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DES TEMPÉRAMENTS OU PRÉDOMINANCES DES SYSTÈMES GÉNÉRAUX

§ S. — I&onnëes générales.

L'idée des tempéraments est aussi ancienne que la médecine; diversement formulée, elle se retrouve dans toutes ses doctrines, elle domine la pratique de toutes les époques : il n'y a que la vérité qui survive à l'épreuve du temps, et nous ne voulons d'autre témoignage en faveur de la doctrine des tempéraments que cet accord universel des esprits. La verve d'innovation qui s'est emparée de la médecine contemporaine ne l'a point respectée; nous dirons quel ordre d'idées elle s'est efforcée d'y substituer. Mais avant de nous replier sur notre siècle, remarquons bien l'unanimité de nos prédécesseurs sur ce point essentiel de l'histoire physique de notre espèce. Les observateurs de l'antiquité se sont aperçus de bonne heure que « l'action des corps extérieurs ne modifie que jusqu'à un certain point les dispositions organiques, et que, soit dans la structure intime des parties, soit dans leur manière de recevoir les impressions, il y a des dispositions fixes qui semblent essentielles à l'existence même des individus, et que nulle habitude ne peut changer » (1). Seulement, et d'après la conception dogmatique en vigueur, ce grand fait a été combiné avec des hypothèses, traduit par des axiomes plus ou moins erronés. Il en est ainsi de toutes les vérités d'observation ; la lumière qu'elles projettent se réfracte dans le milieu de chaque génération. Encore, s'il faut opter entre les erreurs qui se sont groupées autour de l'idée vraie des tempéraments, préférons-nous peutêtre les plus anciennes aux modernes. Il y a certainement moins de vraisemblance, moins de signification pratique dans la théorie de Stahî, qui fait dépendre les tempéraments de la proportion entre la consistance des fluides et le diamètre des vaisseaux, ou dans celle de H aller, qui les explique par deux abstractions, force et irritabilité, que dans la doctrine de GaSien, doctrine si sévèrement jugée par ceux qui assignent les anciens à la barre de la science actuelle, au tieu de franchir l'intervalle pour les considérer dans leur propre horizon. Le tempérament, bilieux ou chaud et sec, le tempérament pituiteux ou froid et humide, le tempérament sanguin ou chaud et humide, etc. , ne sont-ils qu'une invention? Remplacez les mots chaud et froid par la dichotomie de l'irritabilité et de i'abirritation à laquelle ils correspondent historiquement; aux qualifications de sec et humide rattachez, par une interprétation sincère de la pensée de Galien, les phénomènes de sécrétion plus ou moins active des surfaces

(1) Cabanis, Rapports du physique et du moral ', 8e édition, avec des notes, par L. Peisse. Paris, 1843, în-8, p. 261.

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tégumentaires : cela fait, au lieu d'hypothèses, vous reconnaissez dans les tempéraments admis par le médecin de Pergame des types d'organisation qui se sont fréquemment présentés à votre observation. II n'y a pas moins de sens dans les liaisons qu'il établit entre eux et les âges, les saisons, les climats. N'est-ce point dans les climats chauds que se rencontrent en grand nombre les individus à prédominance du système hépatique? L'organe sécréteur de la bile n'est-il point influencé spécialement par la saison des chaleurs? Son maximum d'activité et de susceptibilité ne coïncide-t-il point avec l'âge adulte? Voilà certes des rapprochements plus féconds, plus sûrs pour la pratique que les suppositions de Stahl et de H aller. L'histoire théorique des tempéraments est celle de la médecine; l'humorisme, le mécanicisme, le solidisme, s'en emparent chacun à son tour. Les progrès de l'anatomie générale suggèrent à Haller une définition qui exprime avec plus de rigueur et de netteté l'idée émise par Bordeu. Celui-ci avait dit que chaque sujet a ses organes prédominants, et qu'en les réduisant à certaines classes, on trouverait peut-être ce que l'on cherche tant sur les tempéraments. Halié les envisage comme des différences individuelles de l'homme, consistant dans la disproportion de volume et d'activité que présentent certaines parties du corps; parties capables de modifier sensiblement toute l'économie; il est le premier qui distingue les tempéraments généraux des tempéraments partiels, fondant les premiers sur la prédominance relative des systèmes sanguin et lymphatique, sur les diverses modifications du système nerveux, sur le développement du système musculaire; caractérisant les autres par l'état des systèmes généraux dans les diverses régions du corps ou par le mode d'action de certains organes. Cabanis, sans rien ajouter à la doctrine générale des tempéraments, fait ressortir par une analyse profonde leurs relations avec les idées, les penchants et les habitudes. Rappellerons-nous la classification des tempéraments admise par Cullen, et que lui-même reconnaît peu propre à guider le praticien ? celle de Broussais, laquelle, mélangée d'éléments physiologiques et morbides, nous paraît peu digne de son génie si lucide? A mesure que la médecine s'affermit dans la direction positive que lui impriment les études anatomiques et a n a to mo -pa thoiogiqu es , elle cherche aussi à préciser la notion des tempéraments, à en déterminer avec plus de sévérité les conditions matérielles. Bégin (1) a le plus contribué, après Hallé, à l'élaboration des saines idées qui régnent aujourd'hui dans cette partie de la science. Ainsi la question des tempéraments présente, comme toutes les grandes questions de la médecine, un fond inaltérable de vérité sous la discordance des interprétations, et celles-ci, dérivées des conceptions systématiques qui se succèdent, subsistent mêlées d'hypothèses et d'erreurs, jusqu'à ce que la science soit ramenée à l'organisme et s'y fixe comme dans son domaine nécessaire* Toutefois, dans ce retour à la considération absolue de l'orga-

(i) Bégin, Traité de physiologie pathologique. Paris, 1828, 2 vol. in-8. — Principes généraux de physiologie pathologique , 1821.

privée] données générales. if

nisme, la doctrine des tempéraments subit l'attaque de la phrénologie; non

que cette école repousse le fait des diversités individuelles d'organisation; non qu'elle nie le rapport presque constant entre les penchants, les facultés, les mouvements et certaines conditions de structure individuelle, mais c'est dans l'encéphale que résident ces conditions; les autres organes n'ont aucune part dans la manière dont se produisent les phénomènes intellectuels et moraux. Quoi de commun, s'écrie-t-on, entre îa couleur des cheveux et les passions ou les idées d'un homme? « Le cerveau, dit Georget (1), est le seul organe qui puisse, par sa puissante influence, par ses rapports avec toutes les parties du corps, modifier par son action les dispositions de l'organisme, donner naissance à de nouvelles combinaisons organiques, à des ensembles de phénomènes enchaînés les uns aux autres; et ce qu'il y a de positivement vrai dans la doctrine des tempéraments s'explique parfaitement bien dans ce sens. « Mais le cerveau ne parlicipe-t-il point, comme tous les autres organes, à des conditions générales de structure et de nutrition ? Et ne faut-il point rechercher dans celle-ci la cause de son mode physiologique comme celle de l'activité des autres organes ou appareils ? Est-ii indifférent à la manifestation des actes intellectuels et moraux que le cerveau reçoive l'incitation d'un sang riche et lancé avec force, ou d'un sang appauvri et porté jusqu'à lui par une circulation languissante ? Il y a donc pour l'explication des différences individuelles un élément général, antérieur pour ainsi dire à l'action du cerveau : c'est là nature du fluide nourricier; cet élément est accusé par l'état de tous les organes, aussi bien que par celui de l'encéphale. Il n'est donc pas absurde de les étudier dans leur aspect extérieur, dans leur proportion relative, dans leur modalité fonctionnelle, pour arriver à l'appréciation synthétique des tempéraments.

Les partisans les plus exclusifs des opinions de Gall ne peuvent nier d'ailleurs la solidarité des viscères, et par suite la prédominance qu'ils acquièrent l'un sur l'autre, prédominance dont le cerveau lui-même subit la loi ; seulement ils la considèrent comme consécutive à l'affaiblissement du cerveau : à leurs yeux, la prédominance d'un autre organe est le signe de la déchéance cérébrale (Georget, loc. cit.).

Loin de nous de diminuer le rôle du cerveau dans la production des penchants, des passions, des facultés intellectuelles et morales ; mais les dispositions organiques qui constituent les tempéraments subsistent comme foyers de réaction; elles influencent la manifestation des actes encéphaliques ; elles peuvent être cause de leur dépression, de leur exaltation ou de leur aberration; la mesure d'activité cérébrale est subordonnée aux conditions spéciales du tempérament qui s'exprime par l'encéphale comme par les autres organes.

H. Royer- Col lard (2) s'est appliqué à son tour à faire ressortir ce qu'il y a

(1) Georget, Physiologie du système neigeux. Paris, 1821, t. I, p. 204.

(2) Royer-Collard., Mémoires de ï Académie de médecine. Paris, 1843, t. X, p. 135.

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de vague et d'indéterminé dans les notions généralement répandues sur les tempéraments. Des critiques qu'il a formulées, les unes ne s'adressent plus à l'époque actuelle, les autres retombent sur la constitution même de la science médicale. Quand il se donne le plaisir de combattre le tempérament bilieux, le génital, le musculaire, il oublie que Bégin a déjà fait justice de ces créations, et que les caractères qui leur sont attribués composent une idiosyncrasie, non un tempérament. Lorsqu'il demande ce qu'on entend par vitesse de la circulation, abondance du sang, vigueur et volume du cœur et des gros vaisseaux, etc. , il n'énonce rien contre la réalité du tempérament sanguin ; il accuse l'insuffisance des données anatomo-physiologiques, et nous reconnaissons avec lui que l'hygiène gagnerait en précision si les nombreux problèmes de l'organisation recevaient une solution exacte. Non, nous ne possédons pas des renseignements mathématiques sur les conditions matérielles du tempérament sanguin, du tempérament lymphatique, et cependant ces formes, ces variétés de la santé, suivant l'heureuse expression de Royer-Coilard, existent; lui-même les reconnaît. Les explications chimico- physiologiques qu'il propose tendent à fournir la raison intime des tempéraments, mais n'aident point à les faire reconnaître ; les signes extérieurs se rapportent à l'aspect et à la proportion des systèmes, des organes, et c'est dans ceux-ci, en définitive, que se passent les phénomènes intimes auxquels Royer-Collard rattache les variétés de la santé. Acceptons comme démontrés tous les faits qu'il cite, quoique la plupart de ces faits aient à compter avec les découvertes ultérieures de la chimie : ils ne peuvent offrir des indications d'emblée, telles qu'il les faut au praticien. Que l'on se mette en quête de science rigoureuse, mais sans tourner le dos à la pratique ; analyser le sang pour arriver à la notion du tempérament, c'est une œuvre impossible au lit des malades. La médecine pratique a besoin de se régler sur la simple observation, et c'est parce que les conditions profondes des différences individuelles ne se dénotent point au simple coup d'œil du praticien qu'il est obligé de s'en tenir aux caractères extérieurs, apparents, sauf à les grouper, à les comparer; il trouve dans cette méthode un guide tmi, sans avoir la sûreté du microscope, sustente ses recherches, facilite ses prescriptions. L'observation répétée, contrôlée de siècle en siècle, même quand elle ne porte que sur un ensemble de faits extérieurs et pour ainsi dire sur la surface de l'homme, peut avoir autant d'importance pratique que les conjectures de la chimie moderne sur la présence de tous les produits excrétés dans le sang et sur le rôle effectif des appareils d'élimination (1).

La définition la plus satisfaisante des tempéraments est encore celle de Hallé, qui les considère « comme des différences entre les hommes, constantes, compatibles avec la conservation de la santé et de la vie, dues à une diversité

(1) Millier, se bornant à des vues psychologiques,, définit les tempéraments «des modes permanents de conflits entre l'âme et l'organisme » , et il les fait dépendre de la relation qui existe entre les penchants et la structure excitable du corps.... (Manuel de physiologie, traduction de Jourdan, 2e édition. Paris, 1851, t. II, p. 556).

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de proportion et d'activité entre les diverses parties du corps, et assez importantes pour modifier l'économie ». Cette définition énonce un fait et l'explique. Le fait, c'est l'existence de types généraux d'organisation auxquels l'analyse et l'observation permettent de rallier les variétés individuelles de notre espèce ; l'explication consiste à faire dépendre ces types du rapport qui existe entre les différentes parties du corps. Le fait est admis, l'explication est contestée. lloycr-Coîlard [op. cit.) ne hasarde point une nouveauté quand il exprime avec force, de la définition de Hallé, ce corollaire, à savoir, que le tempérament est un état universel de l'économie. Avant lui, Bégtra (1) avait appelé tempérament la variété organique la plus générale, et idwsyncrmie celle qui est plus restreinte, et pour ainsi dire individuelle. Mais tandis que pour cet écrivain le tempérament est un état constitutionnel dont l'existence se fait sentir sur tous les points de la machine animale, parce qu'il dépend de la prédominance de développement et d'action de l'un des systèmes qui pénètrent dans tous les tissus, Royer-Gollard, s'appuyant sur le même rapport logique, mais l'envisageant sous un point de vue physiologique différent, croit devoir étudier les caractères des tempéraments dans les diverses manifestations que nous offrent le sang et l'action nerveuses : << La santé, quelque forme qu'elle ait- revêtue, ne peut être conçue que dans son unité, ne peut être saisie que dans les principes mêmes qui animent à la fois toutes les parties ensemble de la machine organisée. Cependant quels sont ces principes? Il y en a deux : l'un est le sang, fluide nutritif ; l'autre est l'action nerveuse, qu'on peut appeler fluide nerveux ou incitateur, par comparaison avec cette autre influence qui se déploie dans tous les corps de la nature, et qu'on désigne sous le nom de fluide électrique. Burdach a appelé le sang le centre de la vie végétative. Haller avait déjà dit du tempérament : Mixtura quœdam nervorum et sanguinis; et la doctrine physiologique et paihogénique que nous avons entendu développer autrefois par un maître regretté, feu Lobstein, reposait exclusivement sur le rôle réciproque des fluides nerveux et sanguin. Est-ce à dire que dans l'exploration des tempéraments on doive négliger les indices fournis par l'habitude extérieure, par la comparaison des organes entre eux, par les nuances de leur jeu fonctionnel, par l'examen de leur tissu, etc. ? Nullement : la vérité sur les tempéraments ne se trouvera que dans la réunion des notions obtenues par l'une et par l'autre méthode d'investigation.

Soit que nous prenions pour base de classification des tempéraments les systèmes généraux qui pénètrent dans tous les organes, les vivifient et les mettent en jeu ; soit que nous ayons égard seulement aux résultats qu'a produits jusqu'à présent l'étude du sang et de l'innervation, nous sommes conduits à adopter les trois tempéraments établis par Bégin, à savoir : le sanguin, le lymphatique et le nerveux. Ceux qui penchent au solidisme y reconnaîtront la prédominance de l'un des trois systèmes que désignent ces mots, et qui lais-

(1) Bégin, Physiol. patltol. , t. I; p, kti, m. lévy. Hygiène, 5e édit.

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sent voir dans tous ies organes, dans tous les tissus, les traces de leur développement relatif. Dans un autre ordre d'idées qui gravitent vers un humorisnie scientifique, les tempéraments nerveux et sanguins conservent leur vérité ; le lymphatique perdra de l'exactitude anatomique de sa dénomination, sans correspondre exactement, comme le veut Royer-Coiiard, à cet état général de l'économie, qui est l'extrême opposé de la pléthore (î).

Ces trois étais méritent seuls d'être appelés tempéraments, parce que seuls ils exercent sur l'organisme une influence immédiate, et pour ainsi dire souveraine; leur signe commun est de modifier toutes les parties du corps; la direction qu'ils impriment aux actes organiques ressort dans la maladie comme dans Sa santé (2). Ce n'est point que d'autres organes ou des appareils d'organes ne puissent réagir sur l'ensemble de l'économie, soit parles résultats de leurs fonctions, soit par l'ébranlement des sympathies, et généraliser ainsi leur influence, comme les tempéraments que nous avons admis ; mais ce sont des prédominances consécutives, engendrées le plus souvent par une série de modifications morbides. Que le foie cesse d'extraire du sang ies matériaux de la bile en quantité proportionnelle aux besoins de l'organisme, il en résultera dans le sang une exubérance d'éléments hydrogénés et carbonés, de matières grasses, colorantes, etc., que la sécrétion biliaire a pour objet d'éliminer ;• de là des phénomènes généraux qui feront croire à l'existence du tempérament bilieux. Il y a plus : ces phénomènes peuvent avoir pour cause une lésion étrangère au foie et au fluide qu'il sécrète; car les matières éliminées par ce viscère le sont aussi par le rein, par la peau, par les poumons sous forme d'acide carbonique et d'eau. Que ce travail d'élimination soit entravé, on verra surabonder dans le sang l'hydrogène et le carbone ; et, comme le dit fort bien Royer-Coiiard, par la prédominance du sang veineux sur l'artériel, par le ralentisse ment de la circulation veineuse abdominale, par l'état congestionne! de tout l'appareil où s'accomplit cette circulation, on verra se développer ies conditions assignées au prétendu tempérament bilieux, et plus récemment avec une ingénieuse sagacité, au tempérament mélancolique des anciens (5 j. De

(1) Les plus récentes recherches des physiologistes ne sont point favorables à l'interprétation exclusive des tempéraments d'après l'état du sang ; elle méconnaît le rôle important que Yirchow assigne aux éléments musculaires et élastiques de la paroi artérielle. (Voy. Pathologie cellulaire, traduct. de Picard, 3e édiiion. Paris, 18o8; p. 108 et suiv.)

(2) Dans les préliminaires de ses Études sur la tuberculose, J. Villemin groupe aussi tous ies éléments de l'organisme en trois systèmes généraux et y rattache les tempéraments : 1" le système végétatif, fondamental, iymphatico-conjoactif ; 2U le système nerveux, nervo-musculaire ; 3° le système sanguilicateur, ou, tenant compte des organes qui assurent au sang sa pureté et son intégrité, système épithélial. 11 ajoute (page 34) : « Nous sommes encore peu édifiés sur la nature des actes chimiques accomplis dans le sang et dans les éléments qui concourent à ses modifications : à peine possédons-nous quelques données pour interpréter les phénomènes physiologiques et pathologiques les plus apparents. »

(3) Reveillé-Parise, Mém. sur Vexist. et la cause or. du tempér. mèiancol. {Etudes de

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même encore, quand l'appareil génital vient à influencer d'une manière permanente l'ensemble de l'économie, c'est abuser des mots que d'imposer à cet état vraiment morbide la qualification de tempérament génital ; dans une médiocre mesure, cet état constitue tout au plus une idiosyncrasie ; à un degré plus énergique, il y a surexcitation morbide d'une fonction, surexcitation qui irradie de l'encéphale ou des organes mêmes chargés de cette fonction.

Deux remarques essentielles trouvent ici leur place : 1° Le tempérament se combine dans le même sujet avec une ou plusieurs idiosyncrasies; c'est-à-dire qu'en même temps que l'état général de l'économie se caractérise par l'énergie de l'innervation ou par la surabondance des fluides blancs, un ou plusieurs viscères ont acquis une susceptibilité qui, sans atteindre aux limites de la maladie, augmente leur sphère de réaction sympathique. 2° Les tempéraments eux-mêmes se croisent, se mélangent en proportion variable, et donnent naissance à ce que l'on a appelé les tempéraments mixtes. C'est ainsi qu'une grande sensibilité nerveuse se rencontre parfois chez un individu dont le sang est riche en fibrine et en globules. La complication des tempéraments et des idiosyncrasies, jointe aux éléments variables que l'âge, les habitudes et l'hérédité importent dans l'économie, telle est la clef des individualités, telle est la pierre d'achoppement de la pratique. C'est parce que ces éléments se fondent en quelque sorte dans la trame organique et s'associent de mille manières, que les variétés de l'organisation humaine échappent à l'énumération : nous avons moins à les décrire qu'à fournir au lecteur une méthode pour les analyser.

Les tempéraments sont, ou la donnée primordiale de l'organisation, ou le résultat des influences qui ont longtemps et profondément agi sur elle; de là leur distinction en tempéraments congénitaux et en tempéraments acquis. L'âge suffit pour amener des mutations générales dans l'économie : c'est ce que la doctrine galénique exprime poétiquement par la correspondance qu'elle établit entre les tempéraments, les âges, les saisons et les climats. Mais indépendamment de ces métamorphoses que subit l'homme par l'action lente des années, les modificateurs hygiéniques, comme le mode d'alimentation, le genre d'exercice, ia profession, les mœurs, etc., impriment aux actes de l'organisme des oscillations telles, qu'il en résuite un déplacement de forces et de sympathies ; des viscères primitivement faibles acquièrent une prépondérance presque absolue : chez l'homme adonné aux travaux intellectuels, l'encéphale; chez le gastronome, l'estomac; chez la femme qui brise les liens d'une pudeur imposée, l'utérus. Le sang, longtemps pauvre en globules et en fibrine, s'enrichit de ce double élément par le bienfait d'un régime substantiel; l'action oxydante de la lumière rendra couleur et ton à la peau pâlie par un séjour prolongé dans l'obscurité, réduira la graisse qui s'est accumulée

r homme sain et malade). — Michéa, Etudes sur le tempérament mélancolique (voy. le journal la France médicale, 1er juillet 1855).

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sous la peau dans les mêmes conditions, etc. ïl est donc donné à l'art, par une sage dispensation des agents hygiéniques, de créer des idiosyncrasies et presque des tempéraments, d'atténuer ou de renforcer ceux qui existent : là gît l'importance, là gît le pouvoir de l'hygiène. Mais la nature y a posé des bornes ; les marques originaires qu'elle imprime à ses œuvres ne s'effacent pas entièrement sous le doigt des hommes. Les tempéraments ne se prêtent point à des métamorphoses aussi radicales que semblent le croire certains auteurs. Nous ne dirons pas, avec Royer-Collard, que le tempérament est une chose essentiellement variable : il ne l'est que dans une limite déterminée (l), et, quels que soient les changements auxquels l'art sait forcer l'organisme, le tempérament primitif y perce encore et' tend incessamment à reprendre son empire. A-t-on jamais converti parfaitement un tempérament lymphatique en sanguin? La femme nerveuse désapprend-elle entièrement les émois et les turbulences de son électrique sensibilité? Par un autre effet de la stabilité des conditions originaires, de belles et vigoureuses constitutions ont pu traverser toutes les épreuves de l'existence et faire admirer encore, après tant d'atteintes, les nobles linéaments d'une organisation d'élite.

§ — - JHNï tempérament sanguin.

Bégin résume ainsi les traits saillants de cette variété organique : « 1° Activité très-grande de l'hématose ; 2° développement et énergie considérables du poumon et du cœur; 3° abondance et richesse des réseaux capillaires rouges dans toutes les parties du corps ; 4° disposition remarquable aux inflammations ainsi qu'aux hémorrhagies, et facilité à réparer les pertes sanguines; 5° mobilité et impressionnabilité du système sanguin (2). On peut épiloguer sur quelques termes de cette description : demander, par exemple, ce que l'on entend par abondance de sang; contester l'augmentation de volume du cœur, etc. Mais j'affirme qu'il n'est pas un praticien qui n'ait rencontré chez maints sujets un ensemble de particularités, un aspect général, une modalité réactionnelle qui les rattachent à ce type physiologique. Ces individus se font

(1) Ces lignes étaient écrites depuis longtemps quand nous avons lu, dans un ouvrage qui a paru depuis, cette confirmation de notre idée : « La véritable pléthore (et c'est à cet état que fauteur ramène le tempérament sanguin) est plus souvent constitutionnelle qu'elle n'est acquise; on ne la crée pas toujours à volonté par une nourriture très-substantielle La pléthore semble dépendre d'une constitution primordiale du sang qu'il

ne nous est pas donné de produire aussi facilement que nous produisons l'anémie; ce qui veut dire, en d'autres termes, qu'il est beaucoup plus en notre pouvoir d'appauvrir le sang que d'en accroître la richesse. » (Àndral, Essai d'hématologie pathologique, 18/13, p. 41.) Cette conclusion pose les bornes de l'hygiène organo-plastique de Royer-Collard. (Note de la lre édition.)

(2) Op. cit., t. I, p. 66.

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remarquer ordinairement par l'animation de leur teint, par le développement du système musculaire, par la fermeté du tissu conjonctif, qui n'est jamais assez abondant pour effacer entièrement les formes résultant des saillies musculaires. Ces premiers caractères s'expliquent assez bien par la composition du sang des personnes ainsi constituées, ainsi que nous le verrons plus bas. Mais il ne faut point croire cependant que ceux-là seuls participent au tempérament sanguin, qui présentent une coloration vive de la peau; il est des personnes qui, malgré le ton mat de leur surface cutanée, possèdent, si l'on peut ainsi s'exprimer, les attributs internes du tempérament sanguin, c'està-dire une notable énergie de l'hématose, la plénitude sanguine, un grand développement des systèmes capillaires profonds, des muscles vigoureux et prononcés, etc.

Beaucoup de sujets à tempérament sanguin acquièrent un développement très-considérable de tout le système musculaire : c'est cette particularité, portée à son maximum, que l'on a désignée d'une manière inexacte par le tempérament athlétique, qui n'est pas plus une variété spéciale de la santé que ne le serait le volume des différentes pièces du système osseux. La nutrition exagérée des muscles n'est, à nos yeux, qu'un épiphénomône du tempérament sanguin : non que la fibrine, cet élément du tissu musculaire, soit en excès dans le sang des individus ainsi constitués, c'est une erreur répétée par plusieurs écrivains, et dont la chimie a fait justice; mais un exercice plus fréquent, plus énergique du système musculaire, a dirigé sur lui le mouvement nutritif. La nature ne se borne pas à couvrir la dépense; presque toujours la réparation excède le but, et quant au type des athlètes, que les statuaires anciens nous représentent avec la tête très-petite et le front écrasé, tandis que le tronc et les membres sont recouverts de muscles énormes, il justifie la loi des compensations fonctionnelles : l'atrophie encépbalique, la stupidité proverbiale de ces tristes héros était la conséquence de l'activité exubérante et continue des organes de locomotion. Toutefois les physiologistes ont grossi le portrait : un certain développement du système musculaire ne réduit point nécessairement l'activité du système nerveux (1). La prédominance d'une seule fonction n'entraîne point l'affaiblissement des autres, les facultés intellectuelles et morales peuvent jeter un vif éclat dans une organisation puissante en même temps par l'énergie musculaire. Tel est, en effet, le privilège de l'économie, que plusieurs systèmes d'organes peuvent se perfectionner simultanément : l'exercice exclusif et permanent d'un système unique, d'un appareil unique, détermine seul des contrastes absolus entre les fonctions.

Le caractère général du tempérament sanguin, c'est l'aisance avec laquelle s'exécutent tous les actes organiques; la respiration est large et profonde, la sanguification active, la digestion facile, l'assimilation prompte, l'innervation

(1) Buffon, le maréchal de Saxe, Mirabeau, et dans l'antiquité, Platon, aux larges épaules, sont des exemples de la puissance intellectuelle unie à la force du système musculaire .

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bien ordonnée, les mouvements libres et réguliers (1) : il n'est point de variété organique où l'on observe plus d'harmonie dans les fonctions, une proportion plus juste dans le développement des parties, dans l'ensemble de l'économie un cachet plus heureux de force et de santé. Le moral se ressent nécessairement de ces conditions physiques : la gaieté de l'esprit, la vivacité de la pensée, la mobilité de l'imagination, le courage et l'inconstance, plus de pétulance que de profondeur, tel est l'apanage de ces organisations brillantes.

L'énergie de l'hématose et de la circulation chez les sujets munis de ce tempérament conduit naturellement à supposer chez eux un volume plus grand des poumons et du cœur; aussi Rostan a-t-il décrit le tempérament sanguin sous le titre de constitution organique ou dominent les appareils circulatoire et respiratoire, faisant d'ailleurs, suivant nous, une confusion de mots et d'idées dans l'emploi indistinct des termes constitution et tempérament. L'ampleur de la poitrine semble confirmer cette supposition ; mais pour qu'elle acquît la valeur d'un fait démontré, il faudrait connaître : 1° le rapport des dimensions du cœur et des poumons avec la taille des sujets ; 2° le rapport des diamètres thoraciques avec la taille ; 3° enfin, le volume que peut atteindre le cœur sans qu'il en résulte un état pathologique. Ces données nous manquent, malgré les dernières recherches qui ont été faites sur ce sujet (Bizot, Mémoires de la Société médicale d' observât.) ; mais en nous rappelant que l'énergie et la perfection du jeu d'un organe dépendent moins encore de son volume que de son rapport régulier avec les centres nerveux, et de certaines conditions intimes jusqu'à présent inexplorables à nos moyens d'analyse, il nous sera facile d'admettre que l'existence du tempérament sanguin n'est pas liée nécessairement au développement des appareils de l'hématose et de la circulation : les faits confirment cette induction. Le tempérament sanguin est un de ceux qui s'observent le plus fréquemment chez les jeunes militaires soumis à nos soins; un grand nombre d'entre eux, explorés minutieusement par voie de percussion et d'auscultation, ne nous ont offert aucun indice qui permît de supposer chez eux un plus grand volume du cœur. Il en est de même des poumons, dont le volume est fidèlement accusé, en général, par les proportions de la cage thoracique ; souvent ils apparaissent volumineux chez des individus qui portent les stigmates du lymphatisme : tels sont ces soldats à haute stature et à large poitrine, recrutés dans la basse Alsace ou parmi la population étiolée qui habite les caves des principales villes du département du Nord, tandis que des sujets manifestement sanguins se distinguent par l'harmonie des formes plus que par l'exagération de certaines parties. Cependant on est frappé souvent, au premier aspect des malades à tempérament sanguin que l'on découvre dans leur lit, de

(1) Les recherches de Matteucci ont fait voir que l'intensité des courants électriques musculaires est en rapport avec la circulation, et n'est pas subordonnée à l'action du système nerveux.

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l'ampleur et de la longueur du thorax, de la convexité de sa région antérieure,

de la prédominance évidente de cette cavité splanchnique sur l'abdomen, qui est court et effacé, etc. ; la force musculaire des extrémités s'accorde avec ce développement de la poitrine. Volumineux ou non, le cœur prédomine par sa susceptibilité; ses relations sympathiques sont plus prononcées, plus étendues; il est solidaire de toutes les impressions qui aboutissent aux surfaces sensibles de l'économie ; il oscille rapidement sous l'impulsion de toutes les causes physiques et morales : de là l'accélération instantanée du pouls sous le doigt qui l'explore ; de là ces rougeurs du visage, aussi promptes que l'émotion qui les provoque; delà cette versatilité des phénomènes réactionnels qu'une circulation îrès-active promène de viscère en viscère, etc. Il est impossible de méconnaître ici l'influence de l'innervation, qui entre ainsi comme élément dans le tempérament sanguin (I), car la vie n'est autre chose, en son essence, que la réaction incessante de la matière nerveuse sur le sang, et du sang sur la matière nerveuse.

Quelles sont les conditions du sang dans le tempérament dont il s'agit ? Gomme il est impossible de les formuler avec rigueur et dans une limite déterminée, nous allons rappeler brièvement les données que fournit sur ce point la plus récente chimie. La moyenne de la composition normale du sang équivaut à 0,003 de fibrine, 0,127 de globules, 0,072 de matériaux organiques, et 0,790 d'eau. Ces rapports sont susceptibles de variations qui tantôt amènent un état morbide, tantôt n'excèdent point la limite de la santé ; mais cette limite est mobile ici comme dans Se type fonctionnel des organes. Où commence la proportion pathologique des globules, de la fibrine ? La science, quoique riche déjà en matériaux de cet ordre, ne peut encore résoudre ce problème avec certitude; les recherches d'Andral et Gavarret permettent seulement d'établir d'une manière générale que la quantité de vigueur de l'individu s'exprime par la proportion des globules et de la matière colorante. Dans la pléthore, état caractérisé par l'énergie de l'assimilation, et qui n'outrepasse point la santé, un seul élément augmente dans le sang : ce sont les globules, et, avec eux, la matière colorante, qui leur paraît inhérente : leur chiffre peut monter de 0,1:27 à 0,440* sans qu'il y ait maladie; les autres principes du sang conservent à peu près leur proportion ordinaire. Il existe moins de globules chez la femme que chez l'homme, chez l'enfant que chez l'adulte. Avec l'anémie coïncide l'abaissement du nombre des globules, phénomène que l'on produit artificiellement par une diète prolongée ou par des saignées répétées ; cet abaissement est quelquefois considérable : le nombre

(1) Les recherches histologiques sur la musculature artérielle et sur les éléments élastiques des veines et des artères, les belles expériences de Cl. Bernard sur le relâchement (dilatation) des vaisseaux par la section des nerfs et leur rétrécissement par l'effet d'un courant électrique, tendent à démontrer que l'activité et la régularité de la circulation, signes heureux du tempérament sanguin, tiennent à d'autres conditions encore que la richesse de l'élément globulaire.

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