‹ Traité d'hygiène publique et privée [electronic resource]Chapitre 53 sur 149 · I. — Eaux pluviales · texte numérisé non relu

I. — Eaux pluviales

Les pluies, soit qu'elles proviennent des combustions électriques qui s'opèrent par les temps d'orage dans les régions élevées de l'air, soit que, par un simple effet de condensation, elles précipitent les quantités de vapeur aqueuse qui excédent la mesure de saturation de l'atmosphère, agissent directement sur la salubrité des climats, sur l'état du sol, sur la marche de la végétation, etc. Cette influence dépend à la fois et de leur quantité et de leur mode de dispensation. Quant à la quantité des eaux pluviales, elle est proportionelle a la latitude et à la hauteur ; elle augmente des pôles à l'équateur, parce que la capacité de l'air pour l'eau est en raison directe de la température moyenne des climats : c'est ce qui ressort du tableau suivant, où l'on a indiqué les

(1) Dutrénoy et E. de Beaumont, Explication de la carte géologique de la France, 1. 1, p. 8.

(2; Annuaire des eaux de la France. Paris, 1851, p. 27.

(3; Il ne s'agit ici de l'eau qu'à titre d'agent climatologique; pour Peau comme boisson, voy. t. II.

privée] DES EAUX. - EAUX PLUVIALES. 373

quantités moyennes de pluie que reçoivent annuellement différentes parties du globe.

Centimètres Centimètres ■1 . ;~ . cubes. cubes. Cap français (Saint-Domingue) . . . 308 I Lyon

La Grenade (Antilles) , . 204 ! Liverpool 86

Bombay , 208 ! Manchester 84

Calcutta 205 ! Venise 81

Kendal (en Angleterre) 156 1 Lille 76

Gênes 140 | Utrecht 73

Charlestown 130 j La Rochelle 66

Pise 124 Londres 53

Naples 95 Paris... 53

Douvres 95 j Marseille 47

Milan. 94 j Pétersbourg 46

Viviers 92 I Upsal.... 43

La hauteur semble agir comme la latitude, car il tombe plus d'eau sur les montagnes que dans les plaines, et cette différence s'explique par l'attraction qu'exercent les lieux élevés sur les nuages, par la température basse qui y règne et y favorise la formation de la pluie; néanmoins, dans une même localité, la quantité de pluie diminue suivant l'élévation : ainsi l'udomètre placé dans la cour de l'Observatoire de Paris a recueilli plus d'eau pluviale que l'udomètre établi sur la terrasse ; le même fait a été vérifié par Boussingault en Amérique, et par Heverden et Philips en Angleterre. Ce dernier, par une série d'observations, est arrivé aux conclusions suivantes : l°Le volume des gouttes de pluie augmente dans leur chute par la condensation des vapeurs qu'elles rencontrent ; 2° l'augmentation suit une progression plus rapide que la distance entre le sol et le point d'où part chaque goutte; 3°la proportion de cette augmentation varie suivant les saisons. Plus un continent s'élance au-dessus du niveau des mers, plus il s'éloigne de la sphère d'évaporafion des mers; aussi les sommets des montagnes très-élevées sont-ils le siège d'une sécheresse extrême, et les nuages qui roulent sur leurs flancs, les vapeurs promenées par les vents clans les couches inférieures de l'atmosphère, ne troublent point la sérénité des hauteurs où surgissent les pics chargés de neiges éternelles.

Les autres circonstances qui déterminent l'état hygrométrique des localités sont le voisinage ou l'éloignement des forêts et des grandes masses d'eau, la direction des vents et les espaces intermédiaires qu'ils parcourent : c'est ainsi qu'il tombe plus d'eau météorique sur les côtes que dans l'intérieur des continents ; c'est ainsi que le département de l'Ain, côtoyé par le Rhône et la Saône, reçoit par an 45 pouces de pluie, tandis que Paris n'en reçoit que 22. Les vents du sud et d'ouest entraînent sur l'Europe les vapeurs de l'Océan et de la Méditerranée. La Norvège, les côtes orientales et occidentales de l'Afrique doivent à la double proximité des forêts et des montagnes leur ceinture de brouillards et l'abondance de leur pluie. Madrid, assis sur un plateau élevé et loin de la mer, se fait remarquer par sa sécheresse.

Le mode d'après lequel les pluies sont dispensées aux différentes contrées

DES MODIFICATEURS. — CIRCUMFUSA. [hygiène

!.,. ]n,,ulrt de les distinguer en pluies climatériques ou régulières, et en

. ccidentelles ou irrégulières ; ces dernières appartiennent plus particuaux zones tempérées, et dépendent en grande partie de la versatilité v saigons d de L'action des conditions locales. En général, il tombe une plus grande quantité d'eau dans les saisons chaudes que dans les saisons froides.

la ' zone torride, les pluies commencent lorsque le soleil passe par le zénith en s'avancent vers le solstice d'été: elles se terminent quand il repasse p [a même verticale ; modérées encore en juillet, elles redoublent en août et en septembre pour se ralentir en octobre, qui est le dernier mois pluvieux. Généralement, c'est en automne que les pluies se montrent le plus abondi rites : en Egypte, elles tombent depuis le mois d'octobre jusqu'au mois de d cembre.Du 33e au 45e degré de latitude (Grèce, Italie, Espagne, Provence), c'est encore en automne qu'il pleut le plus ; mais les chaleurs intenses du printemps et de l'été sont tempérées par de copieuses rosées. Du 45e au 50e (France, Autriche, Hongrie), le printemps amène les pluies les plus fortes;

du 50e au 55e (Belgique, Allemagne septentrionale), c'est encore l'automne qui est la saison des pluies et des brouillards. Du 55e au 68e (Danemark, Suède, Norvège, etc.), la plus grande quantité tombe au printemps, dont la durée est d'ailleurs très-courte. Enfin, du 60e au 70e (Laponie, Spitzberg, Kamtchatka), les pluies et les brouillards surviennent pendant l'été. En Europe, il tombe plus d'eau le jour que la nuit ; le contraire a lieu dans les régions équinoxiales. Nous appelons ces pluies climatériques, parce qu'elles caractérisent par leur apparition et par leur durée l'ordre des saisons suivant les latitudes ; mais on observe encore des pluies accidentelles, c'est-à-dire survenant hors de la saison pluvieuse : très-rares sous le tropique, elles sont beaucoup plus communes dans les zones tempérées; c'est pourquoi celles-ci comptent annuellement un nombre plus considérable de jours de pluie que les régions intertropicales, encore qu'elles reçoivent une moindre quantité moyenne d'eau par an. Or, les pluies ménagées, quoiques moins abondantes, impriment à la. constitution atmosphérique un cachet d'humidité durable et pénétrante, tandis que les pluies torrentielles de la zone torride, accumulées sur un petit nombre de jours, constituent une phase passagère de l'année. Toutefois l'influence décisive des localités se fait sentir encore ici. Les observations faites au Sénégal pendant deux ans par Thévenot (1), prouvent qu'il y pleut beaucoup moins que dans des pays plus éloignés de la ligne ; d'un autre côté, il pleut huit à neuf mois de l'année à Cayenne, qui reçoit par an 108 pouces d'eau; à Bourbon, qui en reçoit 39; aux Antilles, qui en reçoivent 78. Mais la plus grande masse d'eau tombe dans la plus courte portion de l'année; aussi les pluies de la bonne saison, ou pluies a ccidentelles, ne sauraient se comparer aux averses diluviales de l'hivernage.

Yoici comment les quantités moyennes d'eau qui tombent à Paris se distribuent sur les différents mois de l'année : (1) Thévenot/Zoc. cit., p. 76.

privée]

Page 1