‹ Traité d'hygiène publique et privéeChapitre 14 sur 161 · DES TEMPÉRAMENTS. [HYGIÈNE · texte numérisé non relu

DES TEMPÉRAMENTS. [HYGIÈNE

des globules peut se réduire de 0,1.27 à 0,100, à 0,090, 0,080, et même à moins. Notons que l'élément globuleux, une fois diminué, se régénère trèslentement chez les individus de faible compîexion. Le principe du sang qui varie le moins, c'est la fibrine ; elle se maintient presque constamment dans sa proportion normale, et c'est à peine si elle subit une augmentation d'un demi -millième dans les cas de pléthore la mieux dessinée, pourvu que celle-ci ne dégénère point en maladie. En général, chez îes sujets pléthoriques, mais bien portants, la fibrine n'augmente pas ; elle ne baisse pas non plus dans l'anémie ; son accroissement est considéré par Andral comme la preuve d'une disposition inflammatoire dans l'organisme, On est peu fixé sur les changements quantitatifs que peuvent subir les éléments constituants du sérum du sang, dont l'eau est comptée, terme moyen, pour 0,790 sur 0,870, les matériaux organiques solides pour 0,072, et les matériaux inorganiques pour 0,008 : la proportion d'eau est en raison inverse des parties solides, et réciproquement ; les matériaux organiques solides sont en rapport de quantité avec les globules, du moins pendant la santé ; ils diminuent seuls, sans changement dans la fibrine ni dans les globules, sous l'influence de certaines maladies, notamment de l'albuminurie ; des hémorrhagies copieuses réduisent tous ces éléments à la fois, au profit de l'eau qui surabonde. Restent les matériaux inorganiques du sang : inhérent ou non à la matière colorante, le fer existe dans le fluide nutritif. Pour l'homme sain, Lecanu en évalue la quantité à l/500e; puisque ce métal est toujours uni aux globules, il doit nécessairement augmenter ou diminuer avec le chiffre de ces derniers : cette induction se vérifie par les heureux effets des préparations ferrugineuses dans la chlorose. S'il est démontré que les sels de soude et de potasse concourent à conserver au sang sa liquidité, l'hygiéniste devra rechercher dans quelles proportions ils peuvent varier sous l'influence des aliments et des boissons, problème complexe et qui attend encore sa solution. Enfin est-il besoin de rappeler que îes sels calcaires (phosphate et carbonate) sont sujets à varier dans le sang, suivant l'âge, le régime, l'imminence morbide, ou dans le cours de certaines affections (goutte, gravelle, affections calculeuses, etc.)? Mais ces différences de proportion relative ne sont pas encore déterminées, et l'indication qui -en découle, pour l'hygiène comme pour la thérapeutique, manque d'une certitude rigoureuse. Un dernier sujet de recherches, réservé pour l'avenir, se trouve dans d'autres conditions du sang qui, pour être moins matérielles, ne doivent pas moins influer sur le rôle immense, universel, qu'il remplit dans l'économie : nous voulons parler de sa température, de son électricité, etc. Mais ce sont des desiderata, et nous sommes en quête de notions exactes.

Appliquons maintenant ces résultats de l'analyse au tempérament sanguin. Il est incontestable que les sujets qui en sont doués présentent un accroissement des globules, accroissement qui varie de 0,127 à 0,l/t0 en raison de l'intensité du tempérament ; d'où la coloration de la peau et le ton animé des

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autres tissus, puisque la matière colorante accompagne les globules ; le fer inhérent à l'hématosine doit aussi augmenter de proportion. Que la fibrine augmente chez les individus sanguins, cela est douteux; dans tous les cas, elle n'augmenterait pas de plus d'un demi-millième. Le sang contient moins d'eau , les éléments solides s'étant accrus ; enfin , comme il offre une moindre fluidité, les sels de soude et de potasse y sont diminués. La cause organique du tempérament sanguin réside-t-elle dans les globules du sang, et dirons-nous, avec Fleury(l), que si le chiffre 127 représente la moyenne physiologique, le chiffre 135 correspond au maximum, c'est-à-dire au tempérament sanguin, au delà duquel se manifeste la pléthore? Il y aurait à prouver d'abord que tout individu dont le sang fournirait ce chiffre de globules à l'examen microscopique présente les conditions du tempérament sanguin, et réciproquement. Admettons cette donnée de la science contemporaine comme un signe important de plus du tempérament sanguin, non comme sa cause unique ; elle est plus sujette à varier sous l'influence de beaucoup d'agents passagers (diète, saignées, maladies aiguës), que le tempérament lui-même. Le fer, qui contribue à élever le chiffre des globules, ne transforme pas un lymphatique en sanguin.

Si le tempérament sanguin est l'expression la plus complète de la santé, s'il est le plus favorable au développement parfait des organes, à la régularité et à l'intégrité des fonctions, il offre aussi, dans la maladie, le plus de ressources au médecin. Chez ceux qui en sont doués, les maladies débutent franchement, prononcent mieux leurs symptômes, revêtent une forme plus aiguë, suivent une marche régulière, passent plus rarement à la chronicité, tendent spontanément à la résolution ; les déperditions sanguines que leur traitement nécessite sont plus vite réparées; la convalescence est prompte.

L'École histologique est venue confirmer nos vues sur le rôle du sang dans la production des tempéraments : g Le sang n'a pas d'existence propre, indépendante. C'est un produit composé d'éléments morphologiques, les seuls vivants, et de substances diverses de provenance extrinsèque et intrinsèque. Aucune de ses parties n'a la propriété de se perpétuer dans les voies circulatoires, toutes s'usent et se renouvellent sans cesse, non par elles-mêmes, mais par l'intermédiaire des organes. Ainsi l'eau, l'albumine, le sucre en grande partie, les sels, etc., lui viennent du dehors par l'entremise des organes digestifs. La fibrine est une modification de l'albumine accomplie dans les tissus. L'urée, la créatine, la créa lini rie, sont des produits de désassimilation. Les gaz proviennent de l'absorption pulmonaire. Enfin les globules eux-mêmes sont versés dans le torrent circulatoire par les appareils lymphoïdes. Il suit de là que les altérations survenues dans le sang doivent avoir leurs causes en grande partie dans les tissus que ce liquide traverse et dans les organes chargés de le modifier » (2).

(1) Fleury, Cours d'hygiène, etc. Paris, 1854, t. II, p. 337.

(2) Villemin, Études sur la tuberculose, Paris, 1868, p. 32.

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