‹ Traité d'hygiène publique et privée [electronic resource]Chapitre 57 sur 149 · IV. — Des eaux stagnantes · texte numérisé non relu

IV. — Des eaux stagnantes

Nous comprenons sous cette dénomination toutes les variétés d'eaux plus ou moins immobiles qui peuvent nuire à la santé de l'homme par les produits de leur évaporation, lacs, étangs, marécages, marais salants, marais salés, ports, fossés, mares, lais et relais. Les détails dans lesquels nous allons entrer

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Boni justifiés par le rôle immense que jouent les eaux stagnantes de différentes eSp, ces flans la pathogénie des pays chauds et tempérés, et par les larges indins d'hygiène publique qui en découlent.

I »eu de régions du globe échappent complètement à cette funeste influence ; là même où la civilisation semble avoir atteint son apogée, lesmarais couvrent une vaste étendue du sol; celle qu'ils occupent en France est difficile à évaluer, même d'après les documents officiels. La Statistique de la France fournit, ,1 ns les deux séries de tableaux relatives aux diverses espèces de sols et à la division agricole du territoire, les renseignements suivants ;

Hectares.

Oseraies, aulnaies et saussaies, 64 490

Landes, pâtis et bruyères 1 799 672

Étangs, marais, canaux d'irrigation, 309 4'32

Sol limoneux ou marécageux, 284 464

Ce qui donne déjà une superfice totale de 8418 058 hectares de différents sols marécageux; mais le département de l'Ain, couvert de marais et d'étangs, figure ailleurs pour une surface de 214 000 hectares dans les sols argileux dont l'étendue n'est pas moindre de 2 232 885 hectares en France.

On porte à 00 000 le nombre de victimes que fait annuellement la fièvre des marais dans les États romains, dans les maremmes de la Toscane et sur tout le littoral de l'Italie; les maladies qui dominent dans le delta du Danube, dans les possessions françaises de l'Afrique, dans les Antilles, au Sénégal, dans les Indes, etc., sont dues en grande partie à l'action des marais. Le seul hôpital de Bone a reçu, du 16 avril 1832 au 16 mars 1835, 22 330 malades, dont 2 513 ont succombé; le docteur Annesley assure que la mortalité des Européens dans les contrées tropicales résulte, pour plus des deux tiers, de l'influence palustre. L'existence des marais est donc à la fois une des causes pathogéniques les plus répandues et les plus redoutables; la médecine est appelée à combattre les manifestations aussi variées qu'insidieuses de cette cause toujours la même, soit qu'elle développe en Hollande de simples fièvres d'accès, en Afrique des fièvres rémittentes et continues avec des exacerba- 1 tions pernicieuses, peut-être la fièvre jaune dans les Antilles, et le choléra! ■dans le delta du Gange; mais c'est à l'hygiène à renouveler le prodige nrytho-i logique, en étouffant cette hydre à mille têtes qui décime les populations dul : globe. C'est ici surtout qu'on a meilleure chance à prévenir qu'à guérir, cari! le nécrologue des contrées palustres prouve combien est erronée l'opinion que| les fièvres pernicieuses sont facilement curables, et si le quinquina agit! héroïquement contre le danger des accès, il ne peut rien contre les effets lents I 1 de l'atmosphère marécageuse, contre les effets consécutifs des fièvres qu'elle! j. développe, il ne prévient les rechutes et récidives que dans une certaine limite : jj j l'hygiène seule peut arrêter la dégénérescence des populations qui y vivent plongées, et leur restituer le bénéfice de la moyenne ordinaire de longévité.

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L'Asie paraît moins infestée de marais que d'autres parties du globe ; ses principaux sont le lac Elton, à l'est du Volga, et dont l'exploitation fournit les deux tiers du sel employé en Russie; la mer d'Aral, le lac d'Urmia en Perse; le lac Balkalinor, le lac Lopnor; la mer Caspienne est cernée de lacs salins; le Gange circonscrit jpar ses atterrissements des marais nombreux; du Tanaïs à la mer de Crimée s'étendent les Palus-Méotides; au fond de la mer Noire se trouve la Mingrélie, où se traîne le Rion, autrefois appelé le Phase : Avto'ç 6 4>a<7iç (Trao't^wTaTOç TcàrJrSiv twv 7roTap,wv zat péwv vjTrtwTara (« le Phase luimême est de tous les fleuves le plus stagnant, et celui qui coule avec le plus de lenteur » ) (1). Les pluies tropicales, qui tombent en Afrique pendant l'hivernage, gonflent périodiquement les fleuves et les cours d'eau, et produisent des débordements. Le Sénégal, dont les sources circonscrivent, sous le 11e degré de latitude, un domaine de 50 lieues en largeur, et qui reçoit dans son cours supérieur un grand nombre d'affluents, parcourt, après avoir formé les cataractes de Jovina, celles de Felow et beaucoup d'autres, un trajet de plus de 200 lieues jusqu'à son embouchure. Ses eaux, sans cesse repliées, s'égarent en méandres si multipliés, qu'il ne fait jamais 5 lieues en ligne droite, jusqu'aux lacs de Cayar et de Panié-Foule, à 60 lieues de la mer. Quand, après le solstice d'été, les eaux tombées dans le haut pays ont fait grossir le fleuve, il se précipite avec fracas du haut des cataractes, enfle ses eaux à 38 et 40 pouces au-dessus de son niveau ordinaire et les épand au loin sur les terres; les deux lacs s'emplissent; les bassins latéraux, jusqu'alors à sec, se transforment en canaux dits marigots, qui propagent les eaux dans l'intérieur : c'est alors le même spectacle que dans le delta du Nil, inondé par le débordement du lac Mœris ; mêmes conséquences après la crue, quand le manque d'inclinaison du sol contrarie l'écoulement des eaux et convertit le pays entier en un vaste marais. Tout le littoral, du cap Vert à Sierra-Leone, présente pendant quatre mois cet aspect. Les eaux du Nil laissent en se retirant des marais infects, des amas de matière organique en putréfaction qui infestent le delta. Les bords du Niger sont mortels aux Européens par leurs émanations. Les côtes de l'Algérie et des Régences barbaresques sont entrecoupées d'eaux stagnantes. Le défaut de culture, l'absence d'un système d'irrigation, les torrents dont les eaux se perdent dans les terres, le cours irrégulier des rivières et leurs débordements contribuent à entretenir à l'état marécageux une grande partie de nos possessions en Afrique, notamment la plaine de la Seybouse près de Bone, et celle de la Mitidja, qui a une longueur de 22 lieues sur une largeur moyenne de 4 à 5 lieues, et que l'Harrach et la Chiffa rendent marécageuse dans presque toute son étendue.

Les marais de l'Amérique ont inspiré une admirable page à Buffon ; il dépeint ces fleuves d'une largeur immense, l'Amazone, la Plata, l'Orénoque, débordant en toute liberté et envahissant les terres, les savanes,

(1) Hjppocrate, Œuvres, trad. de Littré, t. II5 p. 61. (Des airs, des eaux et des lieux.)

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les plages, alternativement sèches et noyées, servant de repaire aux reptiles, au5 insectes, « à toute cette vermine dont fourmille la terre, etc. » Le Mississipi offre à son embouchure une île de 20 lieues couverte par les eaux states* tous les fleuves de l'Amérique du Sud donnent lieu à ce phénomène des atterrissements, cause inévitable du croupissement des eaux. Dans l'Amérique septentrionale existent un grand nombre de lacs qui tendent à décroître ei dont les bords sont marécageux, le lac Raines, le lac des Bois, le lac Winipig, le lac de l'Esclave, le lac Supérieur, appelé par les Indiens le Père des lacs, etc., gigantesques réservoirs d'eaux dormantes, exhaussées au-dessus • In niveau des mers. La Guadeloupe, la Martinique, ont leurs palétuviers; tout est marais autourde Cayenne; la Guyane, qui attend encore la hache des pionniers, présente au fond de ses forets vierges un sol fangeux qui fermente incessamment, et sur le bord de ces cours d'eau une dangereuse série de marécages.

L'Europe nous présente une quantité considérable de marais en Danemark, aux environs de la mer Baltique; presque toutes les provinces de Russie en renferment; de Pétersbourg à Moscou, la route est souvent pontée et côtoyée par des plaines marécageuses. Il existe des marais en Sibérie, dans la Finlande, dans la Lithuanie. La Poméranie, le Hanovre, la Hollande, sont constitués par des terres basses semées de lacs et de marais. La Hollande semble une création de l'homme qui en dispute le sol aux inondations par les digues, par les canaux, sans réussir à empêcher la formation d'un grand nombre de marais. Amsterdam, la Haye, Rotterdam, construits sur pilotis, sont infectés pendant la saison chaude par l'évaporation de leurs canaux, dont les eaux sont vainement fatiguées par des moulins; les polders qui avoisinent les bouches de l'Escaut ; l'Over-Issel, l'île de Walcheren, sont fameux entre toutes les localités à marais . L'agriculture a délivré l'Angleterre de la plus grande partie de ses marais ; mais le nord de l'Ecosse possède des lacs et des flaques d'eau ; l'Irlande voit encore une étendue de 11 000 acres couverte par les marais de Sloggau. Les lacs de Neuchâtel, de Bienne et de Morat, en Suisse, sont séparés par des plaines marécageuses. Au midi de l'Europe existent quelques marais sur le littoral de la Sardaigne, sur celui de la Morée (marais de la Djalowa près de Navarin) ; en Italie, ceux de Sienne (Grotanelli, Palmi), ceux que forme l'Arno dans la Toscane ; les marais de Mantoue, les lagunes de Venise, les lacs de Como, d'Iseo, d'Idreo, le lac Majeur, le lac de Garda ; enfin les marais Pontins, qui couvrent de Cisterna à Terracine une étendue de 42 milles de long sur 18 milles de large. L'Espagne a moins de marais; il en existe cependant près de Cadix, Malaga et Gibraltar, et beaucoup de localités, telles que le Guadarram, sans avoir de marais-types, réunissent à certaines époques de l'année les conditions propres adonner naissance aux effluves paludiques; aussi les fièvres intermittentes, mêlées de cas pernicieux, y sévissent depuis le mois de juillet jusqu'à la fin d'octobre (1).

(I) Valéry Meunier, Mission médicale au Guadarrama (Espagne), thèse de Paris, 1863, n^ 29, p. 20.

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