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La France est désolée par des marais aussi nombreux qu'étendus : celui de la Courche, dans l'Aisne, a 5500 hectares d'étendue; celui des Echils, dans l'Ain, 1150; celui de Marans, dans la Charente-Inférieure, 4900; celui de Blaye (Gironde), 4600; celui de Sarguinet (Landes), 5000; celui de Saint- Joachim (Loire-Inférieure), 7700; celui de Mariano, en Corse, 3000; l'étang de Berre, dans les Bouches-du-Rhône, 13 617, etc. On en rencontre sur notre littoral de l'Océan, depuis les Landes jusqu'à la Somme; sur notre littoral de la Méditerranée, depuis Aigues-Mortes jusqu'aux bouches du Rhône, où le dépôt limoneux de ce neuve a formé l'île marécageuse de la Camargue, type des formations géologiques de cette espèce. Nos départements se classent dans l'ordre suivant quant à l'étendue de leurs terrains recouverts par les eaux stagnantes :
L'Allier, l'Ardèches, les Ardennes, l'Ariége, l'Aveyron, les Côtes-du-Nord, la Creuse, la Haute-Garonne, le Gers, la Mayenne, le Puy-de-Dôme, la Sarthe, le Tarn, la Haute-Vienne, les Vosges, l'Yonne, sans être exempts de marais, ne peuvent être classés dans les régions vraiment palustres.
Les causes productrices des marais sont : 1° Le défaut d'écoulement des eaux naturelles, provenant des sources ou des pluies; le peu d'inclinaison du sol, les dépressions qu'il présente en forme de bassin ou de réservoir naturel, empêchent les eaux météoriques de se déverser sur les pentes inférieures et de se dissiper en torrents ou ruisseaux qui affluent dans les cours d'eau réguliers. 2° L'existence de bassins naturels au voisinage des fleuves ou de la mer et au-dessous du niveau de leurs eaux : quand celles-ci viennent à déborder, elles sont recueillies et conservées par la disposition du sol, qui ne peut plus s'en débarrasser que par voie d'infiltration ou d'évaporation. 3° La disproportion de la surface évaporatoire du sol avec la quantité d'eau qu'il reçoit; l'excédant du liquide formera des flasques ou des marais. 4° L'imperméabilité plus ou moins complète du sol : telle est l'origine des marais Pontins ; le tuf imperméable qui forme le sol de Rome et delà campagne environnante, arrête à des profondeurs inégales les eaux des pluies et celles qui ont été détournées de leur cours par l'oblitération de nombreux canaux et aqueducs : tel est l'état de la Brenne (Indre), bassin sans déclivité dont le fond est un mélange de débris organiques et d'argile. 5° Les atterrissements quis'affectuentà l'embou-
Bouches-du-Rhône ,
Vendée
Charente-Inférieure,
Gironde
Loire-Inférieure. . . .
Ain
Landes
Gard
Aude et Morbihan . ,
Cher
Aisne
Manche
Corse
Somme
Deux-Sèvres. .... ....
Oise ...
Hérault et Basses-Alpes
Isère et Marne.
Maine-et-Loire
Loiret et Calvados ....
Eure et Finistère ,
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chure les fleuves, la résistance que la mer oppose aux eaux affluentes ayant pour effet la précipitation des matières que celles-si charrient dans leur cours, Les fleuves et les rivières dissolvent dans leurs eaux les éléments solubles qu'ils rencontrent, corrodent certains terrains qu'ils parcourent, entraînent des débris qu'ils abandonnent ensuite, quand des obstacles ralentissent leur vitesse; ils apportent donc continuellement à la mer des matériaux solides, débris des continents, et de là des atterrissements qui finiraient par niveler la surface du globe, si les révolutions, les mouvements de la croûte terrestre, l'action des vagues et des courants, ne refoulaient ça et là les dépôts solides, et ne modifiaient, par des élévations successives, la configuration des rivages. On a cherché à déterminer la proportion de substances solides que roulent les grands cours d'eau : on admet en moyenne l/60e pour le Pô, 1/160" pour leNil, l/100ep:>urle Rhin, etc. Lapîupart des grands fleuves ont leur delta constitué par le dépôt successif du limon qu'ils entraînent : ainsi s'est formée à l'embouchure du Rhône, entre Trinquetaille et Fourques, l'île de la Camargue, dont la surface, évaluée à 72 lieues carrées, sauf un sixième de bonnes terres, ne présente que marais pestilentiels et pâturages salés. Le déboisement des côtes élevées qui envoient leurs eaux à la mer contribue à l'exhaussement progressif du fond delà mer au voisinage du littoral, auquel s'ajoute une nouvelle bande de sol marécageux. 6° Quand les cours d'eau n'ont à leur embouchure qu'une pente médiocre ou presque nulle, et sont d'un niveau très-inférieur à celui delà mer, ils s'y dégorgent difficilement et tendent a déborder en amont : le Tibre, qui ne décharge qu'à peine ses eaux vasseuses dans la Méditerranée, en inonde souvent les terres voisines de son cours. 7° Si la disposition du littoral est telle qu'il s'abaisse par une ondulation insensible et semble de niveau avec la surface de la mer, celle-ci, battue par les vents et les tempêtes, se rue avec violence sur le rivage, le couvre au loin de ses vagues dont le retrait ne se fait point complètement; de là, le long de certaines côtes, des flaques d'eaux stagnantes qui se dessèchent, à l'époque des fortes chaleurs, par un calme prolongé, et qui se renouvellent pendant les gros temps, quand la mer déferle avec furie. La Corse déroule ainsi sur son littoral, aux yeux du voyageur, une ceinture de marais qui abondent particulièrement cle Calvi à Saint-Florent, et que la mer approvisionne de son tribut périodique. 8° Dans l'intérêt du commerce, de la navigation, de la défense territoriale ou seulement de son plaisir, l'homme creuse ici des ports, des docks, des canaux; là, des fossés, des citernes, des étangs, des bassins d'arrosage, des égouts, etc.(l), et, par ces travaux variés, il circonscrit des masses d'eau sans mouvement continu, qui ne se renouvellent point ou se renouvellent dans une mesure insuffisante; souillées par les déjections ou viciées par la fermentation spontanée des végétaux qui s'y développent et y meurent, elles se rapprochent plus ou
(1) A. Chex aller, JVoticé historiqtùe sur le nettoyage de la ville de Paris (Annales tfhygiène> Paris, 1849, t XLII, p. 2(52).
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moins des conditions générales des marais, et deviennent comme eux des foyers d'insalubrité dont la sphère est plus ou moins étendue. 9° A ces causes il faut ajouter les travaux d'établissement des chemins de fer dans certaines contrées à sous-sol plus ou moins imperméable; les excavations pratiquées des deux côtés de la voie pour fournir aux remblais qu'elle nécessite (chambres d'emprunt), deviennent autant de réservoirs pour les eaux pluviales et d'infiltration superficielle du sol; elles s'y réunissent en flaques, bras morts, etc. Et delà, pour une foule de localités indemnes de fièvres jusqu alors, un développement endémique de ces maladies. De Madrid à l'Escurial, 50 kilomètres; sur la première moitié de ce parcours, à sol diluvien et sablonneux, point de malades ; sur la seconde (de Torrelodones jusqu'à l'Escurial), sol granitique et schisteux, toutes autres conditions égales, la fièvre n'a épargné personne, et divers services ont chômé en 1863, faute d'hommes valides (1).
Les marais se partagent en deux grandes catégories, suivant qu'ils sont constitués par l'eau douce provenant des pluies, des sources, des rivières, ou par l'eau de la mer; ces derniers sont encore distingués en marais salants et en marais salés. Egalement entretenus par la mer, ceux-ci sont dus à la disposition basse et déclive du sol qui reçoit l'eau des hautes marées; ceux-là sont créés généralement par l'industrie, et consistent en de vastes bassins dont le fond est nivelé et battu avec la terre glaise pour s'opposer à l'infiltration de l'eau salée qu'on y livre à la vaporisation du soleil i tels sont les marais salants qui existent sur les côtes du Languedoc, et sur celles de l'Océan, dans le bas Poitou, la Bretagne et la Normandie; l'étang des Martigues, entre Marseille et le Rhône, offre sur ses bords des marais salants naturels. Le marais salant (salin, saline) se compose d'une série de compartiments que l'eau parcourt en se concentrant de plus en plus; à 15 ou 16 degrés, elle dépose les carbonate et sulfate calciques ; à 27 degrés, le chlorure de sodium: vers 23 degrés environ, elle prend une teinte d'abord rosée et qui se prononce par degrés jusqu'au rouge de sang ; elle exhale alors une odeur de violette. Joly s'est assuré que ces phénomènes sont dus au développement d'un infusoire (Mo?ias Dunalii) qui prend naissance aussi dans certains lacs et dans quelques mers. Mélier (2) se demande si cet animalcule joue dans les salines le même rôle que les substances végétales et animales dans les marais ordinaires, en favorisant la décomposition des sulfates» Les marais salants de l'Ouest exigent une plus grande complication de pièces et d'opérations, et l'extraction du sel, qui, sur le littoral de la Méditerrannée, s'opère par le seul
(1) Valéry Meunier, thèse citée, p. 20.
(2) Voyez, pour de plus .amples détails sur l'importante question des marais salant^ l'étude si complète, si lucide, qu'en a fait le docteur Mêlier^ et qui rappelle les beaux travaux de Parent-Duchâtelet sur l'hygiène publique. [Rapport sur les marais salants, etc , avec 4 planches gravées, dans les Mémoires de V Académie de médecine* Paris, 1847, t. XTII, p. 611 et suiv.)
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contact prolongé de l'air et des eaux marines, exige ici les soins d'un art laborieux, quoique très-imparfait encore. Il résulte des recherches de Mêlier, que les marais salants bien entretenus, loin d'être un foyer d'insalubrité, assainissent les localités en submergeant des plages plus ou moins basses, inégales vaseuses, parsemées de flaques d'eaux pluviales et d'excavations qui s'emplissent d'un liquide saumâtre et de débris organiques. Un marais salant dont les eaux sont incessamment renouvelées est bénéfice d'hygiène quand il se substitue à un marais ordinaire; deux communes situées près de Montpellier ont dû à une transformation de ce genre une sensible diminution de maladies et de mortalité. On objecte la coïncidence de l'apparition des fièvres avec le levage du sel qui met à nu la sole des marais : c'est imputer à cette opération ce qui est le produit de la saison, car elle a lieu vers la fin de l'été. Les ouvriers qui effectuent le levage, et qui, toujours sur les tables, en piétinent du matin au soir la vase, fébricitent moins que les douaniers postés autour des marais salants, sur les bords du fossé d'enceinte, presque partout mal entretenu. Dans les salines de l'Est, alimentées par des sources ou des puits salés, il n'y a point de fièvres; la santé des ouvriers est excellente et leur longévité remarquable. Ce n'est point sur la saline même, mais aux alentours de l'établissement, au voisinage des eaux croupissantes, que régnent les fièvres. Des marais salants bien établis, bien exploités, bien entretenus, sans chômage, seront plus souvent une création utile qu'une cause d'insalubrité ; mais l'État ne préside point à leur création, ne dirige point leur exploitation, n'assure point leur activité : on les construit aujourd'hui comme aux vme et ixe siècles, temps d'ignorance et d'essais; l'intérêt privé règle l'exploitation, détermine le chômage et souvent l'abandon des marais: Quand ils communiquent entre eux, le délaissement de l'un entraîne la ruine de l'autre : alors canaux de circulation, fossés d'écoulement, réservoirs, rigoles, tables de cristallisation, tout se détériore, s'envase, s'encombre; eaux douces et salées se mêlent, la fermentation se développe et l'infection règne.
Les marais mouillés sont ceux qui ne se dessèchent jamais, par opposition aux marais qui, à certaines époques, perdent leurs eaux par évaporation; les premiers sont moins nuisibles, et si leur vase est constamment noyée par une grande masse d'eau, ils n'exercent guère d'influence. Il en est ainsi d'un grand nombre d'étangs ; on appelle de ce nom les pièces d'eau plus ou moins considérables, entretenues par les soins de l'homme et qui sont si multipliées dans la Bresse. Le danger des étangs est en raison directe de leur surface et en raison inverse de leur profondeur. Plus leur masse d'eau est considérable, moins les rayons solaires en échauffent le fond; celui-ci n'est pas toujours vaseux, et dans beaucoup de bassins de la Bresse, une eau limpide, quoique lourde et désoxygénée, séjourne sur un sol imperméable, parfois revêtu d'une couche mince de terre végétale. Le dessèchement partiel par évaporation ou par la retraite des eaux, rapproche les étangs de l'état de marais : aussi, quand ils présentent une surface fangeuse en contact presque immédiat avec l'air,
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ils développent les mêmes effets pathologiques; dans ces conditions ils sont appelés grenouillards dans la Bresse. Les grands étangs du département de l'Hérault sont des bassins naturels, peu profonds, entrecoupés de marais, de vastes fossés pleins d'eau, de terres grasses et couvertes de joncs, fréquemment noyées par le retour des pluies ou par l'élévation plus grande des eaux de la mer ; retenues par les digues naturelles et par les sables que la mer accumule sur ses bords, leurs eaux tendent à envahir les terres voisines dont le niveau se confond avec celui des étangs (1).
Les étangs, comme les marais, sont formés par l'eau douce ou par l'eau de mer ; ces derniers, inondés en hiver, se dessèchent généralement en été. Les étangs qui sont définitivement convertis en marais sont les plus dangereux ; ceux de Candillargues (Hérault) infectent les environs ; Frontignan et le village de Yic doivent à pareille cause l'atmosphère délétère qui les enveloppe.
La constitution physique des marais varie suivant les climats; ils ne se ressemblent ni par leur aspect, ni par la nature de leur fond ; leur caractère commun est de favoriser le développement d'une certaine végétation et de servir de réceptacle aux doubles produits d'une pullulation organique sans fin et d'une incessante putréfaction : mystérieux laboratoires de la vie et de la mort, ils servent à la fois de berceau et de sépulture à d'innombrables générations de plantes (2) et d'animalcules; ils présentent le contraste de l'immobilité de leurs eaux dormantes avec l'agitation de tant d'êtres divers qu'ils abritent, et comme pour protéger l'orgie d'une création immonde, ils repoussent l'homme et font autour de leurs bords la solitude par l'infection et la maladie. Les eaux stagnantes reposent en général sur un sol argileux, alumineux, à nu ou tapissé par une couche plus ou moins épaisse de terre végétale, ou recouvert par un lit de vase, mélange de matières terreuses et de détritus organiques. La structure argileuse du sol est peut-être la cause la plus universelle de la stagnation des eaux. Dès lors on comprend que ce terrain tertiaire doit servir de substratum au plus grand nombre de marais : tel est le fond des marais du bas Poitou, du Mantouan, de la Hongrie, etc. Les étangs du département de l'Ain présentent pour fond, sous une couche d'humus de quelques centimètres d'épaisseur, une argile compacte, jaunâtre, dure, mélangée d'oxyde de fer; quelques-uns ont un fond bitumineux. Ribond a trouvé dans les marais de Vial, en Bresse, une couche de tourbe d'inégale épaisseur, une seconde couche semblable, mais pétrie avec du sable fin, une troisième composée de cailloux et d'une terre légère, une quatrième de terre mélangée plus compacte, le tout assis sur des bancs d'argile ou de marne. D'après Burion, beaucoup de marais de la Hollande, de la Frise, de la France, de la Savoie et
(1) Monfalcon, Histoire médicale des marais, 2e édit. Paris, 1826, p. 148.
(2) On trouve, dans V Annuaire des eaux de la France pour 1851 (p. 19 et suiv.), le catalogue très-étendu des plantes les plus habituelles aux terrains submergés ou marécageux de la France.
m. lévy. Hygiène, 6e gdjt. I. — 26
DES MODIFICATEURS. - CIRCUMFUSA. [hygiène de L'Italie siègent sur un sol où se trouvent enfouis une énorme quantité d'arbres. Dans les maremmes toscanes, les marais malsains se dénotent par la proportion considérable de sels qu'ils tiennent en solution, et qui proviennent., soit des eaux de la mer, soit du terrain même anciennement occupé par les eaux marines : ce sont pour la plupart d'anciens petits golfes d'abord changés en bas-fonds par les atterrissements des fleuves, puis plus ou moins séparés de la mer par des barrages de sables annoncelés par les vents et les flots ; d'autres, sans aucune communication avec la mer, ont un fond formé de boucs marines; leur origine se reconnaît aux coquilles et aux feuilles d'algue que Ton y rencontre en creusant; en été, ces marais sont à sec et leur sol se couvre d'efïlorescences salines (1). La tourbe qui couvre le fond de la plupart des marais est le produit de la décomposition de plantes herbacées agglomérées en masse; la sphaigne à larges feuilles, qui se multiplie outre mesure dans les eaux stagnantes, et qui s' y développe par masses compactes, contribue plus que toute autre plante aquatique à la production de la tourbe et à l'exhaussement de la vase. Celle-ci sert de litière à une autre végétation, toujours inondée, et dont le détritus formera à son tour la couche d'une végétation d'un nouvel ordre : ainsi naissent les joncs, les scirpes, les roseaux, les ményanthes ; puis les ombellifères, les lysimachies, les salicaires, les laîches, les renoncules, les alismacées, qui sollicitent un peu moins d'inondation. Sur le dépôt limoneux qui résulte de la décomposition de ces plantes, s'étage une autre végétation composée d'arbustes à racines submergées, des ledums, des airelles, des myricas, qui fournissent leur contingent de débris fermentescibles à cet immense magasin de vase et de détritus organiques. Parmi les végétaux des marais, quelques-uns ont des propriétés toxiques ou caustiques, la renoncule scélérate, l'iris, l'arum, la ciguë, etc.; d'autres sont alimentaires, tels que la châtaigne d'eau (Trapa natans, onagrariées, Juss.), la zizanie des marais (Zizania palustris, graminées, Juss.). Si quelques individus de la flore palustre semblent révéler une influence malfaisante par leur aspect sinistre ou leur odeur repoussante, comme l'arum, les glaïeuls, l'ellébore fétide, etc., il en est qui charment les yeux ou l'odorat, tels que plusieurs typhas, le nénuphar, appelé le lis des étangs, la sagittaire, le Parnassia palustris, etc. Nous signalons cette opposition entre les productions des marais, parce que nous aurons à discuter la valeur de quelques inductions que leur nature a suggérées: elles ne sont pas les mêmes, d'ailleurs, dans les eaux qui stagnent dans les lieux bas ou élevés, dans celles qui sont douces ou salées, situées sous les climats chauds ou froids. Les prairies maritimes, inondées par le flux et laissées ensuite à sec, ont une végétation à part. Sur les côtes de l'Océan, on rencontre le Carex extensa, les Spartina, le Festuca maritima, le Triglo-
(l)Savi, Considérations sur V insalubrité de Vair dans les Maremmes, Mémoire lu au Congrès scientifique de Pise en octobre 1839 [Nuovo Giomale dei litterali, 106 et 107, et Annales de chimie, 1841, t. III).
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chin maritimns, le Statice dichotoma, Y Aster trifolium, les Salsola ; près des eaux saumàtres, le Statice limonium, occidentalis, YAdenarium peplbides, YArenaria marginata, le Glaux maritima, le Plantago maritima, etc. Cette végétation se retrouve en partie clans les marais des salines de Vie, Dieuze, Saint-Nectaire. Les marais saumàtres clu midi de la France présentent les Salsola, Salicornia, Hordeum mavitimum, Initia evylhmoides , Juncus maritimns, Poa littoralis, Polypogon maritimns, etc. Le Saccliarnm Ravennœ se rencontre dans les marais de la Provence exclusivement.
La zoologie des marais diffère, comme leur flore, suivant les circonstances précitées. Il serait long d'énumérer les légions d'infusoires, de zoophytes, de vers, de mollusques, de reptiles, de poissons, d'oiseaux, qui vivent et pullulent dans ce milieu, et dont les cadavres s'y ajoutent par myriades à la masse de substances en décomposition. Les marais ont pour habitants fidèles les vers annélides, helminthides, au nombre de cinq cents espèces au moins, les trois quarts de mollusques nus, univalves ou bivalves, presque tous les crustacés dont on connaît plus de mille espèces, beaucoup d'espèces de batraciens, des raines, des protées, des salamandres, des sirènes, des tritons, des tortues, des lézards aquatiques, des serpents pythons, etc, Le microscope a surpris dans l'eau des marais une multitude de ces êtres infusoires dont le professeur Ehrenberg a constaté la prodigieuse force de génération, des Monas termo, atomus et nva, le Cercaria cyclidinm, YEnchelys ovulum, le Triclioda comata, le Trichoda cimex, le Proteus diffluens, le Volvox vegetans, YEnchelys farcimes, etc. Telle est la multiplicité de ces animalcules, que Virey les envisage comme la cause principale, sinon unique, de l'insalubrité des eaux stagnantes.
La surface des marais offre le plus souvent une croûte formée par rentrelacement des débris végétaux, qui confond leurs bords avec les prairies environnantes, ou un tapis verdoyant composé de conferves, d'une multitude d'infusoires appelés Monas pulviscnlus , de lenticules auxquelles on a attribué, à tort,lapropriétéde purifier l'atmosphère des eaux stagnantes. Ailleurs, comme dans la Bombes, elles déroulent leurs nappes grisâtres jusqu'aux lignes extrêmes de l'horizon, entrecoupées d'espace en espace par des forêts humides, par des terres fangeuses dont les limites se perdent, indécises, dans celles des étangs. Mais, quel que soit leur aspect, limpides ou troubles, dépourvues de leur ceinture habituelle d'aunes et de saules, ou déguisées sous le luxe perfide d'une verdure exubérante, les collections d'eaux stagnantes sont toujours le foyer d'une fermentation putride dont les produits n'échappent point entièrement à l'analyse.
Alexandre Volta, agitant avec un bâton la surface du lac Majeur, observe le dégagement abondant de bulles d'un gaz inflammable : c'est le gaz des marais, formé par l'hydrogène protocarboné ; mêlé de 14 à 15 centièmes d'azote et d'une proportion variable d'acide carbonique, d'hydrogène sulfuré, parfois avec des traces d'hydrogène phosphoré qui, provenant de la putréfaction des ma-
m DES MODIFICATEURS. - CIRCUMFUSA. [hygiène
n. ivs animales, s'enflamme et donne lieu aux phosphorescences nocturnes .1, s marais. Thènard et Dupuytren voient le gaz des marais déposer dans l'eau parlaquelleon le fait passer une matière particulière très-putrescible. Moscati condense, au moyen de globes de verre déposés à trois pieds du sol, les vapeurs d'une rizière ; le liquide obtenu laisse surnager, au bout de quelques jours, une substance muqueuse d'une odeur cadavérique, analogue à celle que fournit la condensation de la vapeur répandue dans la salle du grand Hôtel- Dieu de Milan. Br( cchi trouve des flocons albumineux dans l'eau qu'il recueille de la même manière aux lieux les plus signalés par leur insalubrité. Kigaud de l'Isle, par un appareil très-simple qu'il établit sur les marais Pontins condense la vapeur qui s'en exhale, et il se procure ainsi deux bouteilles d'un liquide que Vauquelin analyse : ce chimiste y constate une matière animale qui s'est séparée dans les bouteilles mêmes sous forme de flocons; la liqueur donne une réaction alcaline, quelque peu ammoniacale, et un résidu jaune qui noircit au feu. En agitant la vase du lac de Rimigliano, Savi (1839) détermine le dégagement d'émanations fétides qui, d'après l'analyse, se composent de gaz hydrogène sulfuré et d'une substance organique particulière (piitérine) .
L'analyse de l'air qui repose sur les marais (aria cattiva, malaria) n'a point fourni jusqu'en ces derniers temps des résultats aussi notables que celle de leurs vapeurs condensées par réfrigération. L'eudiomètre, manié avec la plus sévère exactitude par Jules-César Gattoni, a montré l'air des marais pestilentiels du fort de Fuentès aussi pur que l'air pris sur le sommet neigeux du mont Legnone, élevé de 1440 toises au-dessus du niveau de la mer ; même résultat fourni par l'analyse de l'air recueilli dans onze autres localités à marais et comparé avec celui de montagnes couvertes de végétation. Julia, dont l'Académie de Lyon a couronné les recherches, proclame l'absolue pureté de l'air des marais, aussi bien que de l'air des égouts, de latrines, des étables, etc. Hàtonsnous d'ajouter que ces expériences ont eu lieu sur des quantités d'air trèslimitées et exprimées en volume, non en poids; les procédés de Théodore de Saussure, Boussingault, etc., comportent plus de précision; ce dernier, opérant sur l'air des marais en Amérique, y a démontré : 1° par le sulfate hydrique, la présence d'une matière organique; 2° par la combustion des miasmes, l'existence d'une forte proportion d'hydrogène, converti en eau dans le procédé employé; depuis il a démontré le dégagement d'une certaine proportion d'oxyde de carbone par les plantes aquatiques (1). F. Daniell (2) a constaté le dégagement de l'hydrogène sulfuré dans les eaux de la côte occidentale d'Afrique et d'autres localités ; avant lui, Chevreul et Savi (3) avaient fixé l'attention sur la production du même gaz par l'action réciproque des sul-
(1) Comptes rendus de V Académie des sciences, 1861, t. LUI, p. 883.
(2) F. Daniel, Annales de chimie et de physique, 1841, t. III, p. 33J.
(3) Chevreul et Savi, ibid.
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fates et des matières organiques, et avaient signalé cette réaction comme une des causes les plus influentes de la malaria. Ainsi donc, outre les gaz que l'on dégage abondamment par l'agitation de l'eau des marais, et dont on retrouve des traces dans l'air, il est incontestable qu'une matière organique s'échappe par volatilisation des eaux stagnantes et se mêle à leur atmosphère, soit directement (Humboldt), soit en suspension dans la vapeur aqueuse (Moscati, Brocchi, Rigaud). Animale, végétale ou mixte, c'est très-probablement cette émanation qui détermine l'odeur spécifique de marécage qui dénonce la proximité des eaux dormantes ; odeur variable suivant les climats, la nature des marais, etc. Probablement le gaz des marais entraîne avec lui les miasmes organiques dont la production coïncide avec la sienne, et s'opère dans le même milieu ; l'expérience de Thenard et Dupuytren conduit à l'admettre, et si la chimie isole les produits de la fermentation des marais, on ne peut concevoir cet isolement dans la nature : on sait d'ailleurs que l'acide carbonique qui s'obtient par la fermentation des matières sucrées emporte de l'alcool.
Pour rassembler toutes les données qui peuvent éclairer sur l'action des eaux stagnantes, il faut considérer les objets placés dans leur sphère; ce que les plantes et les animaux y deviennent fournira des éléments d'induction pour l'homme. Si la végétation inhérente au marais y prospère et s'y développe avec vigueur, il n'en est pas de même de la végétation extérieure ; celle-ci languit, les arbres sont rabougris, leurs fruits mûrissent difficilement, et manquent d'arome et de saveur : la Bresse, la Brenne, la Sologne sont pauvres de végétaux; elles ont peu de froment, d'orge et de maïs ; les céréales s'y montrent de qualité inférieure; les plantes légumineuses sont gorgées de sucs aqueux, froides et moins nutritives; les rares vignobles qu'on y rencontre donnent un vin sans force et sans goût. Les terrains desséchés des maremmes toscanes, efflorescents de sel marin en été, se refusent à la végétation de la plupart des plantes qui réussissent dans des terrains sains, et lorsqu'ils s'étendent, la végétation des terrains contigus devient languissante et se détruit. « Les fruits que la contrée (du Phase) produit viennent tous mal, et sont de qualité imparfaite, sans saveur, à cause de l'abondance de l'eau qui les empêche de mûrir complètement, et qui, en outre, répand sur le pays des brumes continuelles (1). » Dans la province de Bone, l'influence des émanations marécageuses se prononce dans la constitution des animaux comme dans celle de l'homme : les bœufs, les chevaux, tous les quadrupèdes sont grêles, maigres, chétifs; ils ont peu de vivacité dans les mouvements, peu d'élasticité dans les allures. Les quadrupèdes de grande espèce dépérissent dans les contrées marécageuses; dix ans suffisent au renouvellement des races, dit Monfalcon(2),
(l) Hippoerate, Œuvres, trad. parE. Littré [Des airs, des eaux et des lieux). Paris, 1840, t. II. p. 61.
(2. Monfalcon, Histoire des marais, Paris, 1824, p. 113,
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et elles s'abâtardirent dès la première génération: le bœuf, la vache, le mou tofl languissent et se détériorent par le pâturage des marais; leur chair devient insipide, aqueuse, moins nourrissante. Le poisson même, seule richesse des étangs de la Bresse, y contracte un goût de vase, et livre à la consommation une chair moins savoureuse, moins digestible. Que devient l'homme lui-même, triste roi de cette nature dégénérée? C'est ce que nous allons examiner.
§ 9. ••- De l'action «les modiûcfttem's hyrïrologiegiies.