V. — Chauffage et ventilation
Le chauffage, s'il ne s'effectue point à l'aide d'appareils bien coordonnés, peut devenir une cause de méphitisme pour les habitations. La combustion ne s'entretient dans les foyers de diverses espèces que par une consommation incessante d'air, en échange duquel elle dégage des gaz impropres à la respiration. Voici, d'après Péclet, pour les différents combustibles, l'indication des
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volumes d'air qu'exige la combustion de 1 kilogramme de leur matière,, et celle des volumes de gaz qu'elle laisse échapper :
Volume d'air Volume des gaz dégagés consommé par pendant la combustion, Désignation des combustibles. kil. de combustible. et ramenés à 0*.
Bois sec d,70 5,38
Bois à 0,30 d'eau 3,29 4,13
Charbon de bois 7,64 7,64
Tourbe sèche à 0,05 de cendres. ...... 5,68 6,33
Tourbe à 0,30 d'eau 3,98 4,80
Charbon de tourbe à 0,20 de cendres. . . 7,10 7,10
Houille moyenne . 8,35 8,93
Coke à 0,02 de cendres 8,70 8,70
Coke à 0,15 de cendre. 7,55 7,55
On se sert pour le chauffage des combustibles qui sont le plus répandus dans les différentes contrées. 1° Les bois les plus denses, les plus secs, les plus gros, sont ceux qui rayonnent le plus; les bois légers, verts ou flottés, donnent moins de chaleur. 2° Le charbon de bois fait avec un bois dense pèse quinze à vingt fois plus que le charbon de bois léger; son pouvoir rayonnant est supérieur à celui de la flamme, mais il est plus utile dans les usines que dans l'économie domestique, en raison des gaz délétères qu'il laisse échapper. 3° La houille répand une épaisse fumée, une odeur empyreumatique, noircit les objets environnants; mais elle a un grand pouvoir calorifique. Suivant d'Arcet, 1 kilogramme de bonne houille peut échauffer de 20 degrés centigrades 1085 mètres cubes d'air; mais en pratique et toutes pertes supportées, on ne peut compter dans un appartement bien disposé que sur 900 mètres cubes d'air à 20 degrés centigrades; le même chimiste considère 1 kilogramme de houille comme équivalent à 2 kilogrammes de bois bien sec, sous le rapport de la température produite. La houille distillée ou le coke est sans odeur, mais il échauffe moins. k° La tourbe, amas de végétaux putréfiés en partie et mélangés avec le limon des marais, rayonne plus que le bois, échauffe plus également, donne, à poids égaux, autant de chaleur que le bois ; mais elle dégage une odeur spécifique qui se communique même aux aliments; elle est le combustible des classes pauvres dans les pays non boisés. Le tableau suivant indique comparativement les puissances calorifiques et les pouvoirs rayonnants des combustibles précités :
Désignation des combustibles. Puissances calorifiques. Pouvoirs rayonnants.
Bois sec 3600 0,28
Bois ordinaire à 0,20 d'eau 2800 0,25
Charbon de bois. 7000 0,50
Tourbe sèche 4800 0,25
Tourbe à 0,20 d'eau 3600 0,25
Charbon de tourbe 5800 0,50
Houille moyenne 7500 Plus que le charbon de bois.
Coke à 0,15 de cendres 6000 Id. Id.
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D'après les calculs du général Monn (1), 1 kilogramme de bois dur usuel fournit, par sa combustion, 3000 unités de chaleur; le kilogramme de houille gaillette de Mons ou de Charleroi donne '2000 unités de chaleur; par conséquent, les prix d'une même quantité de chaleur fournie par le bois ou par la houille sont entre eux dans le rapport de 2 fr. 27 c. à 1 fr. 60 c.
Les produits gazeux que le charbon, la braise, la houille, le bois lui-même, lorsqu'il n'est pas entièrement desséché, peuvent verser dans une enceinte, sont de l'acide carbonique, de l'oxyde de carbone, de faibles proportions d'hydrogène carboné et d'hydrogène; en outre, quelques vapeurs hydrocarburées dont l'origine est due à la calcination imparfaite du charbon. Ces substances sont immédiatement épanchées dans l'air ambiant par les foyers découverts que l'on établit au milieu des pièces sans ventilation suffisante, par les réchauds de braise ou de charbon, qui sont l'objet d'une funeste prédilection dans certaines classes de personnes sédentaires, par les brasiers usités encore dans les pays méridionaux, notamment en Espagne et en Orient. Les cheminées et les poêles conduisent parfois dans les chambres les produits gazeux de la combustion, au lieu de les écouler au dehors ; c'est ce qui arrive quand l'air d'une pièce est plus dilaté que celui de la cheminée ou du poêle. Existe-t-il une communication entre le tuyau d'un poêle ou d'une cheminée et celui de la cheminée ou du poêle d'un voisin, soit d'un étage inférieur, soit d'un étage supérieur, la vapeur de charbon ou de bois en combustion peut refluer dans la pièce où ils sont placés, et donner lieu à des accidents d'asphyxie; la fumée peut tomber par suite de son refroidissement ou céder à l'appel d'une cheminée dont le tuyau se trouve échauffé sur le toit par le soleil ou par son adossement à une cheminée voisine où l'on fait du feu. D'Arcet a rapporté trois exemples d'asphyxie due à de pareilles causes (2). On trouve, dans les ouvrages de médecine légale, la description des effets produits par la vapeur des différentes combustions ; l'élément le plus dangereux de cette vapeur, comme du gaz de l'éclairage, est l'oxyde de carbone. Il convient d'en signaler ici les modes de production et les effets physiologiques et toxiques, qu'avant les recherches de F. Leblanc on rapportait à l'acide carbonique. C'est lui qui produit la petite flamme bleue visible au-dessus du charbon allumé des fournaux, lorsqu'un courant d'air le porte de l'intérieur du brasier à la surface où il brûle : le charbon qui brûle à l'air libre fournit plus de 1/2 pour 100 de ce gaz; il se dégage aussi, comme nous l'avons vu, par l'inflammation des corps éclairants. En générai, il se forme dans les combustions incomplètes, lentes, étouffées, alors que des matières carbonées brûlent sans recevoir la proportion d'oxygène nécessaire pour leur transmutation en acide carbonique ; il prend naissance dans les foyers où il y a un excès de charbon, et si les produits de la combustion viennent à pénétrer dans une
(1) Note citée par Payen, Précis de chimie industrielle, 5e édition, 1868, t. II, p. 60.
(2) Annales d'hygiène. Paris, 1836, lre série, t. XVI, p. 30.
privée] DES HABITATIONS PRIVÉES ET DE L'AIR CONFINÉ. 603
pièce, soit par la fermeture de la clef d'un poêle, soit par suite du mauvais état des conduits calorifères, l'oxyde de carbone donne lieu à des (roubles que l'on imputait à l'acide carbonique avant les recherches de Leblanc. D'après la remarque d'Ebelmen, la braise est de tous les combustibles celui qui transforme le plus facilement l'oxygène de l'air en oxyde de carbone : 1 kilogramme de braise en combustion libre peut rendre asphyxiant l'air d'une pièce fermée de 25 mètres cubes de capacité.
Il suffit de fermer la clef d'un tuyau de poêle qui conserve un peu de combustible allumé pour produire de l'oxyde de carbone ; ainsi fait la repasseuse qui, écrasant les charbons sous les fers, intercepte l'afflux de l'air; l'asphyxie par la vapeur de charbon commence par l'action de l'acide carbonique et finit par celle de l'oxyde de carbone, quand l'air, chargé du premier gaz, n'alimente plus activement la combustion du réchaud. Une poutre en ignition dans l'épaisseur d'un mur ou par suite de la proximité d'un foyer donne lieu à un dégagement considérable d'oxyde de carbone. La fonte en contient dans sa composition, puisque le procédé d'aciération en grand auquel est attaché le nom de son inventeur, Bessemer, consiste à lui enlever son carbone pendant la fusion à l'état d'oxyde de carbone; ce qui ne prouve pas qu'il en émette beaucoup, lorsqu'un excès de chauffage dans les poêles de métal les porte au rouge naissant. On a analysé les vapeurs de charbon : huit expériences ont donné à Eulenberg 1 d'oxyde de carbone pour 9,72 d'acide carbonique ; Leblanc a trouvé i pour 8, Or fila avant lui 1 pour 20. Les effets toxiques de l'oxyde de carbone sont connus de longue date ; mais ils ont été précisés par Leblanc : frappé de la mort subite d'un chien de forte taille dans une atmosphère que la combustion du charbon avait amenée à 3 ou U pour 100 d'acide carbonique, tandis qu'il n'avait pu produire le même effet qu'avec 30 à 40 pour 100 d'acide carbonique pur, il a été conduit par des expériences à l'attribuer cette fois à l'oxyde de carbone, et à reconnaître que ce gaz tue instantanément un moineau à la dose de h à 5 pour 100 dans l'air, que 1 centième fait mourir un oiseau en deux minutes. D'après Tourdes, à 1/15, un pigeon n'a jamais résisté plus de vingt-cinq minutes, ni plus de trente-sept minutes avec 1/80 ; 1/50 amenait la mort au bout de trois heures. Le mécanisme de cette mort a été éclairé par Cl. Bernard ; il a constaté que du sang, mêlé avec de l'oxyde de carbone, perd promptement tout son oxygène, et qu'en même temps le globule sanguin devient plus ferme et plus gros. Les expériences de Tourdes en 1842 et en 1856 mettent en évidence l'influence anesthésique de ce gaz, parallèle au chloroforme dans la série des phénomènes d'excitation et d'insensibilité progressive jusqu'à la stupeur, jusqu'à la mort apparente; avec 1/8 ou 1/10 d'oxyde de carbone, l'anesthésie commence chez les lapins au bout de deux minutes, et se complète en cinq; avec 1/5, elle s'établit entre la deuxième et la sixième minute, et devient complète en douze minutes ; avec 1/30 et 1/100, on obtient encore des effets qui se font attendre de 6 à 20 minutes. La période d'excitation chez les pigeons dure deux à trois minutes : ils
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se débattent, retiennent leur haleine, puis cédant au besoin de respirer et sentant l'action du gaz, ils se roidissent, s'élancent ; parfois surviennent des mouvements convulsifs; la respiration, le pouls, s'accélèrent ; tout à coup ils s'abattent et l'anesthésie se déclare par la résolution musculaire, la persistance de la vie ne se dénotant plus que par l'auscultation du cœur ; si cette seconde période se prolonge, la respiration s'arrête, puis la circulation, et l'animai succombe ; si elle s'arrête à temps, il s'efforce de se relever, tout en chancelant comme s'il était ivre; la respiration, d'abord accélérée, devient plus profonde, et après quinze à quarante-cinq minutes, il retrouve son équilibre. Ce qui achève la ressemblance de cet état avec l'anesthésie chloroformique, c'est la présence du sucre dans les urines (Claude Bernard, Sultzer); ce dernier, chez un asphyxié par l'oxyde de carbone, a trouvé pendant quatre jours une dose journalière de U grammes de sucre dans les urines (1). Dans les deux cas, les lésions anatomiques sont à peu près les mêmes : rougeur intense du parenchyme pulmonaire ; injection de la musculeuse aérienne ; emphysème épars, surtout au bord des poumons ; sang coagulé, plus abondant dans le cœur droit, d'une teinte moins foncée que dans les autres asphyxies; rougeur prononcée des tissus. — Des observations recueillies sur des hommes (Friedberg, Tourdes, etc.), il résulte que dans l'asphyxie par l'oxyde de carbone, si le malade se remet, c'est presque toujours rapidement par la simple exposition à l'air, aidée de quelques allusions froides, de l'application de sinapismes aux extrémités, etc. D'autres fois, le rétablissement se fait attendre, retardé par des paralysies partielles des extrémités qui résistent à la faradisation, par l'apparition des phlyctènes gangréneuses, etc. Les troubles de l'appareil respiratoire, notés par plusieurs médecins, proviennent, non du gaz toxique, mais de l'introduction de substances étrangères irritantes; une dépression des centres nerveux est aussi une des suites possibles de cet empoisonnement. (V. Lelorrain, loc. cit.)
Les produits gazeux de l'éclairage s'épanchent immédiatement dans l'atmosphère des habitations; il en est de même de ceux des combustions que l'on établit dans les cheminées ou dans les poêles, quand différentes causes contrarient le courant ascendant d'air dilaté, ou quand le procédé de chauffage est vicieux : dès lors on se demande si dans les habitations dépourvues d'appareils de ventilation, on peut compter sur un renouvellement très-efficace de l'air à la faveur des jointures des portes et des fenêtres. Nous l'avons dit plus haut : l'expérience a prouvé que parce mode d'aération spontanée, l'altération de l'air n'est pas réduite à la moitié de ce qu'elle serait dans une capacité rigoureusement fermée, toutes choses égales d'ailleurs; il y a plus, les propriétés délétères des gaz émanés des combustions peuvent se faire sentir jusqu'au degré de l'asphyxie dans une pièce imparfaitement close ; une porte qui laisse du jour dans ses points
(1) Lelorrain, De l'oxyde de carbone au point de vue hygiénique et toxicologique , thèse de Strasbourg, 1868.
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de jonction, un poêle à clef ouverte, une cheminée ouverte, une fenêtre entre-bâillée n'empêchent pas les accidents (i). Il importe donc d'assurer même aux habitations privées l'avantage d'une bonne ventilation ; celle-ci s'obtient naturellement par l'ouverture des croisées. Une pièce pourvue d'une cheminée représente un canal composé de deux branches, l'une verticale, l'autre horizontale, ouvert par les deux bouts : si l'air du canal est plus chaud que l'atmosphère, il s'écoule par l'orifice supérieur; s'il- est moins chaud, c'est par l'orifice inférieur qu'il s'échappe. En hiver, l'air des appartements étant d'une température plus élevée que l'air atmosphérique, l'air s'écoule toujours par l'orifice supérieur : pendant le printemps et l'été, la température des appartements n'égale point, le jour, celle de l'atmosphère ; il la dépasse durant la nuit : aussi l'écoulement diurne et nocturne de l'air se faitil en sens inverse pendant ces deux saisons. L'ouverture des fenêtres et des portes active ces courants, dont la direction dépend des variations de température, et par conséquent de pression ; leur clôture hermétique convertit chambre et cheminée en un puits au fond duquel s'accumulent l'acide carbonique et les émanations plus pesantes que l'air. Comme il est impossible, dans nos climats, d'aérer constamment les appartements par l'ouverture permanente des fenêtres, force est d'y suppléer par des moyens de ventilation artificielle, combinés avec le système de chauffage. Il ne sera question ici que de ceux qui conviennent aux habitations privées ; nous renvoyons au tome II l'appréciation des appareils de chauffage et de ventilation dont dépend la salubrité des établissements publics et des locaux de réunions nombreuses. Nous ne pensons pas avec H. Blerzy (2) que l'hygiène privée soit moins intéressée à la solution de ce problème, et que nos appartements les plus exigus laissent à chaque individu un cube d'air considérable. 11 y a beaucoup à faire pour introduire dans la pratique des familles et populariser les procédés les plus ingénieux de chauffage économique et d'aération régulière. Combien de chambres d'ouvrières qui ne connaissent encore que les réchauds, ou les chaufferettes? Le poêle de fonte se rencontre dans les maisons de nos provinces du nord et de l'est, dans les hôpitaux, dans les casernes. Quoi qu'on ait dit sur le danger des réchauds de braise ou de charbon, partout où il n'existe pas un courant d'air suffisant pour balayer les émanations délétères de la combustion de ces substances, l'habitude ne s'est pas encore introduite chez les ouvrières sédentaires d'y substituer des briques chauffées, des tabourets à réservoir d'eau chaude qui leur procureraient une température douce aux pieds, sans les exposera des érythèmes de moins en moins passagers, à des vergetures ou marbrures des membres inférieurs, à des varices, à des hémorrhoïdes, à des hémorrhagies menstruelles. Le brazero est resté un appareil de chauffage populaire en Espagne ; en Orient, il s'appelle mangal ; à Constantinople, dans un hôtel de
(1) Devergie, Médecine légale, t. III, p. 106.
(2) H. Blerzy, lie vue des deux mondes, 15 février, 1867, p. 951.
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premier ordre, je n'avais pas, en 1855, d'antre ressource pour lutter contre le froid, avec porte et fenêtre ouvertes; en Corse (1835), dans une hôtellerie isolée, à Casta, "entre l'île Rousse et Saint-Florent, j'ai passé la nuit autour d'un brazero au milieu d'une grande pièce dont le plafond était percé pour le passage de la fumée. Dans l'ancien sérail de Stamboul, comme dans le palais pontifical du Quirinal, à Rome, deux mangais ou vases métalliques très-larges et richement ornés sont disposés dans la salle du trône pour recevoir en hiver un combustible sans fumée. Tel était sans doute le chauffage privé des anciens Romains, si ce n'est dans les palais que leurs architectes avaient imaginé de chauffer par des fours disposés au -dessous du rez de -chaussée ; il n'y a pas trace de cheminée dans les maisons d'Herculanum et de Pompéi. Ce mot se rencontre pour la première fois dans quelques écrits du xine siècle ; une inscription découverte à Venise constate qu'en 1367 un grand nombre de cheminées furent renversées par un tremblement de terre.
Les voyageurs savent combien les habitations particulières laissent à désirer pour le chauffage hivernai dans nos villes du midi; on vante la douceur de leur climat pendant la saison rigoureuse et l'on y souffre du froid dans les maisons où portes et fenêtres sont mal closes, où les parquets sont remplacés par le carrelage, où les cheminées fument et entraînent les 7 ou 8 dixièmes de la chaleur dégagée par le combustible en ignitioti. La place nous manquerait ici pour une revue critique de toutes les imperfections des appareils et des modes de chauffage adoptés même dans les pays où la nécessité de lutter contre des froids rigoureux et prolongés sollicite le génie industriel. On voit partout, disait encore d'Arcet, en 18/43 (1), des poêles et des calorifères énormes n'avoir, pour prises d'air et pour bouches de chaleur, que des ouvertures si petites, que, pour obtenir un peu de chaleur de ces appareils, il faut y pousser le feu au point d'en faire rougir les armatures ; ce qui cause leur rapide destruction et ce qui donne à l'air l'odeur malsaine de brûlé. Or, on peut, sans consommer plus de combustible, augmenter notablement la quantité d'air chaud que versent les poêles et les calorifères ordinaires, en introduisant l'air froid dans leurs armatures par un canal à section plus grande, et en agrandissant dans la même proportion l'ouverture des tuyauxet des bouches de chaleur par lesquels l'air chaud passe de l'armature de l'appareil dans la salle qu'il s'agit d'échauffer. IS faut que l'entrée de l'air froid et la sortie de l'air chaud, ainsi que sa bouche de chaleur, aient 12,5 décimètres carrés d'ouverture pour un appareil de chauffage, poêle ou calorifère, dans lequel on brûle 1 kilogramme de bonne houille, ou 2 kilogrammes de bois bien sec par heure; et un tel appareil peut fournir jusqu'à 900 mètres cubes d'air chaud dans ce même laps de temps, quantité suffisante pour assainir une pièce où quinze personnes resteraient enfermées pendant trois heures (à raison de 18m,33c cubes d'air par heure et par homme). Les bouches de chaleur doivent être placées vertica-
(i) Annales d'hygiène et de médecine légale. Paris, 1843, t. XXIX, p. 335.
privée] DES HABITATIONS PRIVÉES ET DE L'AIR CONFINÉ. 607
lement, à droite et à gauche, ou en avant du tuyau du poêle ou du calorifère; il faut éviter que le courant ventilateur ne soit en contact prolongé avec du cuivre fortement chauffé. Les grandes bouches de chaleur verticales seront munies de registres ou de portes qui permettent d'y dimi mer à volonté le courant d'air, et de lui donner, en cas de besoin, une plus haute température ; mais, en ne lui donnant que la température nécessaire pour maintenir dans la pièce le degré de chaleur voulue, on obtient les avantages suivants : maximum d'assainissement, conservation et longue durée des appareils, refroidissement convenable de la fumée, et par conséquent la plus grande économie possible de combustible, prompt échauffement et prompt refroidissement du local (d'Arcet). On peut appliquer utilement au chauffage et à la ventilation d'une demeure privée l'appareil que Pécîet a fait construire dans l'une des salles d'asile de Paris : le poêle présente autour de son fourneau une cavité dans laquelle l'air peut librement circuler ; cette cavité communique avec l'air extérieur et avec l'air intérieur, par deux tuyaux distincts, dont on peut varier le diamètre suivant les besoins de l'aérage ; le conduit, de la fumée, après avoir traversé la salle, se rend dans une petite cheminée d'appel, dans laquelle on place un réchaud de charbon allumé; dès qu'on chauffe le poêle, le tirage s'exerce sur l'air du dehors, qui s'échauffe au contact du fourneau, et s'épanche dans la salle; après avoir été respiré, il gagne les parties supérieures de la pièce, et est entraîné par le courant ascendant de la cheminée d'appel.
Mais l'ingénieur qui a étudié avec le plus de précision et de persévérante sagacité tous les détails d'installation et de fonctionnement des modes de calorification et de ventilation appropriés tant aux maisons particulières qu'aux habitations collectives, en tenant un large compte des exigences longtemps méconnues de l'organisme humain, c'est sans contredit le général Morin. Économie, salubrité, agrément, examinons avec lui sous cette triple face l'arsenal du chauffage domestique, en partant de ce principe qu'il faut considérer comme insalubre tout appareil, toute installation qui n'assure pas un renouvellement suffisant et régulier de l'air, ou qui n'est pas combiné avec des dispositifs qui produisent ce renouvellement.
1° Cheminées ordinaires. Elles peuvent être ramenées à deux types: le premier, plus fréquemment employé, présente un tuyau de fumée assez large, communiquant en bas avec le foyer par une ouverture plus ou moins étroite (gorge, Ru mfor t) et se terminant en haut par une sorte d'ajuiage de briques ou tuiles (mitre) ou de tuyaux de poterie (mitrons) ; cet orifice d'évacuation de la fumée a une section de passage bien moindre que celle du corps du tuyau. Ce type, étudié par Piumfort, dont il porte le nom, l'emporte par son tirage sur les anciennes cheminées. L'autre, recommandé par Péclet dans tous Jes cas, ne s'applique qu'aux très petites cheminées, principalement au chauffage par les poêles; son conduit de fumée est cylindrique et d'une section uniforme sur toute sa longueur. Ces deux genres de cheminées ont l'avantage de
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provoquer une ventilation active; mais l'air évacué par la cheminée est remplacé par l'air extérieur qui pénètre par les joints des portes ou des fenêtres, ce qui donne lieu à des vents coulis, à des courants incommodes; assis devant ce feu, on se grille les genoux et l'on frissonne du dos, suivant l'observation de Rumfort Quant à ce que le générai Morin appelle le rendement calorifique, il ne dépasse guère 0,12 ou 0,1U de la chaleur fournie parle combustible; l'air qui sort de la cheminée est chauffé à 60,80 et + 100 degrés centigrades: la perte de calorique dans l'espace est donc de f, de {, et, d'après Péclet, de ~, malgré la concavité, le poli et l'éclat que l'on donne aux surfaces de la cheminée. Il y a donc intérêt à limiter le volume et la température de l'air évacué, sans nuire à l'activité du tirage dont dépend la salubrité de l'appartement. Une cheminée ordinaire, dans les proportions adoptées aujourd'hui à Paris et fonctionnant avec une activité moyenne, détermine une évacuation d'air qui égale et souvent dépasse, par heure, cinq fois la capacité de la chambre, soit 30 mètres cubes d'air par heure et par personne, en admettant qu'il y en eût plus d'une par mètre carré de plancher. D'autre part, le tirage et l'évacuation de la fumée conserveront une activité suffisante et ne seront pas contrariés par les ,vents, si la fumée s'écoule dans l'air avec une vitesse de 3 mètres par seconde ; dans le tuyau général de fumée, cette vitesse doit se réduire à lm, U0 ou 2 mètres, d'où l'indication de ne pas trop restreindre ses dimensions. Pour les proportions à donner aux tuyaux de cheminées et aux mitres des maisons particulières, nous renvoyons aux explications techniques contenues dans les ouvrages cités d'A. Morin.
2° Cheminées ventilatoires. Elles ont pour objet de restreindre les pertes de chaleur produite par le combustible en l'utilisant à chauffer l'air neuf qui entre, à diminuer le tirage par les joints des portes et des fenêtres, en réduisant à son minimum la quantité d'air appelée par la cheminée pour une quantité connue de combustible. Rumfort avait déjà posé ces principes : 1° Ramener le feu en avant en réduisant la profondeur du foyer, et augmenter le champ circulaire du dégagement du calorique rayonnant par inclinaison en dehors et l'évasement des parois faites de matériaux blancs et polis (faïence, brique vernissée) ; 2° étrangler la partie inférieure du tuyau de cheminée à l'endroit où la fumée y entre, et y établir un registre à coulisse pour proportionner Faffluence de l'air au feu que l'on y fait. D'autres ont recommandé depuis longtemps l'emploi du calorique de la fumée en la faisant passer par des tuyaux qu'elle échauffe et qui par leur rayonnement contribuent à élever la température de l'air ambiant; mais tous les dispositifs proposés n'introduisent guère, dans l'appartement, que le 0,10 de l'air évacué parla cheminée, et réchauffent à 100 degrés, à + 120 degrés centigrades et plus, tandis que les cheminées nouvelles des casernes anglaises, établies par le capitaine du génie Douglas Galton, et expérimentées au Conservatoire des arts et métiers par le général Morin, introduisent un volume d'air chauffé à + 33 degrés centigrades, et
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presque égal à celui qui est entraîné au dehors par le foyer, ce qui supprime à peu près les rentrées d'air froid par les portes (1).
Ces cheminées, dont le général Morin m'a fait voir un modèle, se chauffent au bois ou à la houille; leur foyer est entièrement isolé du mur en arrière; leur tuyau de fumée, en fonte dans la hauteur du local à chauffer, est isolé jusqu'au plafond dans une gaîne où l'air extérieur s'introduit par dessous, latéralement ou en arrière, selon les conditions du lieu; près du plafond, une ouverture pratiquée à la gaîne et munie de directrices laisse sortir cet air échauffé dans son parcours, et qu'elles poussent en nappes horizontales vers le haut de la pièce. Une trappe à ressort ou à coulisses permet de l'ouvrir ou de la fermer aisément, selon que le feu est allumé ou éteint. Le rayonnement du foyer découvert et l'introduction de l'air chaud ont pour effet de porter à 0,35 degrés la chaleur développée par le combustible, alors qu'elle est seulement de 0,12 à 0,14 avec les cheminées ordinaires, et de 0,20 environ avec celles qui son pourvues de l'appareil Foudet. Au-dessus de la pièce à chauffer, la gaîne d'air intérieur est arrêtée, et le tuyau de fumée est monté en tuyaux ou en briques comme à l'ordinaire, à moins qu'on ne la prolonge pour le chauffage d'étages superposés, en la garnissant à chaque étage d'un registre pour en modérer l'effet. Les âtres de ces cheminées doivent être de fonte et leur foyer de briques réfractaires, si l'on y brûle de la houille ou du coke. Un mantelet mobile y sera accroché au moment de l'allumage.
Nous empruntons au général Morin les calculs suivants :
Proportions des cheminées ventilairices
Capacité Volume d'air Sectiou Air Section totale de
des pièces à introduire et à du conduit de passage la gaine de passage de
à chauffer. évacuer par heure. de fumée. de la mitre. l'air nouveau.
La préférence des Anglais pour le chauffage à foyer découvert s'explique d'abord par l'action stimulante du calorique rayonnant et par une moindre accumulation de chaleur sur les organes supérieurs, ce qui diminue le péril des transitions à l'air extérieur, ensuite par l'influence exhilarante de la vue du feu qui pétille; elle égayé jusqu'à la salle d'hôpital, elle invile à la sociabilité; elle charme aussi la solitude d'une retraite studieuse; elle distrait, elle entretient, elle aide à la méditation, et, comme le moral est aussi un des régulateurs de la santé, il n'est pas indifférent de consulter ces impressions pour l'assiette de la We domestique.
(l) Annales du Conservatoire des arts et métiers, t. VI, 1866.
M. lévy. Hygiène, 5e édit. 1. — 39
610 DES MODIFICATEURS. — CIRCUMFUSA. [hygîènï
3° Poêles. Construits en fayence, en tôle, en fonte, sans bouches de chaleur prenant l'air à l'extérieur, ils utilisent et répandent dans les locaux qu'ils sont destinés à eh au (Ter 0,85 à 0,90 de la chaleur développée par le combustible; mais le volume d'air entraîné par le poêle et évacué par le tuyau de fumée est seulement de 5 mètres cubes environ par kilogramme de bois brûlé, de 6 à 7 mètres cubes par kilogramme de houille, et de 10 à 12 mètres cubes au plus par kilogramme de coke avec un feu très-vif. Ces poêles ne renouvellent l'air des appartements que dans la proportion de T'0 au plus de leur capacité ; la rénovation totale de leur atmosphère, ne s'eiïeciue qu'en dix heures, et, à diverses hauteurs, les différences de température vont jusqu'à 10 degrés ou 12 degrés pour des locaux ayant k à à mètres d élévation. Les poêles de fonte auraient un autre inconvénient, d'une extrême gravité; d'après des expériences exécutées en 1867 par H. Sainte-Claire Deville et Troost (1), la fonte, chauffée au rouge, laisse passer des gaz et en particulier l'hydrogène et l'oxyde de carbone; on lui impute des accidents d'intoxication survenus dans des locaux ainsi chauffés, céphalalgie, vertiges, nausées, etc. , et même la fièvre typhoïde. Je ne conteste aucun résultat dû à l'analyse chimique, mais, comme chirurgien régimentaire, j'ai visité beaucoup de corps de garde; comme inspecteur, j'ai eu à m'enquérir de leur degré de salubrité, et mes souvenirs ne me retracent rien qui ne s'explique par les brusques transitions infligées aux sentinelles de l'extrême chaleur des corps de garde au froid hivernal des factions nocturnes, et, en sens inverse, de ce froid au rayonnement des poêles de fonte parfois incandescents; joignez- y une odeur métallique qui porte à la tête. Quant à la fièvre typhoïde à forme épidéoiique, que l'on examine bien les cas allégués; l'encombrement, d'autres causes d'infection septicémique, y ont joué un rôle prépondérant ; presque toujours ces causes coïncident avec le poêle de fonte, et de là une confusion étiologique (2).
(1) H. Ste-Gl. Deville et Troost, Comptes rendus de V Académie des sciences, 13 janvier 1868.
(2) Depuis que ces lignes ont été écrites, M. Coulier, professeur de chimie appliquée dans l'école du Yal-de-Grâce, a bien voulu me communiquer la note qui suit, rédigée d'après une de ses leçons :
« MM. Sainte-Claire-Deville et Troost, à la demande du général Morin, ont cherché à mesurer la quantité d'oxyde de carbone qui traverse les parois des poêles de fonte portés au rouge. {Comptes rendus de VAcad. des sciences, 13 janvier 1868.)
» A cet effet, un poêle de corps de garde a été revêtu d'une enveloppe de tôle, placée à une certaine distance de ses parois, et interceptant par conséquent un espace annulaire dans lequel l'oxyde de carbone, après avoir traversé la fonte du poêle, devait se rendre.
» C'est l'air contenu dans cet espace qui a été analysé, pendant que le poêle était porté au rouge.
» Six expériences ont eu une durée moyenne de 92 heures ; pendant ce temps, on a puisé 1057 litres d'air qui, en moyenne, contenait 0,4 litres d'oxyde de carbone pour 1000 litres d'air.
» Supposons le poêie sur lequel on a expérimenté placé dans une chambre cubant
PRIVÉE] DES HABITATIONS PRIVÉES ET M L'AIR CONFINÉ, 611
Les poêles de tôle de fer et surtout de faïence sont d'un usage plus agréable, mais non plus efficaces pour le renouvellement de l'air. L'industrie moderne a fait de louables efforts pour les améliorer tous, y compris ceux de fonte; le feu une fois allumé, l'ouverture de portes mobiles ou l'enlèvement de mantelets amovibles les transforme en véritables cheminées isolées des murs et pouvant, grâce à une largeur suffisante de leurs tuyaux de cheminée, provoquer une ventilation égale à celle des cheminées ordinaires. Que l'on établisse dans le foyer même une chemise de briques facile à renouveler, et l'on évitera, dit le générai Mmm, la brusque et excessive élévation de température de la fonte. Des corrections analogues assainiraient les petits fourneaux de ménage à double emploi : chauffage de la pièce et cuisson des aliments. Les poêles desséchant Fair, des vases d'eau seront disposés sur leur surface ((ablette de marbre ou de tôle), qui céderont la quantité de vapeur nécessaire à la salubrité de l'air. La température élevée qui règne ordinairement dans les appartements à poêles rend plus sensible à l'impression du froid extérieur, et exposent ceux qui subissent ces transitions aux plilegmasies des muqueuses, des poumons, des articulations. Dans l'intérieur des maisons, les couches d'air les plus échauffées se portant vers le plafond, îa tête est frappée par une température plus
180 mètres cubes (c'est la dimension du poste du Val-de-Grâce); admettons encore que, pendant les 92 heures qu'ont duré les expériences, l'air ait été renouvelé vingt fois, ce qui est au-dessous de la vérité ; dans ce cas, Il décilitres d'oxyde de carbone ayant été mélangés à H 600 mètres cubes d^air, la proportion de gaz toxique contenu dans un litre de ce mélange sera environ un dixième de millimètre cube, c'est-à-dire une quantité totalement insignifiante, et qui pourrait être décuplée et au delà sans le moindre inconvénient.
» A ces calculs péremptoires, je puis joindre l'expérience directe suivante, dont je garantis l'exactitude.
» Dans l'antichambre d'un appartement composé de cinq pièces de grandeur moyenne, on a placé un poêle de fonte cylindrique, dont le couvercle a été remplacé par une bassine de cuivre remplie d'eau. Ce poêle chauffe depuis quatre ans cet appartement, dont les habitants, parmi lesquels se trouvent de jeunes enfants, n'ont jamais ressenti la moindre incommodité par suite de ce genre de chauffage.
» En réalité, les poêles de fonte incommodent en faisant baisser l'état hygrométrique de l'air.
» On remédie à cet inconvénient en plaçant sur leur couvercle un vase rempli d'eau ; mais le plus souvent la surface d'évaporation est insuffisante, et ne remédie que partiellement au mal.
» Dans la dernière expérience que nous venons de rapporter, la bassine qui ferme le poêle supérieurement a 0m,30 de diamètre ; sa surface d'évaporation est de 0mci-,069, ou en nombres ronds 7 décimètres carrés. La surface du poêle qui est portée au rouge est quatre fois plus étendue. Dans ces conditions, un hygromètre placé dans les pièces chauffées indique toujours à peu près le même état hygrométrique qu'en été, et tout malaise disparaît dès que cet effet est obtenu.
» Le seul inconvénient de cet excellent mode de chauffage est l'aspect disgracieux du poêle, qu'il est facile démasquer à l'aide d'un demi-cylindre de tôle simulant un calorifère. » (Goulier, Cours de chimie fait au Yal-de-Grâce ; communication manuscrite.)
612 DES MODIFICATEURS. — CIRCUMFUSA. [hygiène
élevée que les extrémités inférieures, ce qui explique, sans le maléfice conjectural de la fonte, la céphalalgie, les vertiges, etc., que beaucoup de personnes ressentent en y séjournant. Il est d'observation que les asthmatiques s'accommodent mieux du feu des cheminées que de la chaleur des poêles. Pendant les mois de réclusion hivernale dans les maisons chauffées par des poêles, comme en Alsace et dans le nord de la France, survient-il un plus grand nombre de congestions et d'hémorrhagies cérébrales que dans les autres saisons? La théorie autorise cette induction, et mes souvenirs la confirment; les statistiques du docteur Bœckel, à Strasbourg, aideraient à nous fixer sur ce point, mais encore ici l'étiologie est complexe : à l'influence des poêles s'ajoute celle de l'inertie musculaire, de l'abus du tabac et de la bière, etc.
Au demeurant, le meilleur mode de chauffage de la famille aisée, c'est la cheminée ventilatoire dans l'appartement et le calorifère à air chaud dans le vestibule et les escaliers ; dans la maison plébéienne, la même cheminée, sans aucun luxe; dans la chambre de l'ouvrier, le petit fourneau avec le changement indiqué. Les conditions d'une bonne ventilation se résument en ceci : 1° appel d'air continu ; 2° pureté de l'air appelé ; 3° ventilation proportionnelle à la quantité d'air vicié que l'on élimine : 4° température convenable de l'air introduit, afin qu'il ne détermine pas l'impression d'un courant froid; 5° simplicité et activité spontanée de l'appareil dont le résultat devient précaire, dès qu'il exige, pour fonctionner, une surveillance et des soins fréquents. Il est aisé de remplir ces conditions pour les demeures privées, soit avec les poêles, soit avec les cheminées. Nous examinerons dans le deuxième volume les systèmes de chauffage proposés pour les édifices publics. Quant au chauffage, les avantages à rechercher sont : 1° production constamment uniforme d'une quantité moyenne de chaleur ; 2° économie de combustible ; 3° distribution égale du calorique dans toutes les parties de l'appartement ; k° ignition aussi complète que possible du combustible employé. Les inconvénients à éviter sont la viciation de l'air par les produits gazeux de la combustion, par la fumée, par la désoxygénation et par la dessiccation de l'atmosphère confinée. Les modes de chauffage que nous avons indiqués, avec les perfectionnements qu'ils ont reçus, ne sont pas loin de satisfaire entièrement aux vœux de l'hygiène.
Nous jugeons utile de reproduire, en terminant ce qui concerne le chauffage des habitations particulières, le résumé des expériences du général Morin sur la quantité de chaleur fournie par les divers appareils :
Désignation des
appareils. Rendement calorifique. Observations.
/ Produisent l'évacuation de l'air
... , ■ a ln , A tti \ vicié, mais n'assurent pas directe-
Cheminees ordinaires. . . 0,10 a 0,12 ^ nntroduction de rair nou.
\ veau; chauffage salubre.
/ Produisant l'évacuation de l'air . , ... . • ado ' aoc \ vicié et l'introduction directe de
Cheminées ventilatoires 0,33 a 0,35 | rair nouveau modérément échauffé.
Chauffage salubre.
privée]
Désignation des appareils.
Poêles ordinaires sans circulation d'air.
Poêles de métal avec circulation d'air pris à l'extérieur ou à l'intérieur.
Calorifères à tuyaux de circulation de la fumée.
DES HABITATIONS PRIVÉES ET DE L'AIR CONFINÉ
Appareils de circulation d'eau chaude.
Rendement calorifique.
En fonte ( à la houille. 0,90
chauffée ( au coke. . . 0,83 En faïence chauffée au
bois, peu salubre 0,87
Modèle des écoles de la
ville de Paris 0,68
A conduits verticaux de circulation. Modèle de
M. Chaussenot 0,93
Horizontaux 0,63
Verticaux 0,80
Lorsque les tuyaux et les poêles apparents sont nombreux, de grande surface par rapport à la chaudière principale... 0,65 à 0,75 Lorsque la chaudière, le fourneau et tous les poêles ou conduits de circulation sont contenus dans les locaux à
Observations.
Ne produisent qu'une évacuation très-insuffisante de l'air vicié.
Chauffage insalubre.
Ne produisent qu'une évacuation insuffisante de l'air vicié et chauffent à un degré trop élevé celui qu'ils introduisent. Chauffage très-insalubre si les tuyaux sont de , fonte, peu salubre s'ils sont de fer.
Ne peuvent pas produire directement une évacuation suffisante de l'air vicié et fournissent en général de l'air trop échauffé, mais peuvent être facilement modifiés de manière à ne donner que de l'air à 30 ou liO degrés. Chauffage insalubre quand il n'est pas combiné avec la ventilation.
Se prêtent directement à l'organisation d'une ventilation régulière par appel.
\ chauffer.
Quant au degré de température le plus convenable pour l'intérieur des habitations, Roberston ne le veut pas au-dessous de 10 degrés c. dans les chambres à coucher ni au-dessus de 15 à 18 degrés c. dans les pièces de réception. Il est certain que le séjour dans les lieux trop échauffés artificiellement détermine des vertiges, de la pesanteur céphalalgique, des syncopes, des symptômes de turgescence vasculaire vers la tête. En outre, nous ignorons les modifications qu'une chaleur artificielle élevée imprime à l'air sous le rapport de sa respirabilité. Nous partageons l'opinion de Fleury (t. I, p. 63), que la rélégation dans un appartement dont la température est celle de la plupart des hôtels de Paris chauffés par des calorifères, exerce sur l'organisme une influence très-fâcheuse qui se traduit par une diminution du ressort et de la vitalité de la peau, par l'alanguissement des fonctions de respiration, d'hématose, de calorification, par l'affaiblissement de la circulation capillaire périphérique et une altération du sang; de là certaines variétés de chlorose, d'anémie, de névropathie, des débilités générales, etc. , maladies si répandues dans les rangs opulents et les mieux abrités de la société. C'est pour ces classes surtout que les applications hygiéniques de l'hydrothérapie sont merveilleusement indiquées.
614 DES MODIFICATEURS. — CIRGUMFUSA. [hygiène
§ 3. — iïe l'usage alternatif de l'air libre et «le l'air confiné.
Les demeures privées, telles qu'elles existent dans les villes, dans les campagnes, etc. , sont loin de remplir les conditions de salubrité que nous venons d'exposer. L'avantage d'un logement sain n'est échu qu'à une faible minorité de la population ; des classes entières sont reléguées, comme les portiers, dans des réceptacles situés au rez-de-chaussée, prenant jour sur des ailées sombres, sur des cours toujours humides, mal chauffés en hiver, privés de ventilation, et où des familles entières ne disposent pas du cube d'air nécessaire à la respiration d'un seul homme. Des greniers, des combles à toiture déclive, servent de refuge aux enfants de l'artisan ; dans les rues les plus étroites de nos cités, on voit ces garnis dont les chambres présentent des lits serrés les uns contre les autres, ou des couchettes étagées sur deux rangs verticaux, repaires immondes où s'entassent pendant la nuit les ouvriers qui n'ont point de domicile particulier. Les classes moyennes se privent par avarice ou par incurie de l'espace nécessaire à leur installation domestique. Piien ne manque aux boudoirs dorés, aux alcôves richement drapées, aux cabinets somptueux, que l'air qui doit alimenter incessamment la vie : on sait user de la fortune pour se procurer le comfort sous toutes les formes; mais on oublie l'élément essentiel de la santé, qui est tout simplement une suffisante ration d'air atmosphérique. Dans les campagnes où rien ne s'oppose au développement convenable de l'habitation privée, où l'espace ne se vend point par menues fractions à prix d'or, le spectacle est encore plus affligeant : rien de plus misérable que la chaumière du paysan de Sologne ; il faut lire le détail de sa construction dans l'ouvrage de Monfalcon (page 206). Piorry a signalé, d'après les relations des épidémies observées en France de 1830 à 1836 (1), l'état déplorable des habitations qui ont compté le plus de victimes : le Doubs, l'Allier, la Mayenne, la Somme, en présentent qui ne valent pas mieux que les huttes des sauvages, tant la civilisation est lente à propager ses bienfaits, même dans les pays les plus favorisés.
L'édification vicieuse des demeures privées, l'insuffisance de leur capacité, le défaut d'une ventilation régulière, ont pour résultat de frustrer ceux qui les habitent de la quantité d'air indispensable à l'hématose, de spolier l'atmosphère confinée d'une certaine proportion d'oxygène, d'y accumuler l'acide carbonique, d'en accroître la température, de lui enlever son humidité, remplacée par les matériaux de la transpiration pulmonaire, de l'exhalation cutanée et des sécrétions; d'où formation de miasmes putrides qui, portés par l'absorption dans le torrent circulatoire, agissent sur l'économie comme Un poison spécial. Les faits contraires, rapportés par Parent-Duchâtelet et par Warren, s'expliquent par la dissipation (les matières animales à l'air libre. Toutes les fois que ces matières se putréfient dans un milieu clos ou limité,
(1) Piorry, Mémoires* de V Académie de médecine, Paris, 1837, t. VI, p. 1 et suiv.
privée] DES HABITATIONS PRIVÉES ET DE L'AIR CONFINÉ. ©15
sans ventilation efficace, il y a production d'émanations putrides; et suivant que celles-ci pénètrent dans l'organisme avec plus ou moins d'abondance ou de rapidité, on observe les phénomènes d'une intoxication lente ou aiguë. Quand l'infection agit à faible dose et d'une manière continue, elle détermine des effets peu caractérisés qui échappent à l'observa lion superficielle ou qui donnent le change sur la nature de la cause ; mais ils finissent tôt ou tard par altérer la crase du sang, et ils se traduisent par des états cachectiques : étalement, hydroémie, scrofule, phthisie, etc. Quand l'atteinte est plus énergique et plus rapide : fièvre éphémère avec éruption critique, telle que herpès labial, zona, furoncles, etc., fièvre muqueuse, typhoïde, pétéchiale, scorbut aigu, purpura, etc, ; toutes affections si multipliées chez nos jeunes soldats recrutés à la campagne et soumis au noviciat de la communauté militaire, aux influences du couchage dans les casernes et de la réclusion nocturne dans les corps de garde, dans les salles de police à baquets plus ou moins immondes, etc. Et que l'on ne dise pas que cette série progressive d'altérations et d'accidents ne se développe que sous l'influence de l'encombrement dans les édifices publics, là où les hommes sont réunis en grand nombre. Ce qu'un local public est aux agglomérations humaines, l'habitation privée l'est à l'individu; même cause, mêmes effets, bornés seulement dans leur propagation : dans le premier cas, épidémie ; dans le second, affection sporadique ou de famille. Un seul homme, une famille s'expose autant à résider dans un logement trop étroit, mal aéré, qu'à se mêler à la foule qui emplit de son méphitisme un vaste local; c'est ce que j'appellerais volontiers l'encombrement individuel, l'infection de l'homme par lui-même, vu la disproportion du cube d'air dont il dispose avec les besoins de la vie dans un temps déterminé. La fièvre typhoïde prend naissance dans les chambrées des casernes, où couchent un nombre disproportionné de militaires; elle sévit alors par épidémie régimentaire. Elle se produit également chez l'habitant isolé d'une pièce étroite et mal aérée. C'est ce qui résuite des relevés faits par Piorry, et qui portent non-seulement sur ses propres observations, mais encore sur celles de Bouillaud, Andraî, Chomel, Louis, etc. Les enfants, en raison de la délicatesse de leur organisation, ressentent plus vivement les effets nuisibles de l'air confiné; ils s'infectent plus rapidement par leur propre atmosphère ; l'insuffisance de l'air, et l'altération complexe qui en est la suite, c'est-à-dire l'encombrement, les place dans un état de prédisposition particulière à certaines maladies. C'est ainsi que les enfants les plus sains engendrent, dans les espaces limités où on les accumule, les principes des affections les plus dangereuses, et c'est dans ces mêmes conditions que cet âge manifeste sa puissance de contagion bien connue : fièvres éruptives, ophthalmie purulente, muguet, croup, angine couenneuse, coqueluche, teigne vraie, prennent naissance dans les recoins mal aérés ou les parents même aisés relèguent trop souvent pendant la nuit la couche ou le berceau de leurs enfants. Les médecins qui pratiquent dans les grandes villes, où l'espace est dispensé avec tant de parcimonie aux locataires des meilleurs
61 G DES MODIFICATEURS. — CIRCUMFUSA. [hygiène
quartiers, ont souvent l'occasion de vérifier cette observation étiologique.
L'air confiné est nuisible, non- seulement par le changement de proportion de ses éléments, par l'élévation de sa température, par l'addition des principes étrangers, mais encore par le défaut de mouvement et parfois de rayonnement solaire ; un grand nombre d'habitations ne reçoivent jamais l'action directe du soleil ; d'autres n'en jouissent que très-fugitivement; il en est ainsi surtout dans les quartiers populeux des grandes villes : or, nous avons vu combien cette influence est nécessaire à l'hématose et à la nutrition; l'obscurité favorise la production de la graisse et l'exubérance de tous les fluides blancs. On ne connaît pas exactement l'effet des mouvements de l'air sur la manière dont s'accomplit la respiration ; mais si l'on consulte les sensations qui accompagnent l'acte respiratoire à l'air libre ou ventilé, et dans un milieu tranquille ou clos, on ne peut douter que dans le premier cas un volume d'air plus considérable est inspiré, que l'air pénètre plus profondément, que le déplissement vésiculaire est plus nombreux, que l'hématose s'opère par une surface plus étendue : ne voit-on pas les asthmatiques étouffer dans une atmosphère stagnante et réveillés au milieu de la nuit par l'angoisse de la respiration, se précipiter vers une fenêtre pour dilater leur poitrine à l'air frais et ventilé? Les fluctuations continuelles de l'atmosphère renouvellent l'air en contact avec la surface pulmonaire et cutanée, et opèrent ainsi le départ du détritus gazeux de l'organisme. Enfin les changements qui affectent les qualités de l'air dans les espaces libres exercent utilement notre sensibilité, à moins qu'ils ne s'effectuent trop brusquement et dans une mesure excessive; les vicissitudes de pression, de température, d'hygrométrie, d'électricité, d'ombre et d'insolation, sollicitent alternativement les fonctions et semblent contribuer à leur juste balancement. Sous l'influence d'un état uniforme de l'atmosphère, la constitution organique tendrait à s'exagérer sous un type déterminé et pencherait nécessairement à la maladie : or, l'air confiné réalise presque toujours un état uniforme des qualités atmosphériques. Aussi Baudelocque a-t-il démontré par des faits nombreux que le développement des écrouelles survient après un séjour plus ou moins prolongé dans un air qui n'est pas suffisamment renouvelé. Richerand s'est assuré que les scrofuleux reçus à l'hôpital Saint-Louis proviennent presque tous des quartiers de Paris où les ouvriers vivent entassés dans des logements étroits. Les vaches captives dans les étables de Paris, les singes enfermés, meurent de phthisie tuberculeuse. D'après les recherches de Lombard (l), les professions sédentaires qui s'exercent dans des locaux étroits et fermés sont une cause fréquente de phthisie, tandis qu'un air pur et constamment renouvelé en préserve; on n'a pas observé cette maladie funeste chez les animaux qui vaguent à l'air libre. La phthisie fait plus de ravages dans les prisons auxquelles on a appliqué le régime pénitentiaire de l'isolement et du silence; c'est à l'inaction des or-
(1) Lombard (de Genève), Annales d'hygiène et de médecine légale. Paris, 183^ t. XI, p. 5.
privée] DES HABITATIONS PRIVÉES ET DE L'AIR CONFINÉ. 617
ganes phonateurs qu'on a attribué cet effet (Goindet, de Genève) : ne serait-il pas dû en partie à la stagnation dans l'air confiné des cellules ou à un renouvellement presque insensible de leur atmosphère, sans fluctuation, sans la fraîcheur en masse des courants extérieurs?
Il y a donc un danger évident pour l'homme à s'emprisonner dans l'intérieur de son habitation, même alors que celle-ci répond en grande partie aux conditions de l'économie hygiénique ; et plus elle s'en éloigne, plus le danger augmente. Le contact de l'air libre est une nécessité physiologique; la respiration ne s'exerce avec force et plénitude qu'à ce prix. Or, cette fonction a des connexions intimes avec la vie animale et la vie plastique. L'effet de gaz irrespirables se décèle d'abord par le trouble des sens, des facultés cérébrales, du mouvement volontaire; celui-ci a pour condition l'afflux du sang artériel ; d'où il suit que la force musculaire dépend aussi de la respiration. Les mouvements respiratoires favorisent mécaniquement la digestion; l'appétit et les forces digestives augmentent dans un air pur, et diminuent quand le sang se rapproche davantage du caractère veineux (1). Mais, en moyenne, combien de temps l'homme doit-il passer à l'air libre par jour ? Question difficile à résoudre d'une manière générale. Il faut tenir compte des climats, des localités, du séjour à la ville ou à la campagne, du quartier que l'on habite, du degré d'assainissement des demeures privées. D'un autre côté, toutes les circonstances individuelles qui font varier la consommation de l'oxygène modifient les conséquences du séjour dans l'air confiné. Sous ce rapport, la constitution, le tempérament, le sexe, l'âge, l'habitude, etc. , interviennent avec une certaine puissance. Les sujets lymphatiques et nerveux supportent mieux l'air immobile ou médiocrement renouvelé que les individus sanguins et musclés. Grâce à la faiblesse de sa respiration et à l'habitude de la vie sédentaire, la femme séjourne plus impunément que l'homme dans un air renfermé et vicié; mais, durant la grossesse, elle a besoin d'un air libre et pur, ni trop sec, ni trop humide. S'il est vrai, comme l'assurent des voyageurs, que les crétins diminuent de nombre dans le Valais depuis que les femmes ont pris la coutume de se soustraire à l'air humide et stagnant qu'on respire dans le fond des vallées pour aller passer dans des lieux élevés le temps de leur grossesse, ce fait témoignerait d'un genre d'efficacité merveilleuse de l'air ventilé. La privation de l'air extérieur est cause que beaucoup de nourrices, dont la constitution ne laissait rien à désirer à l'époque de leur admission, changent, se détériorent et perdent une partie de leur lait. Naguère elles vivaient au milieu des champs, livrées à des travaux qui n'entraînent point la réclusion domiciliaire; appelées à nourrir l'enfant d'un citadin, elles se voient enchaînées auprès d'un berceau, et passent, non sans détriment, de leur sphère natale de respiration à une sorte de captivité atmosphérique. L'habitude réduit le besoin de respirer et plie l'organisme aux effets de la rélégation : on a vu des prisonniers s'attacher au séjour de leur cachot et refuser la liberté au terme de leur
(1) Burdach, Physiologie, t. IX, p. 556.
618 DES MODIFICATEURS. — CIRClîMFUSA. [hygiène
peine, parce que leur santé ne pouvait plus s'accommoder de l'air libre et de l'éclat du plein jour. Les vieillards, en raison de l'atrophie de leur appareil aérien et de la réduction de leur pouvoir respirateur, se ressentent moins des inconvénients de l'air confiné; leurs tLssus sont moins perméables aux émanations dont il se charge promptement (1); leur modalité vitale ne réclame point aussi impérieusement que celle des adultes les stimulations généreuses d'une atmosphère riche d'oxygène, de lumière et d'électricité, et dont l'action est multipliée par la vitesse de son renouvellement. Néanmoins ils sont loin d'être insensibles au bienfait d'un air pur et mobile. Qui ne connaît les avantages de la résidence à la campagne pour les personnes d'un âge avancé? S'ils s'expliquent en partie par l'éîoignement des causes d'agitation qui sévissent sur la vie urbaine, par le calme et le rafraîchisse ment moral que procure la vue des champs, niera-t-on que la pureté de l'air, la ventilation, qui s'effectue spontanément dans les vastes étendues d'horizon, la sérénité du ciel que ne trouble point la vapeur méphitique des centres de population, n'y contribuent en quelque chose? Mais c'est principalement aux enfants que l'influence de l'air confiné est fatale. Chez eux la respiration est plus énergique, les sécrétions et exhalations sont plus abondantes, l'absorption plus rapide; aussi l'espace étroit qui trop souvent leur est assigné dans les habitations ne tarde point à se convertir en un foyer d'intoxication miasmatique, s'il n'est puissamment aéré. Les enfants périssent en plus grand nombre dans les quartiers étroits, où les maisons sont mal bâties et les logements très-resserrés, que dans les quartiers qui présentent des conditions opposées (Villermé). Il faut se hâter d'exposer les enfants à l'action de l'air et du soleil, de leur donner chaque jour, suivant l'expression de Hufeland, un bain d'air vivifiant (2) : c'est un des moyens les plus propres à les fortifier, à consolider leur constitution. Et saurait-on s'y prendre trop tôt quand les conditions de notre état social sont telles que, dès l'âge de sept ou huit ans, les devoirs de l'éducation morale et intellectuelle commencent à peser sur eux et leur infligent une scolarité sédentaire de plusieurs heures par jour ?
Donné, auquel les mères sont redevables d'excellents conseils (3), ne craint pas de dire que les personnes les plus convaincues de l'utilité de mettre les enfants à l'air, qui apportent le plus de soin et de régularité à cette partie de leur hygiène, n'en font pas encore assez., et qu'il est très- peu de mères qui fassent sortir leurs enfants autant qu'il le faudrait pour leur constituer une organisation vigoureuse et une santé robuste. Le préjugé retient les enfants trop longtemps renfermés après leur naissance. Dès l'âge de huit à quinze
(1) La rareté de la fièvre typhoïde chez les vieillards serait-elle due à cette circonstance, ainsi qu'à l'atrophie de l'appareil folliculaire de l'intestin?
(2) Hufeland, La macrobiotique, ou l'art de prolonger la vie de l'homme, traduit de l'allemand, par A. J. L. Jourdan. Paris, 1838, p. 459.
(3) Al. Donné, Conseils aux familles sur la manière d'élever les enfants, suivis d'un précis d'hygiène. Paris, 1864, p. 253.
privée] DES HABITATIONS PRIVÉES ET DE L'AIR CONFINÉ. 619
jours, Donné recommande d'envoyer les enfants à la promenade au plus beau moment de la journée; et quand ils seront familiarisés avec l'impression de l'air, ils devront passer dehors plusieurs heures, protégés contre l'action directe et prolongée du soleil, sans être entièrement privés de ses rayons: mieux leur vaut le haie que la pâleur morbide des enfants qu'on environne d'un excès de soins; s'ils sont enveloppés convenablement et qu'on leur imprime de temps en temps quelques mouvements, l'air vif et même un peu froid ne leur nuit point. Il faut se rappeler toutefois que les nouveau-nés, même bien vêtus, perdent promptement leur chaleur ; ils se laissent pénétrer par le froid sans en témoigner aucune souffrance ; ce n'est que vers dix-huit mois à deux ans, et même plus lard, qu'ils s'en plaignent avec des pleurs : aussi, par une température trop rigoureuse, on s'abstiendra de les produire à l'air, quelque épais que soit leur habillement. Une fois en état de s'agiter par l'exercice spontané, ils auront moins à redouter le froid, et si on les pousse un peu à le supporter, ils ne manqueront point de s'aguerrir progressivement contre les intempéries hivernales. « Il ne s'agit pas de faire respirer l'air extérieur à l'enfant dans les rues d'une grande ville, de le faire passer de sa chambre dans un salon de visites ou dans une boutique, de lui faire faire une course en voiture, mais de le laisser jouer au grand air. » C'est dans les espaces dégagés, dans les promenades étendues et bien situées, qu'il faut exposer l'enfant à l'air: au fort de l'été, il doit rester dehors à peu près toute la journée; au printemps et en automne, pas moins de quatre à cinq heures, à partir de midi; en hiver, pendant les quelques heures que le soleil reste sur l'horizon. Le lecteur trouvera, dans l'excellent ouvrage de Donné, le complément de prescriptions minutieuses qui se rapportent à ce que l'on peut appeler le bain d'air quotidien de l'enfant Quant à l'imminence morbide, l'usage de l'air libre neutralise celle des affections dont la production est favorisée par la stagnation atmosphérique; à cette dernière cause s'en ajoutent d'autres, telles que le défaut d'exercice, la continuité des attitudes vicieuses, etc.; elles agissent de concert dans l'étioiogie de certaines maladies : comme à l'air libre, l'action musculaire, la répartition plus égale des fluides circulatoires, l'expansion des viscères, etc., concourent ensemble à l'effet préservatif. Nous avons signalé (page 251) la bénigne influence que le changement d'air exerce sur les convalescents. Leur première transition de la chambre à l'atmosphère es! surtout marquée par la fraîcheur des impressions, par une sorte de révivifïcation générale; l'action réconfortante de ces bains d'air est visible en eux : chaque promenade leur rend un peu de leur vigueur passée. La convalescence est- elle lente à s'établir, lente à se confirmer, parfois un changement d'air devient décisif, même alors qu'on avait placé le malade dans les meilleures conditions de salubrité atmosphérique. K éveillé -Parise a vu des améliorations de convalescence obtenues à Paris en faisant passer le malade d'un quartier dans un autre (1). En général, l'air de
(1) Reveillé-Parise, Etude de l'homme dans l'état de santé et dans l'état de maladie, Paris, 1845, t. I, p. 193.
DES MODIFICATEURS. — CIRCUMFUSA.
[hygiène