production des vers lombrics que l'on observe surtout vers la deuxième dentition. Les ascarides sont plus communs chez les adolescents et les adultes; le ténia dans l'âge moyen, à moins qu'il ne soit endémique, comme à Batna (province de Constantine).

Les inflammations cutanées, aiguës et chroniques, ne font point défaut au jeunes gens et aux adultes; nous les observons en grand nombre dans les hôpitaux militaires qui reçoivent en majeure partie des malades de vingt à trente-cinq ans; quoique leur muqueuse digestive n'offre plus la vascularité exubérante de l'âge précédent, ils sont exposés singulièrement aux inflammations gastro-intestinales et à celles des organes annexesdela digestion. La proportion de ces malades est énorme dans l'armée, et quand on pratique sur le théâtre où Broussais a recueilli les matériaux de ses généralisations, on s'étonne moins de la prépondérance pathogénique qu'il a conférée à la gastro-entérite. Vers la puberté, le larynx achève de se développer, et c'est à partir de cette époque que s'établit une aptitude particulière aux irritations de cet organe. Presque tous les faits consignées par Trousseau et Belloc (1) portent sur des hommes de trente à quarante-cinq ans. Les phlegmasies des bronches, des poumons et des plèvres occupent une plus grande place dans la pathologie de la jeunesse et de l'âge mûr; il résulte d'un grand nombre de faits relevés par Barth et Grisolle (2) que la pneumonie, assez commune dans la jeunesse,

(1) Trousseau et Belloc, Traité de la phthisie laryngée. Paris, 1837, in-8 avec planches.

(2) Grisolle, Traité de la pneumonie, 2e édition. Paris, 1864, in-8.

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atteint son maximum de fréquence dans la période de vingt à trente ans ; toutefois en tenant compte du chiffre de la population aux mêmes époques de la vie,' on trouve que la pneumonie, loin d'être rare chez les vieillards, est encore chez eux l'affection aiguë la plus commune et la plus meurtrière (1). L'évolution sexuelle, la gestation, l'accouchement, la lactation, etc., suscitent à la femme l'imminence des affections inflammatoires de l'appareil génital.

Tous les observateurs s'accordent à fixer l'opportunité de la fièvre typhoïde entre vingt et trente ans; Forget confirme ce résultat (2). L'histoire médicale de nos armées montre aussi que l'âge adulte est éminemment apte à l'absorption des miasmes paludiques, cause la plus générale de la production des fièvres intermittentes.

Les névroses appartiennent aux âges d'accroissement et d'état (hystérie, épilepsie, hypochondrie, manie, etc.).

La chlorose est liée, dans son développement, aux conditions physiologiques qui préparent la révolution de la puberté, et se prolonge par l'insuffisance de la réparation organique, non à cause de l'imperfection de la menstruation qui n'est qu'un reflet de la condition générale de l'organisme. La cachexie scrofuleuse retarde l'apparition des premières règles; la plupart des jeunes filles qui la présentent ne sont réglées que vers leur seizième année. La disposition scrofuleuse est souvent atténuée, corrigée par la puberté, qui a pour effet de condenser les tissus, de réduire l'activité des élaborations blanches; en général, l'évolution des organes sexuels et leur entrée en exercice sont suivies d'heureux changements et déterminent, d'après l'ingénieuse idée de Bordeu, la crise de l'enfance et de ses infirmités (3).

Quant aux tubercules, ils sont très-communs de dix-huit à quarante ans; des recherches publiées sur ce sujet, il résulte que l'homme après la puberté est surtout exposé aux tubercules depuis l'âge de vingt et un ans jusqu'à celui de vingt-huit; la femme y paraît plus exposée avant l'âge de vingt ans. Passé la puberté, les tubercules se montrent presque exclusivement dans les poumons. Briquet(4) a trouvé que les trois cinquièmes des phthisies se développent entre trente et trente-cinq ans, et que la plus grande partie des deux autres cinquièmes se manifestent de trente-cinq à cinquante ans : c'est donc durant la période décennale de vingt-cinq à trente-cinq ans que les sujets qui craignent pour leur poitrine doivent prendre le plus de précaution.

« Après cet âge (la jeunesse), viennent les asthmes, les pleurésies, les péripneumonies, les léthargies, les phrénésies, les fièvres ardentes, les diarrhées

(1) Chomel, Dictionnaire de médecine, 2e édition, t. XXV, p. 161.

(2) Forget, Traité de V entérite folliculeuse. Paris, 1841, p. 450.

(3) « Multa morborum gênera primo coïtu solvuntur, primoque feminarum mense; » aut si non id contingat, longinqua fiunt maximeque comitiales. » (Pline, Eistoria naturalis, lib. XXVIII, cap. iv.)

(4) Briquet, Revue médicale, février 1842.

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chroniques, les choléras, les dysenteries, les lienteries, les hémorroïdes (1). »

IV. Age de retour. — Les accidents pléthoriques marquent la transition de la maturité à la ménopause ; les hémorrhagies, phénomène fréquent de cette dernière phase, ont divers caractères : déplétives, elles rappellent celles qui dénoncent chez la jeune fille les premiers efforts du travail ovarien; symptomatiques, elles révèlent l'existence de .lésions organiques (polypes, tumeurs fibreuses, dégénérescences, etc.) et ne se lient pas à la décadence naturelle de la fonction; d'autres fois la femme, bien que devenue inpropre à la reproduction, conserve l'habitude de l'exhalation sanguine de l'utérus, et ces pertes, par leur répétition, la conduisent à ce qu'on a appelé la chlorose ménorrhagique (Trousseau et Pidoux). Nous avons parlé ailleurs des hémorrhagles supplémentaires ou déviations cataméniales dont Haller a fait une longue énumération : épistaxis, hématémèses, flux hémorrhoïdaux, hémoptysies, hématuries, dermorrhagies; à ces accidents que nous mentionnons par ordre de fréquence, il faut ajouter avec Rocque, Cazalis et Gendrin, les congestions cérébrales ou pulmonaires, d'accord avec Stahl qui admet la déviation menstruelle, même alors qu'il n'y a que fluxion avec congestion vers un organe. En somme, et pour leur gouverne hygiénique, l'âge de retour est signalé par une tendance aux hémorrhagies qui, suivant les conditions individuelles des femmes, sont sans influence sur leur santé, salutaires ou nuisibles; le plus souvent elles traduisent l'existence d'une maladie qu'il leur survit, et alors même qu'il n'existe point de lésion organique, la congestion hémorrhagique ne s'épuise point par la spoliation sanguine accidentelle. Au reste, ainsi que nous l'avons déjà dit, c'est vers l'abdomen que prédomine la circulation à cette époque de la vie.

Les lésions de sécrétion diminuent de fréquence avec le progrès de l'âge, les systèmes vasculaires perdant graduellement de leur activité.

A mesure que l'âge adulte penche vers son déclin, les inflammations se développent avec une allure et une phénoménalité qui les rapprochent des affections chroniques; elles ont des périodes moins distinctes, guérissent laborieusement, ou, ce qui est plus ordinaire, elles s'impatronisent dans l'économie. Chomel et Blache ont noté la fréquence de l'érysipèle périodique chez les femmes qui touchent à la ménopause.

Les fièvres d'infection miasmatique s'observent plus rarement; l'absorption est moins active : aussi les fièvres des marais sévissent-elles moins sur les individus de cet âge; et quant à la fièvre typhoïde, on en a constaté quelques cas à des époques avancées (Petit, Andral, Montault) ; mais on peut dire qu'au delà de cinquante ans, elle ne se développe qu'exceptionnellement, et qu'elle est déjà rare de quarante-cinq à cinquante ans.

La susceptibilité anomale du système nerveux s'affaiblit vers l'âge de retour, et finit par s'éteindre : avec elles disparaissent la plupart des névroses et des

(1) Hippocrate, Aphorismes, 30, sect. ni.

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affections convulsives qui ont tourmenté les années d'accroissement et d'état. Cet apaisement n'est pas le fait général : à cet âge, on observe chez beaucoup le femmes des céphalalgies, des migraines opiniâtres, des insomnies, des spasmes, de la tristesse, du spleen, quelquefois un état d'exaltation qui défient le point de départ du dérangement de l'esprit. Brierre de Boismont ijoute que ces troubles se manifestent même chez des femmes qui passent eurs jours dans le travail, tant il est vrai qu'ils procèdent de l'action symmthique de l'utérus sur le système nerveux, non des habitudes d'éducation A des regrets passionnés. Pinel (1) cité deux cas d'hystérie et d'épilepsie, léveloppés sous l'influence de la ménopause. Rocque et Raynaud ont recueilli i la Salpêtrière 26 observations où l'on voit l'épilepsie survenir 6 fois lors le la ménopause, et 6 fois à l'époque de l'âge critique ou très-peu de temps près la cessation des règles. Quant à l'hystérie, c'est à peine s'ils ont pu ■encontrer cette affection chez les femmes du service de Lélut qui avaient >assé l'âge de la ménopause.

Parmi les productions morbides sans analogues dans l'économie (hétéroplasiques, Lobstein), les tubercules se rencontrent dans l'âge de retour, mais ils âtent de loin. Nous sommes loin de les regarder comme le produit direct de 'inflammation; mais il est incontestable que leur apparition se lie à l'activité ; ï'talé des organes et est préparée par la fluxion des matériaux nutritifs qui se irige sur les parties en voie d'accroissement : c'est pourquoi la matière tuber- I uleuse prédomine chez l'enfant dans le tissu sous-arachnoïdien, dans les gan- • lions bronchiques et abdominaux, dans les poumons chez l'adolescent, dans I 3S testicules chez l'adulte, etc. Mais d'autres productions hétéroplas tiques ï araissent favorisées par l'état d'atrophie commençante des organes, qui coi'nicleavec l'âge de retour : tels sont le squirrhe, le cancer. La coïncidence du \ ancer avec le décaissement naturel des organes est confirmée par les recher- F hes de Leroy (d'Etiolles) (2). Il a fait le relevé de 2781 cas de cancer i ecueillis par des médecins français : sur ce nombre, 1227 ont été observés ; liez des sujets âgés de plus de quarante ans; 1061 sur des individus âgés de I lus de soixante ans ; 30 fois sur 100 le cancer occupait l'utérus, 24 fois sur 00 les mamelles. Sur 409 cas de cancer utérin observés à la maison de anté dans l'espace de douze ans par madame Boivin, 102 l'ont été de 30 à 0, 106 de 40 à 45, 95 de 45 à 50 ans. Dans des tableaux publiés par . vocque (3), et dressés avec les éléments de l'observation la plus authentique, ous avons relevé sur 60 cas de cancer, où l'époque de la ménopause a été > otée, 26 femmes chez qui l'apparition du cancer a coïncidé avec cette crise 'âge, l'a précédée ou suivie dans un délai d'un à cinq ans. Le carcinome du

(1) Pinel, Nosographie philosophique, t. III, p. 76 et 77.

(2) Comptes rendus de V Académie des sciences, 21 février 1843. — Comparez H. Leert, Traité dïanatomie pathologique générale et spéciale. Paris, 1856, t. I, p. 307.

(3) Rocque, Essai sur la physiologie et la pathologie de la ménopause, Thèses de Paris, 858, no 149.

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foie, dit Frerichs (1), rare dans l'enfance, appartient à la période avancée de la vie ; sur 83' cas, il en a observé 41 entre quarante et soixante ans, 19 entre soixante et soixante-dix ans. Enfin, la goutte se montre fréquemment, mais avec cette, particularité que plus la vieillesse s'avance, moins les accidents inflammatoires sont prononcés ; par compensation, la formation des tophus augmente : ce qui met en évidence la liaison qui existe entre la manifestation de cet état morbide et les conditions propres de l'âge.

La transition de la virilité à la période de décaissement a pour effet de fixer dans l'organisme les maladies qui datent d'une époque antérieure et qui ne sont point balayées par cette révolution d'âge ; elle leur imprime le cachet! d'une irrémédiable chronicité, et si elle ne les convertit en habitudes inoffen-i sives pour l'économie, celle-ci porte en elle, dès cette heure, le principe de sa destruction plus ou moins prochaine. Mais les changements qui s'opèrenl dans la constitution peuvent entraîner aussi la cessation d'habitudes existantes : c'est ainsi que les femmes ne se voient plus en proie à des souffrances périodiques telles que névralgies, hémicrânies ; elles sont délivrées comme par enchantement de douleurs rhumatismales, d'hémorrhagies mensuelles qui les épuisaient; leur santé, autrefois chancelante, se consolide; la forc(| de leur constitution s'accroît de la force qui ne se dirige plus sur l'utérus I mais ces mutations sont propres à leur sexe, au moins quant à la rapidité de leur succession, et nous devons nous arrêter un moment sur cette importante période de leur existence.

L'opinion qui fait de la ménopause un temps critique dans le sens fâcheux de cette expression, une phase périlleuse de l'organisme féminin, a-t-elle si source dans le préjugé ou dans l'observation? La statistique se charge d( répondre : « Du 43e degré de latitude au 60e, c'est-à-dire sur une ligne qu s'étend de Marseille à Pétersbourg, en passant par Vevej, Paris, Berlin e Stockholm, à aucune époque de la vie des femmes, depuis trente ans jusqu'j soixante-dix, on n'aperçoit d'autre accroissement dans leur mortalité qu< celui nécessairement voulu par les progrès de l'âge. A toutes les époques de 1; vie des hommes, depuis trente ans jusqu'à soixante-dix, on trouve une mortalité plus grande que chez les femmes, mais surtout de quarante à cinquant ans (2). » D'où il suit que la période de quarante à cinquante ans est vérita blement plus critique pour l'homme que pour la femme, quels que soient s; condition et son genre de vie. Ce n'est pas qu'il ne meure un plus gran< nombre de femmes entre quarante et cinquante ans, qu'entre trente et qua rante, etc.; mais leur proportion de mortalité reste inférieure à celle de hommes. Lachaise (3) est arrivé à des résultats semblables. Finlaison, archi

(1) Frerichs, Traité pratique des maladies du foie, trad. de l'allemand, 3° édition!

(2) Benoiston de Chàteauneuf, Mémoire sur la mortalité des femmes, etc.

(3) Lachaise, Topographie médicale de Paris. Paris, 1822, in-8.

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viste du bureau de la dette publique en Angleterre, a trouvé qu'après l'enfance, la vie des femmes l'emporte pour la durée sur celle des hommes, et dans une proportion vraiment étonnante. Enfin, Burdach (1) a dressé des tables statistiques avec des documents d'origine diverse, et d'où il résulte que depuis l'âge de quarante-cinq ans jusqu'à celui de cinquante-cinq ans, la mortalité des femmes est faible, comparativement à celle des hommes, et gpème qu'elle est alors moins considérable qu'à toute autre époque de la vie. Il semble donc qu'il en soit de la ménopause comme de la puberté, moins dangereuse en elle-même que par les préludes de son établissement. Il est certain qu'on a, rattaché à l'âge de retour beaucoup d'affections qui avaient pris naissance bien avant la cessation des règles, notamment des dégénérescences cancéreuses et squirrheuses des organes sexuels, précédées pendant plusieurs années d'écoulements séreux et séro-purulents. D'après Lisfranc, c'est entre l'âge de vingt et trente-cinq ans que débutent le plus grand nombre des affections de l'utérus. Toutefois un certain nombre d'accidents ont leur origine dans la ménopause, personne ne le conteste : telles sont ces hémorrhagies inquiétantes qui se renouvellent parfois à court intervalle et qui persistent pendant plusieurs mois et même pendant des années ; symptomatiques le plus souvent d'une altération organique, elles s'observent aussi sans cette cause; d'autres fois au flux succèdent la leucorrhée, les hémorrhoïdes, l'hématurie; la pléthore générale est presque inévitable chez un grand nombre de femmes sur le retour, et chez toutes survient celle du bassin ; la matrice peut rester congestionnée et finit par s'irriter. Des accidents nerveux, des vapeurs, des phénomènes d'hystérie et de mélancolie, ne sont pas rares, surtout quand les femmes appartiennent aux rangs aisés et éclairés de la société ; mais ils sont le plus souvent le reflet de l'état moral, et dénoncent moins l'influence sympathique de l'utérus que l'orage des passions encore vivaces et désormais déplacées dans le commerce social, les luttes impuissantes du regret qui doit aboutir à la résignation. Enfin, on a vu reparaître après la ménopause des maladies qui avaient disparu lors de la première menstruation, telles que des éruptions diverses, des furoncles, l'eczéma ; des érysipèles, des urticaires à répétition peuvent se manifester à partir de la cessation des règles.

L'hygiène seule protège efficacement la femme contre les suites de cette résolution d'âge, et sait conjurer l'imminence morbide qui l'accompagne et lui succède pendant un temps indéterminé. Il importe d'éloigner tout ce qui peut donner lieu à la polyhémie, à l'exaltation de la sensibilité, au réveil inopportun du désir vénérien ou à l'irritation locale des organes de la génération. Un régime humectant, médiocrement nutritif, végétal et lacté en grande partie; la prohibition de toute boisson alcoolique et aromatique; un vêtement chaud qui provoque légèrement la peau et décentralise les forces qui convergent vers l'utérus; l'exercice modéré et pris dans un air sec et vif : telle est la formule

(1) Burdach, Traité de physiologie. Paris, 1839, t. V, p. 392. m. i.Évï. llygièn?, 61' édit. I. — i'o.

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laconique des convenances sanitaires pour l'âge de retour, avec la donnée essentielle du calme moral et d'une sociabilité sagement circonscrite, soigneusement abritée contre les agitations mondaines et les tardives concupiscences. Un régime tonique et même l'emploi du fer trouvent leur place chez les femmes qui, anémiées par les pertes utérines, présentent de la faiblesse musculaire, des dyspnées, de la pâleur, des bruits de souffle cardiaques et vasculaires, etc.

V. Vieillesse. — Si l'on excepte les habitudes morbides que l'âge précédent a léguées à l'organisme, la vieillesse ne présente pas une seule maladie qui ne dépende directement des conditions matérielles et physiologiques de cet âge. L'organisation, comme l'a dit Rostan,est la cause première de leurs affections, comme elle en détermine la phénoménalité et l'issue. Que l'on se rappelle les changements qui s'effectuent à cet âge dans les centres nerveux, dans le système musculaire, et l'on comprendra pourquoi les vieillards perdent graduellement l'usage des sens, sont affectés de tremblements, de faiblesse et de pa>ralysie de la vessie, etc. Les résultats de la modification matérielle des organes engendrent à leur tour une série d'effets secondaires, d'où la complication des infirmités et des maladies : ainsi la rareté des mictions permet l'accumulation de l'urine dans la vessie; l'ampliation de ce réservoir, due à la stase habituelle de l'urine, achève de lui faire perdre son ressort; le manque ou l'insuffisance des contractions de la vessie rend impossible l'expulsion des concrétions dont la formation est favorisée par les causes précitées, etc. Les hémorrhagies cérébrales, si rare chez les enfants, puisque en vingt années Guersant n'en a observé que deux cas, sont presque inévitables pour les vieillards, ainsi que les ramollissements de la substance cérébrale, par suite des modifications que subit chez eux la circulation encéphalique, et surtout Ja texture des vaisseaux (athérome, embolies, etc.). La déposition du phosphate calcaire dans une foule d'organes, et notamment dans ceux de la circulation artérielle, entraîne d'autres maladies; le sang, en raison des obstacles qu'il rencontre dans son cours, stagne dans le ventricule et dans l'oreillette gauche, par suite dans les poumons : de là les lésions du coeur, si ordinaires dans le vieil âge, de là les engouements, les hypérémies passives ou plutôt mécaniques des poumons, cause de pneumonies mortelles. Ces inflammations sont souvent latentes et insidieuses par des intermittences qui font croire à la guérison. La fréquence des congestions et des apoplexies pulmonaires, ainsi que des catarrhes bronchiques et des dyspnées, tient aussi à l'espèce de transformation que subit l'appareil respiratoire : le poumon du vieillard s'atrophie; par l'agrandissement de ses cellules, le nombre des surfaces sur lesquelles l'air et le sang réagissent est diminué. Il est vrai que, par compensation, la masse du sang est réduite, ou, ce qui revient au même, son cours est relenti : modification qui conserve au vieillard le bénéfice de la loi en vertu de laquelle il existe un rapport constant entre la quantité de sang à vivifier dans un temps donné et l'étendue des surfaces sur lesquelles l'ait peut rencontrer ce sang (Andral) ; mais l'atrophie sé-

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lile ne se restreint pas toujours dans la proportion nécessaire à l'hématose : îlle s'exagère et produit la dyspnée. Les recherches de Bourgery confirment jette altération de la texture des poumons chez le vieillard, mais en font renonter l'origine plus haut : la faculté respiratoire, dit ce laborieux investiga- ,eur, s'use d'elle-même par la déchirure capillaire des canaux aériens et sanguins, improprement nommée emphysème pulmonaire ; cette déchirure iccompagne plus ou moins tous les grands efforts delà respiration. Quoiqu'elle semble l'usure sénile du poumon, elle commence néanmoins dès l'enfance et LUgmente graduellement avec l'âge, jusqu'à la vieillesse, par la seule réitéraion des actes fonctionnels. Le dernier résultat de l'emphysème sénile, dit >ncore Bourgery, est d'assimiler la respiration des vieillards à la respiration ni-partie à sang rouge et noir, le poumon du vieillard décrépit au poumon oculaire avec respiration incomplète du reptile.

Le défaut de sécrétion sébacée et de transpiration permet aux corpuscules rritants de se fixer à la surface cutanée des vieillards; de là des érythèmes ecs et d'autres éruptions. Forcée de suppléer la peau, la muqueuse aérienne écrète avec abondance et produit ces interminables bronchorrhées qui dégélèrent facilement en bronchites capillaires, sous l'influence d'une faible cause, elle que passage de la chaleur au froid. La chute des dents, la perte de la saive, l'atrophie de la tunique musculeuse des intestins, etc., occasionnent des iiarrhées iientériques par imperfection des digestions; les hernies sont favoisées par le relâchement de la paroi abdominale, la gangrène des membres >ar le défaut d'innervation et l'embarras de la circulation, etc.

La pathologie sénile est plus restreinte, puisqu'elle exclut les fièvres érupives, les névroses, le rhumatisme articulaire fébrile, les fièvres intermittentes iiopathiques, les dysménorrhées, les affections aiguës de l'utérus. En général, bs maladies des vieillards sont compliquées, car elles sont intercurrentes dans n état d'infirmités plus ou moins graves; les sympathies étant presque éteintes liez eux, elles se développent et marchent sourdement; le cerveau reste longemps étranger à l'affection morbide qui menace leur vie ; de là leur indifféence ou même la persistance de leur gaieté naturelle au milieu d'un péril ont ils n'ont point la perception. Leur délire se trahit par les actions, avant, e se manifester par le langage. On observe chez eux la sécheresse beaucoup lus fréquente de la langue, la rareté et l'insuffisance des sueurs; ils se piaillent de froid et d'horripilation, mais de frisson presque point. Leurs malaies obéissent aux saisons plus encore que celles des adultes : en été, ils onnent un cinquième de malades de moins, et leur mortalité baisse ; les aiactions qu'ils offrent alors ont presque toutes pour base un embarras gastro- ' itestinal et cèdent à l'emploi d'un éméto-cathartique. L'hiver amène les atarrhes, les pneumonies, les affections cérébrales, les cachexies, les hydro- ' ïsies, rarement liées à la néphrite albumineuse, etc. C'est aussi en hiver an IV) que Pinel a signalé à la Salpètrière la fréquence des fièvres putrides t adynamiques, et qui, rapprochées d'observations plus récentes, ont paru a

22s DE L'IMMINENCE MORBIDE. [hygiiîké

Beau (1) constituer une sorte de typhus séniie, remarquable parla fréquence des parotides, sporadique comme le typhus fever des Anglais, et lui ressemblant par l'absence des lésions caractéristiques de la rate, des ganglions mésentériques et des glandes intestinales.

Apres avoir réfléchi aux modifications normales de l'organisme sénile et aux conséquences pathologiques qui en résultent, comment ne pas admirer l'aphorisme suivant, dans lequel une expérience toute de génie a résumé, il y a plus de deux mille ans, l'imminence morbide du vieil âge : « La vieillesse amène avec elle les dyspnées, les toux catarrhales , les stranguries, les dysuries, les douleurs articulaires, les néphrites, les vertiges, les apoplexies, les cachexies, les démangeaisons de tout le corps, les insomnies, l'humidité du ventre, des yeux et du nez, les obscurcissements de la vue, les glaucomes, les duretés de l'ouïe (2). »

La conclusion générale qui découle des faits relatifs à l'imminence morbide suivant les âges, est que les conditions dans lesquelles s'exerce la plasticité durant les âges d'accroissement, penchent l'organisme vers la maladie ; que le mouvement de décroissance rend de plus en plus précaire l'accomplissement des fonctions et multiplie les causes de maladie par l'usure des organes. La force de résistance va diminuant avec les années ; aussi le nombre des jours de maladie par an augmente-t-il avec l'âge : c'est ce qui résulte de la statistique dressée par une commission des associations charitables d'Écosse; la durée annuelle moyenne des maladies s'y trouve exprimée dans les proportions suivantes :

A l'âge de 20 ans, quatre jours de maladie; 30 ans, de plus de quatre jours; 40 ans, de cinq à six jours; 45 ans, de sept jours; 50 ans, de neuf à dix jours; 55 ans, de douze à treize jours; 60 ans, de seize jours; 65 ans, de trente à trente et un jours; 70 ans, de soixante-treize à soixante-quatorze jours (3).

On a formulé d'une manière générale l'influence des âges sur la production des maladies en la rapportant, pour l'enfance aux organes encéphaliques, pour l'adolescence et la jeunesse a ceux de la poitrine, pour l'âge du retour et du déclin, à ceux de l'abdomen. Cette assertion a presque obtenu le crédit d'un axiome, et nous l'avons nous même reproduite. Il faut croire qu'elle est; fondée sur l'observation universelle, puisqu'elle est universellement admise; mais l'induction physiologique n'y conduit point a priori. Nous avons signalé! les changements que subit le tube digestif chez l'enfant et la fréquence des accidents pathologiques dont il est le siège : peut-être joue-t-il un rôle aussi! important que l'encéphale dans la pathogénie de cet âge. Trousseau ne s'arrête! point à ce doute, il affirme que la diarrhée, ou plutôt l'entérite dont elle est

(1) Beau, Journal de médecine, t. I. 1843.

(2) Hippocrate, Aphor., 31,sect. ni.

(3) ViLlermé, Sur la durée moyenne des maladies aux différents âges [Annales d'hygiène publique. Paris, 1829, t. II. p. 246.

rivée] RAPPORTS DE L'IMMINENCE MORBIDE AVEC LES SEXES. 229

e symptôme, fait périr plus d'enfants que toutes les autres maladies ensem- Dlede cet âge. Quant à la jeunesse et à l'âge adulte, le mouvement des îépitaux militaires peut fournir quelques renseignements sur les affections prédominantes, et, par conséquent, sur la prédominance splanchnique à cette poque de la vie. On sait, en effet, que ces établissements reçoivent une mmense majorité d'hommes entre vingt et un et trente-cinq ans; les enfants t les vieillards n'y paraissent que par exception. Or, sur 1877 malades que ai traités au Val-de-Grâce pendant les années 1840 et 1841, voici les pro- )ortions relatives aux trois cavités splanchniques :

Maladies ayant leur siège dans le système cérébro-spinal et ses

enveloppes 100

Id. Id. dans les organes contenus dans la poitrine 810

Id. Id. dans les organes contenus dans le bas-ventre. 837

Maladies diverses (rhumatismes articulaires, phlegmasies cutanées, lumbago, etc., etc.) 130

Totai 1 877

Les 817 malades que j'ai traités dans le même hôpital pendant l'année 1842 e répartissent de la manière suivante, quant à leurs localisations :

Système cérébro-spinal et organes des sens .... 33

Plèvres et poumons 212

Cœur et péricardite 7

Appareil digestif et annexes . „. . . 335

Fièvres intermittentes ' . 134

Phlegmasies cutanées chroniques et aiguës 43

Affections diverses 53

Totai 817

Réunissant ces données, on trouve pour l'encéphale et ses dépenlances = 133, pour la poitrine = 1029, pour l'abdomen — 1172, non compris les fièvres intermittentes qui sont des maladies de garnison, et qui )ourraient, au moins par leurs complications et leurs suites, être rattachées lux affections abdominales, si l'on tenait absolument à les grouper dans les catégories précitées. Il semble donc que chez l'adulte encore, l'imminence norbide prédomine vers l'abdomen : considérant les conditions spéciales de a vie militaire, nous nous abstenons de tirer avantage de ces données numéiques contre l'axiome précité ; mais nous avons cru devoir les relater.

§ 3. — Mes î-appoWs «le rimmêiieiice morBiide avec les sexes.

L'imminence morbide qui dépend des sexes est absolue ou relative : ibsolue, quand elle se rapporte à des maladies inhérentes à l'organisation >ropre de l'homme ou de la femme ; relative, quand elle s'applique aux naladies dont les deux sexes sont tributaires, mais daus une proportion négale.

DE L'IMMINENCE MORBIDE

[hygiène

1° Imminence absolue.

A. Sexe masculin. — - Les dérangements et les affections morbides qui menacent exclusivement l'homme intéressent directement ou indirectement la fonction et les organes de la génération; ils sont en rapport avec les phases de cette grande fonction, et plusieurs ont été signalés plus haut (Habitudes morbides). L'accroissement rapide du corps vers l'époque delà puberté produit les mêmes effets qu'une déperdition de force matérielle, et les fièvres dites de croissance, quand elles ne sont point le reflet d'une irritation viscérale, épuisent la constitution. Il importe alors de ménager le système nerveux et de ne l'activer qu'autant que la force générale et le développement de tous les organes se sont consolidés sous l'influence de l'alimentation et du repos. Mais ces accidents de croissance sont communs aux deux sexes, quoique plus ordinaires chez les garçons. La précocité du sens génital, les premières sensations dont les organes sexuels sont l'instrument, provoquent les adolescents à des abus, à des excès dont il a été parlé; l'influence cérébrale et l'irridiation des organes génitaux se confondent et se perdent dans le même cercle étiologique du satyriasis, de l'hypochondrie, des pertes séminales, de l'impuissance, etc. Les premières tentatives du coït déterminent parfois des uréthrites; les excès amènent des engorgements prostatiques, des rétrécissements, des irritations vésicales, des orchites ; nous avons souvent reçu dans nos salles, au Val-de-Grâce, déjeunes soldats qui avaient éprouvé, le jour même ou le surlendemain d'un coït ou d'une masturbation pratiquée après une continence prolongée, une turgescence inflammatoire d'un testicule, une orchite dite spontanée, en ce sens qu'elle est étrangère à toute cause traumatique ou vénérienne. Il suffit de mentionner d'autres maladies qui n'appartiennent qu'à l'homme, telles que l'hydrocèle, le sarcocèle, les lésions du pénis, etc.

B. Sexe féminin. — L'établissement des règles, leur suppression, la copulation, l'état de grossesse, l'avortement, l'accouchement naturel ou provoqué, opportun ou prématuré, la lactation, suscitent à la femme des périls, des maladies, des infirmités; la disposition même des différentes parties de son appareil génital conspire, avec les fonctions dont elle est chargée pour la reproduction de l'espèce, contre l'intégrité de sa santé, et si la statistique lui alloue une moyenne de longévité supérieure à celle de l'homme, il nous semble qu'elle en est redevable moins aux conditions de la sexualité qu'à celles de son existence sociale. Cette société qu'elle accuse la dispense des longs travaux de l'éducation scientifique; elle lui épargne la rude épreuve des professions qui exigent un grand déploiement de forces ; la femme ne participe point aux" chances majeures de mortalité qui pèsent sur l'armée, sur différentes carrières, telles que l'enseignement, la pratique de la médecine, sur beaucoup d'industries et de métiers insalubres; le célibat, autre source

prïvék] RAPPORTS DE L'IMMINENCE MORBIDE AVEC LES SEXES. 33,1

de mortalité, exerce moins la femme et lui est infligé en moindre proportion, etc. Ce sont ces causes extérieures, issues de notre organisation sociale^ qui expliquent les résultats de la statistique obituaire ; car plus on envisage de près les conditions de structure et de fonctionnalité qui appartiennent à la femme, plus on y découvre de germes de maladie ; la constitution permanente des femmes est à peu près celle de l'enfance, qui sollicite tant de soins et cle précautions : la société à donc sagement fait de les abriter dans le cercle de la vie domestique, et de les bercer, loin du forum, dans le rêve perpétuel des félicités intimes.

Nous avons insisté déjà sur les principaux accidents qui accompagnent ou précèdent la ménopause. Roussel a dit avec raison que l'écoulement menstruel est le signe et la mesure de la santé des femmes ; il suffit pour faire disparaître des maladies qui ont persisté depuis l'enfance (1). Mais trop souvent cette fonction s'établit laborieusement ; elle est précédée ou accompagnée de douleurs, de malaises, de troubles divers des organes respiratoires et digestifs, d'accidents hystériques, convulsifs, de lipothymies, de coliques nerveuses, de chlorose; cette tourmente (dysménorrhée) peut se renouveler à chaque retour ou n'être que le prélude de la première menstruation. D'autres fois celle-ci n'apparaît point, soit par l'effet d'un état pléthorique, dont nous ignorons le mode d'action sur l'ovulation spontanée, soit parce qu'il existe une lésion organique sous l'apparence générale de la santé, soit à cause d'une faiblesse originaire ou acquise de la constitution (aménorrhée par rétention). Les mêmes causes peuvent déterminer graduellement, lentement, la suppression complète ou incomplète des règles, quand elles ont déjà coulé ; une émotion, une imprudence de régime, l'omission d'une précaution habituelle peut les faire cesser instantanément. L'exhalation du sang menstruel a lieu, mais des causes diverses s'opposent à sa sortie; c'est l'aménorrhée par défaut d'excrétion; enfin, l'excès des règles amène aussi des maladies comme leur suppression (2). Quant aux déviations prétendues du flux menstruel, nous en avons parlé (Habitudes morbides). Remarquons que toutes ces lésions d'une fonction qui domine la vie des femmes sont prévenues par une bonne hygiène, et, une fois développées, cèdent moins à l'emploi des drogues qu'à celui des modificateurs hygiéniques.

La grossesse franchit la limite cle l'imminence morbide et entraîne une série de souffrances et d'incommodités; chaque appareil, chaque organe y participe à tour de rôle, et souvent plusieurs ensemble : le ptyalisme, les nausées, les vomissements, l'anorexie et la constipation vers la fin, voilà pour le tube digestif; la pléthore, les héniorrhagïes, les dilatations variqueuses des membres inférieurs, l'œdème qui s'y ajoute, parfois des hémorrhoï'des, voilà pour la circulation. L'excrétion des urines devient gênée ou involontaire; le trouble

(1) Hippocrate, Aplior., 28 sect. fa:

(2) HippocFate, Aphor., 57 sect; y.

232 DE L'IMMINENCE MORBIDE. [HYGiÈid

mécanique de la circulation veineuse peut avoir pour effet l'hypérémie des reins, et successivement divers degrés d'albuminurie, avec leurs conséquences inévitables, la présence de l'albumine dans l'urine et l'accumulation de l'urée dans le sang; de là, des accès d'éclampsie (1). Le plus souvent la lésion rénale se dissipe avec les symptômes urinaires après l'accouchement; mais elle peut s'aggraver pendant les efforts de l'accouchement, qui est une cause efficiente d'albuminerie et, par suite, d'éclampsie. Celle-ci est le symptôme le plus ordinaire, mais non unique, de l'urémie chez les accouchées ; des paralysies locales de la face, l'hémiplégie, l'amaurose (Simpson), et d'après Litzmann, la manie, la stupeur, en sont aussi quelquefois les suites. Outre cette fatale imminence des convulsions, les fonctions du système nerveux offrent d'autres phénomènes de troubles ou de perversion; des douleurs se font sentir en différentes parties du corps, notamment aux seins, à l'hypogastre, aux aines et dans la région lombaire. La proéminence du ventre qui s'oppose à la vue des obstacles, et la répartition défavorable du poids du corps, sont pour quelques femmes une cause de chutes. L'influence préservatrice de la grossesse est loin d'être démontrée par une somme suffisante de faits : c'est une idée très-satisfaisante que celle qui place la femme enceinte sous la protection spéciale de la nature, essentiellement conservatrice de l'espèce ; mais on ne voit pas que les maladies aiguës épargnent les femmes grosses, et leur danger s'augmente de la difficulté de traiter la mère sans compromettre l'existence de l'enfant Toutefois l'excitation générale que produit la grossesse augmente la force de réaction; le mouvement fluxionnaire qui s'établit vers l'utérus et la prédominance énorme que prend cet organe diminuent, pour les autres parties du corps, les chances d'hypérémie et de phlogose, ou agissent sur eux par un effet de dérivation prolongée. On expliquerait ainsi l'amendement et même la guérison de la manie et surtout de la démence, si des observations assez nombreuses, assez exactes, confirmaient ce fait. Les observations communiquées à l'Académie de médecine par Grisolle (2) ont dissipé l'erreur qui a régné si longtemps au sujet de l'influence ralentissante de la grossesse sur la phthisie pulmonaire. Il arrive pourtant que des grossesses répétées modifient avantageusement l'économie, et en corrigent, jusqu'à un certain point, la disposition lymphatique, grâce à l'élan qu'elles impriment à la circulation sanguine et à la stimulation sympathique des principaux viscères.

Nous avons mentionné ailleurs les causes qui peuvent troubler dans le sein maternel la régularité de l'évolution fœtale. Épargner à la mère les émotions violentes et toute occasion d'irritation morbide, c'est beaucoup faire pour l'intégrité du produit de la gestation. Le spectacle d'un accès épileptique peut communiquer au fœtus l'aptitude à cette maladie sans que la mère la con-

(1) Mémoires de V Académie de médeJne, Paris, 1856, t. XX, p. 1 etsuiv. 2 Grisolle, Bultetin de V A cadémie de médecide, 1849, t. XV, p. 10,

privée] RAPPORTS DE L'IMMINENCE MORBIDE AVEC LES SEXES. 233

tracte (1). Les frayeurs et l'affliction ont une grande influence sur le développement de l'épilepsie chez l'enfant comme chez la mère. Toutes les statistiques ont enregistré la frayeur pour une très-large proportion dans l'étiologie le l'épilepsie (Leuret, 27 pour 100; Delasiauve, 42 ; Beau, 50).

L'avortement peut avoir lieu à toutes les époques de la grossesse; la gravité le ses suites dépend de la cause qui le produit et de l'époque où il a lieu. Une foule de conditions inhérentes à l'organisation de la mère sont propres à préparer, à déterminer cet accident ; et en première ligne, l'exaltation de la sensibilité, les vices de conformation, la disposition aux hémorrhagies, l'hérédité, l'habitude introduite par des avortements antérieurs, alors même que ceux-ci i>nt eu lieu accidentellement. L'avortement est d'autant plus dangereux qu'il s'opère à une époque plus rapprochée du terme naturel de la grossesse.

La parturition, comme la grossesse, s'accompagne de souffrances et détermine l'imminence d'une foule d'accidents plus ou moins graves, soit pendant lC travail, soit après la délivrance. La sécrétion du lait donne lieu à un mouvement fébrile qui dure ordinairement d'un à trois jours, et qui, lorsqu'il se prolonge au-delà de vingt-quatre heures, présente chaque jour un redoublement. L'intensité et la durée de la fièvre de lait sont en rapport avec les dispositions organiques individuelles; mais lorsqu'elle seprolongeet se complique le phénomènes graves, il existe une inflammation ou une autre cause extraphysiologique, car en elle-même- cette fièvre ne peut être considérée comme .me maladie. L'insuffisance ou l'excès de sécrétion laiteuse ne produit pas les mêmes effets sur la mère; celle-ci n'a point à souffrir du manque de lait, si ce n'est moralement; mais la surabondance de la sécrétion, disproportionnée ivec la force de la constitution, entraîne à la longue l'épuisement et le marasme. Quant aux maladies dites laiteuses, pour les admettre il faudrait des faits qui missent hors de doute la déviation ou la métatase du lait. Si certaines maladies paraissent plus fréquentes pendant l'allaitement, on ne peut nier que cette fonction n'exerce en général une influence heureuse sur la santé des femmes. Nous connaissons une dame sujette à des ac^i^it^h^tériques très-bizarres, qui, suspendus pendant l'allaitement de s^-d^rniBisè niant, ont reparu depuis le sevrage. Jg*/

2° Imminence relative des sexV:s}\ ... ' j

La question de la fréquence relative des maladies danssiësjdeiix^sexes ne peut être résolue que par la statistique opérant sur de grands nombres. L'étude comparée de l'organisation virile et de l'organisation féminine conduit à quelques inductions fondées sur ce sujet; mais la science ne peut se contenter de probabilités à priori. Il est inutile de faire remarquer l'avantage que l'hygiène tirera de la connaissance exacte des proportions numériques d'après lesquelles les principales maladies se développent chez l'homme et chez la femme. La

(l)Michéa, Union médicale, 6 novembre, 1855,

231 DE L'IMMINENCE MORBIDE. [hygiène

prophylaxie se dirige du côté où l'urgence est manifeste; elle attend donc un guide dans la statistique qui doit lui fournir l'échelle de l'imminence morbide suivant les sexes. Pour un certain nombre d'affections il existe quelques données. Il est hors de doute que les névroses s'observent en plus grand nombre chez les femmes ; ce rapport de fréquence s'applique à la plupart des lésions du système nerveux. En 1820, il y avait 324 épileptiques à la Salpêtrière, où Ton ne reçoit que des femmes; et seulement 160 à Bicétre, qui est ouvert aux hommes. Esquirol (1) a trouvé dans divers hospices de France 700 femmes et environ 500 hommes aliénés; à la lin de 1820, la Salpêtrière renfermait 1402 femmes aliénées, tandis qu'il n'existait que 740 hommes aliénés à Bicétre (2). — Sur 32 976 malades admis, pendant dix ans, à l'hôpital des Enfants (de 1824 à 1833), 189 étaient affectés de chorée, et sur ce dernier nombre, 51 étaient des petits garçons et 138 étaient des petites filles (3). — Sur 240 cas de chorée, Dufossé n'a trouvé que 79 individus du sexe féminin (thèse, Paris, 1836). Les névralgies ont été notées 251 fois chez les femmes et 218 chez les hommes (Valleix).

Il serait intéressant de connaître dans quelle mesure de fréquence se développent dans les deux sexes les affections les plus communes ou les plus funestes; malheureusement les données manquent ou sont incomplètes. Ainsi les auteurs ne fournissent rien de positif, quant au sexe, dans l'étiologie de la fièvre typhoïde : sur 190 cas, Forget a trouvé 90 hommes et 100 femmes (4). — Briquet oppose le résultat de ses recherches à ceux obtenus par Louis et Lombard (5), touchant la fréquence relative de la phthisie pulmonaire dans les deux sexes ; il a trouvé que la mortalité proportionnelle des phthisiques a été plus forte d'un dixième environ chez les hommes que chez les femmes. Il est probable que l'influence du sexe sur la production des tubercules varie d'un pays à l'autre. Louis a démontré qu'à Paris la prédominance est pour le sexe féminin ; à Genève, Marc d'Espine indique, pour 680 décès par tubercules, 346 hommes et 334 femmes; l'Angleterre, prise en masse, donne plus de décès par phthisie pour les femmes que pour les hommes, tandis que Londres voit mourir annuellement 37 phthisiques du sexe masculin pour 33 du sexe féminin. De 1 à 2 ans 1/2 les garçons se tuberculisent plus facilement que les filles dans une assez forte proportion (Dietrich, Rilliet et Barthez); c'est le contraire de 3 à 5 ans, dans une proportion minime. De 6 à 10 ans 1/2 les deux sexes sont également exposés à la tuberculisation; mais de 11 à 15 ans, la forme chronique se montre plus fréquente chez les enfants du sexe féminin,

(1) Esquirol, Des maladies mentales. Paris, 1838, t. I, in-8. (2i Desportes, Rapport sur le service des aliénés. Paris, 1823.

(3) M. Rufz, Recherches sur quelques points de Vhistoire de la chorée {Archives de médecine, 1834, t. IV, p. 216 .

(4) Forget, Traité deVentérite folliculeuse . Paris, 1841, p. 450.

(5) Lombard, Annales d'hygiène publique, lre série, t. VI, p cO, et t. XI, p. 5 et suiv.

privée] RAPPORTS DE L'IMMINENCE MORBIDE AVEC LES SEXES. 233

Quant aux scrofules, la différence est peu nota-Lie entre les deux sexes. Sur 537, Lebert a trouvé 274 hommes et 203 femmes ; mais certaines formes de cette maladie dominent plus chez les uns ou chez les autres : les hommes offrent presque un tiers d'arthropathies scrofuleuses de plus que les femmes ; celles-ci comptent pour un tiers de plus dans les maladies de la peau ; les maux d'yeux sont aussi plus fréquents chez elles ; les ulcères et les abcès le sont plus chez les hommes. Littré (1) déclare le cancer plus fréquent chez la femme; mais Delpech (2) croit que les supputations comparatives rendent cette différence douteuse, et il pense qu'on n'a été conduit à l'admettre que parce qu'on observe un grand nombre de cancers à une période de la vie des femmes.

On s'accorde à considérer les calculs et la gravelle comme plus ordinaires à l'homme qu'à la femme; l'observation contemporaine a pleinement confirmé à cet égard l'opinion de Steineman, de Yan Swieten, etc. Le premier a publié, en 1750, à Strasbourg, une dissertation intitulée : Causes cur frequentius viri prœ feminîs calculosi fiant. Il en est de même de la goutte, dont Hippocrate a dit qu'elle n'attaque les femmes qu'après la cessation de leurs règles (Aplwr., 29, sec. iv).

Parmi les phlegmasies, il en est qui frappent plus de femmes que d'hommes, en raison de circonstances qui se rattachent à la sexualité : exemple, la péritonite. D'autres, plus fréquentes chez les hommes, dépendent en partie de leur genre de vie ; un régime plus stimulant, l'usage plus général des boissons alcooliques, une tendance plus grande aux excès, exposent davantage le sexe masculin aux inflammations du tube digestif. Le croup est plus fréquent chez les garçons que chez les filles ; il en est de même de la stomatite ulcéromembraneuse.La pneumonie conduit dans les hôpitaux de Paris plus d'hommes que de femmes : sur 202 cas que relate Chomel, 148 appartiennent aux hommes, 54 seulement aux femmes. Cette différence considérable n'empêche pas Chomel d'annuler la prédisposition sexuelle; il l'attribue à ce que la grande majorité des femmes exercent des professions sédentaires. Dans les prisons, dit-il, comme aussi dans les pays où les femmes se livrent aux mêmes travaux que les hommes, on a trouvé le nombre des pneumonies à peu près égal dans les deux sexes. Sur 149 catarrhes pulmonaires recueillis dans trois ans, 52 seulement, environ un tiers, appartenaient aux femmes (3); sur 61 bronchites observées par Rufz, 20 seulement s'étaient développées chez des femmes. — En rapprochant ces faits des résultats obtenus par AndraletGavarret, dans leurs recherches sur les quantités d'acide carbonique qui s'échappent par la respiration dans les deux sexes, on arrive à ia confirmation de cette loi de physiologie pathologique, souvent invoquée, à savoir, que l'imminence morbide est pour chaque organe en raison directe de son activité.

(1) Littré, Dictionnaire de médecine. Paris, 1834, 2e édition, t. VI.

(2) Delpech, Maladies chirurgicales, t. Iî, p. 121.

(3) Louis, Recherches sur la phthisie. 2e édition, p. 526.

DE L'IMMINENCE MORBIDE

[hygiène

R 4. iR>g rapports «3c H'iamniBiowe au^rSuaiSt» avec 8'8«éo"é«ï5ïé.

Après ce qui a été dit de l'hérédité comme élément de la constitution, il ne nous reste ici qu'à rechercher dans quelle mesure de fréquence s'opère la transmission des maladies. La possibilité de leur transmission n'est l'objet d'aucun doute ; mais dans l'intérêt de la prophylaxie hygiénique, il faudrait que la science pût répondre à la question suivante : Sur un nombre donné de cas d'une maladie déterminée, combien de fois cette maladie s'est-elle montrée chez des individus nés de parents qui en ont été atteints, combien de fois l'a-t-on observée chez des sujets issus de parents qui en ont été exempts? La solution de ce problème ne peut sortir que d'une statistique étendue et exacte: or, elle n'a pas encore été faite. Des relevés partiels n'ont qu'une valeur temporaire et limitée, et c'est tout ce que nous trouvons dans les auteurs. Les affections dont l'hérédité est journellement constatée sont admises par tradition, d'autres ont pris place dans le cadre classique des maladies héréditaires, sans qu'en l'absence du contrôle numérique l'observation leur ait jamais confirmé le caractère que la routine des écrivains leur assigne. En réalité, chaque praticien possède par devers lui un certain nombre de faits plus ou moins biens observés, et d'après lesquels il se compose son groupe de maladies héréditaires; à ces présomptions s'ajoutent les données fournies par une statistique incomplète et les axiomes des autorités de la science (1).

1. La disposition hémorrhagique se transmet (Hoffmann, Hufeland, Bailly, etc.) : Sanson a relaté l'observation d'un nommé Axmleton qui périt d'une double hémorrhagie, et qrui eut dix-sept petits enfants et arrière-petitsenfants, tous sujets à des hémorrhagies spontanées et mortelles pour plusieurs d'entre eux (2). On a vu l'hémorrhagie cérébrale se répéter dans certaines familles jusqu'à la quatrième et à la cinquième génération.

2. Parmi les lésions de sécrétions qui paraissent héréditaires, mentionnons les tumeurs folliculaires, l'ichthyose : l'histoire des frères Lambert, par Geoffroy Saint-Hilaire, nous montre cette affection passant dans plusieurs générations par les mâles ; nous l'avons observée nous-mème chez des militaires dont les ascendants en avaient été atteints. L'hérédité de l'affection vermineuse est admise par Brendel, Selle, Rosen, etc., niais elle ne compte en sa faveur qu'un petit nombre de faits; comme elle se développe ordinairement sous l'influence du régime et des conditions d'habitation et de climat, la pluralité des cas de vermination dans une même famille n'en prouve point la transmission. La même observation s'applique en partie à l'affection calculeuse, quoique l'aptitude à la contracter soit évidemment transmissible ; on voit parfois tous les membres d'une même famille atteints successivement d'une lésion calcu-

(1) Voyez Luys, Des maladies héréditaires, thèse pour l'agrégation présentée à la Faculté de médecine, Paris, 1863.

(2) L. J. Sanson, Des hémorrhagies traumatiques, Paris, 1836, p. 17.

>rivée] RAPPORTS DE L'IMMINENCE MORBIDE AVEC L'HÉRÉDITÉ. 237

euse des reins, de la vésicule biliaire ou des articulations. Mais la preuve irréfragable des chiffres manque encore ici.

3. Un grand nombre d'inflammations delà peau sont susceptibles de se pro- Dager par génération ; tous les auteurs s'accordent sur ce point. Toutefois lorry (1), ayant fait interroger soigneusement 70 malades atteints d'affections variées de la peau qui se trouvaient à l'hôpital Saint-Louis à l'époque où il fdigeait sa thèse, n'a constaté que chez six d'entre eux l'hérédité en ligne lirccte : nouvelle preuve de la nécessité de recherches précises et nombreuses sur cette question. Peu d'inflammations des organes abdominaux paraissent sujettes à transmission. Un élève du Val-de-Gràce nous a communiqué les faits suivants, qui se rapportent à sa propre famille, et qu'il nous a permis de pu- )lier. Louis-Pierre Desmorètes est mort en 1804 d'un abcès au foie; de six mfants qu'il a laissés, l'un a succombé pendant la retraite de Russie, et les ;inq autres sont morts d'abcès au foie, comme leur père, entre quarante-huit | cinquante-cinq ans ; le plus jeune des cinq enfants (Pierre- Auguste), mort i Tours en 1830, a laissé un fils âgé aujourd'hui de quarante-huit ans, et l'un tempérament bilieux très-prononcé ; ce dernier est lui-même père de leux fils dont l'ainé présente tous les caractères de la prédominance hépatite, tandis que le p!us jeune, de qui nous tenons ces détails, parait d'un temjérament sanguin, avec une légère nuance lymphatique. L'hérédité se révèle issez souvent dans la production des lésions du cœur et des gros vaisseaux, et urtout dans celles du poumon : il est difficile de révoquer en doute celle de a disposition aux bronchites, aux laryngites, aux catarrhes pulmonaires, et |est un fait très-remarquable, comme le fait observer Piorry, que l'identité lu timbre de la voix chez tous les membres des mêmes familles. Les recher- ;hcs de Louis et Jackson ont fait voir que sur 28 sujets atteints d'emphysème pulmonaire, 18 étaient issus de père ou de mère affectés de même lésion. Quant lux lésions inflammatoires de l'encéphale et de ses enveloppes, ceux qui admettent l'origine phlegmasique de différentes formes de l'aliénation ne sauraient leur refuser l'apti ude à se transmettre héréditairement. Un écrivain spirituel a dit : Lorsqu'on est né de parents rhumatisants, on a eu sa première ittaque dans la personne de ses ascendants (Requin). La rhumatisme articulaire est, hii effet, une maladie de famille ; les faits réunis de Chomel, Patouiliet et Piorry donnent un total de 165 cas d'arthro-rhumatisme, dont 81 sont les cas d'hérédité constatée.

4. Les névroses sont au nombre des maladies les plus susceptibles d'hérépté : « Qaod spectat ad ipsius cerebri malam dispositionem, eadem alipiarido hœrelitaria existit. îta, parentibas epilepticis aut convulsioni obnoxiis oriundi, in eodem affectn plerumque et ipsi proclives sunt; et quidem mnstitiitio cerebri a partit multis modis fieri potest vitiosa (2). » L'hérédité

(1) Piorry, Thèse sur V hérédité dans les maladies, 1840, p. 117.

(2) Willis, Opéra omnia, t. II, cap. u, p. 97, et cap. xxxi, p. 155.

238 DE L'IMMINENCE MORblDE. [hygiène

porte sur les diverses formes d'affections nerveuses, et Ton peut, avec Gaussail (1), les ramener aux suivantes : 1° surexcitation névropathique générale ou protéiforme ; 2° surexcitation spasmodique ; 3° surexcitation convulsive ou excito-motrice ; 4° surexcitation cérébrale ou intellectuelle; 5° surexcitation névralgique. Non-seulement la folie se transmet, mais encore elle se reproduit souvent sous la même forme, avec les mêmes caractères, chez les membres d'une même famille. On m'a montré à Toulouse le fils d'une famille qui comptait trois suicides, lui-même semblait invinciblement entraîné à la même fin. Voici des chiffres qui parlent haut : Esquirol, sur 431 aliénés, a noté l'hérédité 337 fois. Desportes (Bicétre), sur 3458, 342 fois ; sur 789 aliénées de la Salpètrière, 105 fois. A Rouen, on a trouvé sur 570 aliénés, 87 cas d'hérédité; à Bordeaux, 27 sur 265, etc. Foville regarde l'hérédité comme la cause la plus fréquente de l'aliénation. Aubanel et Thoreont essayé d'en déterminer la part dans la production de quelques formes de la folie, mais ils ont opéré à notre avis sur des bases trop restreintes. Hoffmann a dit : « Neque est nullus morbus magis gentilitius et qui tam facile à parentibus in Iberos devoivitur quam epilepsia. » Cette proposition, appuyée par Boerhaave, Stahl, Van Swieten, Vieussens, Tissot, Portai, Esquirol, Georget, Foville, etc., a été convertie en démonstration numérique par Bouchet et Cazauvieilh, qui ont trouvé, sur 130 épileptiques, 31 issus de parents aliénés, épileptiques, imbéciles ou hystériques. Beau, qui s'est livré à des recherches analogues en 1833 à la Salpètrière, a constaté que sur 273 malades tant épileptiques qu'hystériques, 28 fois les parents avaient été épileptiques, et que 3 fois les mères avaient été hystériques. «Les femmes hystériques, dit Dubois (d'Amiens), ont presque toujours eu, parmi leurs proches parents, des hystériques ou des épileptiques (2). » D'après le docteur Elliotson, l'hérédité est une des causes, prédisposantes les plus ordinaires de la chorée.

5. Le groupe des affections hétéroplastiques présente deux variétés essentiellement transmissibles, le tubercule et le cancer. L'observation universelle parle ici plus haut qu'une statistique rendue paradoxale par l'insuffisance même de ses éléments. Qui voudrait nier l'influence des conditions originaires sur le développement de la phthisie? C'est pourtant à cette négation qu'ont abouti les calculs de Louis, incrédule au résultat de ses propres recherches. C'est ici le cas de répéter avec Chomel (op. cit., page 56), que c'est plutôt en descendant, non en remontant les générations, que la question des maladies héréditaires doit être étudiée et peut être définitivement jugée ; c'est par cette voie qu'on arrivera à constater que la plupart des enfants nés de parents phthisiques sont destinés à succomber à cette maladie. Toutefois les antécédents ne sont pas dénués de signification : récemment Briquet a compté sur 98 décès par phthisie, 30 cas de transmission héréditaire. J'ai eu, dans une de

(1) Gaussail, De V influence de Vhérédité sur la production de la surexcitation ner- Deuse, etc. Paris, 1845,-p. 78.

(2) Dubois (d'Amiens), Histoire philosophique de Vkystérie et de Vhypochomlric) p. Cl.

ratvÉK] RAPPORTS DE L'IMMINENCE MORBIDE AVEC L'HÉRÉDITÉ. 239

pptes -allés du Val-de-Grâce, en 1843, un jeune homme phthisique; que la hauteur de sa taille a fait désigner pour les carabiniers ; il est le cinquième enfant de parents morts phthisiques; les quatre autres enfants ont succombé à la même affection. Piorry a fait un relevé de 269 phthisiques dont 63 et un quart étaient d'origine tuberculeuse. Il fait remarquer avec raison que la proportion des tuberculeux par hérédité s'augmente d'une certaine quantité d'enfants qui périssent par le carreau et la méningite tuberculeuse. Mais pour être SÔfrl i (Tune source viciée par le tubercule, on n'est point voué inévitablement \ la mort : sur 374 vieilles femmes de la Salpètrière, 28 sont nées de parents aorte phthisiques et présentent pour moyenne d'âge soixante ans (Piorry, bè. cit.). — Yeyne a fait un relevé par récapitulation de 106 cas d'affection cancéreuse, et il en a constaté 20 fois l'hérédité.

6. La statistique appliquée à la cachexie scrofuleuse l'a montrée héréditaire sHez un quart des individus affectés. De Brieude (1) rapporte à l'hérédité scrofuleuse une forme d'obésité morbide qu'il a observée dans la haute Auvergne, et qui nous a. frappé chez beaucoup d'Alsaciens; il l'attribue à. une iction spéciale du principe scrofuleux sur les humeurs du tissu cellulaire : « ux qui la présentent, dit-il. sont joufflus ; leurs membres sont gras et poteés; leurs couleurs très-vives, mais d'un rouge foncé ou violet; leur graisse ist néanmoins dure et presque squirrheuse, et la forme cle leurs membres est oatérielle et mal arrondie ; cette sorte d'épaississement du tissu cellulaire, )lus commune chez les filles que chez les garçons, il l'appelle polysarcia scro- Mulosa. Le rachitisme, suivant J. Guérin, a été confondu aveo les déformaions séniles du squelette, avec le tubercule des os, avec l'ostéomalacie, avec es vices de conformation acquis dans le sein de la mère. Sous le rapport de 'hérédité, il classe ainsi ces lésions : le rachitisme n'est point héréditaire, 'ostéomalacie simple encore moins ; le tubercule des os l'est à un haut degré ; [liant aux difformités survenues pendant la vie intra-utérine, quelques-unes ont transmises par génération (2).

11 résulterait d'un tableau composé par Piorry, qu'en raison de leur fré- [uence, les maladies héréditaires peuvent se répartir dans Tordre suivant : isthme, apoplexie, épilepsie, folie, phthisie, cancer, emphysème pulmonaire. ?ette échelle d'hérédité prête au doute ; quand on songe à l'extrême rareté de 'asthme essentiel, on conclut tout d'abord que, sous cette dénomination, on i confondu des états morbides très-différents. Nous répéterons en terminant [ue ce qui se transmet, c'est surtout la disposition organique de l'hérédité, ion la maladie elle-même ; cette disposition ressort de la constitution, du empérament et des idiosyncrasies.

(1) De Brieude, Mémoires de la Société royale de médecine, ann. 1782-1183, p. 307.

(2) Jules Guérin, Mémoire sur les caractères généraux du rachitisme.

OE L'IMMINENCE MORBIDE

[hygiène

g 5. — Des rapports «le l'Imminence morbide avec I'kal>its4<lc.

L'habitude détermine l'imminence morbide par sa disproportion avec la I mesure d'activité de l'organe qu'elle affecte, avec le tempérament, le sexe etl l'âge de l'individu, avec la nature de ses prédispositions héréditaires, avec lai force de sa constitution. Résultat d'une influence graduée et prolongée, elle! amoindrit les effets nuisibles des choses dont l'action nous atteint inévitable- 1 ment. Mais introduite brusquement dans l'organisme, elle ne se consolide! point et donne lieu à des perturbations. Le bénéfice de l'habitude dépend I donc, d'une part, de la manière dont elle s'établit, d'autre part, de son rapport! avec les conditions d'organisation individuelle. Les détails dans lesquels nous! sommes entré plus haut (chapitre vi) nous dispensent de faire ressortir ici ! l'influence que peut avoir l'habitude dans la production des maladies; mais! nous dirons un mot de l'influence contraire qu'elle exerce et qui a pour effet! la préservation la plus étonnante. Dans la peste noire qui, de 1347 à 1386,1 parcourut l'Europe, enleva, au rapport de Mézeray, 80,000 personnes à Paris! et désola le midi de la France, la contagion n'épargna qu'un seul des trente-! cinq religieux enfermés dans la chartreuse de Mont-Rieux, le moine Gérard, frère de Pétrarque ; il soigna tous ses frères et leur donna la sépulture. Dans; le foyer même des endémies les plus meurtrières, quelques existences sont respectées comme par un privilège d'immunité; le typhus, la fièvre jaune, le choléra, rencontrent sur leur chemin des constitutions qui résistent à leurs atteintes. Au milieu des marais, vivent des individus imperméables à leurs émanations, ou, s'ils les absorbent, les neutralisant par une réaction sourde et continue. Voilà quelques exemples d'une habitude qui préserve ; elle consiste dans une modification d'ensemble de l'économie qui échappe à l'analyse, mais à laquelle concourt certainement l'état moral; c'est d'elle que dépend l'acclimatement; c'est par elle encore que le médecin se soutient dans l'atmosphère des hôpitaux, et commerce impunément avec la maladie et la mort. Ce qu'on appelle tolérance en thérapeutique se rapproche du genre d'habitude dont il s'agit; des médicaments énergiques sont administrés à doses énormes sans péril et souvent sans aucun trouble passager; les organe? finissent même par se familiariser avec les substances toxiques. Quoique les Mithridates soient rares, cette faculté n'est point douteuse : les Chinois abusent de l'opium journellement ; leur santé s'en ressent à la longue, mais ils sont émoussés à l'action immédiate du poison. Il y a plus : on voit des hommes braver par accoutumance l'influence des agents chimiques; les ivrognes incurables passent de l'eau-de-vie à l'alcool, de l'alcool à l'éther, et Tartra rapporte l'observation d'une femme que cette funeste progression de stimulation a conduite à l'usage de l'acide nitrique qu'elle a pu ingérer sans accident notable; d'autres saisissent d'une main insensible des charbons enflammés, des barres de fer dont une extrémité est incandescente, etc. Il existe un antagonisme entre certaines

privée] RAPPORTS DE L'IMMINENCE MORBIDE AVEC LA CONSTITUTION. 241

maladies et les conditions individuelles, telles que l'âge, le sexe, le tempérament, etc. Nous avons mentionné l'extrême rareté de la fièvre typhoïde dans la vieillesse ; on ne connaît qu'un exemple de croup à cet âge; le squirrhe semble étranger à l'enfance, les scrofules au tempérament sanguin. On peut rapprocher de ces faits la propriété réciproquement préservative de la variole à l'égard de la vaccine, et de la vaccine à l'égard cle la variole. D'autres maladies s'excluent-elles par une sorte d'antagonisme? Rien de certain sur ce point. Schœnlein, de Berlin, s'est appliqué à démontrer l'antagonisme des fièvres de marais et de la phthisie tuberculeuse ; mais l'absence de preuves positives et la multiplicité des faits contraires ne laissent à cette idée que la valeur d'une spéculation de l'esprit. Au reste, clu principe de l'antagonisme morbide est sortie la chimère de l'homceopathie : c'est une raison pour ne l'accepter qu'avec une extrême défiance.

§ 6. — Oes rapports de l'hnmiiienre moa'hide avec la constitution.

L'imminence morbide varie suivant les quantités de la force constitutionnelle ; elle varie encore suivant la forme générale de l'individualité.

1° Force. — ■ Une constitution qui réagit avec énergie et promptitude garantit contre les maladies plutôt qu'elle n'y dispose; quand toutes les actions organiques s'exercent avec ordre, mesure et régularité, les influences nuisibles ont moins de prise; les perturbations qu'elles déterminent sont passagères. Les individus fortement constitués supportent sans inconvénient les variations du régime; ils peuvent s'éloigner par intervalles des règles d'une stricte modération; ils jouissent en un mot, si l'on peut dire ainsi, d'une plus grande latitude de santé.

Les auteurs, quand ils parlent de force et de constitution, les confondent avec la pléthore sanguine, avec l'exaltation nerveuse et même avec l'exagération de la plasticité générale, se traduisant par l'hypertrophie de tous les tissus, fi que l'on appelle vulgairement embonpoint. Â ces trois états correspondent par opposition l'asthénie nerveuse, l'émaciation. Nous ne nions pas que ces modifications de l'économie ne puissent être primordiales, constitutionnelles, nais aucune d'elles ne réalise l'idée que nous avons donnée de la force organique ; l'état de la nutrition dépend des rapports réciproques du sang et de .'innervation ; et c'est aussi là que gît le principe de la réaction vitale que ious disons forte ou faible, suivant son degré d'efficacité à surmonter incessamment les influences de destruction.

Quand on a avancé que les fortes constitutions sont plus sujettes aux malalies aiguës, aux inflammations, aux accidents violents, on a raisonné à priori, m confondant l'idée de force avec celle de pléthore sanguine. Il y a plus, les ndividus pléthoriques ne sont pas plus disposés que d'autres à contracter des

m.iévy. Hygiène, 6° édit. I. — 16

,p DE L'IMMINENCE MORBIDE. [hygiène

Inflammations : « ce n'est qu'une fausse analogie de symptômes qui a fait dire que la pléthore disposait aux phlegmasies » (1); ils éprouvent des vertiges, des éblouissements, des tintements d'oreilles, des bouffées de chaleur vers la tête, des hémorrhagies et parfois une surexcitation générale de l'organisme, portée jusqu'à une fièvre véritable : tous ces phénomènes sont consécutifs à une augmentation de globules, seul changement que l'analyse ait démontré dans le sang des pléthoriques, et non à l'accroissement de la proportion de fibrine qui ne varie guère, quoiqu'on ait tant de fois répété le contraire.

Étant écartée cette confusion de la force et de la pléthore, répétons qu'une constitution forte correspond au minimum d'imminence morbide ; ce qui traduit cette parole d'Hippocrate déjà citée : « le faible est celui qui se rapproche le plus du malade »; le fort est celui qui s'en éloigne le plus.

Faiblesse. — Il ne s'agit pas ici de la débilité produite par la soustraction, l'insuffisance ou l'altération des modificateurs hygiéniques, ni de celle qui reconnaît pour cause une irritation localisée, une déperdition matérielle, rénervation musculaire ou cérébro-spinale, etc. C'est assez dire que nous admettons une faiblesse primitive d'organisation, et nous allons jusqu'à reconnaître l'existence d'une asthénie générale consistant dans « une diminution des actions organiques sans lésion appréciable, antécédente ou concomitante, des solides ou des liquides » (2); mais généralement les actions organiques ne peuvent s'affaiblir sans qne l'organisme lui-même ait subi une modification générale qui porte, ou sur l'appareil de l'innervation, ou sur le sang, cet aliment de tous les tissus. L'étiologie des débilités acquises éclaire l'origine de la faiblesse constitutionnelle; quelle que soit leur cause productrice, alimentation malsaine, soustraction du calorique ou de la lumière solaire (Edwards), action d'un milieu humide et froid, etc., elles se réduisent à ces deux conditions : insuffisance nerveuse, diminution de l'élément globuleux du sang ; l'inertie du système musculaire, les troubles divers que manifestent les appareils respiratoire, digestif et circulatoire, les phénomènes de dépression ou de perturbation intellectuelle, sont les effets de l'une et de l'autre de ces deux causes. Est-il donc indifférent qu'un sujet soit issu de parents affectés de débilité acquise? Entre celle-ci et la faiblesse de constitution, qu'y a-t-il? Une question d'hérédité. Le peuple des grandes villes végète et s'étiole dans une atmosphère humide, chargée d'émanations et presque sans soleil : de là des générations dépourvues d'énergie vitale; de là, par un misérable croisement d'existences usées, une descendance imbécile et sans puissance de réaction. La faiblesse, comme la torce, est la résultante des actions organiques; celles-ci sont en rapnort intime avec Les conditions matérielles des solides et des fluides ; elle peut exister sans lésion locale, et celle dont l'hygiéniste s'occupe est, en effet, indépendante des altérations circonscrites dans un viscère, dans un organe; mais elle dépend

(1) Amiral, loc. cit., p. 43.

(2) Littré, Dictionnaire de médecine, en 30 vol. Paris, 1833, t. IV, p. 247.

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d'un état général et originaire de l'économie ; elle ne se caractérise point par la proportion de développement et d'activité d'une partie ; elle ressort de l'ensemble et se juge par l'étendue, la persévérance et l'intensité de la réaction organique. Suivant l'expression de Brown, elle crée l'opportunité des maladies et favorise particulièrement leur invasion sous la forme chronique ; elle dispose aux affections cachectiques; elle modifie l'allure des maladies aiguës ellesmêmes, en diminuant les phénomènes de réaction, comme on le voit chez les enfants débiles et chez les vieillards. Les individus de complexion faible sont condamnés à des précautions de toute espèce : vulnérables à toutes les influences du dehors, leur existence est une lutte et presque un artifice; ils sont réduits à vivre en serre chaude. Ils ne peuvent supporter les modifications hygiéniques au delà d'une stricte mesure ; encore moins savent-ils en braver les vicissitudes. S'ils durent, et l'on en voit en effet qui atteignent la longévité, c'est grâce aux soins minutieux dont ils s'entourent ; comme les avares, ils couvent leur trésor, c'est-à-dire le peu de vitalité qui leur est échue, et ne la dépensent qu'en petite monnaie.

2° Forme générale. — Obésité. — Chez un homme adulte et d'une corpulence ordinaire, la graisse est au poids total du corps comme 1 est à 20. Au delà de cette proportion, la santé subsiste encore; mais, quoiqu'il soit impossible de préciser par des chiffres les limites de l'obésité physiologique, l'accumulation de la graisse dans le tissu cellulaire finit par déranger plusieurs fonctions, et rend les autres précaires. Il en est toujours ainsi quand la graisse vient à former, comme on l'a vu, la moitié ou même les trois cinquièmes du poids total du corps. On a vu des individus, ensevelis dans la graisse, peser 400 et 600 livres (1). Percy et Laurent (2) rapportent l'exemple d'une jeune Allemande que l'on voyait à Paris, et qui, à l'âge de vingt ans, pesait 400 livres. On montre souvent dans les grandes villes, moyennant rétribution, de ces monstres d'obésité. Kastner et Bengenberg citent des enfants de quatre ans qui pesaient 82 et 137 livres ; Bartholin mentionne un enfant qui, à dix ans, pesait 200 livres. Dupuytren (3) a publié l'histoire détaillée d'une femme qui avait 5 pieds 2 pouces de circonférence à l'ombilic, 5 pieds 1 pouce de stature ; ses mamelles avaient 28 pouces de circonférence à la base, 10 pouces de longueur et pendaient jusqu'à l'ombilic. La polysarcie est presque toujours générale ; la graisse abonde dans le tissu cellulaire des joues, du menton, du cou, du thorax, du ventre, des membres ; elle manque aux paupières, aux régions malléolaires et au pénis; moins épaisse sous les aponévroses, elle s'accumule en couches denses sur le péritoine, les épiploons, entre la plèvre et les parois

(1) Nouveau Dictionnaire de médecine et de chirurgie pratiques, tome XXIV, article Obésité.

(2) Percy et Laurent, Dictionnaire des sciences médicales.

(3j Dupuytren, Journal de médecine de Corvisart, Leroux et Boyer, t. XII, p. 262.

m DE L'IMMINENCE MORBIDE. [bygiènb

thoraciques, à la base et à la surface du cœur, à l'origine des gros vaisseau^ Dupuytren n'en a trouvé ni dans le crâne, ni sous l'aponévrose épicrânienne] ni au péricarde ; il n'a constaté la conversion graisseuse d'aucun organe ( 1 ). La peau conserve l'impression du doigt, les traits du visage sont noyés, le menton et le cou masqués par des replis géminés ; le thorax est écrasé et diminué de hauteur par l'ampliation de l'abdomen : les poumons, comprimé® ont moins de "volume que chez les sujets maigres; le cœur, enveloppé de couches solides de graisse, est en général moins volumineux; le foie, augmenta dans toutes ses proportions, laisse suinter par la pression une graisse fluide! mêlée d'une bile claire; la vésicule biliaire est dilatée par le fluide peu coloij qu'elle contient; la capacité de l'estomac est agrandie, sa tunique musculeusl très-développée; le pancréas, cerné de graisse, est volumineux, le mésentèrl surchargé dégraisse, les reins petits et enfouis dans la graisse, la vessie petite et contractée. Les personnes d'une obésité considérable oui le- mouvemena difficiles, roides, embarrassés, ce qui donne à leur démarche un caractère particulier; elles se plaignent d'une sensation générale de pesanteur, s'essouffle]! au moindre exercice, leur capacité pulmonaire vitale esl diminuée (Wintrich elles versent par la transpiration une matière abondante el d'une odeur oléfl gineuse; leur digestion est très-active, et c'est, peut-être la seule de leurs fonctions qui s'accomplisse avec une certaine énergie : encore tombent-ellei après leur repas, dans une somnolence qui augmente leur torpeur habituelle elles éprouvent peu d'appétit vénérien, et n'ont qu'une très-médiocre activ* des organes génitaux. Chez les femmes obèses, il est rare que la menstruation ne soit point troublée. Enfin, la puissance intellectuelle se proportionne cette existence végétative du corps. Le tableau que nous venons de rappelé n'a qu'une vérité relative: tel individu s'accommode d'un embonpoinl qui gênerait les fonctions d'un autre. Le célèbre historien Hume avait acquis D embonpoint excessif. Pompée, au rapport des historiens, étail dans le tnêi cas; et l'on sait que ni la dévorante activité du génie, ni les émotions d'uï carrière unique dans l'histoire, ni le culte de la sobriété, n'ont préserS Napoléon d'une certaine rotondité de formes.

L'obésité se montre normalement à deux époques de la vie. dans l'enfanj et vers la quarantième année, c'est-à-dire avant la puberté el à l'époque o I activité sexuelle diminue; la ménopause marque, pour un grand nombre! femmes, une période d'exubérance graisseuse; les castrats grossissent proii tement. On voit des enfants surchargés de graisses, gonflés de fluides blanl cet excès de volume tombe plus tard ou se maintient, et, dans ce dernier cas il caractérise la constitution. La plupart des individus remarquables pur le ET ï ?Ur emb0n*0int présenté dès leur bas âge. Leur templ rament lymphatique y prédispose, ainsi qu'une nourriture succulente e1 1, vi.

(1) Sur les divers degrés et effets mses, voyez Virchow, op. cit., 15e leçon

de l'accumulation et de la métamorphose grais

privée] RAPPORTS DE L'IMMINENCE MORBIDE AVEC LA CONSTITUTION. 245

sédentaire : ce qui nous explique, d'une part, la florissante corpulence des bouchers, des charcutiers, des gastronomes; d'autre part, la plus grande fréquence de l'embonpoint chez les femmes, notamment en Orient, où l'apathie morale et une nourriture féculente s'ajoutent aux conséquences de la réclusion. L'équitation modérée produit, dit-on, le même effet; mais si l'on remarque la réplétion des cellules graisseuses chez les officiers de cavalerie et même chez les simples cavaliers, on doit tenir compte du bon régime qu'ils suivent et de l'absence totale de soucis et de préoccupations intellectuelles. Cette dernière condition est, sans contredit, l'une des plus favorables à l'essor de l'embonpoint dans l'espèce humaine; il faut y joindre le repos absolu, un régime doux et féculent, le séjour dans un air humide : c'est par ces derniers moyens, et de plus par la castration, que l'on développe chez les animaux réservés à nos tables une chair plus savoureuse, plus tendre, plus fine, parce qu'elle est infiltrée de graisse. — Toutefois il est d'observation que souvent la réunion de plusieurs des influences précitées ne suffit pas pour corriger la maigreu r primordiale; d'un autre côté, l'obésité résiste dans la majorité des ca à l'emploi persévérant et combiné de toutes les influences contraires à celles qui paraissent la favoriser; d'où il résulte que, bien qu'elle se développe accidentellement dans certaines circonstances, elle dépend ordinairement de la constitution et participe à sa pérennité; elle peut même être congénitale. On la voit se produire au sein de la misère et des privations. Les Anglais qui, suivant la remarque de Buffon, offrent les exemples d'obésité les plus notables, ne doivent pas exclusivement cet inconvénient à leur régime diététique et à leur genre de vie; et c'est avec raison qu'Isidore Geoffroy Saint-Hilaire y voit une suite probable des conditions spéciales de leur tempérament (1).

Hippocrate a dit : « Les corps naturellement replets sont plus exposés aux morts subites que les corps grêles (2). » La sagacité de l'observation antique reçoit encore ici sa confirmation des faits; la respiration et la circulation sont habituellement gênées chez les obèses, par le refoulement du diaphragme, par la diminution de la capacité thoracique, par la déposition graisseuse qui s'opère sur le cœur, souvent par la dégénérescence graisseuse des parois artérielles ; de là une tendance congestipnnelle vers les organes de la poitrine et delà tête, une prédisposition àl'anévrysme, à l'apoplexie cérébrale et pulmonaire. Peutêtre l'essoufflement habituel des gens obèses tient-il aux conditions mêmes qui déterminent la formation de la graisse ; la première de ces conditions semble être l'insuffisance de l'hématose. D'après Liebig(3), la formation de la graisse, analogue à certaines décompositions qui s'accompagnent d'un dégagement d'oxygène, fournit à l'économie une certaine portion de l'oxygène nécessaire aux fonctions vitales, et cela toutes les fois que l'oxygène absorbé par la peau

(1) Isidore Geoffroy Saint-Hilaire, Hist. générale et particulière des anomalies. Paris? 1832, t. I, p. 264.

(2) Hippocrate, Aphorismes, 44, sect. n.

l3) Liebig, Chimie organique appliquée à la physiologie, etc., 1842, p. 101,

DE L'IMMINENCE MORBIDE. [woitel

et le poumon est insuffisant pour transformer en acide carbonique le carbon^ eÏ à cette combustion; il ajoute : « Use forme de la grosse chez un n n a toutes les fois qu'il y a disproportion entre le carbone mtadm «lan, Tconomie et l'oxygène absorbé; l'oxygène se s pare alors par la » tau phose de certaines substances, et cet oxygène est rejeté du corps a 1 etal d acide carbonique et d'eau,- La chaleur qui accompagne cette fonction contribu^ à maintenir la température du corps dans un état constant... Lorsque! eco nomiecrée delà graisse, elle se procure elle-même le moyen de suppléer au manque d'oxygène et de chaleur nécessaire aux fonctions vitales, Il résulté de là que, chez toute personne chargée dégraisse, on peul affirmer la faiblesad de l'hématose, la prédominance du sang noir sur le sang rougej e1 oette cori clusiondes recherches les plus récentes de la chimie est généralement confirmé^ par l'observation médicale. L'assertion de Morgagni paraîl moins exacte : « Obesa corpora minus pleuritidi et peripneumoniœ suni obnoxia (1). » Moins de puissance réactionnelle rend plus dangereuses aux obèses la plupart de leurs maladies, et la difficulté avec laquelle s' exercenl chez eux la plupart des fonctions précipite les complications.

L'obésité entraîne assez d'inconvénients, et quand elle B'exagère, assez M périls pour que l'on songe à l'arrêter dès ses commencements ; plus tard ol la combattra vainement. Fonssagrives recommande l'emploi de La diète végfl taie et des purgatifs(2); mais il ne cite aucun fait à l'appui de (56 conseil. CTi régime composé de végétaux, de viande maigre e1 de fruits bien murs, l'exclusion de corps gras (gras de viande, beurre, huile, Lait ); un usage I ivsrestreint des matières sucrées, amylacées, et des alcooliques ; la réduction graduelle de la ration quotidienne jusqu'à la limite au-dessous de laquelle on ne se sent plus restauré, la précaution persévérante de quitter la table avec la sensation de l'appétit non satisfait; le moins de boissons aqueuses que possible; l'exercice à pied poussé jusqu'à la fatigue et surtout à jeun< l'escrime, la gymnastique : des bains de propreté seulement avec 180 à 200 grammes de sous-carbonate de soude, les sudations hydrothérapiqUÉH moins de sommeil etde séjour au lit (6 à 7 heures) : l'hygiène n'offre (pièces moyens dont l'insuffisance s'explique par le caractère primordial de l'obésité et n'est point corrigée par l'emploi des remèdes souvent préconisés. Nous n'exceptons guère de notre incrédulité le bicarbonate de soude que Roche propose à l'expérimentation sur la foi d'un fait unique, ni le vinaigre ni k savon : nous avons observé des irritations gastriques produites par le vinaigre dont usaient secrètement des jeunes personnes clans le but de réduire une précoce exubérance de formes. Des pesées périodiques seront utiles pour constater les effets du traitement hygiénique; l'obèse doit arriver à perdre de

(1) Morgagni, De sedibus et causis morborum, epist. xx, art. 10.

(2) Fonssagrives, Hygiène alimentaire des malades^ des convalescents et des rnlAudi naires> 2e édition. Paris; 1867> p. 562.

priver] RAPPORTS DE L'IMMINENCE MORBIDE AVEC LA CONSTITUTION. 247

1 à 2 kilogrammes par quinzaine, et s'arrêter après une perte totale de 10 à 15 kilogrammes. Trousseau prescrit aux obèses 2 grammes de bicarbonate de soude par repas, ou 50 grammes d'eau de chaux si le bicarbonate est mal supporté. Cette médication doit être suspendue après deux mois, puis reprise un mois de suite chaque trimestre, et continuée ainsi pendant deux ou trois ans. Les eaux de Carlsbad, de Hombourg, de Kissingen, s'il n'existe pas de tendance à la diarrhée, celles d'Ems, en ce dernier cas, pourront avoir leur utilité. Le plus efficace des moyens consiste dans la réduction graduée et persévérante de la ration alimentaire : on trouvera (1 ,dans un écrit de William Banting, le détail du régime auquel il s'est soumis, et qui lui a valu une diminution de poids de 17 kilogrammes en trente-huit semaines.

Maigreur. — Cet état, même à un degré notable, n'exclut point la santé ; comme l'embonpoint, il est inhérent à la constitution, ou le résultat accidentel d'un certain nombre de causes ou le caractère transitoire de quelques phases de l'organisme. Il y a des personnes qui, quoiqu'elles fassent, restent toujours grêles, et présentent, suivant une locution triviale, des formes sèches : telles sont les personnes à prédominance du système nerveux ou de l'appareil hépatique; leur maigreur est due à une disposition native qu'il est difficile d'expliquer. On remarque que beaucoup d'enfants nés à terme sont beaucoup plus petits que leur âge ne le comporte et se développent ultérieurement dans des proportions mesquines ; il faut admettre ici, ou l'influence de l'hérédité, ou celle d'une maladie qui a frappé le fœtus au sein de la mère et enrayé le travail de la nutrition : c'est là ce que les anatomo-pathologistes appellent l'atrophie congénitale. Forme passagère de l'organisme, la maigreur s'observe vers l'époque de la puberté chez les jeunes gens des deux sexes ; la graisse peut diminuer de beaucoup dans l'habitus extérieur (2). L'atrophie sénile, quoique en rapport normal avec les vicissitudes de la période de décroissement, semble avoir sa raison physiologique dans l'affaiblissement de l'action nerveuse, et par son étiologie révèle celle de l'émaciation qui succède aux chagrins, aux passions contrariées, à la surexcitation longtemps soutenue de l'encéphale, aux craintes habituelles, à un état de concentration habituelle, à l'hypochondrie, aux excès vénériens, aux fatigues et aux douleurs du corps. Les causes qui

(1) William Banting-, Letter on Corpulence, adressed to the public, London, 1864, 3e èdit., et Annales tfluj. et deméd. légale, 2e série, t, XXIII.

(2) « Ce n'est point la disparition de la graisse seule qui produit l'atrophié du tissu » cellulaire ; souvent c'est le défaut de l'évaporation des gaz, la suppression de ce n halitus vitalis qui a eu lieu dans ses mailles. En effet, l'embonpoint ne dépend pas n uniquement de la présence de la graisse, il tient aussi à cette turgescence vitale que » l'on remarque à l'état de santé. Pourquoi maigrit-on subitement ? Pourquoi le corps » se rapetisse-t-il dans la syncope, dans le frisson d'une fièvre intermittente...? C'est » parce que tout mouvement expansif est suspendu, et avec lui l'exhalation de la » vapeur qui remplit tous les interstices des parties. » (Lobstein, Traite' d'anatomie générale, t. 1, p. 61.)

g48 DE L'IMMINENCE MORBIDE. [hygiènk

paraissent porter leur première atteinte sur la nutrition se renforcent seconJ da r ment par l'addition de la débilité nerveuse. L'inanition l'usage d allants de mauvaise qualité, l'usage prolongé des acides, l'abus des alcooliques Z violation de l'hématose par les émanations qui, dans certaines m-oiessions ou dans certaines localités, se mêlent à l'air, les hémorrhagies 1 allaitemenl luimême etc., déterminent l'amaigrissement, d'abord par 1 altération ou la réduction du fluide nourricier des organes, mais ensuite par 1 affaiblissement des centres nerveux qui, privés de la stimulation d'un sang bien élaboré, ne fonctionnent plus dans la mesure nécessaire au développement des parties ; l'atrophie d'un membre par l'effet d'une cause locale qui agit sur ses nerfs et en diminue l'influence est l'image partielle, extérieure, de ce qui se passe dans l'atrophie générale, résultat d'un état morbide ou d'un trouble fonctionnel de l'encéphale.

Une maigreur moyenne, quand elle est primordiale-, esl plutôi une condi| tion de santé que de maladie; à un degré très-prononcé, elle coïncide presqiil constamment avec une grande irritabilité du système nerveux, e1 L'imminoncj morbide qu'elle engendre se rapporte à ce dernier état. Phase organique de deux époques différentes de l'existence, il n'y a lieu d'y remédier; expressiofl d'une lésion ou d'une modification générale de l'économie par suite (Tune mauvaise dispensation des moyens hygiéniques, elle est le résultat d'une cause qu'il faut combattre. Excessive, il y faut remédier, qu'elle qu'en soit l'origine. Chez ceux qui en sont atteints, la circulation capillaire périphérique est affaiblie, la peau est aride, parcheminée, les muscles sont amincis, la vigueur manque, les névralgies et les névropathies se répètent ; les fracture» les hernies, surviennent plus facilement, ainsi que les déplacements de la matrice chez la femme. Les sujets très-maigres sont extrêmement sensibles au froid, au vent, à l'humidité. Presque tous sont d'une sobriété exagérée qui a réduit la capacité de leur estomac et la mesure de leur appétit : aussi nVst-il pas aisé de les amener à l'usage d'une ration plus forte, à une alimentatioi plus réparatrice. Il conviendra de les soumettre à des pesées périodiques comme les obèses, pour constater, sinon l'augmentation progressi ve, au moins la stabilité de leur poids total, car on verra plus loin (t. II, Alimentatim insuffisante) qu'il existe un rapport à peu près constant entre le momenl fie la mort et la perte subie par les poids du corps. Il est donc une limite de maigreur qu'il ne faut pas atteindre; mais son correctif n'est pas l'engraissement, c'est-à-dire la substitution d'une forme d'imminence morbide à une autre. Il consisterait à augmenter, dans une juste proportion, la nutrition de tous les tissus, de tous les organes et appareils, à rehausser dans toute l'économie le type de la plasticité et de la force. Les moyens généralement conseillés, repos du corps et d'esprit, sommeil prolongé, alimentation copieuse et composée surtout de substances grasses et féculentes, produiront-ils cet effet, ou ne constituent-ils pas plutôt une méthode d'engraissement analogue à celle qui réussit pour les animaux de basse-cour? Les procédés modernes de nutrition

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appliqués aux génisses et aux bœufs maigres les amènent, après quatre mois, à un degré d'embonpoint que l'élevage dans la forme n'aurait procuré que dans un délai de quatre ans (1). Tel n'est pas le but de l'hygiène humaine. A ses yeux, l'obésité est une condition morbide qui implique, outre le rôle ou la propriété non connue des vésicules adipeuses, un ralentissement de toutes les fonctions (2).

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